ACTION ET RÉACTION DES MOTS PRÉSENTS
§ l®^ — MORPHOLOGIE LEXIOLOGIQUE.
La morphologie lexiologique vient en aide aux racines attributives; elle y joint des racines pronominales ou d'autres racines attributives pour arriver à son but, qui consiste :Vk exprimer un sens nouveau, 2® à exprimer des modifications de sens, 3® à différencier les diverses parties du discours, 4° à convertir ces parties du discours l'une en l'autre.
Nous étudierons d'abord sa fonction de différenciation des diverses parties du discours, puis les autres qui se confondent dans l'emploi des mêmes moyens.
Certains auteurs donnent à la morphologie lexiologique, aux dépens des suivantes, un domaine beaucoup plus étendu, suivant nous exagéré. A leur compte, il ne resterait plus aux deux autres branches de la morphologie que la déclinaison dans les substantifs et la conjugaison personnelle dans les verbes, tandis que l'expression des temps^ des modes, des voix appartiendrait à la lexiologie. Les grammaires pratiques, au contraire, la restreignent beaucoup trop en plaçant dans
la morphologie le tableau des adverbes, des noms de nombre, etc.
A. — Fonction de différenciation des diverses parties
DU discours.
Il n'exista primitivement que deux parties du discours : i^\ù verbe, 2° \di particule adverbe de lieu. C'est de leur développement que sont nées les autres. Toutes deux sont représentées par des racines pures : celle de la particule, pronominale, très légère; celle du verbe, attributive, phonétiquement plus lourde.
La première différenciation qui se produit est celle du verbe en verbe, en substantif et en adjectif par l'intermédiaire de l'infinitif et du participe.
Cette différenciation se fit par plusieurs procédés, tantôt en cantonnant, lorsqu'il existait des racines synonymes, l'une au rôle de substantif, l'autre au rôle d'adjectif, ce qui est l'œuvre que nous avons déjà décrite de la morphologie statique, plus souvent en joignant au verbe une racine pronominale différente, suivant qu'il devait faire fonction de substantif ou de verbe, enfin en affixant une racine pronominale ou même attributive, mais vidée de son sens propre, au verbe, lorsqu'il devait devenir substantif ou adjectif.
Une autre différenciation se produisit dans la particule adverbe de lieu. Cette particule, après avoir marqué le lieu, avait indiqué le lieu idéalisé^ le temps, puis la quantité et la manière; elle avait dans un autre sens signifié le repos et le mouvement, et la direction du mouvement, mais était restée adverbe. Elle se différencia bientôt, et avec l'aide de simples modifications phoniques elle produisit le pronom^ la préposition et la conjonction.
Le pronom à son tour, et daos certaines langues^ se différenciant, donna naissance à V article.
Ainsi sont nées peu à peu, par l'œuvre de la morphologie
lexiologique, les diverses parties du discours dont nous verrons ailleurs la nature essentielle.
Il ne reste en dehors que V interjection, qui appartient à la morphologie statique exclusivement.
Mais cette partie du discours a une place tout à fait à part; ce n'est pas proprement une partie de discours, mais à elle seule un discours entier, concret, subjectif, primitif et devenu à peu près fossile, dont nous nous occuperons dans la psychique.
Ce qui importait ici, c'était l'examen des procédés employés par la morphologie lexiologique pour parvenir à cette différenciation. Nous les avons indiqués, mais sans y insister, parce que nous allons les retrouver dans les fonctions suivantes.
B. — FONCTIOxN DE COx^îVERSION RECIPROQUE DES PARTIES