‹ Études de critique et d'histoire religieuse (volume 2)Chapitre 125 sur 168 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3. ■ Per la felicissima nova délia destruttione délia seltaUgonolana.»

la papauté, la Saint-Barthélémy marquait surtout le triomphe du catholicisme sur l'hérésie. La défaite des protestants à Paris équivalait, dans l'esprit de la politique pontificale, à la défaite des Turcs dans les eaux de Lépante. N'était-il pas naturel que le pape se réjouît hautement d'un succès remporté sur des hommes qu'il considérait, non sans raison, comme les plus redoutables ennemis de l'Église? Les félicitations auxquelles Charles IX pouvait avoir droit vinrent plus tard; le cardinal Orsini fut chargé de les porter à Paris *.

Du reste, il y a quelques raisons de croire que la joie de Grégoire XIII ne fut pas sans mélange, ni durable. Lorsqu'il connut la vérité, et dans la. mesure où il la connut, il réprouva, nous dit-on, les coupables.

Vers la fin d'octobre ou au commencement de novembre 1572, l'homme qui avait arquebuse l'amiral Coligny le 22 août, vint à Rome et fut amené au Vatican par le cardinal de Lorraine. Cette visite impudente fut vivement blâmée par plusieurs, et Grégoire XIII s'en montra très irrité. « C'est un assassin, » s'écria-t-il, en parlant de Maurevel ^. On peut juger par là. ce semble, du sentiment que dut lui inspirer l'attentat du 24 août '.

Ce sont les expressions de la plaquette déjà citée : Ordine délia processione fatla dal sommo Pontifice nelV aima cilla di Roma, Roma,

i. Voir, sur ce point, de Thou, Histor. sut temporis, lib. LIV, où l'on peut observer l'embarras de Charles IX, confus des louanges qu'on lui décernait pour sa prudence.

i. H. de la Ferrière [,ouv. cit., \). cxvi) cite ces paroles d'après l'entretien que Masimilien eut avec Vulcob au mois de novembre •1372 (Bibliothèque nationale, Cinq cents Colbert, ms. 397).

3. Daims Brantôme, le Souverain Pontife aurait jeté le blâme sur

ÉTLDES DE CRITiniE. 17

Résumons-nous.

L'attentat du 24 août 1572 fut un crime purement politique. C'est par une sorte de vue rétrospective et par une interprétation faussement complaisante qu'on l'a attribué au zèle religieux de Catherine de Médicis et de Charles IX. La jalousie amère que Catherine nourrissait contre Coligny fut la seule cause des coups qu'elle porta à l'amiral et à ses coreligionnaires. « Il est maintenant avéré, remarque un historien, que les motifs d'un crime aussi épouvantable furent petits et bas ^ »

la Saint-Bartliélemy. Cet auteur raconte (Œuvres complètes, Paris, 1868, t. IV, p. 306) qu'il a « ouy dire à homme d'honneur, qui pour lors estoit à Rome et qui en sçavait des secretz, que quand on luy (au pape) en apporta des nouvelles, il en jetta des larmes, non pour joye qu'il en eust, comme force gens font en cas pareil, mais de deuil, et quand aucuns de messieurs les cardinaux qui estoient près de luy remonstroient pourquoy il pleuroit et s'attristoit ainsi d'une si belle despesche de ces malheureux gens, ennemis de Dieu et de Sa Sainteté : Hélas! ce dist-il, je pleure la façon dont le Roy a usé, par trop illicite et défendue de Dieu, pour faire une telle punition. » Ce récit est sans nul doute sujet à caution. D'une part, Brantôme suppose que le pape alors régnant était Pie V, mort depuis plusieurs mois. A la rigueur, comme il écrivait longtemps après les événements, cette erreur de détail pourrait être attribuée à une défaillance de sa mémoire. Mais, ce qui est plus grave, l'émotion qu'il prête au Souverain Pontife ne ressemble en rien à la joie que signalent les documents officiels, tels que les dépêches de l'ambassadeur Ferais. Faut-il donc rejeter dans le domaine de la légende les larmes versées par Grégoire xni à la nouvelle des cruautés exercées contre les Huguenots le 24 août? Brantôme, cependant, en appelle au témoignage « d'un homme d'honneur ». Le moyen de tout concilier ne serait-il pas de supposer qu'après s'être livré à la joie, le pape, plus tard mieux informé, déplora la façon dont Charles IX avait frappé les ennemis de l'Église?

I.Boutaric,L« Saint-Barthélémy, d'après les Archives du Vatican, dans Bibliothèque de l'école des Chartes, 5« série, t. III (1862), p. 27. Une preuve que Catherine ne voulut frapper en Coligny et ses coreligionnaires que des ennemis politiques, c'est qu'elle trouvait nu-

Si la religion y est demeurée, au moins dans le principe, absolument étrangère, il n'y a pas lieu d'en faire remonter la responsabilité aux papes Pie V et Grégoire XIII.

A la vérité Pie V donna aux maîtres de la France, touchant les Huguenots, des conseils d'extermination qui déconcertent nos idées modernes sur la tolérance religieuse. Mais les moyens dont il préconise l'emploi sont, il faut bien le reconnaître, d'une parfaite légitimité : ce sont la guerre ouverte et les armes loyales : aperte et libère oppugnare. Prétendre que Catherine de Médicis ou Charles IX furent, le 24 août, les interprètes de sa pensée, serait violer la logique et dénaturer les faits. Du reste, il déclara nettement, un jour, qu'il ne pouvait approuver qu'on « fît mourir par pratiques Coligny et les principaux chefs huguenots ». C'était désavouer par avance la Saint-Barthélémy.

Les sentiments que témoigna Grégoire XIII à la nouvelle de l'événement seraient malaisés à justifier, s'il était établi qu'il connût les circonstances dans lesquelles s'accomplit l'attentat. Il n'y vit sans doute d'abord que le triomphe éclatant de l'Église. Il est possible que le résultat l'ait aveuglé quelque peu sur

turel qu'Elisabeth agît de même à l'égard des calholiques qui la gêneraient. La conversation qu'elle eut sur ce sujet avec Walsingham est significative : • Quand nous aurions fait mourir tous ceux de nos sujets que nous penserions qui nous voudraient mal faire et attenter à notre personne et État, nul ne s'en devrait altérer ni pour cela s'en départir de notre amitié, non plus que nous ne nous étions mis en peine quand la dite reine (Elisabeth) avait fait exécuter ceux qui l'avaient voulu troubler et attenter à elle; et ne nous altérerions jamais de voir qu'elle fit en son royaume (comme il lui était permis de faire) faire exécution quand il y en aurait qui la voudraient troubler, comme ceux-ci nous avaient fait et voulaient encore faire; et quand ce serait contre tous les calholiques, nous ne nous en empêcherions ni altérerions aucunement l'amitié d'entre elle et nous. • Correspondance diplomalique de La Molhe-Fénelon, t. VII, p. 347.

les moyens mis en œuvre pour l'obtenir. Comme il prit sûrement au sérieux, d'après les rapports officiels qui lui parvinrent, la prétendue conspiration huguenote, il n'est pas surprenant qu'il ait félicité Charles IX d'avoir eu recours à des voies extraordinaires de répression^.

De la sorte s'expliquent également toutes les manifestations de sa joie, les Te Deum d'actions de grâces, la médaille commémorative, et les peintures de Vasari.

Son impression première se modifia-t-elle avec le temps? Nous savons, du moins, qu'il réprouva l'assassinat de Coligny. C'est là, ce semble, un indice des sentiments de tristesse ou d'horreur que l'attentat du 24 août, mieux connu, a pu lui inspirer.

1. Nous ne contestons pas que Grégoire XIII se soit réjoui de la destruction des Huguenots, plus encore que du salut de Charles IX et de sa famille. Ce que nous voulons faire entendre, c'est que le pape crut à la nécessité et à la légitimité des mesures de répression emp loyées par la royauté. S'il encourage Charles IX à « cheminer dans c ette voie... et à purger entièrement son royaume de la peste iiuguenote », il faut sous entendre que ce sera par la guerre ouverte, comme Je voulait Pie V, et non par un guet-apens caractérisé, semblable à la Saint-Barthélémy. Il n'y a pas lieu d'établir une différence, à cet égard, entre la mentalité de saint Pie V et celle de Grégoire XIII.

Le procès de Galilée, dont les détails sont maintenant à portée du public lettré, était resté, jusqu'en ces derniers temps, comme une sorte d'énigme irritante qui déconcertait la curiosité des érudits et favorisait l'hostilité des ennemis de l'Eglise. On connaissait bien, depuis le xvii* siècle, le décret de condamnation porté par l'Inquisition le 22 juin 1633 contre l'infortuné savant, et la formule d'abjuration^ qu'il avait dû prononcer à genoux dans la grande salle des Dominicains de Santa Maria sopra Miner\>a. Sa correspondance, publiée de 1842 à 1856 par les soins d'Alberi^, jetait une abondante lumière sur les événements qui ont précédé, accompagné ou suivi la sentence. Mais les procès-verbaux du procès :

\. Riccioli, Almagestum novum, é'I. Bolosiie, 1053, t. Il, p. 49" sq. (traduction latine); Venluri, Memorie e Icltere inedile fmora o disperse di Galileo Galilei (texte italien original), Modéne, 18-21, t. Il, p. 171 sq. Cf. Galileisludien, Historich-theolorjische Untersuchungeu liber die Urtheile der rômischen Congregationen in Galileiprocess, Regensburg, 1882, p. 131-137.

2. Le Opère di Galileo Galilei, Firenze, 184-2-183(3, 16 vol., y compris le Supplemento.

interrogatoires de l'accusé, rapports des théologiens consulteurs, lettres ou écrits divers qui servirent de base au jugement du Saint-Office, demeuraient ensevelis dans les archives secrètes du Vatican. Le manuscrit qui les contient fut apporté à Paris par les ordres de Napoléon P"", on ne sait pas exactement en quelle année. En 1846, le gouvernement de Louis- Philippe les rendit à Rome. Comme condition de cette restitution, nous dit Biot ^ , on exigea du Saint- Siège la publication des documents. Pie IX chargea de cette œuvre si désirable le préfet des archives vaticanes, M^"" Marino Marini, qui donna en 1850 le résultat de son travail sous ce titre : Galileo e l'Inquisizione, Memorie storico-critiche. Son ouvrage ne répondit pas malheureusement à l'attente du monde savant. Au lieu du texte du Procès, on n'y trouva que des documents écourtés, des phrases tronquées, qui permettaient de croire à des réticences intéressées. L'œuvre était à reprendre. Un Italien, Alberi^, et un Allemand, le D"" Cantor, sollicitèrent en vain l'honneur d'interroger à leur tour le manuscrit. Un Français, moins suspect sans doute à la cour de Rome, Henri de l'Epinois, fut plus heureux. Grâce à l'obligeance du P. Theiner, il put en publier les passages les plus importants dans un article de la Revue des questions historiques (juillet 1867), se bornant pour le reste à des indications sommaires ^. Ce n'était pas encore assez pour contenter l'opinion publique. Celle-ci ne fut enfin satisfaite que lorsque parurent, presque en même temps (1877), en France

Page 1