VIII AVERTISSEMENT
cation, des Études qui n'ont guère de lien entre elles.
Ce travail nous a procuré l'occasion de retoucher certains points de détail que le feu de la critique avait atteints. Trois mémoires [les Origines du symbole des Apôtres, l'Église et les Ordalies, les Papes et la Saint-Barthélémy) ont subi de la sorte des remaniements assez notables. Mais ces retouches — le lecteur pourra s'en convaincre — sont de pur appareil extérieur. Nous maintenons fermement, quant au fond, toutes nos conclusions premières.
l«f janvier 1905.
On admet assez communément aujourd'hui que le Credo, connu sous le nom de Symbole des Apôtres, n'est pas l'œuvre des Apôtres. La doctrine contenue dans cette règle de foi n'est pas en cause ; il s'agit uniquement du formulaire lui-même K Tout le moyen âge. à remonter jusqu'à Rufin, lui a attribué une origine apostolique. Cette tradition, déjà vieille de plus de mille ans, fut interrompue au xv^ siècle, à l'occasion de la tentative d'union faite entre l'Eglise latine et l'Église grecque au concile de Florence. Dès le début des négociations, en 1438, pendant que les Pères siégeaient encore à Ferrare, comme les Latins invoquaient l'autorité du « Sym-
i. Adolf Harnack, dans une étude intitulée : Materialen ziir Geschichte und Erklârung des alten rômischen Si/mbols aus der clirisllichen Lilteralur der zwei erslea Jahrhunderte, en appendice iiBibliothek der Symbole und Glaubensregeln der alten Kirchc, du docteur Halin,3« édit., Breslau, 1897, p. 3iJ4-390, a démontré que les éléments du Symbole des Apôtres se trouvaient mot pour mot dans la littérature ecclésiastique des deux premiers siècles.
bole des Apôtres », les théologiens grecs, notamment Marcos Eugenicos, archevêque dEphèse, s'étonnèrent de cette référence et dirent nettement : « Pour nous, nous n'avons pas et nous ne connaissons pas de Symbole des Apôtres \ '> Cette déclaration fut un coup de surprise. Tombée dans le domaine public, elle fut recueillie et exploitée par le fameux sceptique Laurent Valla, qui écrivit un libelle, d'ailleurs dépourvu de science et de critique, contre l'origine apostolique du Credo latin. La question fut, depuis lors, maintes fois reprise et discutée. On peut voir dans Kattenbusch ^ la bibliographie du sujet largement exposée. Nous ne ferons qu'indiquer ici les noms des principaux écrivains qui ont contribué à i'éclaircir. Au xvn'' siècle, le savant Jacques Usher inaugura la critique histoiùque de la légende, en groupant les textes les plus anciens qu'il put recueillir, et en publiant deux manuscrits importants du Symbole, l'un grec, l'autre latin, tous deux apparentés au texte du Credo romain que Rufin nous a transmis ^. On ne s'étonnera pas que le xix'' siècle ait essayé de résoudre méthodiquement et définitivement le problème. Les recherches les plus impor-
4. 'HpLEt; oÛTE eyotiEv ovxz o'(6a[ji.Ev cûfjiêoXov xwv àrtouTÔXwv. Cf. D. G. Monrad, Die ersle Kontraverse ûber die Ursprung der apostol. Glaubensbekenntnisses. Laurenlius Valla und das Konzil zu Florenz. Ans der Danisclien, von A. Miclielsen, 1881, p. 173.
2. Katleribuscli, Das apostolische Symbol, seine Enlstehung. seine qesrhichllicher Sinn, seine ursprungliche Slellung in Kullus und in der Théologie der Kirche. I.eip/is- 18!W-1S)00, l. I, p. 1-37.
3. Usserius, De romanae Ecclesiae Si/mbolo apostolico vetere aliisque fidei formulis lum ab occidenlalibus lum ab orienlalibus in prima calechesi cl baplismo proponi solilis dialriba, lGtT;dans les OEuvrcs complètes, t. VU, p. -2!)" et seq. Nous aurons l'occasion de citer plus loin les deux manuscrits découverts et publiés par Usher.
tantes faites en ce sens ont été entreprises par un savant norvégien, C. P. Caspari (f 1892), qui se proposait de combattre la légende ancienne, renouvelée, corrigée et augmentée par l'imagination du célèbre Grundtvig, « le prophète du Nord » (1783-1872) ^ Caspari meurt avant d'avoir pu utiliser tous les matériaux qu'il avait amassés ^. Mais son ouvrage forme une véritable mine, que se chargèrent d'exploiter tour à tour les savants étrangers. En Allemagne, G.-L. Hahn, A. Harnack, Zahn, Baûmer et finalement Kattenbusch, sont ses tributaires 3. L'Angleterre l'avait devancé, et plus tard le suivit dans le même ordre de recherches; mais les travaux réunis de Ilarvey, de Heurtley, de Ffoulkes, de Lumby, de Swainson, de Hort •*, constituent
i. Grundtvig enseignait que le Syml)Ole des Apôtres avait été communiqué de vive voix par le Seigneur lui-même aux Apùtres, et qu'il avait été transmis oralement pendant les premiers siècles. Sur Gruiultvig, cf. Kaftan, Grundtvig der Prophet des \oi-dens, IS16; cf. Kattenbuscli, ouv. cilc, 1. 1, p. 20, note.
2. L'ngedruckle, unbeachlete, und ivenig beachtele Quellen zur Ge schichte des Taufsymbols und der Glaubensregel, trois volumes, publiés séparément en 186G, 18Gf), 1875. En 487i), il jtuljlia encore : Alte und neue Quellen -zur Gescliicltte des Taufsymbols und der Glaubensregel, et, plus tard, qucl(|ucs autres ouvrages, moins importants pour le sujet qui nous occupe. Cf. Kattcnbuscli, ouv. cité, t. 1, [). 18-19.
3. G.-L. Hahn, Bibliothek der Symbole und Glaubensregeln der allen Kirche, i' cdit., 1877; 3» édit., 1897, Breslau; A. Harnack, jlpostolisches Symbolum , dans la seconde édition de Herzogs Realencyhlripâdie der protest. Théologie, I, 505 et seq.; Zalin, Glaubensregel und Taufbckenntnis in deralten Kirche, dans Zeitschrift fiir kirchl. Wissenschaften und kirchl. Leben, éd. I.utlioud, 1881, p. 30-2 et sq., et Das apostoîiche .S'v>n6o/, 18!i3; Baùmer, Das apostoliche Glaubenbekennlnis, seine Geschichte und sein Inhalt, iS93.
4. Harvey, The history and théologie of the three Creeds, 185V, et A history of the earlier formularies of the failli of the western and eastern Churchesto which is added an exposition of the Athanasian Crced, 18U2; Ffoulkes, The Athanasian Creed,by luhoni written and by whom published, irihtother inquiries on Creeds in gênerai, 1872; Lumby, The history of tite Creeds, 1873, 3« éd., 1887; Swainson, The Nicene and Apostles' Creeds, etc., 1875; Hort, Two Disertations, no-
à peine l'équivalent de son œuvre comme contribution à l'histoire du Symbole des Apôtres. Les principaux ouvrages que le D' Burn a censultés pour écrire son Introduction to the Creeds ^ , qui a paru en 1899, sont celui de Caspari et, subsidiairement, ceux de Hahn, de Zahn et de Kattenbusch. Ce dernier [Das apostolische Symbol] reprend l'œuvre de Caspari et essaie de la mettre au point. Les ouvrages de Hahn, de Kattenbusch et de Burn fournissent, à eux seuls, tous les éléments nécessaires pour une information exacte et une rigoureuse discussion ^.
LE Credo romain : sox usage, sa formule
AU IV*^ SliiCLE.
L'enseignement du Credo formait à l'origine un secret, un mystère, intimement lié aux exercices de l'initiation chrétienne. On dispute sur la question de savoir si le Symbole était proprement une règle de foi ^. A coup sûr, il n'était pas une règle de foi
tamment la seconde : Conslanlinopolilan Creed and other eastern Creeds of the fourlh century ,■ IS'O.
i. An Introduction to the Creeds and to the Te Demn, London, 1899. Depuis celle époque, M. Burn a publié quelques articles sur le même sujet.
2. En France, nous ne connaissons d'ouvrage sérieux sur ce sujet que Le Symbole des Apôtres de Micliel Nicolas, Paris, 1867 (élude qui a l)icn vieilli), et l'article de MS'' Batili'ol dans la iîei'Me biblique, t. UI (189i), p. 30-"Jl. Cf. Ernioni, Histoire du Credo, dans collection Science et Religion, 4903.
3. « Uass Rom das Symbol zur régula fidei erlioben hal, ist indirekt nacli allen Indizien klar, » dit Kattenbusch, ouv. cité, t. H, p. 84. Cf. sur celle question [Ibid.) le chapitre intitulé : Die Slellung des Symbols bei Tertullian, p. 53 et seq.
publique, à la manière des canons dogmatiques conciliaires. Il constituait pour l'initié, pour le fidèle, un gage secret de son orthodoxie, un mot d'ordre, à l'aide duquel il pouvait distinguer entre les vrais et les faux chrétiens qui se présentaient à lui.
La transmission de ce mot d'ordre faisait partie de la préparation au baptême. Grâce aux sermons de saint Augustin et aux Ordines du Sacramentaire gélasien, nous pouvons reconstituer les exercices de cette initiation, tels qu'ils se pratiquaient à Rome au IV* siècle \ Les séances que l'on y consacrait portaient le nom de scrutins : au vii*= siècle, elles étaient au nombre de sept; il se peut qu'au iv*^ siècle elles aient été moins nombreuses. Elles avaient lieu pendant le carême. Les fidèles étaient avertis, par avance, des jours de scrutin, notamment du premier. On l'annonçait ainsi, à la messe stationnale, du haut de l'ambon : Scrutinii diem, dilectissimi fratres, quo electi nosti-i divinitus instruantur, imminere cugnoscite. Ideoque sollicita deçotione, succedente sequente illa feria^ circahoram diei sextant, convenire dignemini, etc. ^. A la première séance, les « élus », c'est-à-dire les catéchumènes qui désiraient recevoir le baptême, « les compétents », comme les appelle saint Augustin, donnaient leurs noms, que l'on inscrivait sur un registre.
1. • Les sermons ad Compe<en/es de saintAugustinfn'" 56-39, 112-110) peuvent représenter l'usage romain, car l'Afrique suivait, pour le baptême comme pour les autres rites, l'ordre en vigueur à Rome. » Ducliesne, Origines du culte chrétien, 2« édit., p. 287, nolel. Le Sacramentaire gélasien, tel que nous l'avons, représente les usages du vu» siècle, mais Kaltenbusch estime, non sans raison, que la partie atVérente à l'initiation clirétienne remonte beaucoup plus haut, et sans doute au iv siècle. Cf. Das Apostolische Symbol, t. I, p. 48-51.
2. Lib. 1, n° 29 : Denuntialio liro scrutinio. Migne, P. L., t. LXXIV, col. 1084.
Dans un des scrutins suivants s'accomplissait la cérémonie de la iraditio Symholi. L'acte était solennel. Il était précédé et suivi d'une allocution du prêtre. « Recevez, nos très chers, le sacrement du symbole évangélique, inspiré par le Seigneur, institué par les Apôtres, dont les paroles sont brèves, mais les mystères sont grands... D'un esprit attentif apprenez le Symbole, et ce que nous vous donnons comme nous l'avons reçu, inscrivez-le, non sur une matière sujette à se corrompre, mais sur les pages de votre cœur ^. »
On remarquera que le Symbole était transmis oralement et non par écrit. Rufin, saint Augustin et saint Cyrille nous apprennent que c'était la coutume rigoureusement suivie en tous lieux-. Au iv siècle et auparavant, les docteurs et les Pères de l'Église commentent le Credo; jamais ils n'en donnent le texte authentique. Saint Pierre Chrysologue, archevêque de Ravenne, disait encore au v^ siècle : « Que votre esprit garde et que votre mémoire conserve ce
1. • Dilectissimi nobis, accepturi sacramenta baptismatis... accedite; suscipientes evangelici symboli sacramentum a Domino inspiratum, ab apostolis institulum... Intentis ilaque animis symbolum discile, et quocl vobis, sicut accepimus, tradimus, non alicui maleriae, quae corrumpi potest, sed paginis vestri cordis, ascribite. • Ordo 35, Ihe Gelasian Sacrameiitary, éd. Wilson, -1894, p. 53; Lilurgia romana velus, Muratori, p. 539-540; Migne, P. L.,t. LXXIV, col. 1080 et sq.
2. « Quod Symbolum nostis quia scribi non solet. » August. Serm. 214, n» 1. • Nec ut eadem verba Symboli teneatis uilo modo debelis scribere ; sed audiendo prediscere : nec, cuiii didiceritis, scribere; sed memoria seniper lenere atque recolere. • Ibid., Serm. 212, i\° 2. • Idcirco denique haec non scribi chartulis aut membranis, sed retineri credcntium cordibus iradiderunt (Apostolii. ut certuni esset liaec neiuiiicm ex leclione, quae interdum iiervenire etiam ad fidèles solet, sed ex Aposlolorum traditione didicisse. • Rufin, Commenta): in Symbol. AposloL, cap. u. Cf. Cyrill. Hierosolym., Catech. V, 12.
gage d'espérance, ce décret du salut, ce symbole de vie, cette sauvegarde de la foi, de peur qu'un vil papier ne déprécie ce don précieux de la divinité, de peur qu'une encre noire n'obscurcisse le mystère de la lumière, de peur qu'un étranger indigne et profane ne tienne le secret de Dieu ^ . »
A iorigine, l'Eglise de Rome était bilingue. Les catéchumènes se groupaient, pour la traditio Srjniholi, suivant leur langue. Chaque groupe était présenté séparément au prêtre par l'exorciste ou le lecteur chargé de cette fonction. Le prêtre demandait : Quâ linguâ confitentur Dominum nostruin Jesum Christian ? Le lecteur répondait : graece ou latine. Le célébrant récitait alors, d'abord en grec, puis en latin, les formules du Symbole que nous donnons dans le tableau ci-joint :
l'axciex credo romain