AU IV^ SIÈCLE
L'enseignement du Credo formait à l'origine un secret, un mystère, intimement lié aux exercices de l'initiation chrétienne. On dispute sur la question de savoir si le Symbole était proprement une règle de foi ^. A coup sûr, il n'était pas une règle de foi
tamment la seconde : Constantinopolîtan Creed and other eastern Creeds of the four thcentury,i%1Cu
1. An Introduction to the Creeds and to the Te Deum, London, 1899. Depuis cette époque, M. Burn a publié quelques articles sur le même sujet.
2. En France, nous ne connaissons d'ouvrage sérieux sur ce sujet que Le Symbole des Apôtres de Michel Nicolas, Paris, 1867 (étude qui a bien vieilli), et l'article de W Batiffol dans la Revue biblique, t. III (189i), p. 30-31. Cf. Erraoni, Histoire du Credo, dans collection Science et Religion, 1903.
3. « Dass Rom das Symbol zur régula fldei erlioben hal, ist indirekt nach allen Indizien klar, » dit Kattenbusch, ouv. cité, t. Il, p. 84. Cf. sur cette question [Ibid.) le chapitre intitulé : Die Stellung des Symbols bei Tertullian, p. 53 et seq.
[publique, à la manière des canons dogmatiques conciliaires. Il constituait pour l'initié, pour le fidèle, un gage secret de son orthodoxie, un mot d'ordre, à l'aide duquel il pouvait distinguer entre les vrais et les faux chrétiens qui se présentaient à lui.
La transmission de ce mot d'ordre faisait partie de la préparation au baptême. Grâce aux sermons de saint Augustin et aux Ordines du Sacramentaire gélasieriy nous pouvons reconstituer les exercices de cette initiation, tels qu'ils se pratiquaient à Rome au iv^ siècle ^ Les séances que l'on y consacrait portaient le nom de scrutins : au vii° siècle, elles étaient au nombre de sept; il se peut qu'au iv® siècle elles aient été moins nombreuses. Elles avaient lieu pendant le carême. Les fidèles étaient avertis, par avance, des jours de scrutin, notamment du premier. On l'annonçait ainsi, à la messe stationnale, du haut de l'ambon : Scrutînii dienij dilectissimi fratres, quo electi nostri diçinitus instruanturj imminere cognoscite. Ideoque sollicita devotione, siic^ cedente sequente illa feria, circahorain diei sextam^ convenire dignemini, etc. ^. A la première séance, les « élus » , c'est-à-dire les catéchumènes qui désiraient recevoir le baptême, « les compétents », comme les appelle saint Augustin, donnaient leurs noms, que l'on inscrivait sur un registre.
•1. «Les sermons rtd Comijeiejiies de saint AugustiaCn»» 36-39, 112-li6) peuvent représenter l'usage romain, car l'Afrique suivait, pour le baptême comme pour les autres rites, l'ordre en vigueur à Rome. » Duchesne, Origines du culte chrétien, 2e édit., p. 287, noie 1. Le Sacramentaire gélasien, tel que nous l'avons, représente les usages du VII" siècle, mais Kattenbusch estime, non sans raison, que la partie afférente à l'initiation chrétienne remonte beaucoup plus haut, et sans doute au iv« siècle. Cf. Das Apostolische Symbol, t. I, p. 48-51.
2. Lib. I, n° 29 : Denuntiatio pro scrutinio. Migne, P. L., t. LXXIV, col. 1084.
, Dans un des scrutins suivants s'accomplissait la cérémonie de la traditio Symboli. L'acte était solennel. Il était précédé et suivi d'une allocution du prêtre. « Recevez, nos très chers, le sacrement du symbole évangélique, inspiré par le Seigneur, institué par les Apôtres, dont les paroles sont brèves, mais les mystères sont grands... D'un esprit attentif apprenez le Symbole, et ce que nous vous donnons comme nous l'avons reçu, inscrivez-le, non sur une matière sujette à se corrompre, mais sur les pages de votre cœur ^ . »
On remarquera que le Symbole était transmis oralement et non par écrit. Rufin, saint Augustin et saint Cyrille nous apprennent que c'était la coutume rigoureusement suivie en tous lieux ^. Au iv siècle et auparavant, les docteurs et les Pères de l'Église commentent le Credo; jamais ils n'en donnent le texte authentique. Saint Pierre Chrysologue, archevêque de Ravenne, disait encore au v^ siècle : « Que votre esprit garde et que votre mémoire conserve ce
1. « Dilectissimi nobis, accepturi sacramenta baptismatis... accedite; suscipientes evangelici symboli sacramentum a Domino inspiratum, ab apostolis institutum... Intcntis itaque animis symbolum discile, et quod vobis, sicul accepimus, tradimus, non alicui materiae, quae corrumpi potest, sed paginis vestri cordis, ascribite. » Ordo 35, The Gelasian Sacramentary, éd. .Wilson, 1894, p. S3; Liturgia romana vêtus, Bluratori, p. 539-340; Migne, P. L.,i. LXXIV, col. 1089 et sq.
2, « Quod Symbolum noslis quia scribi non solet. » Àugust. Serm. 214, n» l. « Nec ut eadem verba Symboli tenealis ullo modo debetis scribere ; sed audiendo prediscere : nec, cum didiceritis, scribere; sed memoria semper tenere atque recolere. » Ibid., Serm. 212, n» 2. « Idcirco denique haec non scribi chartulis aut membranis, sed retineri credentium cordibus Iradiderunt (Apostoli), ut cerlum esset haec neminem ex lectione, quae interdum pervenire etiam ad fidèles solet, sed ex Apostolorum traditione dldicisse. » Rufin, Commentar. in Symbol. Apostol., cap. ir. Cf. Cvrill. Hierôsolym., Catech. V, 12.
gage d'espérance, ce décret du salut, ce symbole de vie, cette sauvegarde de la foi, de peur qu'un vil papier ne déprécie ce don précieux de la divinité, de peur qu'une encre noire n'obscurcisse le mystère de la lumière, de peur qu'un étranger indigne et profane ne tienne le secret de Dieu ^ »
A l'origine, l'Église de Rome était bilingue. Les catéchumènes se groupaient, pour la traditio Symholij suivant leur langue. Chaque groupe était présenté séparément au prêtre par l'exorciste ou le lecteur chargé de cette fonction. Le prêtre demandait : Quâ linguâ confitentar Dominum nostrum Jesum CJunstum ? Le lecteur répondait : graece ou latine. Le célébrant récitait alors, d'abord en grec, puis en latin, les formules du Symbole que nous donnons dans le tableau ci-joint :
l'ancien credo R03IAIN