G. Kurth, Clovis, t. I, p
comme un pouvoir de fait reconnu exclusivement par les cités qui préféraient sa domination à celle de tout autre chef militaire. Le centre du pays qui, en 486, reconnaissait son autorité était le Soissonnais, que son père avait déjà tenu en sa puissance !. Reste à savoir comment Syagrius, qui était resté dans l'ombre, pendant que le comte Paul et Childérie défendaient la Gaule romaine attaquée par les Wisigoths et les Saxons, s’imposa plus tard aux cités qui avaient dû leur salut au roi des Francs. Affaire de diplomatie ou de force, sans doute. Égidius avait laissé à son fils un héritage de gloire. Celui-ci parvenu à l’âge d'homme, en aura profité pour » opposer au général barbare l'autorité d'un civilisé, d’un Romain? ». Et la région située entre la Somme et la Seine, ou peut-être même outre-Seine, se sera peu à peurangée sous son égide.
Ce ne fut pas sans üne résistance opiniâtre que le roi des Francs lui aura cédé la place. « S'il en est ainsi, dit M. Kurth, la tradition qui fait fuir Childéric devant un général romain ne serait pas tout à fait dénuée de vraisemblance : il suffirait d'y remplacer le nom d'Égidius par celui de son fils. Les treize années qui s'écoulent de 468 à 481 offrent un espace de temps assez long pour embrasser tous les revirements racontés par la légende. Les historiens qui tiennent à raconter quelque chose de celle-ci seraient donc bien inspirés s’ils en cherchaient l’origine dans les relations hostiles que Childéric doit avoir eues avec le comte Syagriusÿ. »
1. Grégoire de Tours, Hist. Franc., Il, 27. Cf. Kurth, Clovis, p.231 sq. 2. Kurth, tbid., p. 217-218. 4 3. Ibid., p. 218.
Nous rattachons à ces conflits plus ou moins continus le siège ou les attaques que les Francs dirigèrent pendant cinq ans contre Paris, suivant le biographe de sainte Geneviève!. Il ne paraît pas que Childérie, après son départ, ait mené régulièrement une telle campagne?. Mais ses troupes ou les bandes qui s’en détachaient se répandirent autour de la eité et la tinrent perpétuellement en haleine.
Ils en rendirent surtout le ravitaillement difficile. Vint un moment où les vivres manquèrent. Il fallut aller chercher au loin, très loin, les provisions nécessaires à la vie. Paris mourait de faim. C’est alors que Geneviève fut encore une fois sa providence.
Les routes de terre, sillonnées par les bandes franques, n'étaient pas sûres. Les convois qui auraient été a menés par cette voie .risquaient d’être interceptés. Il était plus pratique d'utiliser le cours de la Seine. En aval, les bateaux pesamment chargés auraient eu peine à remonter le courant. Geneviève
4. Le texte B 33 donne: quinos per annos, ut aiunt; la version A. porte : per bisquinos, ut aïunt, annos. :
2. M. Krusch (Neues Archiv,t. XVIII, p. 24) et Narbey (op. cit., p.24) rattachent le siège de Paris par les Francs au règne de Childéric: d’autres, notamment Kohler (Etude critique sur le texte de la vie latine de sainte Geneviève, p. LXxXxXIV-LXxxXVI, note), G. Kurth (Clovis, t. 1, p. 245) et Lesêtre (Sainte Geneviève, p. 106 sq.), le placent sous Clovis. Dans la dernière hypothèse le fait aurait eu lieu au plus tôt entre 486 et 495; Geneviève, née vers 420, aurait eu soixante-dix ans. C'est un bien grand âge pour les déplacements si pénibles que raconte son biographe (Vita B 33-39). La première hypothèse nous paraît à tous égards la plus probable. L’armée de Clovis, victorieuse de Syagrius en 486, n'aurait pas tenu, sans triompher, devant Paris un siège de dix ans, ni même de cinq ans. On s'explique, au contraire, font bien que les Francs rejetés par Syagrius au-delà de la Somme aient poussé des pointes contre Paris à diverses reprises pendant que le général gallo-romain était occupé ailleurs:entre 468 et 484. Il est bien entendu que les Francs ne tinrent pas, à proprement parler, un siège en règle. Le biographe de sainte Geneviève emploie le mot « siège » dans un sens large.
se décida à prendre le fleuve en amont et à se rendre en Champagne, où elle estimait qu’elle trouverait ce dont elle avait besoin. Embarquée, à la grâce de Dieu, avec de hardis bateliers qu'accompagnaient sans doute plusieurs prêtres, en tout cas un prêtre nommé Bessus?, elle se fit suivre de toute une flottille.
Arrivée à un endroit dangereux, qu'on ne désigne pas autrement, sa barque faillit chavirer. Un arbre couché sur le fleuve, peut-être un barrage, rendait
la navigation impossible. Geneviève fit signe aux
bateliers de s'approcher prudemment de la rive. Là elle se mit en prière et ordonna de couper l'arbre. Ses compagnons attaquèrent aussitôt l'obstacle à coups de hache. Le barrage céda et s'en alla à la dérive. La flottille put ainsi continuer tranquillement sa route. ni
Après avoir traversé Melun et Montereau, Geneviève quitta la Seine à Romilly et remonta l'Aube jusqu'à Arcis ‘. Sa réputation de thaumaturge avait pénétré jusque dans cette région. À peine était-elle débarquée à Arcis, que l’un des chefs de la ville, nommé Pascivus, accourut au-devant d'elle et la conjura de venir visiter sa femme qui était paralysée
4. Peut-être cette région était-elle, selon son sentiment, tout à la
ois plus riche en provisions et moins exposée aux incursions des bandes pillardes.