Greg. Turon., Hist. Franc, lib. III, cap
de tous respects, et l'épiscopat une puissance devant laquelle la royauté peut s'incliner sans trahir ses droits. On a signalé sous son règne plusieurs élections épiscopales, l'une à Angers \ l'autre à Bayeux^, où son intervention est passée sous silence. Il ne faudrait peut-être pas attacher trop d'importance à cette observation, parce que les hagiographes ont d'ordinaire uniquement à cœur d'établir que leurs héros ont été canoniquement élus, sans entrer davantage dans les détails dé l'élection. Mais, ce qui paraît sûr, c'est que Childebert n'intervint pas dans les nominations des évêques, au détriment des droits du peuple et du clergé. L'élévation de saint Paterne ou saint Paër sur le siège d'Avranches lui est attribuée, en même temps qu'au peuple de la cité 3. Sa conduite dans l'élection de Chartres, après la mort d'Ethérius, est plus caractéristique encore. Le peuple était divisé sur le choix du successeur. Divers noms étaient proposés. Childebert, par une inspiration divine, nous dit un historien, donna sa préférence au moine Lubin. Cette décièion entraîna toutes les volontés. Quelques évêques seuls protestèrent contre cette élection, sous prétexte que l'élu était atteint d'un cancer au nez, qui le défigurait. La raison n'était pas sans gravité; toutefois, sous la pression de
1. « Tune universitate populi concordante... ad pontîficalemgradum, duce Christo, concordanter eligitur, qui honorem debitum sacerdotii consecutus «letc. Venant. Fortunat., FitaAiôim, cap. 9, ap. Mabillon, Acta SS., 1. 1, p. 103.
2. « Cum 8 vita abiisset Baiocensis civitatis episcopus, clerus omnis et populus sanctum Vigoreni sibi petiit episcopuni. Dei ergo nutu el œultorum pontiGcum favore episcopus ordinatur. » Vila Vigoris, ap. Bouquet, t. III, 422.
3. « Âd supplicationem tam plebis quani principis Abrincas, pastore decedente, (Palernus) successit. » Vita Paterni, cap. 5, ap. Mabillon, Acta SS., 1. 1, p. 143.
la volonté populaire et des acclamations unanimes, les prélats durent procéder au sacre de saint Lubin. La volonté royale avait prévalu, mais elle était conforme à celle des électeurs ^ . Quand l'évêque de Lyon, Sacerdos, se sentit proche de sa fin, il voulut mettre son siège, qui allait bientôt vaquer, sous la garde de Childebert. « Je désirerais, lui dit-il, que mon neveu Nicétius, digne à tous égards d'une telle faveur, me succédât. Accordez cette grâce à votre vieux serviteur, avant qu'il s'en aille. » Le roi répondit : « Que la volonté de Dieu soit faite !» Le peuple de Lyon ratifia cet accord du prince et du pontife, et Nicétius fut ordonné évêque ^. Dans tous ces exemples il est manifeste que Childebert se montre respectueux de la volonté et des droits du clergé, sans se relâcher néanmoins de ses droits de souverain et sans abandonner aucune des prérogatives attachées à la couronne. En fait, on ne saurait prouver qu'aucune élection épiscopale ait eu lieu ou ait sorti son effet dans son royaume avant d'avoir obtenu son autorisation, le decretum ou précepte royal.
1 . « Cum de successore ejus \aria esset inquisitio. » Donc opéralion électorale. Childebert en est averti. Plusieurs noms lui sont sans doute proposés. En tout cas, Dieu « cor régis inflexit ut de beato Leobino monacho, ... PontiOcem in successorem eligendo, regale daret decrelum. Universi namque qui aderant beatum Leobinum non solum a rege sed a Dec electum... consono ore et concordi voie conclamare coeperunt, eum cathedra episcopali in successione afFore dignum. In bac ergo electione cum universus assentiret populus... voce omnium unanimiter conclamantium... vir sanctus secundum Dei dispensationem et populi electionem ordinandus decernitur •• Vîta Leobiniy cap. 14, ap. Mabillon, Acta, 1. 1, p. 118.
2. « Respondit rex : Fiat voluntas Dei. Et sic pleno régis et populi suffragio episcopus Lugdunensis ordinatus fuit. » Greg. Toron., Vitae
LES ELECTIONS ÉPISCOPALES. i4S
Mais que pensait l'Église de cette intervention ordinaire de l'État dans les élections épiscopales, sous le gouvernement des fils de Clovis?
Il faut remarquer tout d'abord qu'on n'aperçoit plus dans l'attitude de l'épiscopat rien qui rappelle celle de l'évêque de Sens vis-à-vis de Clovis. Personne ne songe à reprocher aux rois d'intervenir dans la nomination des évêques. Des pontifes tels que Gall de Clermont et Domnolus du Mans, dont la piété est hors de conteste, acceptent, sans honte et sans scrupule, le siège épiscopal que leur assigné leur souverain, A mesure que la royauté grandit, on voit sans étonnement son influence s'étendre sur les affaires ecclésiastiques, aussi bien que sur les choses purement temporelles. On va même jusqu'à reconnaître dans cette intervention des princes une preuve de leur piété. Les Pères/ du premier concile d'Orléans (511) se félicitent d'avoir été convoqués par Clovis pour le bien de la religion, et cette formule de reconnaissance se retrouve sous la plume du secrétaire d'un autre concile, réuni quarante ans plus tard (549) dans la même ville ^. Les évêques faisaient d'autant plus volontiers des avances à la royauté, qu'ils comptaient sur son appui pour réprimer les abus que le peuple avait introduits dans les élections épiscopales. Mais les abus que commit à son tour le pouvoir royal arrêtèrent ce beau mouvement. Afin