Le Opère, t. VI, p
4. Le 8 juin 1624, par exemple, Urbain VIII adressait au grand-duc de Toscane, Ferdinand II, un bref qui contient un magnifique éloge de Galilée; il déclarait avoir « une affection paternelle pour cet homme illustre dont la renommée resplendissait aux cieux et se répandait par toute la terre, car à son mérite scientiûque et littéraire se joignait une ardente piété ». Le Opère, t. IX, p. 60. Le pape lui dédia un traité : intorno aile api; cf. Le Opère, t.IX, p. 97, 103, etc.
adresse au prince Cesi, on voit que l'œuvre était presque achevée. Elle ne parut cependant qu'en 1632 , sous ce titre : Dialogo di Galileo Galilei Linceo Matematico sopraordinario dello Studio di Pisa e Filosofo e Matematico Primario del serenissimo Granduca di Toscana : doçe nei congressi di quattro giornate si discorze sopra i due Massimi Sistemi del Monda, Tolemaico e Copernicano, proponendo indetenninatamente ragioni filosofiche e naturali tanto per l'una quanto per Valtra parte.
La publication avait souffert d'énormes difficultés. Galilée aurait souhaité de le faire imprimer à Rome. Mais le P. Riccardi, maître du Sacré Palais, qui avait si bien accueilli le Saggiatore, reconnut que l'auteur, dans ce nouvel ouvrage, loin de proposer le système de Copernic comme une hypothèse mathématique, en parlait en termes qui formaient \\n essai de démonstration scientifique. Il ne fallait pas songer à le mettre au jour dans cet état. Le P. Riccardi proposa donc d'y introduire certaines corrections, que Galilée admit en principe. L'autorisation d'imprimer lui fut accordée à ces conditions ^
Bientôt cependant, par suite de circonstances qu'il serait trop long d'indiquer ici. il fut contraint de remporter son manuscrit à Florence. Là il le soumit à l'examen de l'Inquisiteur, qui lui donna V Imprimatur, sans les réserves qu'avait faites le P. Riccardi. C'était un succès, ce semble, mais un succès qui pouvait devenir dangereux. N'était-il pas à craindre que Rome ne jugeât sévèrement le procédé de l'Inquisi-
\. cf. Le Opère, t. VI, p. 374, lettre de Galilée à Cioli; Von Geblcr, Die Aclen, 52 sq.; nis. du Procès, fol. 387 sq.
tion florentine? Pour comble d'imprudence, Galilée mit en tête de son livre, avec Y Imprimatur de l'Inquisiteur et du vicaire général de Florence, celui du P. Riccardi, qui n'avait été accordé que sous conditions et conditions non remplies ^ .
Il suffisait d'ouvrir le volume pour comprendre les justes appréhensions du maître du Sacré Palais. Les interlocuteurs du dialogue s'appelaient Sagredo, Salviati et Simplicio : les deux premiers, savants amis de Galilée, l'un Florentin, l'autre Vénitien, déjà morts, soutenaient le système copernicien ; le troisième, dont le nom avait été emprunté à un commentateur d'Aristote, défendait la théorie de Ptolémée. Mais il était visible que Simplicio ne jouait son rôle que pour la forme ; les raisons qu'il alléguait ne servaient qu'à mettre en valeur la force des arguments de ses contradicteurs 2.
Dès que l'ouvrage fut connu à Rome, il souleva une tempête de colères et de réclamations. On devine d'où venait ce « fracas », comme parle Galilée 3. « Il a écrit son livre contre le sentiment commun des péripatéticiens"*, » disait le P. Scheiner. Ce que l'auteur avait le plus à redouter, remarque à son tour Campanella, récemment sorti des prisons du gouvernement espagnol, « c'était la violence des gens qui ne savent rien^! »
\. Cf. Von Gcbler et le ms. du Procès, loc. cit.
2. On accusa Galilée d'avoir mis les arguments l'avorables à Ptolémée « dans la bouche d'un sot », in bocca di un sciocco. Cf. Von C,ebler, Die Acten, p. 56; ms. du Procès, fol. 389 v°.