‹ Études de la nature (volume 3)Chapitre 29 sur 51 · DE L'AMOUR DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

DE L'AMOUR DE LA PATRIE

Ce sentiment est encore la source de l'amour de la patrie, parce qu'il nous y rappelle les affections douces et pures du premier âge. Il s'accroît avec l'étendue et s'augmente avec les

DE L'AMOUR DE LA PATRIE. riSO

. innées , comme un sentiment d'une nature céleste et immoi - ; elle. Il y a en Suisse un air de musique antique et fort sim- I )le, appelé le ranz des vaches. Cet air est d'un tel effet. mu'ou fut obligé de défendre de le jouer, en Hollande et en jjFrance. devant les soldats de cette nation, parce qu'il les ■ aisait déserter tous l'un après l'autre. Je m'imagine que ce Vanz des vaches imite le mugissement des bestiaux, les retentissements des échos , et d'autres convenances locales qui I aisaieut bouillir le sang dans les veinesde ces pauvres soldats, jmleur rappelant les vallons, les lacs, les montagnes de leur patrie (14), et en même temps les compagnons du premier Hige , les premières amours , et les souvenirs des bons aïeux.

L'amour de la patrie semble croître à proportion qu'elle I hst innocente et malheureuse. Voilà pourquoi les peuples saunages aiment plus leur pays que les peuples policés ; et ceux jui habitent des contrées âpres et rudes, comme les habitants les montagnes, que ceux qui vivent dans des contrées fertiles >t dans de beaux climats. Jamais la cour de Russie n'a pu l 'ngager aucun Samoïède à quitter lesbords de la mer Glaciale, j)our s'établir à Pétersbourg. On amena , le siècle passé , quelques Groënlandais à la cour de Copenhague , on les y combla le bienfaits , et ils y moururent en peu de temps de chagrin, plusieurs d'entre eux se noyèrent en voulant retourner en paloupe dans leur pays. Us virent avec le plus grand sangiroid toutes les magnificences de la cour de Danemark ; mais I y en avait un qui pleurait toutes les fois qu'il apercevait une femme portant un enfant dans ses bras. On conjectura bue cet infortuné était père. Sans doute , la douceur de l'élucation domestique attache ainsi fortement ces peuples aux ieux qui les ont vus naître. Ce fut elle qui inspira aux Grecs ;t aux Romains tant de courage pour défendre leur patrie. Le :entiment de l'innocence en redouble l'amour, parce qu'il l'end toutes les affections du premier âge pures, saintes et naltérables. Virgile a bien connu l'effet de ce sentiment quand l fait dire à Nisus, qui veut détourner Euryale de s'exposer vec lui au danger d'une expédition nocturne, ces mots touhants :

,no ÉTUDE DOUZIÈME.

Te superesse velim : tua vita dignior œtas.

« J'ai désiré que vous me surviviez; votre âge, plus que le mien , rai « digne de la vie. »

Mais chez les peuples où l'enfance est malheureuse, et corrompue par des éducations ennuyeuses, féroces et étrangères , il n'y a pas plus d'amour de la patrie que d'innocence. C'est une des causes pour lesquelles tant d'Européens courent le monde, et pourquoi il y a si peu de monuments anciens en j Europe; parce que la génération qui suit ne manque jamais de détruire les monuments de celle qui l'a précédée. Voila pourquoi nos livres , nos modes , nos usages , nos cérémonies, nos langues vieillissent si vite, et sont tout différents d un siècle à l'autre; et que toutes ces choses se maintiennent les mêmes chez les peuples sédentaires de l'Asie depuis une longue suite de siècles , parce queles enfants élevés en Asie, .dans leur famille , avec beaucoup de douceur, restent attaches aux établissements de leurs ancêtres par reconnaissance pour leur mémoire , et aux lieux qui les ont vus naître par le souvenir de leur bonheur et de leur innocence.

DU SENTIMENT DE l'aDMIBATION.

Le sentiment de l'admiration nous porte directement dans le sein de la Divinité. S'il est excité en nous par quelque obiet de plaisir, nous nous y jetons comme à sa source ; si par a frayeur, comme à notre refuge. Dans l'un et l'antre cas, 1 ri de l'admiration est : « Ah, mon Dieu! » C'est, dit-on un effet de notre éducation, où l'on nous parle souvent d dIu mais on nous y parle encore plus souvent de notre père du roi,d'un protecteur, d'un savant célèbre. Pourquoi orsquenou^avonsbesoindenousappuyer dans ces secousse imprévues, ne nous écrions-nous pas: « Ah, monroi! » on s il s'agit de science:» Ah, Newton ! »

1 est certain que si on nous parle quelquefois de Dieu dan. note éducation , nous en perdons bientôt l'idée dans le train ord nat des choses du monde : pourquoi donc y avoos-notn "ours dans les événements extraordinaires P Ce sentimen naturel est commun à toutes les nations , dont il y en a beau

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