Et encore la dispense ne fut accordée que plus tard
3. En voici le passage le plus important : « Quai regina in progresso di tempo intende poi non solo di rivocare tal editto, ma per mezzo délia giustizia di restituir la fede cattolica nell' antica osservanza, parendogli che nessuno ne debba dubitare adesso, che hanno falto morire Valmiraglio con tanti altri huomini di valore, conforme ai raggionamenti altre volte havuli con esso meco essendo a Blés, et trattando del Parentale di Navarra et dell' altre cose che correvano in quel tempi, il che essendo vero, ne posso rendere testimonianza e a Nostro Signore et a lutto il monde. » Dépêche du -21 août 1572, dans Theiner, Annales ccclesiastici, t. I, p. 329-330. On a traduit les textes en italique de la manière suivante : « Personne n'en doit douter maintenant qu'on a lait mourir l'amiral avec tant
LES PAPES ET LA SAlNT-BARTHÉLEMY. 25Ô
significative. Il est visible que le fin diplomate suit (le très près la lutte engagée entre la Reine mère et Coligny et qu'il en soupçonne plus ou moins vaguementl'issue. « LaReine, écrit-il au cardinal de Corne, a toujours les yeux sur les mains de l'amiral qui,
d'autres hommes de valeur, conformément aux entretiens qu'elle (Catherine) a eus autrefois avec moi pendant que nous étions àBlois », etc. Mais les meilleurs critiques interprètent à bon droit autrement ce passage : « La Reine a l'intention non seulement de révoquer, avec lé progrès du temps, l'édit (de 1570), mais encore de rétablir, par le moyen de la justice, la foi catholique dans l'antique observance. îl semble que personne n'en doit douter maintenant que l'on a fait mourir l'amiral et tant d'autres personnages de valeur; cela (le projet de rétablissement de l'antique observance) est (d'ailleurs) conforme aux entretiens que j'ai eus avec elle pendant que nous étions à Blois et que nous traitions de la parenté (du prince) de Navarre et d'autres affaires qui avaient cours en ce temps-là. » In quei tempi indique une époque bien antérieure au mois d'août. Or la nonciature de Salviati ne commence que vers la fin de juin 1572 (Cf. Philippson. Die Rômische curie und die Bartholomâv.snacht, p. 121- 122). Son prédécesseur, Fabio Mirto, évêque de Gaiazzo, ne quitta la cour de France que le 23 juillet, après trois années de séjour. Les entretiens de Salviati avec Catherine à Blois se rapportent évidemment à une mission extraordinaire dont le nonce avait été chargé en décembre lo/i. Cette mission nous est signalée par M. l'abbé Richard, chapelain de Saint-Louis des Français. Les Archives vaticanes contiennent les instructions qui furent données à Salviati le 18 décembre ; un supplément d'instructions se trouve mentionné, à la date du 6 février 1572, dans Varia politicorum, t. XXXUL Catherine avait-elle eu, dès cette époque, des velléités de vengeance dont elle aurait fait confidence à Salviati son parent? Cela n'est pas impossible. Michieli, l'ambassadeur exlraord inaire de Venise, écrivait dans sa Relation, à propos du 24 août : « Il y a longtemps que la Reine avait eu cette pensée, puisqu'elle demanda elle-même dernièrement à Me' Salviati, son parent, qui est nonce en France, de se souvenir et de témoigner de ce qu'elle l'avoit secrètement chargé de dire au pape défunt (Pie V), à savoir qu'il verrait bientôt la vengeance qu'elle et le roi tireraient de ceux de la religion ». La Saint-Barthélémy devant le sénat de Venise; Relations des ambassadeurs Giovanni Michieli et Sigismonrlo Cavalli, traduites et annotées par William Martin, Paris, 1872, p. 34. Si Catherine fut obligée de rappeler au nonce cet entretien, c'est qu'il n'avait pas eu un sens bien précis. Il est probable qu'elle ne parla alors de l'extermination des chefs huguenots que comme d'un projet éventuel et en termes vagues dont l'élasticité se prêtait aisément à diverses interprétations. Cf. Loiseleur, La préméditation de la Saint-Barthélémy , p. 77-80. Quoi qu'il en soit, la cour de Rome ne fut pas mise au courant de ce vague projet. Grégoire XJII, notamment, n'en sut rien.
confiant dans la réputation qu'il s'est acquise par ses succès, en veut trop, et elle lui donnera sur les ongles, s'il va trop loin. 11 est étonnant de voir que ces gens-là n'ont d'autre souci que leur intérêt propre V »
Salviati n'indique pas de quelle façon Catherine de Médicis entendait « donner sur les doigts » à l'amiral. Sans doute il l'ignorait lui-même, et peut-être la Reine ne le savait pas davantage à cette date. La preuve qu'elle n'était pas encore bien résolue à faire assassiner Coligny, c'est que, comme nous le verrons, elle quitta de nouveau la cour pour quelque temps, laissant ainsi le champ libre à son ennemi.
Le 12 août, lors de son retour, ses desseins semblent s'être précisés davantage. On a même pensé qu'elle avait initié Salviati à son machiavélique projet d'assassinat. Salviati écrit en effet le 11 au cardinal de Come : « J'espère enfin que Dieu m'accordera la grâce de vous annoncer bientôt quelque chose qui remplira Sa Sainteté d'allégresse et de contentement^. » Mais il ne s'agit certainement pas ici d'an plan de massacre général des Huguenots. Les dépêches postérieures de Salviati le font voira l'évidence-^.
i. « Di qui avverrà, che lascerà andare de Francesi in Fiandra sotto nome di Ugonotti et darà gelosia d'armate et d'altre cose simili; nel medesioio tempo liavendo gli occiii à le mani del' Amiraglio, che londatosi ne la rcputatione acquisitatosi per rispetto del seguito ne vuol troppo et lei gli darà (quando altro avvenga) su le ungliie, intendendosi questi intriglii sieccellamente, tanto promettendosi del suc ingegno et forze del Regno, et per tanti versi incaminando le cose a li fini propostosi, che é cosa da stupire tanto poco capitale fannod'altro che de le cose proprie dove si Irattadelsuo Intéresse. » Dépêche chiffrée de Salviati, S août, Vaticano, Nunz. Francia,5.
2. Yalicaiio, Nunziat. Francia, S : • Sperando alla fine che il N"> S" Iddio mi debba concéder gratia di potergli scriver un giorno qualche cosa da reccare à S. B"" allegressa e contento. »
3. Dans sa dcpêclie du 24 août, il dit : « Je ne puis croire que, si l'amiral était mort du coup d'arquebuse qu'on lui tira, tant de personnes eussent péri. » Theiner, Annales ecdesiast., t. I, |). 329. La
Vraisemblablement le nonce fait une vague allusion au meurtre jDrévu de Coligny.
En tout cas, la cour de Rome ne prit pas ses dépèches au tragique. Le cardinal de Corne estime qu'elles ne sont pas assez claires et assez explicites^. Dans la première (5 août), Salviati avait assuré le Souverain Pontife que Catherine de Médicis était venue à bout d'empêcher la guerre avec l'Espagne. Et Grégoire XIII ne porte son attention que sur ce point, qu'il avait particulièrement à cœur. Dans sa réponse, en date du 25 août, il recommande au nonce de remercier vivement la Reine mère et de l'engager à continuer de veiller sur Charles IX, qui, « à cause de sa jeunesse et de son inexpérience des choses de ce monde, pouvait se laisser séduire et entraîner à sa perte par la malice des méchants ». De la sorte Catherine maintiendrait la paix entre les puissances catholiques, « à l'éternel honneur et au grand avantage de son fils ^ »,
Ainsi, le 25 août, le lendemain de la Saint-Bar-
dépêche du 2-2 septembre est encore plus précise : « Si Coligoy avait été tué du coup, on n'en tuait pas d'autres. • Et se moriva subito, non si amazzava altri. Theiner, ibid., p. 332.
1. Le 8 septembre le cardinal écrit à Salviati : « Vos lettres montrent que vous connaissiez les préparatifs, il rnanegcjio, du coup monté contre les Huguenots, bien avant l'événement. II eût été bon que vous en eussiez instruit en temps Sa Sainteté. » Vaticano, Francia, N° 283. Le 24 août, Salviati écrivait, dans sa dépêche au cardinal de Come:« Che molli siano consapevoli del l'alto, é necessario, potendogli dire que à 21 la mattina, essendo col Cardinal di Bourbon et Mon"' di Monpensieri, videi che ragionevano si domesticamente dî quelle che doveva seguire, che in me medesinio restando confuso, conobi che la pratica andava gagliarda, et più tosto disperai di buon fine che allramenli. » Qu'est-ce que Salviati entendait par ces mots : quello che doveva seguire? Non le massacre général des Huguenots, assurément; mais l'assassinat de Coligny et peut-être le meurtre de quelques autres clicls du parti. Pour être comprise, cette dépèche doit être comparée avec celles qui suivirent.
2. Cardinal de Corne à Salviati, 23 août, Vaticano, Francia, n" 283.
thélemy, Grégoire XIII n'a encore aucun soupçon d'un plan de Catherine de Médicis contre les Huguenots, Il est tout à la joie de ce que la paix ne soit pas troublée entre la France et l'Espagne. Déjà il avait assuré la cour de France que, de son côté, Philippe II ne songeait aucunement à la guerre ^ .
« Les documents, dit un historien protestant de la Saint-Barthélémy, prouvent donc que les événements du 24 août se sont accomplis en dehors de l'influence romaine ; les relations de Salviati surtout s'accordent d'une manière remarquable avec les aveux du duc d'Anjou ; elles excluent par conséquent l'hypothèse de la préméditation, ainsi que celle dune entente préalable avec Rome ^. »