‹ Études de la nature (volume 2)Chapitre 34 sur 55 · DES SENTIMENTS DE L'AME , ET PREMIÈREMENT DES AFFECTIONS DE L'ESPRIT · texte numérisé non relu

DES SENTIMENTS DE L'AME , ET PREMIÈREMENT DES AFFECTIONS DE L'ESPRIT

Je ne parlerai des affections de l'esprit que pour les distinguer des sentiments de l'âme : ils diffèrent essentiellement les uns des autres. Par exemple, autre est le plaisir que nous donne une comédie, autre celui que nous donne une tragédie. L'émotion qui nous fait rire est une affection de l'esprit ou delà raison humaine ; celle qui nous fait verser des larmes est un sentiment de l'âme. Ce n'est pas que je veuille faire de l'esprit et de l'âme deux puissances de nature différente; mais il me semble, comme nous l'avons déjà dit , que l'un est à l'autre ce que la vue est au corps ; l'esprit est une faculté, et l'âme est le principe; l'âme est, si j'ose le dire, le corps de notre intelligence. Je regarde donc l'esprit comme une vue intellectuelle , à laquelle on peut rapporter les autres facultés de l'entendement : Y imagination, qui voit les choses à venir ; la mémoire, qui voit celles qui sont passées; et le jugement , qui aperçoit leurs convenances. L'impression que nous font ces vues diverses excite quelquefois en nous un sentiment qu'on appelle Y évidence, et alors celle-ci appartient immédiatement à notre âme (ce que nous éprouvons par l'émotion délicieuse qu'elle y fait naître subitement) ; mais , parvenue là, elle n'est plus du ressort de notre esprit, parce que quand nous commençons à sentir nous cessons de raisonner ; nous ne voyons plus , nous jouissons.

Comme notre éducation et nos mœurs nous dirigent vers notre intérêt personnel , il arrive de là que notre esprit ne s'occupe plus que des convenances sociales, et que notre raison n'est plus , à la fin, que l'intérêt de nos passions; mais notre âme , livrée à elle-même , cherche sans cesse les convenances naturelles, et notre sentiment est toujours l'intérêt du genre humain.

Ainsi , je le répète, l'esprit est la perception des lois de la société, et le sentiment est la perception des lois de la nature. Ceux qui nous montrent les convenances de la société, tels

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