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Études de fleurs et de fruits

G est au milieu des Heurs qu habitent l’innocence et la paix; les fleurs font le charme de la vie; elles intéressent également si on les considère sons le rapport de leur organisation , ou sous celui de leur éclat, ou de leurs formes élégantes. La science s’est emparée de ce premier aspect , et l’art n’a pas négligé le second ; aussi, que de chefs -d’œuvres de peinture ne nous a-t-elle pas transmis jusqu a ce jour!

Le Recueil que nous présentons ne le cède en rien à tous ceux du même genre : c’est le fruit des études d’un artiste recommandable, de madame Y incent , élève de nos plus grands maîtres. On y reconnaîtra facilement un génie et une exécution qui navaienl besoin que d’être dirigés dans la bonne route pour atteindre la perfection. Il eut été impossible que le goût ne se fut pas associé à tant de grâces et de talens , aussi toutes ses compositions en offrent la preuve et la certitude : de jolis insectes voltigent sur ses fleurs, sur ses fruits. G est une diversité charmante. Le choix en est admirable ? et la légèreté de sa touche semble dérobée à la nature même. Ses dessins, traduits sur le cuivre par M. Lambert, sou beau-frère, n’ont rien perdu de leur finesse et de leur élégance. Le burin estimé de cet artiste a rivalisé de correction et de pureté avec le pinceau de sa sœur , et il en est résulté un tout séduisant qui fait grand honneur a tous deux.

Une nomenclature isolée de chaque fleur ne présenterait ici qu'un intérêt fort médiocre. Ce recueil étant destiné particulièrement aux jeunes demoiselles qui, par goût, aiment à voir et à imiter la belle nature, c est a madame Vincent qu'il est réservé d’opérer le charme qui doit résulter de sou ouvrage, par la seule vue de ses dessins. Nous nous contenterons ici, pour procurer quelques délassemens à ses jeunes élèves, de Considérer les fleurs en général sous deux points de vue qui nous semblent neufs, celui de la science et celui de I art : peut-être en résultera- t-il encore queiqu’utilité ; car il n'est jamais inutile de bien connaître ce que l’on admire.

Les fleurs charment également toutes les nations de la terre; et pendant que le Chinois cultive sa jolie rose de Bengale, le Hollandais sa double tulipe, 1 Anglais son oreille-d’ours, le Portugais son immortelle, et le Français son lys majestueux, l'habitant de l'Indoustan laisse Pédalant, nénuphar se pencher sur sou visage olivâtre; la noire beauté du Congo enlace son front d’ébène de tubéreuses plus blanches (pie la neige; et l’orgueilleuse Espagnole de Lima regarderait connue incomplète la gothique richesse de son costume sans le bouquet de fleurs odorantes.

A la vue d'un parterre émaillé de toutes sortes de fleurs , ne ressent-on pas une joie bien douce PN^éprouve-t-on pas une satisfaction que tout autre aspect ne procure pas à ce degré? Sa us doute ce sont ces belles couleurs et ce parfum suave qui déterminent chez nous ce sentiment de plaisir.

Vn aurait puissant nous engage à les réunir prés de nous; ei tous les ans elles reviennent nous offrir le meme spectacle , et nous procurer les mêmes sensations. Comment cela s’opère-t-il ? Voilà ce que la science nous apprend.

Une (leur sur une plante annonce toujours une reproduction du même individu. Toutes les pièces qui composent cette fleur contribuent a son développement et a ce lmt «le reproduction; voilà la première fin dune (leur. La seconde est d embellir l'habitation de l'homme , de le récréer. La nature les a semées avec profusion sur ses pas; il les cueille au bord îles ruisseaux, dans les déserts et sur les plus hautes

montagnes.

Ainsi l’homme solitaire, au milieu de son étroite habitation , na qu à lever les yeux, de son parterre sur son verger , de sa prairie sur ses bosquets , partout cetle belle végétation se présente à lui sous l'aspect le plus riant , et graduellement encore , comme pour perpétuer ses jouissances.

En effet, le printemps, couronné de perce-neige , commence la fête; ses décorations se composent d'hépatiques, de prime-vères, de violettes, de beaux narcisses et de riches anémones

Celles-là font place aux couronnes impériales, aux lilas cl a beaucoup d autres. Dans nos jardins , les arbres en espaliers, non moins fleuris, forment comme une ceinture brillante, coupée çà cl Ut par les arbres fruitiers a hautes et basses tiges , sur lesquels les couleurs les plus tendres se mélangent agréablement arec la verdure naissante. Au milieu de tout cela l’on voit monter le feuillage des rosiers, des lys ,

des juliennes : leurs tiges et. leurs boutons se fortifient par des accroissemens

insensibles; c’est là que se font les préparatifs des parures de l’été.

L’automne ensuite étalera ses pyramidales, ses balsamines, ses reines-marguerites et cent autres espèces; alors, réfléchissant à tout cet ensemble , l’on conviendra que la fêle s’est continuée sans interruption et sans ennui.

Eriliu l’hiver ramenant ses frima ts et ses brouillards épais, baissera s<»n non rideau sur la nature, et procurera ainsi à la terre épuisée , le repos nécessaire pour recouvrer de nouvelles forces. Cependant, malgré ses rigueurs, l’art fera encore éclore dans nos apparteraens la jacinthe et le narcisse ; ainsi le printemps et 1 automne semblent se donner la main.

Les fleurs sc composent toutes , à peu de choses près, des mentes parties; elles sont plus apparentes flans quelques-unes , et beaucoup moins dans quelques auties. Ces parties sont : le calice qui soutient tout X édifice. Le lys n en a pas. La corolle est cette belle partie colorée que nous nommons vulgairement fleur. Les petales sont les feuilles de cette fleur. Les étamines sont les petits filets surmontés dune espèce de petite pelotte ou boite qui contient une poussière jaune. Le pistil s élève ordinairement au milieu des étamines, et se termine par X ovaire où se forme la graine et le germe de la plante qui doit succéder. Tel est actuellement la marche d’une fleur dans son développement. Un petit boulon se présente, c’est le calice parfaitement clos. La chaleur du soleil et l’humidité de la terre déterminent tout le travail. Ce boulon grossit peu à peu; il s’entr’ouvre ; la corolle se laisse apercevoir; elle se déploie, s’épanouit et laisse apercevoir les étamines et le pistil, qui, tout joyeux de leur liberté, présentent l’aspect le plus charmant. Tout s’embellit et se prépare pour

la grande solennité Le moment est arrive, le germe n’attend plus que la vie. Le

soleil dans dans tout son éclat préside à la fête L air est calme, le soufle tu

zépliir agite et balance légèrement le rameau fleuri : le mouvement est donué..... Cette poussière jaune qui s’échappe des étamines, se porte sur le pistil et vivifie aussitôt les semences qui, sans ce mélange, eussent été imparfaites , et jamais n’auraient pu produire un nouvel individu.

Voilà ce que la science a remarqué dans toutes les fleurs en général , depuis la plus simple jusquu la plus brillante. Celte dernière qualité ne la point séduite; ses observations se sont étendues plus particulièrement sur leur milité.

L'homme, cependant, ne s’est pas contenté de ces simples richesses delà nature. Ces fleurs des champs notaient point assez belles pour lui; il a fallu, au citadin opulent, dans ses palais de marbre , des parfums recherchés , des lieu rs analogues h cette magnifiée u ce. C’est donc pour le satisfaire que Y art, enfant du luxe , a cultivé avec un soin minutieux 1 anémone , la tulipe et d autres fleurs simples despiaiiics.

Enfin 1 histoire naturelle, célébrée par tous les arts, est devenue une puissance nouvelle. La peinture, en plaçant sous nos yeux ces merveilles, a fait oublier les distances qui nous en séparaient L homme de goût s empressa de les recueilli! ; et Fart de peindre les fleurs et les fruits se perfectionna. L’artiste encouragé , cherchant à pénétrer les secrets de la nature , devint naturaliste , et tout en traçant les caractères distinctifs de chaque fleur, fixa sur sa toile laU i Inde, la fraîcheur, les grâces fugitives qu’elles reçoivent des caresses de 1 aurore et, delà douce rosée, lous les degrés qui forment les lalens supérieurs firent du peintre un habile fleuriste qui , sous la forme élégante d’un bouquet arlistement enlacé, nous offre des fleurs aussi intéressantes pour les sciences que pour les beaux arts. Parcourons nos galeries, nous verrons :

J. Van H disse n , ccl homme incomparable qui ne sut tirer aucun parti de ses connaissances, eL qui ne travailla que pour la gloire et nos plaisirs ;

J. B. Monoyer et Baptiste, que Louis XIV encouragea, ayant bien apprécié leurs

taleus ;

Van Spaudouck qui, de nos jours, a fait uuc science de cet art enchanteur, et qui a formé des émules dignes de lui ;

Redouté qui a consacré ses pinceaux faciles et moelleux aux détails desplantes, et à qui nous devons des collections intéressantes;

\an Daël enfin, dont les productions ne le cèdent a aucun des anciens.

Ce n'est rien que cela, nous dira cependant l’amateur fleuriste. Veuez voir mes

plates-bandes! mes rares tulipes! Voilà la nature vivante, la belle nature.—

Sans doute tout cela est admirable, mais vos plattes-bandes sont dune régularité ,

d une monotonie assommante L’artiste est guidé par un sentiment exquis du vrai

et du beau : il s’empare des effets de la nature, de ses oppositions, de ses harmonies. La rosée ne brille-t-elle pas sur ses fleurs? Le soleil ne les colore-t-il pas en les reflétant; il s’est plu surtout à varier et à grouper avec goût toutes ses richesses; et la gentillesse de cotte humide fleurette que vous écartez avec mépris de vos plates-bandes, ne contraste-t-elle pas encore fort agréablement, par sa simplicité , avec ces orgueilleuses beautés ? honneur à la peinture , charme de nos loisirs, qui flatte si agréablement nos yeux et notre imagination !

Mais laissons à chacun ses jouissances exclusives; si 1 amateur fleuriste fait éclore un prodige, le peintre le reproduira sur sa toile; et nous pourrons 1 admirer longtemps encore après qu'il u existera plus. Tout est donc pour le mieux, et pour notre plaisir et pour notre instruction.

La rose, la tulipe , l’anémone sont de trop belles fleurs pour ne pas obtenir ici une petite mention particulière. La rose! combien d idées charmantes ue fait-elle point naître !

La rose est la (leur chère oux dieux :

Dans ses cheveux Hrbè la pose;

Elle ueclar qu'on boit aux eieux M'est rien que le suc de la rose.

La tulipe se multiplie par ses graines ou par ses caïeux. Sa graine donne un petit

oignon qui ne Henri! qu'au bout de cinq ou six ans. Ce n'est qu'avec le temps quelle acquiert de belles couleurs. Cette plante exige des soins inouïs ; il faut la garantir et des pluies et des ardeurs du soleil; voilà r:c qui constitue une belle tulipe. Cette Heur ne mérite aucune estime quand elle est extrêmement petite, pointue ou camuse. Ses feuilles doivent s’ouvrir avec grâce et régulièrement, toujours au nombre de six, ni plus nî moins, larges et de bonne étoilé. Les paillettes ( ccsi le nom des étamines, dénomination trop commune pour une belle de cette importance) sont mieux de couleur brune qu autrement , parce que ce ton laisse briller les couleurs de la fleur; le pistil se nomme ici pavot 11 importe peu de quelle couleur il sc rencontre. Trois choses constituent la belle tulipe : la couleur principale , les traits jaunes ou blancs qui la traversent, ce que Von nomme le panache, enfin les filets noirs qui servent à faire mieux ressortir le panache. Tout en cette belle fleur est pour les yeux , et rien

pour l'odorat.

Il en est une autre espèce qui est odorante : ses formes sont moins belles que celles de sa compagne; mais son parfum la fait rechercher de quelques amateurs.

L* anémone n est pas moins estimée que la tulipe. Vers 1640, un célèbre fleuriste nommé Bachelier, l’apporta des Indes. Pendant dix ans, il ne voulut en donner ni en vendre à personne. Un conseiller au parlement , grand amateur, fut le voir en sortant du palais , revêtu de sa longue robe; tout en causant avec M. Bachelier, cette robe effleura les anémones, de telle sorte que la graine s y attacha facilement. Le valet malin releva adroitement ce pan de robe indiscret, et y retint ainsi ce trésor. Quelque temps après, M. Bachelier fut bien étonné de voir sa fleur se multiplier dans tons les jardins, sans en avoir donné une seule graine. Ainsi furent punis 1 avarice et la bizarre fantaisie de M. Bachelier.

Il résulte de ces petites considérations que pour bien peindre la fleur , il est indispensable d’en connaître toutes les parties, tous les détails, en un mot, toute

l'organisation (1).

Sans doute le choix des plus belles fleurs, des plus riches, des plus brillantes , indique un goût rafiné et très-délicat ; mais la simple fleur, la fleur du botaniste* bien rendue dans toute sa vérité, a également sou mérite. Le Recueil de madame Vincent ne laisse rien à désirer à cet égard. Les plus belles fleurs cultivées, telles que ses roses , ses tulipes , ses anémones n éclipsent en aucune manière les plus simples : leur contraste est au contraire fort agréable , et cette réunion de monstres (2) , charmans et de beautés sans prétention , est bien faite pour séduire les amateurs.

( t ) L’on trouvera tous ces détails dans un Augustin Legrand , i8'K>.

(u) Les botanistes appellent monstres toutes feuilles, les (leurs de Pécher doubles, etc,.,., se reproduire par leurs graines.

pelit ouvrage intitulé ; Loisirs des jeunes Demoiselles , par

les fleurs que la culture a doublées, comme la Rose à cent En effet , la plupart de ces belles fleurs sont incapables de

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