‹ Études de critique et d'histoire religieuse (volume 2)Chapitre 136 sur 168 · Lettre du 12 mars 1610. Le Opère, t. VI, p · texte numérisé non relu

Lettre du 12 mars 1610. Le Opère, t. VI, p

cette allégation injurieuse, Galilée sollicita de Bellarmin une attestation qui lui permît de fermer la bouche à ses ennemis, en rétablissant les faits. Le témoignage du cardinal figura plus tard au procès de 1633. En voici la teneur : « Galilée n'a abjuré ni entre nos mains ni en celles de personne autre, à Rome ou ailleurs, que nous sachions, aucune de ses opinions ou doctrines, alcuna sua opinione o dotf/7na;il n'a pas non plus reçu de pénitences salutaires, ni d'autre sorte; on lui a seulement notifié la déclaration faite par notre Saint-Père et publiée par la Sacrée Congrégation de l'Index, où il est marqué que la doctrine attribuée à Copernic, à savoir que la terre se meut autour du soleil, et que le soleil se tient au centre du monde, sans se mouvoir de l'orient à l'occident, est une doctrine contraire aux Saintes Ecritures, et que par conséquent on ne peut la défendre ni la soutenir ^ . »

On remarquera que les termes dont Bellarmin se sert dans cette lettre pour prohiber la doctrine copernicienne sont moins explicites et moins rigoureux que ceux du procès-verbal des séances du 25 et du 26 février. Ut omnino abstineat hajusmodi doctrinam et opinionem docere aut defendere seu de ea tractare, disait la note du 25 février : nec eam [opinionem) de cetera quovis modo teneat, doceat aut defendaty verho aut scriptis, était-il observé dans la séance du 26. Or Bellarmi», le 26 mai, laisse de côté les mots d'apparence si précise : ut omnino abstineat... de ea tractare... verbo aut scriptis^ et se borne à déclarer que ce qui est interdit, c'est de dé-

1. Von Gebler, Die Acten, p. 91; ms. du Procès, fol. 427.^ette attestation est datée du 26 mai 1G16.

fendre et de tenir l'opinion de Copernic, non si possa defendere ne tenere.

Ces divergences, qui ne vont assurément pas jusqu'à la contradiction, mais qui peuvent marquer des nuances assez délicates de pensée, furent relevées plus tard par les juges du procès de 1633 ^ . On ne saurait s'étonner qu'elles aient attiré également l'attention des critiques. Quelques-uns en ont même conclu que les textes des procès-verbaux du 25 et du 26 février avaient été forgés après coup, pour mettre Galilée en faute et le perdre plus sûrement ^. Ce sentiment, qui a obtenu quelque faveur même auprès d'un érudit tel que von Gebler, est aujourd'hui abandonné. Von Gebler, après avoir lu le manuscrit du procès, a hautement reconnu que les textes prétendus apocryphes étaient d'une authenticité indubitable^.

Mais, si le loyal critique ne fait pas difficulté de les admettre, par contre il estime qu'ils ne pouvaient être invoqués dans le second procès, d'abord parce qu'ils ne s'accordent pas avec la lettre de Bellarmin qui est un document hors de conteste, ensuite parce qu'ils ne portent pas les signatures requises pour leur validité juridique.

La concordance entre ces textes et la lettre de Bellarmin n'est pas textuelle. Est-ce à dire pour cela qu'on ne puisse les interpréter dans un même sens? On a la preuve certaine que les adversaires de Copernic ne prétendaient pas interdire de développer sa théorie, pourvu qu'on le fît uniquement sous forme d'hypo-

1. Cf. Von Gebler, Die Acten, p. 88; ms. du Procès, fol. 424.

2. l'ar exemple Wohhvill, Der Inquisilionsprozcss des Galilco Ga- Hlei, 1870; cf. Von Gebler, Galileo Galiei und die rômiscke Kurie, 487G, p. 10^ sq.

Page 1