L. B. Des pleurs ne peuvent èire perfides
L. H. Poiirqtioi donc? Voilà bien le ton tranchant de l'ig^norance . Assurément des pleurs peuvent être perfides , trompeurs 9 Hypocrites^ etc., comme ils peuvent être j//»cères^ véritables^ etc. JJ nV a poiiit de métonymie plus commune et plus autorisée*
(f^ Oui, les pleurs^feav^tèireperfide» > comme le silence l'est dans ces deux vers d'im poète aujourd'hui pea connu:
Fujci oesfanx amis dont la bouclie timide ,
N*a pou^ teiis les alïsens qu'un silence perfide.
Mais peuvent-ils être perfides à ce point "^ Il me semblé que cela ne peut convenir, qu'aux personnes. Perfide a C9 foint^yeiùXàxse^ je crois, qui pousse a ce point la per^ paie.
Ainsi les deuxdemmentateurs auraient tort , et le der^iiep plus encore que le premier, à qui Ton ne peut reprocher qup de n'avoir pas assez motivé ou développé sa critique.
^9 II vent que je vous void , et yens ne vouiez pas.
L. B. n faut absolument , quoiqu'on dise Louis Racine , etvikus ne le voulez pas*
G. P. La langpjB. exige ajbsolumeni , et vous ne le voulef pas* Lonis Ra^giAe sest a]|ontré box^ i&U et mauvais gram^ Aaâjtiep ^ ei^ ^Qulf^juuit io contraire* . * \
s8 , ETUDES
L. H. n était à propos de dire pourquoi ; car il n*j a poinf d'étranger qui n'entende dire h. tout moment dans la convei^ sation j Une vetUpas, pour Une le veut pas. Loui» Racine avoue qu'il j a faute 5 en disant que la vivacité de la pensée rend celte faute excusable. On doit dire à Louis Racine et aus étrangers : C'est précisément la poésie et le style soutenu qui interdisent cette ellipse 9 comme étant du langage familier, ce Tous' les jours je dis h. cet enfant d'étudier, ei il ne "veut » pas* » Toutes les phrases de ce genre sont permises dans la conversation ;. et c'est parce qu'elles y reviennent a tout moment , que le style noble les exclut*
5o Maïs Tons derez. Madame ^ espérer jusqu'au bout»
L. B* Jusqu'au bout 9 expression familière» L* H. Cela dépend de la manière dont elle est placée» Elle e9l familière dans ce vers ; l'est-elle dans celui-ci ?
à doue ju^u^au bout tu veuz^'ouipoiManer ^
Malbcureuse ! • • • »
paiDiB.
Cest au goât seul à distinguer ces légères quances , et le goût défend .en même temps d'analyser de petites choses qui ne doivent être que senties*
([Q^ Voltaire a , long-temps après Racine y employé jus^ gu'au iouidans ce vers d^Alzire:
Tu veux donc jusqu'au bout consommer ta fureur.
%t cette expression n*y manquerait pas de noblesse , si elle xi*y formait pas , à cèté de consommer^ un pléonasme peutêtre inutile*
3i Me feroDtoils souffrir tant de eruels trëpaff. Sans jamais aa tombeau précipiter mes pas.
Ce F* Trépas n'est pas usité au pluriel ; mais peut*étre n'y aurait-il pas d'ineonvénient k lui laisser en poésie les deux nombres, pour la commodité dé la versification. Cependant Racine, dans- 9^ bonnes pièces , s'étant abstenu de cette }î^
DE LA LANGUE FRANÇAISE. a^.
cence , parait Tavoir condamnée , et le plus sûr est d'imiter son exemple. H faut toujours prendre garde d'encourager la n^ig«ncedu poète ^ sous prétexte d'enrichir la langue poér tique.
^^ Pourquoi M. Geoffroy ne s'est-il pas toujours sou— ^ venu deœ principe? Et pourcpioi me suis- je tu si souvent obligé de le défendre contre lui? Gependant| de ce que Racine n'aura employé le niot trépas au pluriel que cette seule fois , je n'en conclurai pas qu'il en a condamné l'usage à ce nombre ; car enfin il n'est pas impossible qu'il ne se soit abstenu que par le dé£aut d'occasion* Au reste , si trépas ne se dit guère j ou même pas du tout y au pluriel , il n'en est pas de même de mort y que l'on trouve quelquefois à ce nombre, dans le sens de douleur, et dont l'Académie fournit cet exemple : La goutte lui fait sou^rir mille morts. Voltaire « Sen'* riade , chant X:
De ces nouyetax tyrans les ayides eoliortes Assiègent les maisons , en enfoncent les portes j Aux hôtes effrayés présentent mille morts» . . .
3s Ta ne l'ignores pas. Depnis le jonr infime. . . .
L. R. Uexpression de jour infâme est incorrecte. En général ^ le mot èi infâme ne peut entrer dans des vers nobles, si ce n'est de cette manière : Infâme ravisseur ^ Infâme est pour les personnes, et non pour les choses.
L* H. Jour infamie est une expression impropre, parce qu'il n'y eut en effet que dû malheur , et nulle infamie dans le mariage de Jocaste. Mais que dire d'un écrivain françaif qui nous assure magistralement K^infâme ne peut entrer dans des vers nobles j si ce n*est en l'appliquant aux per* sonnes ? Infâme se dit # tout ce qui est déshonorant et déshonoré^ des choses comme des personnes. Quoi ! l'on ne dirait pas dans la poésie la plus noble^ un infâme complot , une infâme perfidie > un infâme arlifice, un supplice i/s-* Jâm^ , etp. , etc. ?•••
3o ÉTUDES
Dont Vînf4fne avarice est la suprême loi.
ALZIAE.
A la porte d'Aman est déjà préparé D'un infâme trépas l'instrument exécrable.
SSTBEa.
On en citerait cent exemples , et il est incroyable qu*un boiniae qni commente Racine paisse les ignorer. On n*est point oblige de savoir ce qu'on n'a pas appris ; mais on ne l'est pas non plus d'enseigner ce qu'on ne sait pas , et c'est un amour-propre inexcusable de se donner pour maître d'une science dans laquelle on ne serait pas même un bon écolier.
33 Jusques au bord du crime ils conduisent nos pas ; Ils nous le font commettre , et ne l'excusent pas.
L. B. Pensée très-belle et en même-temps très-juste. Ce ▼ers a été depuis imité par M. de Voltaire, dans OEdipe :
Impitoyables Dieux , mes crimes sont les Vôtres , Et vous m'en punisses!
Ce monologue , comme le remarque Louis Racine , est digne de l'auteur de Phèdre.
L. H. Ils nous le font comme ure^ et ne l'excusent pas 9 n'est point une très^^elle pensée; cest un sentiment naturel et juste... Impitoyables dieux I etc* ^ peut être une imitation , si Ton peut appeler ainsi une idée qui se présente d'elle-même h tout moment dans le s\i]et d^ OEdipe ; mais les vers de Voltaire sont ici bien supérieurs à ceux de l'auteur de la Thèbaide. L'tm peut pardonner à l'amour filial ce que dit Louis Racine de ce monologue y qu'x7 est digne dé l'auteur de Phèdre ; mais le commentateur^ qui approuve ce jugement, n'a pas la même excuse. S'il se connaissait un peu mieux en vers, il saurait que ce inonologue n'est guère qu'ime déclamation en vers médiocres et souvent mauvais. On ne dit point sur le bord du crime, A fin d' en faire après est intolérable, et blesse également le goût , l'oreille et la langue , dans ces vers :
DE LA LANGUE FRANÇAISE. 3i;
PrenzLent-ilf donc plaisir à faire des coupables , jÉjin <V en faire après d* illustres misérables?
Affres est nile préposition ^ et non pas un ad^^erbe'^ si co n'est daos quelques phrases du style familier. Des criminels à qui le crime est doux , ne vaut pas mieux* La pensée est obscure ; le yers est dur et plat , etc.
34 Un s>ng digne des rois dont il est dëcoiilé, Uo béros pour i'État s*est lui-même i4nmolé.
LmB. Cest peut-être pour la première fois que découler est mis pour les personnes ; il ne faut jamais l'employer que pour les choses y soit au propre , soit au figuré*
L. H. Cette remarque est mauvaise de tout point. Le vers critiqué est très-vicieux ; mais la critique porte à faux. II ne s'agit point ici de Tapplication du mot découler aux choses ou aux personnes , et il est ridicule de nous apprendre que les personnes ne découlent point. Racine n*a point commis cette faute 9 trop grossière même pour avoir jamais été commise. Il a conservé le rapport exact de la figure dans les deux termes correspondans , sang et découler* Mais ces mots 9 est découlé , sont un solécisme , parce que le verbe découler n'a point de participe. On dit ^ soit au propre , soit au figuré , qu'une chose est écoulée: L'eau est écoulée , l'heure est écoulée \ mais on ne peut dire est découlée , parce que lo participe découlé , découlée, n'existe pas* Si Tusage l'a re-fusé au verbe découler^ on en trouvera la raison dans la logique des langues , qu'il serait trop long de développer ici. Il suffit que l'usage ait fait loi.
(1^3^ Si l'usage a refusé un participe passé au verbe dé--* couler, ce n'est sûrement pas sans quelque raison , et cette ' raison^ on la trouvera probablement dans la nature du verbe j qui est ce qu'on appelle un verbe neutre. Mais combien l'usage n'est- il pas bizarre à cet égard, et difficile ^ pour ne pas dire impossible, à concilier avec lui-même ! Dé^ couler n'a point de participe passé ; dormir ^ vivre y nuire , mentir, etc. , n'en ont p4s non plus, et mourir, aller, venir
3a ETUDES
oecourÎTi etc« ^ qui soi\t aussi neutres f en ont. Pourquoi cela ? De plus habiles que moi le diront peut-être.
35 A cet instant fatal ^ le dernier de nos princes^
L'bonnenr de notre sang^ l'espoir de nos proyinceS| Ménécée, en un mot, digne frère d'Hérnoo^ Et trop indigne aussi d*étre fils de Créon.
L. B. Indigne est pf is ici en bonne part; mais il ne peut être employé qu'en mauvaise part.
L. H. QyiHndigne ne soit employé ordinairement qu'ea mauvaise part , rien n'est plus vrai ; mais qu'il ne puisse pas être employé autrement ^ j'oserais en douter, et je n'en vois pas la raison. Etre digne et mériter , qui sont la même chose f se prennent également en bonne et mauvaise part : Etre digne de louange ^ digne de blâme \ mériter la mort', mériter le prix B la gloire ou la honte, etc. Pourquoi donc indigne n'aurait-il pas le même privilège ? Le yers de Racine est parfaitement clair, parce que Ton connaît assez Crcon et son fils pour ne pas se méprendre au sens da mot indigne, et c'est la seule condition que je croirais nécessaire pour employer ce mot en mauvaise part. Nous le trouverons encore dans Racine avec la même acception.
^1^^ C'est, sans doute, en bonne part , et non en mau^ y aise part , que le commentateur a voulu dire , en parlant de la condition qu'il croirait nécessaire pour l'emploi du mot indigne-, car c'est en bonne part qu'il est employé ici contre l'usage ordinaire* Et trop indigne aussi d être fils de^' Créon » c'est-à-dire, comme l'interprète Louis Racine, eê mine méritait pas le malheur d* avoir Créon pour père. Il n'est pas besoin d'une condition toute particulière pour employer en mauvaise part un mot qui ne s'emploie ordinairement qu'en ce sens. Mais en vain M. de Laharpe prétend-il justifier ici Racine contre Luneau ; en vain M. Gcof- . froy prétend-il non-seulement le justifier^ mais voir là une beauté , un heureux latinisme. L'usage est absolument contre Racine en faveur de Luneau , et c'est ce que prouve assez le Dictionnaire de l'Académie « en ne donnant pas Mu
DELA LAAGOE FRANC AÏSE* 33
Imt exemple iUnJigne 'çn bonne part , tandis' qu*il en éonne plusieurs de digne en mauvaise part cômnie en bonne* D'ailleurs, indigne pi!kt<^il i <Ians certains cas, se prendre en bonne par( | \i ne devrait pas du moins être modifié par l'adveibe trop , qui alors exprime une sorte de blâme et fait on [vrai contre--sens* Tfop indigne d'être fils de Crèorà signifie , i ta .lettre , méritant trop -, ou ne méritant que trop de n^'avoir.pas Créon pour pire ; ce qui.e&t,afasurde« puisqu'on ne, saurait trop roér^t^r de i>'avoir pas du nal'ti^e d'an scëlërat* L'emploi AHndigne en bonne part est"mbini lépréhenâble dans ces vers de Britannicus :
Si TOUS daignias., seigaenv» ^%pp«ler la mémoire. Dcf ^ptpu d'Ocuvîe m4igne;s de ce piix. , . ^
35 Les Jyitux sont trop ptiSféë du sfog dfe nténécée.* '
L. H. n n'estas inutile d'avertir ici pourquoi cette phrase^' ifls Dieux ^onf trop payés du sang^ eic, est vicieuse, et ne tend nuUenient la pensée de i sauteur. EUq 8ignifi^ en t»ôa firanjf^ i^l^es Dieux ont reçu le prix du sang de Méné^ qée et au-delà i et l'auteur vent dire : Ce 4fue nàûsd^^ viens at^x Pteux a été trop payé par le sang de Hleneoee,: Ce qoi la induit en ^rrcur, c^st qu en effet le verbe j
le qn pai
l* ai payé de ses bienfaits ^ pour dire^ Je lui ai payé Ta valeur de ses bienfaits . Il m^a payé dHngratitudè 1 pour dire , Il m'a payé avec V ingratitude^ Il a eté^paya de ses services , pour dire', // a reçu le prix de ses se fivices. Il et épé payé de mon argen$9.Y^m dire^ H a ,été fayéjavcc me^n argent. Mais quand ce verbe est suivi de la particule du s alors, il sj^nifie toujours , recevoir la valeur dui etc.: être payé du temps iju'on a employé ; étri^ poyé du zèle qu'on a montrée II n'y a d'exception que pour les mots qui expriment des valeurs en numéraire ou en nature^ et alors du est le synç^ijme de swTf comme daa3
ces phrases : 3* ai été payé du irésorpublicyje le paierai du produit de mes terres ^ de ceue vente, de mes bois, etc. % ce qui signifie , ^urle trésor public , sur le produit, etc.
S7 Mais , hélas I combien cher me yend-il cette j6ie t Et dans les premières éditions ;
Mais combien chèrement me Tend*il cette joie I -
L. H. Cette phrase est incorrecte ; il faut dire : Combien il me vend cher cette Joie ! Cher ne peut pas se séparer de vendre' l parce que vendre cher est ce qu'on appelle une phrase faite. Ainsi le root combien tombe sur le mot vendre ,' et signifie seulemciit <fu*il me vend cher.
(J;^ ClieresX. ici atdverbe^ pour chèrement, et il est sans douie susceptible des mêmes modifications que ce dernier. Or, le commentateur dira-t-il que combien tombe sur le terbe«' et non sur chèrement, dans les veirs des premières éiii^ons 7 .Si cher, joint à vendre, ne peut pas être modifié par combien , il ne pout donc, pas Tèire , non plus , par bien , par pltis , par trop , etc. , et ces deux mots vendre et cher ne peuvent jamais être séparés l'un de Taulre. Cepen* àant on voit tout le contraire dans ces exemples du Dictionpaire même de TAcadëmie : Vendre cher^ bien cher, trop cher ; vendre bien cher sa vie ; on le lui fera payer plus clier ^u'au marché. Et, en effet» clier ne signifie-t-if pas ici à. haut prix^ M.iis si Ton peut dire^ vendre à trop haut prix , à plus haut prix , suivant que le prix est trop haut ou plus haut, .pourquoi no dirait -on pas aussi « vendre trop cher, ou plus chéri
3d J*aiiraù même regret qa*il me quittât l'empirs.
L* H. et G. F, , d'après L. B. Me quittât l'empire n'est pas exact. Le verbe quitter ne comporte pas deux régimes. IVacine aurait pu mettre :
J'aurais même regret qu^il me eédkt l'empire.
CQ^ Sans doute qu'i^ le mettrait ftajourd'hui i mais il
parait que l'usage de son ievaps l'autorisait à mettre yii V/ ma fuiuâi. On peut eu juger par ces deux exemples du l^artufo ic Molière:
Et je ferai bien mieux de loi quitter la place.*. • Oa je Tait sur-le-champ vou9 quitter la partie»
n 7 a plus. Le Dictionnaire même de TAcadëmie , ëdition de 1798, donne un régime indirect à quitter, pris dans le sens de céder, de délaisser : Quitter tous ses droits » toutes ses prétentions à (fueU/u'un ; il lui a quitté tous les ef-^ Jets de cette succession ; quitter sa place à quelqu'un i il n*en quitterait pas sa part à un autres Mais je croirais que^ si,' en style d'afftiires et dans le style ordinaire, on peut employer quitter dans ce sens^ céder convient seul en poésie et dans le style soutenu»
39 tté bien ! Madame , bé bien ! qu^ Tiemie, et qn*on Inidonna Toutes le^ sûretés qu'il faut pour sa personne.
L» B. Le mot personne est ici à sa place , puisque nout disons : ha personne sacrée des rois ; le. roi commandes son armée en personne»,.* Il y aurait bien des choses à r&i> marquer sur ce mot. Quand il répond au nutlus des Latins^ il se dit noblement en vers ; mais alors il ne se met régulièrement qu'avec la négative :
Toutefois çn ces lieux je ne connais persoipiti.
MlTHaiDA-TCk
Nous disons noblement en prose ; exposer sa personne i |>our exposer ^ à vie '9 mais on; ne dirait |>oint en vers r Oe héros a cent fois exposé' sa personne^ Ptrso'na est em^ ployé par Cicéron dans le même sé6s-V^e nous donnons au mot perifonhe s mais peirsonà rxé se trouve pas dMis Vir* gile 9 et , s'il est dans Horace , il a rappon au théâtre , ( et 8*eiitend de Tactieur d'une pièce, on du rôle que^ joue un comédien» ) l^ersonnage , dans ce même sens > est noble en vers :
jy^Sk, nouTeau personnage inyentez«vous l^idée ?
JBOILBAV.
Mais on ne dit point en vers, de ffrandf persomiagesi qnoîqu'on dise noblement en pt^ose^ les gr»n,d€ pef^sonnages de l* antiquité. On ne dit point eu vers , en style noble 5 sot personne si chère , son aimable personne^
^l^^ Ces remarques ^ qui pourraient être mieoic liées enii'e elles, puisqu'elles portent sur le mèoi^ mot ou sur son synonyme, ne laissent pourtant pas d'être, justes et instruc* tivcs : elles peuvent contri}>uer <a faire sentir que le langage de la prose même la plus noble , n'est pas encore celui de la haute poésie» et que les termes qui conviennent à l'une ne conviennent pas toujours à l'autre» Boileau a bien employé le mol personne sans négative, dans son fameux Passage du Jihin 9 dont le style est asses élevé , et même asses épique : ,
Ils gàarcfaent droit au fleuve oîk Louis eo personoe. Déjà prêt à passer, instruit, dispose, ordonne.
Épiais il n'en est pas moins vrai » ce me semble, que soit ce nràl, iioit son «ynonyme personnage^ nesoi^t^g^ère fait^ que pour la poésie ^didacti<[De , ou ^ae pour U poésie fsunir liêre:
Parlons de sa pérsànhè , et laissons sa noblesse.
MoLièas*
Dom Pouroeaa raisonnait tn. snbtil personnagcm
Lafontaikb.
•Ou que, sHls ne sont pas précisément exclus de la haute yoésie , ee n'est pas sans précaution ni sans art ^'op peut les y faire entrer noblement*
Il est bon d'observer que ces deux mots, dan^ aucun cas. Mie peuvent se prendre indifféremment l'un pour l'autre; Personnese dit, en général, pour désigner un homme ou une femme 9 et peut s'appliquer k un individi^ quelconque de» deux seses, avec cette restriction, toutefois, qu'il ne doit s'entendre que d'une femme , lorsqu'il se trouve accompagné d() répithète/0»/se, belle on jolie, connue dans ces phrasesj.
c'est nne jeune personne; c*esi la plus belle , la plus jolie personne du monde n Personnage ^ dans le sens de personne , et sans rapport au théâtre , ne se dit que des hommes , janais des femmes » et , suivant qu'il est pris eu bonne ou en mauvaise part, donne à entendre que ces hommes se distinguent en bien ou en mal des autres j mai3 il est ordinairement accompagne d'une ëpithète qui de termine l'un ou l'autre de ces deux sens : C'est un des plus grands, des plus illusires personnages de ce siècle', c'est un fort sot personnage , le plus ridicule person^ nage ^u'on puisse voir. Je croirais que y sans ëpithète , il ne se dit guère qu'en mauvaise part : Je connais le per* sonnage ; il se croit un personnage ; on dirait de ^uet-* ^ue personnage»
4o Me voici donc tant&t aa comble de mes voeux.
L« H. Tantôt se disait encore , dans le-stjle soutenu , pour hientâtm II ne s'emploie plus , dans ce «cns, que familièrement, en parlant d*une chose qui se passera dans le jourt Vous viendrez tantôt. Il se dit aussi pour énoncer ce qui a en lieu dans la journée : Vous m'açez dit /anSÔS', et en ce dernier sens, il entre quelquefois dans la poésie nol>let
({^^ Gomme lorsque , dans Andromaque , Hermion^ reprochant à Orestele meurtre de Pyrrhus, et lui demandant de quel droit , à quel litre , et par quel ordre , il a commia ce crime, Oreste lui répond :
O Dieoz ! Quoi I ne ra'aycx-vous pas
Vous-même, ici, tamioi, ordonac son trépas ?
4i Je veux m'ouvrir le trône , ou jamais n'y paraître»
G, F. S'ouvrir le trône ^ pour s'ouvrir le chemin au irons , est une ellipse qui parait d'abord un peu dure ; mais en l'examinât de près , on la trouve énergique et poétique* Le véritable défaut de cette expression , dans ce vers , est de ne pas rendre daire^nent l'idée de Polynice*
f;;^ Il II y a point dans ce vers lellipse que le common-^
3ft ETUDES
tateur prétend y découvrir; et cette ellrpscj s*il fallait l'y reconnaître^ ne serait point tolërable, comme ^ assurément , beancoup trop forte. Le poète a voulu dire , en effet , ce qu'il dit; n%*oitvrir le trône , et non pas, ni*ou9rir le che^ min au irone ; et ce qui le prouve évidemment , ce sont les deux vers précédens , où le personnage qui parle demande si le trône lui serait /ermé sans l'amour:
Le trône , sans l'amour , me serait donc fermé 7 Je ne régnerais pas si Ton ne m'eût aimé?.
Reste à savoir si Ton peut dire ouvrir et fermer le trône. Il semblerait d'abord que non , et le commentateur Ta bien cru ainsi , sans quoi il n'aurait pas imaginé son ellipse* En effet , on ne suppose point de portes à un trône comme à un cabinet, à un sanctuaire , h un tabernacle , etc. , el l'on n'a jamais dit^ je crois , les portes d*un trône ; mais un trône {)eut être environné d'unesorte de barrière ; il peut l'être d'une balustrade ou, si l'on veut, d'un balustre. Or, n'est-ce pas .assesponr autoriser l'expression ouvrir e\ fermer un trône ?
4d Mon cœnr, jalovx du sort de ces grands malheareox^ Veut s'élever. Madame, et tomber aveo enx.
G. F. Grands malheureux. Cette façon de parler ne se prend jamais qu'en mauvaise part ; elle exprime le pins grand mépris. Valére, dans le Joueur àe Regnard, parlant d'un marquis qui lui parait le plus lâche et le plus ridicule de tous les hommes , dit à son valet Hector :
Voilà donc ce Marquis , cet homme dangereax ?
Oui , Monsieur , le voilk. — C'est un grand malheureux,
J;^^ Point de doute que malheureux ne puisse quelquefois se prendre en mauvaise part : il peut, en effet , signifier un méchant, un fourbe , un scélérat , un homme sans mœurs, sans foi , sans pudeur, sans élévation d'Âme , un homme qui , s'il n'est pas réellement dans une situation fâcheuse, dans le malheur^ ne niérilerait que trop d'y êlre; et c'est là à-peu-^ près ce qu'il sig^pifie dans ces phrases vulgaifes \ Lô maUlÇU'
DE LA LANGUE FRANÇAISE. Sj
-reux qu'il est ! Le voilà ^ le malheureux ! C'est un mal-» heureux. Il doit le signifier encore 9 et avec plus de force^ dans Texeniple de Regnard : C'est un grand malheureux. Mais a-l-il nécessairement ce même sens dans les vers de Bacine ? Cela no me paraît pas très-certain. Le sens de ce motdëpend en grande partie , je crois^ des circonstances du discours ; et , d'après toutes les circonstances du discours» il ne peut être ici que favorable» Grands malheureux ne peut y être, dis-je^ que ^our grands infortunés , comme l'a voulu le poète 9 et non pas ^our grands scélérats^ four grands coupables , comme le voudrait le critique. Cependant je ne trouve pas, je l'avoue, que rëpithète àe grands soit très* Inen assortie à m>alheureux. J'en aimerais mieux une antre ; par exemple , celle d'il/ustres , déjà employée avec misera^ Aies, dans ces vers de la même pièce:
PreoBent-ils dono plaisir k faire des coupables ^ Afin d'en faire après d^ illustres miséiablet ?
43 Et moi , je vais , cruels , vous apprendre k mourir.
L. H. Cette scène est la plus passable de la pièce : c'est 1» scène du sujet. Il y a des beautés; mais , outre qu'elle est défectueuse dans l'ordonnance , elle est défigurée par un grand nombre de £autes de diction inexcusables , et qui vont jusqu'au ridicule. Puisque le commentateur ( Luneau) a cm devoir en remarquer de beaucoup moins choquantes , comment n'a-t-il rien dit de vers , tels que ceux que je vais citer, particulièrement pour faire voir qu'un commentaire compleC fur le style d'une pièce si mal écrite eût été déplacé.
Commence»^ Polyuice, embrassez votre frère,
£t montrea.... — Hé I Madame^ k quoi bon ce mystère?
Ce mystère est intolérable. Une rmpropricté de termes si grossière est pire que tous les solécismes. Il n'y a rien là qui ressemble le moins du monde à un mystère»
Tous ces embrassemens ne sont guère à propos f Qq'il parte , qn'41 s'explique 9 et- noHs l^iss^ en repos.
4o • ÉTUDES. •
Guère à propo^,»»é» nous laisse en répôS: Qù^e plati^' tudel . •'
L'injostioe me ptatt ^ poarim que je l*en chasse.
Cela signifie^ dans la construction française» pourvu quB je le chasse de VinfusHce ^ le mot en se rapportant nëces^ sairement au dernier substantif. On sent bien que da ns le sens il s'agit du trône ; mais la faute a'est pas moins rëelle. Et qu'est-ce que Vinjusticeme plaiù ? Quelle mauvaise affoo<« tation de perversité j encore plus sensible et plus rëvoltanl& dans cet étrange vers où Polynice dit , en parlant du peuple :
Et qu'il me soit permis de m'en faire liaîr, .
Le ' commentateur observe que la permission n'est ni noble ni belle. Je le crois ; mais ambitionner cette pei^ mission , est une ridicule extravagance , digne d'un mauvais rhéteur du seizième siècle. Il convient de faire sentir Ténormité de ces fautes, où le jeune auteur fut entraîné par le con* tagieux exemple des défauts de Corneille, qui étaient encore il la mode , et qu'on a tâché d'y remettre encore de nos joursé Après V Alexandre , Racine n'y retombera jamais*
Je vais te le porter au hotit de ce fer méme%
Porier un sceptre au bout d* un fer y et au bout du fèr Tnéme l Quelle figure burlesque ! et quelle cheville ! Je n'irai pas plus loin : en voilà sans doute assez pour faire voir'qtïe l'auteur n'avait pas même encore assez étudié sa langae pour savoir toujours rendre sa pensée , témoin ce veis : ^
L'an ni l'autre ne vent s'embrasser le premier.
H veut dire , aucun des deux ne veut le premier em^ hrasser son frère ^ et il dit en effet , ne veut s* embrasser lui-même^ Il y abieu d'autres contre-M^us du même genrd«
44 Hë bien 1 ma ch^re Olympe , as-tn yu oe forfait? J*y suis courae e u?aiQ , c^ea était dëjk fait.
L. B« On ne cour/pointa un for/ait; et d'ailleurs» quand Ou le cUrait ^ il faudrait 3 j 'y ai couru»
DE LA LANtîUE FRANÇAISE; 4i
LiH» As^u vu ce forfait? — ' Ty ai couru..*, peut s'en* tendre en eeseûs. J'ai couru voir* On ne court pas à tu» forfait ; mais on dirait bien i courir au crime* J*y suis courue est on bari>arisme« .
(Q^ Tai couru ne laisserait poiat d^équivoque» et pour» rail entrer dans leTCcs sans hiatus : .
J*ai oonra , inais enTain , c'en était déjli fait.
45 Us ont choisi d'abord ponr leur oliamp de bataille
Un lien près des deox camps , au pied de la maraille, eto;
L. B. Ce récit , si Ton en excepte quelques vers où la fa-icar daJMfl-esprit se fait un peu sentir, est, sans contredit, on des plus beaux qoi .soient au théâtre : nous' le préférerioas mcme à celui de Phèdre ^ quoique motos bien écrit* Il semble être en effet plus rapide , plus plein d'action ; en un mot| plus traqué*
. L. H. Cet éloge esl xidicttlement exagéré. Le récit est beaucoup mieux écrit que ne Test en général le reste de Vott* - Trtge ; mais il est encore très-défectueux , et ne s'élève guère aondessos du médiocre. Rien n*est moins 'tragique qu'oa ffémon qui , étant la victime d'un dévouement très-«cour»« geos, meurt pour s a belle princesse. Le style , bien loin d'être rapide , pèche surtout par la longueur dc^ tournures et la répétition des idées : on trouve jusqu'à six vers pour eiprimer une seule pensée. Du roi le fer trop rigoureux , et une âme ravie qui abandonne la vie t sont des fautes i»tolérables. En un mot , préférer ce morceau au récit de Th^ ramène, l'un des cheft-d'œuvre de notre versification^ et Tan des chcfs*d'œuvrc de la narration et de la poésie, en quelque langue que ce soit , est le jugement sans consé* quence d'un homme qui se mêle de prononcer sur la poésie et sur Fart du thtiâtre , sans connaissance et sans titre*
46 Pour couronner iaa tête et ma.' flamme en un jonr^ Il arme en ma faveur et la haine et l'amour.
L« H.^ d'après L.é« Expression défectueuse^ parce qu'on
4s ÉTUDES
ne eoTironnê pmnt une iê^e^ comme <m eonronne Mné
flammé : Vim est au propre , et l'autre au figuré.
2^^ Cottronneriine iéta, c'est y mettre une couronne dessus , et couronner une flamme ( une flamme amoureuse». s*enteD(i , un amour) , c'est en combler le vœu par lar possession de ce qui en fait l'objet. Dans le premier cas, c'est W sens propre ; et dans le second » c'est le sens figure ^ fonde sur ce que celui qui est au comble de ses vœux y semble aussi beurenz, aussi satisfait que s'il eât obtenu une couronne*
'Or> quelque analogie que Ton suppose entre ces dpux sens, il y a cependant entre eux une trop granule différence pour
. 4|u'on aime à les voir ainsi présentes tous tes deux À-la-fois, Cette association n'est ni moins bizarre , ni moins choquante ^e celle d'une iéie avec Mneflamme, Veut-on que cùuror^^ ser n'ait ici qu'une seule signification» cette signification sera nécessairement celle que détermine le mot qui lo suit le pins immédiatement 9 et , par conséquent, sa significatiou propre , natorelle et primitive , celte de meure une cotè^ Tonne dessus , puisque le nckot qui le suit le plus immédia-^ meut , c'est le mot tête» Alors » comme le mot fianuns se
• trduve )oint au mot Ute par la conjonction et , il faut recon* Siattre que l'objet en est présenté comme quelque chose, non* seulement d*aus>i physique qu^une léte , mais d'aussi .capabie d'être couronné , et couronné de la même manière. Qr, quoi de plus absurde? Ainsi, de quelque manière qu'on veuille entendre la chose, la raison et le goût ne pourrout que trouver également à redire.
47 Et vous-même , eroelle , éteignez vos beaux yeux,
L. H. Louis Racine trouve cette expression hasardée* C'est pousser loin la crainte de compromettre son jugement ou le respect filial.
{^^ yous éteignez vos beaux yeux , "est sonveraîna-
ment ridicule ; mais que penser de ces deux vers de la mtmu
pièce ?
O Dieux! puis-je savoir de quelle étrange sorte Ses jours infortunés ont éteint leur flambeau?
JToat le monde conviendra sans doute , avec Geoffroy , que éesjour» cpii èteignsnt leur flambe au d^ une éirange sone, forment une étrange sorte ife^sCyle»
Combien d'autres expressions de la même pièce il eût presque sufE de citer pour en faire sentir le vice ! Telles sont celles que Luneau ou Laharpe ont censurées , ainsi qu'il Ta suivre*:
lo. Permettes que mon eœnr^ en voyant vos bean^ yeux y De l'état de son sort interroge les Dieux.
cr Nous ne dirons rien de cette galanterie et de ce style. Le y> vice de Tun et de l'autre est jugé depuis long-temps. Mais B il Faut observer que l'on dit» Interroger sur quelque » cliose f et non pas de quelque chose. » Et puis , qu'est-ce ipieVétat d'un sorti
a**. J'en voyais et debors et dedans nos murailles.
€€ Dedans et dehors ne se mettent que seuls, comme ad^ » verbes : par exemple , vos murailles ont toujours sue* » sisté 4 4fuoufu*il y eût bien des ennemis dedans , et » fue vos troupes eussent été mises dehors • »
3*. Eelaireis promptement nfa triste inqoiétade.
ce Cela n'est pas français. On dit^ éclaircir un doute ^ et » calmer une inquiétude, »
Jf*. Hé bien! en est-ce fait? L'un on l'antre perfide Yient-il d'exécuter son noble parricide?
ce Z'u/s ou l'autre perfide n'est pas français ; Vun^ ou » t autre ne peut se joindre qu'à un substantif. )> Perfide peut , il est vrai , s''employer substantivement \ mais ce n'est pas avec Vun ou Vautre.
5*. Poisqu'Il s'offre à vons voir, croyez qu'il veut la paix. Ce jour la doit conclure ou la rompre à jamais.
(( L'exactitude grammaticale demanderait que la pbras0 » fût construite de l'une de ces deux maxiières : Ce jour la
» doU eonelure ou rompre àjamaisi eejourdoUla eon^ 7> clnreoularvfnpreàjamais^n
G**. Ont insensiblement tout le corps ébranlé*
ix, l^ouù le corpjf ébranlé , pour ébranlé toui le corps ^ yi inversion dure et forcée. Ces sortes dHnversioBS qui , de-* » puis Racine et Boilcaa , n'ont plus reparu dans le style }> soutenu > sont encore admises dans la poësi« badine ; mais » il y faut beaucoup de discernement et de discrétion. »
7<». Le trône fit tonjonrs mes ardeurs les plus obères.
« Un trône quifaii les ardeurs les plus chères , ^ojxt )» dire ^u'^on préfère à tùuù. Cette manière de s'exprimer» 9> qui pouvkit être tolérée du temps de Raciiie , ne serait v> point aujourd'hui supportable. »
8*. pAcoepte ton dessein , et l'accepte nvee joie.
. a II aurait fallu , j'accepte le combat ou le dèfi\ car on y> v^ accepte point un dessein , on l'approuve. »
9*. Mes frères et vos filsl Dieux! que vent ce discours?
ce Que çeut ce discours > pour ^ue 'veut dire^ on ^ucsl^ S) gnifie, n'est pas une phrase française ^ quoiqu'on la trouve » encore quelquefois dans les poètes contemporains » :par exemple dans Molière 5 Ecole des Mans :
Où ueul donc aboutir un pareil entretien? 48 Perde£-moi , Dieux cruels 1 ou yous sercs déçus.
G. F. Vous serez déçus signifie vous serez trom^pés, Lo 3ens exigeait^ vous aurez été déçus, c'est-à-dire^ vous vous serez trompés*
{^^^ Si vous serez déçus signifie vous serez trompés , pourquoi vous aurez été déçus siguifiera-t-il vous vous se'» rez trompés , et non pas vous aurez été trompés ? Si vous serez déçus a une sigoification passive , pourquoi vous au-* rez été déçus ne Taura-t-il . pas également ? et pourquoi aura*t>il la signification de ce qu'on appelle verbe récipro'^
^aê , €t mieux encore , verbe réfléchi ? Est-ce parce que vous aurez été déçu* est un futur passe , tandis que vous •erez déçus es£ un futur simple ? Mais alors il faudra ea dire autant de tous les autres verbes , et j'aurai été can^ vaincu » j'aurai éfé abusé , j* aurai été trompé , etc. , signifieront/ê me serai con¥ainou , je me serai abusé ^ ja me serai trompé^ fie Peut-être H* Çeoffroj a-t-il veulu dire qn*étre déçu peut signifier soaveQt s'être abusé , trompé dans ses vœux 5 dans ^os espérances \ que c'e^t même là ce que Racine a prétendu faire entendre, et qu'alors vous aurez été déçus, qui semble dire , vous vous senz trompés, convenait mieux que vous ^erez déçus , qui semble correspondre à vous vous tromperez. Pour moi , l'e n'aimerais ici aiscun des deux futurs ; mais si j*avais à refaire le Yen en aie servant du même verbe 5 je dirais:
Perdes*moî , Dieux craels ! oa vous étés déçus*
Ce qui sîgni&raît , ce me semble , ou vous vous êtes abusés, trompés , dans vos orâclea contre la race de Laïus. 1a présent , vous êtes déçus, équivaut^ si je ne me trompe^ au prétérit , vous vous êtes trompés^. Et qui sait ? Venl-' étrt le btav , votas SetTiZ déçus , àignifie-t-it ptutêt, vous 90US trompez, que, vôns vous tromperez', -maïs il /n« s'ensuit pas ^qu'il soit préttrable au pvése^u
On peut observer, au sij^et de décevoir y qu'il est étonnant que ce verbe , heureusement employé par Bossuet , par Boileau,parRacifle, soit maintenant si |>eù en usage. Sa sigaifioa^ov lôvtfi^artÂeulièk^ aumUilù^mpécher de le oob<fooAre avec se^jyiiQpymes ùromper.e% abusen « Tromper, I» dirRouband^Vjest induire maUctensement dansl'er^ur » oji le faux iJiiee»^r^ ^cîest y engager .ï|ar des moyem ao- » dnisaaa ou ^écieut ; abuser^ qW y plonger par u^ abus n odieux de ses forces et de la faiblesse d'aulruL On vous » trompe, en vous donnant pour vrai ce qui est faux , poqr » bon ce qui est mauvais : on vous déçoit j en flatUnt vos n goûts et coqaivaAt à voi idées : on vou^ abuse, en cap»
» tivant votre esprit et vous livrant à la séduction. ««« La » passion commence par nous iromperavec des sophismes et » des illusions. En se prêtant, se pliant, s'accommodant k ^» noire humeur, elle nous déçoU* Bientôt elle nous a fait » à son )oug,éll6 nous abuse ^ nous entraîne, nousem^ » porte , nous maîtrise. »
Décevoir est donc dans son vrai sens dans ce vers où Hertoione, dans Androma^ue , dit à Oreste, en parlant Am Pyrrhus :
Malgré mes vœux , seigneur, lionteusement déçus , Malgté la juste l|6rreur que son crime me donne » Tant qu'il vivra , craignez que je ne lui pardonne.
U j est aussi dans ces vers de Boileau , satire IX :
Mais comhien d'écrivains ^ dtaberd si bien reçus , Sont de ce fol espoir honteusement déçus !
Et dans ceux du dialogue de Voltaire entre Pégase et la
yteillard: ,
D'un espoir orgueilleux honteusement déçu^ Tu sais , mon cher ami , comme je fus reçu.
«Mais il est comme à contre-sen» dans ce vers de Corneille j* iâté par le Dictionnaire de Trévoux s
Vous verrec votre crainte heoreuseihent déçuc^ Et dans celui de Molière , Femmes Savantes :
Peut-âtre verres-vous votre crainte d^ÇufS. ' . .
Une crainte n'^ySint rito de flatteur, 4e tédnisant, dîagrëable , il est certain qu'elle ne peut pas décevoir tiiéîré décevante, comme un vœu ni comme îiné espérance relie ne peut pas non plas être déçM\ parce qu'on ne peu\ pat être déçu dans une crainte, Btipac hucraifite déçue à'nne personne lie serait, au fond, qaemie^féx>midéfU$dane sa crainte%
^^p^^F»#^^^»^^^v^^»^»^|^^#vP»^»i#^#^^s^l^^#|