DES CONSONNANCES
formes permanentes. Elle a répété, au milieu des mers, les formes des continents dans celles des îles , dont la plupart , comme nous l'avons vu , ont des pitons , des montagnes , des lacs, des rivières et des campagnes proportionnés à leur étendue , comme si elles étaient de petits mondes ; d'un autre côté , elles représentent , au milieu des terres, les bassins du vaste Océan dans les méditerranées , et dans les grands lacs qui ont leurs rivages , leurs rochers , leurs îles , leurs volcans, leurs courants , et quelquefois un flux et reflux qui leur est propre, et qui est occasionné par les effusions des montagnes à glaces , au pied desquelles ils sont communément situés , comme les courants et les marées de l'Océan le sont par celles des pôles.
Il est très -remarquable que les plus belles harmonies sont celles qui ont le plus de consonnances. Par exemple, rien, dans le monde, n'est plus beau que le soleil , et rien n'y est plus répété que sa forme et sa lumière. Il est réfléchi de mille manières par les réfractions de l'air, qui le montrent chaque jour sur tous les horizons de la terre, avant qu'il y soit et lorsqu'il n'y est plus; par les parhélies , qui réfléchissent quelquefois son disque deux ou trois fois dans les nuages brumeux du nord; par les nuages pluvieux , où ses rayons réfrangés tracent un arc nuancé de mille couleurs ; et par les eaux, dont les reflets le représentent en une infinité de lieux où il n'est pas , au sein des prairies parmi les fleurs couvertes de rosée , et dans l'ombre des vertes forêts. La terre sombre et brute le réfléchit encore dans les parties spéculaires des • sables , des mica, des cristaux et des rochers. Elle nous présente la forme de son disque et de ses rayons dans les disques et les pétales d'une multitude de fleurs radiées dont elle est couverte. Enfin ce bel astre est multiplié lui-même à l'infini, avec des variétés qui nous sont inconnues, dans les étoiles innombrables du firmament , qu'il nous découvre dès qu'il abandonne notre horizon , comme s'il ne se refusait aux consonnances de la terre que pour nous faire apercevoir celles des cieux.
ÉTUDE DIXIÈME
Il s'ensuit de cette loi de consonnanee , que ce qu'il y a de plus beau et de meilleur dans la nature est ce qu'il y a de plus commun et de plus répété. C'est à elle qu'il faut attribuer les variétés des espèces dans chaque genre , qui y sont d'autant plus nombreuses que ce genre est plus utile. Par exemple, il n'y a point, dans le règne végétal, de famille aussi nécessaire que celle des graminées, dont vivent non-seulement tous les quadrupèdes , mais une infinité d'oiseaux et d'insectes ; il n'y en a point aussi dont les espèces soient aussi variées. Nous observerons , dans l'Étude des plantes , les raisons de cette variété ; je remarquerai seulement ici que c'est dans les graminées que l'homme a trouvé cette grande diversité de blés dont il tire sa principale subsistance , et que c'est par des raisons de consonnanee que non-seulement les espèces , mais plusieurs genres , se rapprochent les uns des autres , afinqu'ils puissent offrir les mêmes services à l'homme , sous des latitudes tout à fait différentes. Ainsi , les mils de l'Afrique , les maïs du Brésil , les riz de l'Asie , les palmiers-sagou des Moluques , dont les troncs sont pleins de farines comestibles , consonnent avec les blés de l'Europe. Nous retrouvons desconsonnances d'une autre sorte dans les mêmes lieux , comme si la nature eût voulu multiplier ses bienfaits en en variant seulement la forme, sans changer presque rien à leurs qualités. Ainsi consonnent avec tant d'agrément et d'utilité, dans nos jardins , l'oranger et le citronnier, le pommier et le poirier, le noyer et le noisetier; et dans nos métairies , le cheval et l'âne, l'oie et le canard , la vache et la chèvre.