CHAPITRE PREMIER
PHONETIQUE STATIQUE.
La phonétique statique étudie les phonèmes au repos, mais elle ne les étudie point seulement séparés et analysés, mais
aussi réunis dans la syllabe, le mot et la phrase, toutefois avant que dans cette dernière position ils se soient mis en action réciproque.
En effet, le phonème isolé est une abstraction; on peut dire qu'il n'existe pas dans la nature et n'est que le résultat d'une analyse. L'homme ne prononce que par syllabe; cette syllabe, il est vrai, ne se compose souvent que d'un seul phonème ; mais souvent aussi elle en comprend plusieurs qu'on ne peut qu'artiliciellement séparer. La syllabe est donc l'wnité phonétique naturelle.
Mais les syllabes réunies forment le mot, les mots réunis forment la phrase, et si l'on peut parler par syllabes, en pratique on ne parle que par mots ou même par propositions intégrales. On prononce celles-ci tout entières et d'un seul coup, de môme que la pensée se forme d'un seul jet, et non par une juxtaposition d'idées.
Il faut donc étudier successivement, quand on s'occupe de phonétique statique : V \t phonème, 2^ la syllabe^ 3° le mot, 4^ la proposition bien entendu non en tant qu'exprimant une idée, mais en tant que présentant un agrégat divisible ou indivisible de phonèmes.
Ces unités, le phonème, la syllabe, le mot, la proposition, doivent être réparties en deux groupes.
4®' GROUPE : l'unité artificielle TésxAidSii seulement de l'analyse, le 'phonème,
2® GROUPE : les unités naturelles qui comprennent la syllabe, le mot, \di. proposition.
Quel fut l'ordre historique de ces unités? Le phonème isolé n'exista oralement dans aucune langue; un phonème ne peut se produire en cet état qu'autant qu'il peut former une syllabe à lui seul, ce qui, nous le verrons, est fort rare, même quand il s'agit de voyelles. Le phonème fut donc une unité abstraite et tardive.
Cela est si vrai que l'histoire nous en fournit une preuve frappante dans une science parallèle à la phonétique, la gra-
phique; les écritures sont syllabiques avant de devenir abécédaires.
Parmi les trois unités naturelles, il y en a une qui est antérieure aux autres, et elles suivent entre elles une gradation qui est précisément l'inverse de celle qu'on croit généralement exister. Le mot est antérieur à la syllabe; la proposition est antérieure au mot. Le point de départ, le concret, aussi bien phonétiquement que lexiologiquement, c'est la proposition entière. Le sanscrit lui-même ne fait de cette proposition, même très longue, qu'un mot unique par l'emboîtement des mots partiels en vertu de ses règles du Sandhi, Cette unité est encore mieux réalisée dans les langues polysynthétiqucs emboîtantes. L'homme illettré, chez nous, ne saurait souvent séparer plusieurs des mots de sa proposition, qui pour lui sont dans certaines locutions devenues indivisibles.
Nous n'avons pas l'intention de développer ici ce sujet très difficile, non plus que les autres parties de la linguistique ; notre seul but est de classifier rationnellement.
SECTION PREMIÈRE