‹ Études de la nature (volume 2)Chapitre 40 sur 55 · DU MERVEILLEUX · texte numérisé non relu

DU MERVEILLEUX

Le sentiment de l'admiration est la source de l'instinct que les hommes ont eu de tout temps pour le merveilleux.

Nous le cherchons partout , et nous le plaçons principalement à l'entrée et à la sortie de la vie : voilà pourquoi les berceaux et les tombeaux de tant d'hommes ont été environnés de fables. 11 est la source intarissable de notre curiosité; il se développe dès l'enfance, et il accompagne longtemps l'innocence. D'où peut venir aux enfants le goût du merveilleux? Il leur faut des contes de fées , et il faut aux hommes des poèmes épiques et des opéras. C'est le merveilleux qui fait l'un des grands charmes des statues antiques de la Grèce et de Rome qui représentent des héros ou des dieux, et qui contribue plus qu'on ne pense à nous faire aimer les histoires anciennes de ces pays. C'est une des raisons naturelles à rapporter au président Hénault , qui s'étonne qu'on aime mieux les histoires anciennes que les modernes , et surtout que la nôtre : c'est qu'indépendamment des sentiments patriotiques qui servent au moins de prétexte aux intrigues des grands chez les Grecs et les Romains , et qui étaient tellement inconnus aux autres qu'ils ont souvent bouleversé la patrie pour les intérêts de leur maison , et quelquefois pour l'honneur d'une préséance ou d'un tabouret , il y a un merveilleux dans la religion des anciens qui console et élève l'homme , tandis que celui de la religion des Gaulois l'effraye et l'avilit. Les dieux des Grecs et des Romains étaient patriotes comme leurs grands. Minerve leur avait donné l'olivier, Neptune le cheval. Ces

ÉTUDl£ DOUZIÈME.

dieux protégeaient les villes et les peuples. Mais ceux des Gaulois étaient tyrans comme leurs barons; ils ne protégeaient que les druides. Il leur fallait des sacrifices humains. Enfin, cette religion était si barbare , que deux empereurs romains l'abolirent successivement , comme le rapportent Suétone et Pline. Je ne dis rien des intérêts modernes de notre histoire-, mais je suis sûr que les relations de notre politique n'y remplaceront jamais dans le cœur humain celles de la Divinité.

J'observerai que, comme l'admiration est un mouvement involontaire de l'âme vers la Divinité , et qu'elle est par conséquent sublime , plusieurs écrivains modernes se sont efforcés de multiplier ce genre de beauté dans leurs ouvrages, en y accumulant des surprises imprévues ; mais la nature les emploie rarement dans les siens , parce que l'homme n'est pas capable d'éprouver fréquemment de pareilles secousses. Elle nous fait paraître peu à peu la lumière du soleil , le développement des fleurs, la formation des fruits. Elle amène nos jouissances par une longue suite d'harmonies ; elle nous traite en hommes, c'est-à-dire en machines faibles, et bien aisées à renverser ; elle nous voile la Divinité , afin que nous en puissions supporter les approches.

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