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avec leurs meubles , leurs habillements , et surtout avec la couleur rembrunie de leur peau. Si ces peuples portaient comme nous des habits noirs dans le deuil, quelque sombre que soit leur couleur," elle ne formerait point d'opposition tranchée daus leur parure. Ainsi l'expression de la douleur est précisément la même chez eux que chez nous ; car si nous opposons , dans le deuil , la couleur noire de nos habits à la couleur blanche de notre peau, afin d'en faire naître une dissonance funèbre , les peuples méridionaux opposent , au contraire, la couleur blanche de leurs vêtements à la couleur basanée de leur peau , afin de produire le même effet.
Cette variété de goût confirme admirablement l'universalité des principes que nous avons posés sur les causes de l'harmonie et des dissonances. Elle prouve encore que l'agrément ou le désagrément d'une couleur ne réside point dans une seule nuance , mais dans l'harmonie ou dans le contraste heurté de deux couleurs opposées.
Nous trouverions des preuves de ces lois multipliées à l'infini dans la nature , à laquelle l'homme doit toujours recourir dans ses doutes. Elle oppose durement, dans les pays chauds comme dans les pays froids, les couleurs des animaux destructeurs et dangereux. Partout les reptiles venimeux sont peints de couleurs meurtries ; partout les oiseaux de proie ont des couleurs terreuses opposées à des couleurs fauves , et des mouchetures blanches sur un fond sombre , ou sombres sur un fond blanc. La nature a donné une robe fauve rayée de brun, et des yeux étincelants, au tigre en embuscade dans l'ombre des forêts du midi ; et elle a teint de noir le museau et les griffes , et de couleur de sang la gueule et les yeux de l'ours hlanc, et le fait apparaître , malgré la blancheur de sa peau , au milieu des neiges du nord.
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Passons maintenant a la génération des formes. Il me semble qu'on peut en réduire les principes , comme ceux des couleurs,
ici ÉTUDE DIXIÈME.
à cinq, qui sont la ligue , le triangle , le cercle , l'ellipse et la parabole.
La ligne engendre toutes les formes . comme le rayon de lumière toutes les couleurs. Elle procède corrrme celui-ci , dans ses générations , par degrés, produisant d'abord, par trois fractions , le triangle , qui , de toutes les figures , renferme la plus petite des surfaces sous le plus grand des circuits. Le triangle ensuite, composé lui-même de trois triangles au centre , produit le carré, qui en a quatre; le pentagone , qui en a cinq ; Fhexigone , qui en a six ; et le reste des polygones , jusqu'au cercle , composé d'une multitude de triangles dont les sommets sont à son centre et les bases à sa circonférence , et qui, au contraire du triangle, contient la plus grande des surfaces sous le moindre des périmètres. La forme qui a toujours été, depuis la ligne , en se rapprochant d'un centre jusqu'au cercle , s'en écarte ensuite, et produit l'ellipse, puis la parabole , et enfin toutes les autres courbes évasées , dont on peut rapporter les équations à celle-ci.
En sorte que , sous cet aspect, la ligne indéfinie n'a point de centre commun; le triangle a trois points de son périmètre , qui en ont un ; le carré en a quatre , le pentagone cinq , l'hexagone six ; et le cercle a tous les points de sa circonférence ordonnés à un seul et unique centre. L'ellipse commence à s'écarter de cette ordonnance, et a deux centres; et la parabole, ainsi que les autres courbes qui leur sont analogues , en ont une infinité renfermés dans leur axe, dont elles s'éloignent de plus en plus en formant des espèces d'entonnoirs.
En supposant cette génération ascendante de formes depuis la ligne par le triangle jusqu'au cercle , et leur génération descendante depuis le cercle par l'ovale jusqu'à la parabole, je déduis de ces cinq formes élémentaires toutes les formes de la nature , comme avec les cinq couleurs primordiales j'en compose toutes les, nuances.
La ligne présente la forme la plus aiguë , le cercle la forme la plus pleine, et la parabole la forme la plusévidée. Nous pouvons remarquer, dans cette progression , que le cercle , qui oc-
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cupe le milieu des deux extrêmes, est la plus belle de toutes les formes élémentaires, comme le rouge est la plus belle de. toutes les couleurs primordiales. Je ne dirai point , comme quelques philosophes anciens , que cette figure est la plus belle , parce qu'elle est celle des astres , ce qui au fond ne serait pas une si mauvaise raison; mais , à n'employer que le témoignage de nos sens, elle est la plus douce à la vue et au toucher; elle est aussi la plus susceptible de mouvement ; enfin , ce qui n'est pas une petite autorité dans les vérités naturelles , elle est regardée comme la plus aimable, au goût de tous les peuples, qui l'emploient dans leurs ornements et dans leur architecture, et surtout à celui des enfants , qui la préfèrent à toutes les autres dans leurs jouets.
Il est très-remarquable que ces cinq formes élémentaires ont entre elles les mêmes analogies que les cinq couleurs primordiales; en sorte que si vous remontez leur génération ascendante depuis la sphère jusqu'à la ligne, vous aurez des formes anguleuses , vives et gaies , qui se terminent à la ligne droite , dont la nature compose tant de figures stelléeset rayonnantes , si agréables dans les cieux et sur la terre. Si , au contraire, vous descendez de la sphère aux parties évidées de la parabole , vous aurez des formes caverneuses , qui sont si effrayantes dans les abîmes et les précipices.
Déplus, si vousjoignez des formes élémentaires aux couleurs primordiales, terme à terme, vous verrez leur caractère principal se renforcer mutuellement , du moins dans les deux extrêmes et dans l'expression harmonique du centre : car les deux premiers termes donneront le rayon blanc, qui est le rayon même de la lumière; la forme circulaire, jointe à la couleur rouge , produira une forme analogue à la rose, composée de portions sphériques teintes en carmin, et, par l'effet de cette double harmonie , estimée la plus belle des fleurs , au jugement de tous les peuples. Enfin, le noir, joint au vide de la parabole, ajoute à la tristesse des formes rentrantes et caverneuses.
On peut composer, avec ces cinq formes élémentaires, des
figures aussi agréables que les nuances qui naissent des harmonies des cinq couleurs primordiales : en sorte que plus il entrera dans ces figures mixtes des deux termes ascendants de la progression , plus ces figures seront sveltes et gaies; et plus les.deuxtermesdescendants domineront, pluselles seront lourdes et tristes. Ainsi la forme sera d'autant plus élégante que le premier terme, qui est la ligne droite , y dominera, Par exemple , la colonne nous plaît parce que c'est un long cylindre quia pour base le cercle, et pour élévation deux lignes droites, ou un quadrilatère fort allongé. Mais le palmier, d'après lequel elle a été imitée, nous plaît encore davantage, parce que les formes stellées ou rayonnantes de ses palmes, prises aussi de la ligne droite , font une opposition très-agréable avec la rondeur de sa tige; et si vous y joignez la forme harmonique par excellence, qui est la forme ronde, vous ajouterez infiniment à la grâce de ce bel arbre. C'est aussi ce qu'a fait la nature , qui en sait plus que nous , en suspendant à la base de ses rameaux divergents tantôt des dattes ovales, tantôt des cocos arrondis.
En général , toutes les fois que vous emploierez la forme circulaire , vous en accroîtrez beaucoup l'agrément en y joignant les deux contraires qui la composent; car vous aurez alors une progression élémentaire complète. La forme circulaire seule ne présente qu'une expression , la plus belle de toutes, à la vérité; mais, réunie à ses deux extrêmes , elle forme, si j'ose dire , une pensée entière. C'est par l'effet qui en résulte que le peuple trouve la forme du cœur si belle, qu'il lui compare tout ce qu'il trouve de plus beau dans le monde. « Cela « est beau comme un cœur, » dit-il. Cette forme de cœur est formée à sa base d'un angle saillant , à sa partie supérieure d'un angle rentrant (.voilà les extrêmes), et à ses parties collatérales de deux portions sphériques ( voilà l'expression harmonique).
C'est encore par ces mêmes harmonies que les longues croupes de montagnes, surmontées de hauts pitons en pyramides, et séparées entre elles par de profondes vallées, nous
ravissent par leurs grâces et leur majesté. Si vous y joignez des fleuves qui serpentent au fond , des peupliers qui rayonnent sur leurs bords , des troupeaux et des bergers , vous aurez des vallées semblables à celle de Tempe. Les formes circulaires des montagnes se trouvent, dans cette hypothèse , placées entre leurs extrêmes, qui sont les parties saillantes des rochers, et les parties rentrantes des vallons. Mais si vous eu retranchez les expressions harmoniques, c'est-à-dire les courbures de ces montagnes , ainsi que leurs heureux habitants, et que vous en laissiez subsister les extrêmes, vous aurez alors quelque coupe de terrain du cap Horn, des rochers anguleux à pic sur le bord des précipices.
Si vous y ajoutez des oppositions de couleur, comme celle de la neige sur les sommets de leurs rochers rembrunis; l'écume de la mer qui brise sur des rivages noirs ; un soleil blafard dans un ciel obscur; des giboulées au milieu de l'été; des rafales terribles de vents, suivies de calmes inquiétants ; un vaisseau parti d'Europe pour désoler la mer du Sud, qui talonne sur un écueil à l'entrée de la nuit , et qui tire de temps en temps des coups de canon , que répètent les échos de ces affreux déserts; des Patagons effrayés qui s'enfuient dans leurs souterrains , vous aurez un paysage tout entier de celte terre de désolation, couverte des ombres de la mort.
II me reste à dire quelque chose des mouvements. Nous en distinguerons également cinq principaux : le mouvement propre ou de rotation sur lui-même , qui ne suppose point de déplacement, et qui est le principe de tout mouvement, tel qu'est peut-être celui du soleil; ensuite le perpendiculaire, le circulaire, l'horizontal, et le repos. Tous les mouvements peuvent se rapporter à ceux-là. Vous remarquerez même que les géomètres , qui les représentent aussi par des figures , supposent le mouvement circulaire engendré parle perpendiculaire et l'horizontal, et , pour me servir de leurs expressions, produit par la diagonale de leurs carrés.
Je ne m'arrêterai pas aux analogies de la génération des couleurs et des formes avec celles de la génération des mouvements, et qui existent entre la couleur blanche, la ligne droite et le mouvement propre ou de rotation; entre la couleur rouge , la forme sphérique et le mouvement circulaire ; entre les ténèbres , le vide et le repos. Je ne développerai pas les combinaisons infinies qui peuvent résulter de l'union ou de l'opposition des termes correspondants de chaque génération , et des filiations de ces mêmes termes; je laisse au lecteur le plaisir de s'en occuper, et de se former avec ces éléments de la nature des harmonies ravissantes, et tout à fait nouvelles. Jetne bornerai ici à quelques observations rapides sur les mouvements.
De tous les mouvements, le plus agréable est le mouvement harmonique ou circulaire. La nature l'a répandu dans la plupart de ses ouvrages , et en a rendu susceptibles les végétaux même attachés à la terre. Nos campagnes nous en offrent de fréquentes images , lorsque les vents forment, sur les>prairies , de longues ondulations semblables aux flots de la mer, ou qu'ils agitent doucement sur le sommet des montagnes les hautes cimes des arbres, en leur faisant décrire des portions de cercle. La plupart des oiseaux forment de grands cercles en se jouant dans les plaines de l'air, et se plaisent à y tracer une multitude de courbes et de spirales. Il est remarquable que la nature a donné ce vol agréable à plusieurs oiseaux innocents , qui ne sont point autrement recommandables par la beauté de leur chant ou de leur plumage. Tel est, entre autres, le vol de l'hirondelle.
11 n'en est pas de même des mouvements de progression des bêtes féroces ou nuisibles; elles vont par sauts et par bonds , et joignent à des mouvements quelquefois fort lents d'autres qui sont précipités : c'est ce qu'on peut observer dans ceux du chat, lorsqu'il veut attraper une souris. Les tigres en ont de pareils, lorsqu'ils cherchent à atteindre leur proie. On peut remarquer les mêmes discordances dans le vol des oiseaux carnassiers. Celui qu'on appelle le grand-duc, espèce de
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hibou, vole au milieu d'un air calme, comme si lèvent remportait cà et là. Les tempêtes présentent dans le ciel les mêmes caractères de destruction. Quelquefois vous en voyez les nuages se mouvoir de mouvements opposés ; d'autres fois vous en apercevez qui courent avec la vitesse d'un courrier, tandis que d'autres sont immobiles comme des rocbers. Dans les ouragans des Indes , les tourbillons de vent sont toujours entremêlés de calmes profonds.
Plus un corps a en lui de mouvement propre ou de rotation , plus il nous paraît agréable , surtout lorsqu'à ce mouvement se joint le mouvement harmonique ou circulaire. C'est par cette raison que les arbres dont les feuillages sont mobiles, comme les trembles et les peupliers, ont beaucoup plus de grâce que les autres arbres des forêts lorsque le vent les agite. Ils plaisent à la vue parle balancement de leurs cimes, et en présentant tour à tour les deux faces de leurs feuilles , de deux verts différents. Ils plaisent encore à l'ouïe, en imitant le bouillonnement des eaux. C'est par l'effet du mouvement propre que , toute idée morale à part , les animaux nous intéressent plus que les végétaux , parce qu'ils ont en eux-mêmes le principe du mouvement.
Je ne crois pas qu'il y ait un seul lieu sur la terre où il n'y ait quelque corps en mouvement. Je me suis trouvé bien des fois au milieu des plus vastes solitudes , de jour et de nuit, par les plus grands calmes, et j'y ai toujours entendu quelque bruit. Souvent, à la vérité, c'est celui d'un oiseau qui vole, ou d'un insecte qui remue une feuille; mais ce bruit suppose toujours du mouvement.
Le mouvement est l'expression de la vie. Voilà pourquoi la nature en a multiplié les causes dans tous ses ouvrages . Un des grands charmes des paysages est d'y voir du mouvement, et c'est ce que les tableaux de la plupart de nos peintres manquent souvent d'exprimer. Si vous en exceptez ceux qui représentent des tempêtes , vous trouverez partout ailleurs leurs forêts et leurs prairies immobiles , et les eaux de leurs lacs glacées. Ce. i pendant le retroussis des feuilles des arbres, frappées en dessous
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de gris ou de blanc, les ondulations des herbes dans les vallées et sur les croupes des montagnes, celles qui rident la surface polie des eaux , et les écumes qui blanchissent les rivages, rappellent avec grand plaisir, dans une scène brûlante de l'été, le souffle si agréable des zéphyrs. On peut y joindre avec une grâce infinie les mouvements particuliers aux animaux qui les habitent : par exemple, les cercles concentriques qu'un plongeon forme sur la surface de l'eau ; le vol d'un oiseau de marine qui part de desssus un tertre , les pattes allongées en arrière et le cou tendu en avant; celui de deux tourterelles blanches qui filent côte à côte, dans l'ombre, le long d'une forêt ; le balancement d'une bergeronnette à l'extrémité d'une feuille de roseau qui se courbe sous son poids. On peut y faire sentir même le mouvement et le poids d'un lourd chariot qui gravit dans une montagne, en y exprimant la poussière des cailloux broyés qui s'élève de dessous ses roues. Je crois encore qu'il serait possible d*y rendre les effets du chant des oiseaux et des échos, en y exprimant certaines convenances dont il n'est pas nécessaire de nous occuper ici.
11 s'en faut bien que la plupart de nos peintres , même parmi ceux qui ont le plus de talent, emploient des accessoires si agréables , puisqu'ils les omettent dans les sujets dont ces accessoires forment le caractère principal. Par exemple, s'ils représentent un char en course , ils ne manquent jamais d'y exprimer tous les rayons de ses roues. A la vérité, les chevaux galopent, mais le char est immobile. Cependant, dans un char qui court rapidement , chaque roue ne présente qu'une seule surface , toutes ses jantes se confondent à la vue. Ce n'est pas ainsi que les anciens , qui ont été nos maîtres en tout genre, imitaient la nature. Pline dit qu'Apelle avait si bien peint des chariots à quatre chevaux, que leurs roues semblaient tourner. Dans la liste curieuse qu'il nous a conservée des plus fameux tableaux de l'antiquité , admirés encore à Pvome de son temps, il en cite un représentant desfemmesqui filaieutdela laine , dont les fuseaux paraissaient
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pirouetter ; u» autre très-estimé ' , « où l'ou voyoit , dit sou m vieux traducteur, deux soldats armés à la légère, dout « l'un est si eschauffé à courir eu la bataille , qu'on le voit « suer; et l'autre, qui pose ses armes, se montre si recreu , « qu'on le sent quasi haleiuer. » J'ai vu, dans beaucoup de tableaux modernes , des machines en mouvement , des lutteurs et des guerriers en action; et jamais je n'y ai vu ces effets si simples, qui expriment si bien la vérité. Nos peintres les regardent comme de petits détails où ne s'arrêtent pas les gens de génie. Cependant ces petits détails sont des traits de caractère.
Marc-Aurèle, qui avait bieu autant de génie qu'aucun de nos modernes , a très-bien observé que c'est souvent là que l'attention de l'esprit se rixe , et prend le plus de plaisir : « Le ridé des figues mures, dit-il, l'épais sourcil des lions, « i'écume des sangliers en fureur, les écailles rousses qui « s'élèvent de la croûte du pain sortant du four, nous font « plaisir à voir. « Il y a plusieurs raisons de ce plaisir : d'abord de la part de la faiblesse de notre esprit , qui dans chaque objet s'arrête à un point principal; ensuite de la part de la nature , qui nous offre aussi dans tous ses ouvrages un point unique de convenance ou de discorde, qui en est comme le centre. Notre âme en augmente d'autant plus son affection ou sa haine, que ce trait caractéristique est simple, et en apparence méprisable. Voilà pourquoi dans l'éloquence les expressions les plus courtes marquent toujours les passions les plus fortes; car il ne s'agit, comme nous l'avons vu jusqu'ici, pour faire naître une sensation de plaisir ou de douleur, que de déterminer un point d'harmonie ou de discorde entre deux contraires : or, lorsque ces deux contraires sont opposés en nature , et qu'ils le sont encore en grandeur et en faiblesse, leur opposition redouble , et par conséquent leur effet.
Il s'y joint surtout la surprise de voir naître de grands sujets d'espérance ou de crainte d'un objet peu important en
' Histoire naturelle de Pline, liv. XXXVII, chap. x et xi, traduction de Du Pinet.
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apparence; car tout effet physique produit dans l'homme un sentiment moral. Par exemple, j'ai vu beaucoup de tableaux et de descriptions de batailles, qui cherchaient à inspirer de la terreur par une infinité d'armes de toute espèce qui y étaient représentées, et par une foule de morts et de mourants blessés de toutes les manières. Ils m'ont d'autant moins ému , qu'ils employaient plus de machines pour m'émouvoir; un effet détruisait l'autre. Mais je l'ai été beaucoup en lisant dans Plutarque la mort de Cléopâtre. Ce grand peintre du malheur représente la reine d'Egypte méditant, dans le tombeau d'Antoine, sur les moyens d'échapper au triomphe d'Auguste. Un paysan lui apporte, avec la permission des gardes qui veillent à la porte du tombeau, un panier de figues. Dès que cet homme est sorti, elle se hâte de découvrir ce panier, et elle y voit un aspic qu'elle avait demandé pour mettre fin à ses malheureux jours. Ce contraste, dans une femme, de la liberté et de l'esclavage , de la puissance royale et de l'anéantissement, de la volupté et de la mort; ces feuillages et ces fruits, parmi lesquels elle aperçoit seulement la tête et les yeux étincelants d'un petit reptile qui va terminer de si grands intérêts, et à qui elle dit : « Te voilà donc ! » toutes ces oppositions font frissonner. Mais , pour rendre la personne même de Cléopâtre intéressante, il ne faut pas se la figurer comme nos peintres et nos sculpteurs nous la représentent, en figure académique, sans expression , une Sabine pour la taille , l'air robuste et plein de santé , avec de grands yeux tournés vers le ciel , et portant autour de ses grands et gros bras un serpent tourné comme un bracelet. Ce n'est point là la petite et voluptueuse reine d'Egypte, se faisant porter, comme nous l'avons dit ailleurs, dans un paquet de hardes, sur les épaules d'Apollodofe , pour aller voir incognito Jules César ; courant la nuit , déguisée en marchande, les rues d'Alexandrie avec Antoine , en se raillant de lui, et lui reprochant que ses jeux et ses plaisanteries sentaient le soldat. C'est encore moins l'infortunée Cléopâtre réduite au dernier terme du malheur, tirant avec des cordes et des chaînes, à l'aide de deux de ses femmes, par
la fenêtre du monument où elle s'était réfugiée, la tête contre-bas, sans jamais lâcher prise , dit Plutarque, ce même Antoine couvert de sang, qui s'était percé de son épée, et qui s'aidait de toutes ses forces pour venir mourir auprès d'elle.
Les détails ne sont pas à mépriser; ce sont souvent des traits de caractère. Pour revenir à nos peintres et à nos sculpteurs, s'ils refusent l'expression du mouvement aux pavages, aux lutteurs et aux chars en course , ils la donnent aux portraits et aux statues de nos grands hommes et de nos philosophes. Ils les représentent comme les anges trompettes du jugement, les cheveux agités, les yeux égarés, les muscles du visage en convulsion, et leurs draperies allant et venant au gré des vents. Ce sont là , disent-ils, les expressions du génie. Mais les gens de génie et les grands hommes ne sont pas des fous. J'ai vu de leurs portraits sur des antiques. Les médailles de Virgile, de Platon , de Scipion, d'Épaminondas, d'Alexandre même, les représentent avec un air calme et tranquille. C'est aux corps bruts, aux végétaux et aux animaux, d'obéir à tous les mouvements de la nature; mais il me semble qu'il est d'un grand homme d'être le maître des siens, et que ce n'est que par cet empire-là même qu'il mérite le nom de grand.
Je me suis un peu éloigné de mon sujet, pour donner des leçons de convenances à des artistes dont l'art est bien plus difficile que ma critique n'est aisée. A Dieu ne plaise qu'elle devienne un sujet de peine pour des hommes dont les ouvrages m'ont si souvent donné du plaisir! Je désire seulement qu'ils s'écartent des manières académiques qui les lient , et qu'ils soient tentés d'aller, sur les pas de la nature, aussi loin que leur génie peut les porter.
Ce serait ici le lieu de parler de la musique, puisque les sons ne sont que des mouvements; mais des gens bien plus habiles que moi ont traité ce grand art à fond. Si quelque témoignage étranger pouvait même me confirmer dans la certitude des principes que j'ai posés jusqu'ici, c'est celui des plus savants musiciens, qui ont fixé à trois sons l'expression harmonique. J'aurais pu, comme eus, réduireà trois termes les générations
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élémentaires des couleurs, des formes etdes mouvements ; mais il me semble qu'ils ont omis eux-mêmes dans leur base fondamentale le principe génératif, qui est le son proprement dit, et le terme négatif, qui est le silence, puisque ce dernier produit surtout de si grands effets dans les mouvements de musique.
.le pourrais étendre ces proportions aux saveurs du goût, et démontrer que les plus agréables d'entre elles ont de semblables générations , ainsi qu'on l'éprouve dans la plupart des fruits, dont les divers degrés de maturité présentent successivement cinq saveurs, savoir, l'acide, le doux, le sucré, le vineux, et l'amer. Ils sont acides en croissant, doux en mûrissant, sucrés dans leur parfaite maturité , vineux dans leur fermentation, et amers dans leur état de sécberesse. Nous trouverions encore que la plus agréable de ces saveurs, c'est-à-chre la saveur sucrée, est celle qui occupe le milieu de cetteprogression, dont elle est le terme barmonique; qu'elle forme, par sa nature, de nouvelles barmonies eu se combinant avec ses extrêmes, puisque les boissons qui nous plaisent le plus sont formées de l'acide et du sucre, comme dans les liqueurs rafraîchissantes préparées avec le jus de citron; ou du sucré et de l'amer, comme dans le café. Mais en tâchant d'ouvrir de nouvelles routes à la philosophie, mon intention n'est pas d'offrir de nouvelles combinaisons à la volupté.
Quoique je sois intimement convaincu de ces génération;; élémentaires , et que je puisse les appuyer d'une foule de preuves que j'ai recueillies dans les goûts des peuples policés et sauvages, mais que je n'ai pas le temps de rapporter ici, cependant je ne serais pas surpris de ne pas obtenir l'approbation de plusieurs de mes lecteurs. Nos goûts naturels sont altérés dès l'enfance par des préjugés qui déterminent nos sensations physiques, bien plus fortement que celles-ci ne dirigent nos affections morales. Plus d'un homme d'église estime le violet la plus belle des couleurs, parce que c'est celle de son évëque; plus d'un évêque, à son tour, croit que c'est l'écarlate, parce que c'est la couleur du cardinal ; et plus d'un cardinal;
sans doute, préférerait d'être revêtu de la couleur blanche, parce que c'est celle du chef de l'Église. Un militaire regarde souvent le ruban rouge comme le plus beau de tous les rubans, et son ônicïër supérieur pense que c'est le ruban bleu. Nos tempéraments influent comme nos états sur nos opinions. Les gens gais préfèrent les couleurs vives à toutes les autres , les gens sensibles celles qui sont tendres, les mélancoliques les rembrunies. Quoique je regarde moi-même le rouge comme la plus belle des couleurs, et la sphère comme la plus parfaite des formes, et que je doive tenir plus fortement qu'un autre à cet ordre, parce que c'est celui de mon système , je préfère au rouge la couleur carminée, qui a une nuance de violet, et a la sphère la forme d'oeuf , ou elliptique, il me semble aussi , si j'ose dire, que la nature a affecté l'une et l'autre modification à la rose, du moins avant son parfait développement. J'aime mieux encore les fleurs violettes que les blanches , et surtout que les jaunes. Je préfère une branche de lilas à un pot de giroflée ; et une marguerite de Chine , avec son disque d'un jaune enfumé, son pluché chiffonné et ses pétales violets et sombres, à la plus éclatante gerbe de tournesols du Luxembourg. Je crois que ces goûts me sont communs avec plusieurs autres personnes, et qu'à juger du caractère des hommes par les couleurs de leurs habits, il y en a beaucoup plus de sérieux que de gais II me semble aussi que la nature (car il faut toujours revenir à elle pour s'assurer de la vérité ) fait décliner la plupart de ses beautés physiques vers la mélancolie. Les chants plaintifs du rossignol , les ombrages des forêts , les sombres clartés de la lune, n'inspirent point la gaieté, et cependant nous intéressent. Je suis plus ému du coucher du soleil que de son lever. En général, les beautés vives et enjouées nous plaisent, mais il n'y a que les mélancoliques qui nous touchent. Nous tâcherons ailleurs de développer les causes de ces affections morales. Elles tiennent à des lois plus sublimes que les lois physiques : tandis que celles-ci amusent nos sens, celles-là s'adressent à nos cœurs , et nous avertissent que l'homme est né pour de plus hautes destinées.
Je peux me tromper dans l'ordre de ces générations et en transposer les termes; mais je ne me propose que d'ouvrir de nouvelles routes dans l'étude de la nature. Il me suffit que l'effet de ces générations soit généralement reconnu. Des hommes plus éclairés en établiront les filiations avec plus d'ordre. Tout ce que j'ai dit à ce sujet, et ce que je pourrais dire encore, se réduit à cette grande loi : « Tout est formé de « contraires dans la nature; c'est de leurs harmonies que naît « le sentiment du plaisir, et c'est de leurs oppositions que naît « celui de la douleur. »
Cette loi, comme nous le verrons, s'étend encore à la morale. Chaque vérité, excepté les vérités de fait, est le résultat de deux idées contraires. Il s'ensuit de là que toutes les fois que nous venons à décomposer parla dialectique une vérité, nous la divisons dans les deux idées qui la constituent; et si nous nous arrêtons à une de ses idées élémentaires comme à un principe unique, et que nous en tirions des conséquences, nous en faisons naître une source de disputes qui n'ont point de fin; car l'autre idée élémentaire ne manque pas de fournir des conséquences tout à fait contraires à celui qui veut s'en saisir, et ces conséquences sont elles-mêmes susceptibles de décompositions contradictoires qui vont à l'infini. C'est ce que nous apprennent très-bien les écoles, où on nous envoie former notre jugement. Elles nous montrent non-seulement à séparer les vérités les plus évidentes en deux, mais en quatre, comme disait Huidibras. Si, par exemple, quelqu'un de nos logiciens, considérant que le froid influe sur la végétation , voulait prouver qu'il en est la cause unique , et que la chaleur même y est contraire, il ne manquerait pas de citer les efflorescences et les végétations de la glace, l'accroissement, la verdure et la floraison des mousses pendant l'hiver; les plantes brûlées du soleil pendant l'été, et bien d'autres effets relatifs à sa thèse. Mais son antagoniste, faisant valoir, de son côté, les influences du printemps et les désordres de l'hiver , ne manquerait pas de prouver que la chaleur seule donne la vie aux végétaux. Cependant le chaud et le froid forment ensemble
un des principes de la végétation, non-seulement dans les climats tempérés, mais jusqu'au milieu de la zone torride.
On peut dire que tous les désordres , au physique et au moral , ne sont que des oppositions heurtées de deux contraires. Si les hommes faisaient attention à cette loi, elle terminerait la plupart de leurs erreurs et de leurs disputes ; car on peut dire que, tout étant composé de contraires, tout homme qui affirme une proposition simple n'a raison qu'à moitié , puisque la proposition contraire existe également dans la nature.
11 n'y a peut-être dans le monde qu'une vérité intellectuelle, pure , simple , et sans idée contraire : c'est l'existence de Dieu . Il est très-remarquable que ceux qui l'ont niée n'ont apporté d'autres preuves de leur négation queles désordres apparents de la nature , dont ils n'envisageaient que les principes extrêmes ; en sorte qu'ils n'ont pas prouvé qu'il n'existait pas de Dieu , mais qu'il n'était pas intelligent , ou qu'il n'était pas bon. Ainsi leur erreur vient de leur ignorance des lois naturelles. D'ailleurs, leurs arguments ont été tirés, pour la plupart, des désordres des hommes , qui existent dans un ordre encore différent de celui de la nature, et qui sont les seuls de tous les êtres sensibles qui ont été livrés à leur propre providence.
Quant à la nature de Dieu , je sais que la foi même nous le présente comme le principe harmonique par excellence, non-seulement par rapport à tout ce qui l'environne, dont il est le créateur et le moteur, mais dans son essence même , divisée en trois personnes. Bossuet a étendu ces harmonies de la Divinité jusqu'à l'homme, en cherchant à trouver dans les opérations de son âme quelq-ie consonnance avec la Trinité , dont elle est l'image. Ces hautes spéculations sont Je l'avoue , infiniment au-dessus de moi. J'admire même que la Divinité ait permis à des «très aussi faibles et aussi passagers que nous d'entrevoir seulement sa toute-puissance sur ta terre, et qu'elle ait voilé , sous les combinaisons de la matière, les opérations de son intelligence infinie, pour la
proportionner a nos yeux. Un seul acte de sa volonté a suffi pour nous donner l'être ; la plus légère communication de ses ouvrages, pour éclairer notre raison : mais je suis persuadé que si le plus petit rayon de son essence divine se communiquait directement à nous dans un corps humain , il suffirait pour nous anéantir.
DES CONSON'NANCES.
Les consonnanccs sont des répétitions des mêmes harmonies. Elles augmentent nos plaisirs en les multipliant, et en en transférant la jouissance sur de nouvelles scènes. Elles nous plaisent encore, en nous faisant voir que la même intelligence a présidé aux divers plans de la nature, puisqu'elle nous y présente des harmonies semblables. Ainsi lesconsonnances nous plaisent plus que les simples harmonies , parce qu'elles nous donnent les sentiments de l'étendue et de la Divinité , si conformes à la nature de notre âme. Les objets physiques n'excitent en nous un certain degré de plaisir qu'en y développant un sentiment intellectuel.
Nous trouvonsde fréquents exemples de consonnances dans la nature. Les nuages de l'horizon imitent souvent sur la mer les formes des montagnes et les aspects de la terre , au point que les marins les plus expérimentés s'y trompent quelquefois. Les eaux reflètent , dans leur sein mobile, les cieux , les collines et les forêts. Les échos des rochers répètent à leur tour les murmures des eaux. Un jour, me promenant, au pays de Caux , le long de la mer, et considérant les reflets du rivage dans le sein des eaux , je fus fort étonné d'entendre bruire d'autres flots derrière moi. Je me tournai, et je n'aperçus qu'une haute falaise escarpée , dont les échos répétaient le bruit des vagues. Cette double consonnance me parut très-agréable : on eut dit qu'il y avait une montagne dans la mer, et une mer dans la montagne.
Ces transpositions d'harmonie d'un élément à l'autre font beaucoup de plaisir ; aussi la nature les multiplie fréquemment , non-seulement par des images fugitives , mais par des
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formes permanentes. Elle a répété, au milieu des mers, les formes des continents dans celles des îles, dont la plupart, comme nous l'avons vu, ont des pitons, des montagnes , des lacs , des rivières et des campagnes proportionnés à leur étendue , comme si elles étaient de petits inondes ; d'un autre coté, elles représentent , au milieu des terres, les bassins du vaste Océan dans les méditerranées , et dans les grands lacs qui ont leurs rivages, leurs rochers, leurs îles , leurs volcans, leurs courants , et quelquefois un flux et reflux qui leur est propre, et qui est occasionné par les effusions des montagnes à glaces , au pied desquelles ils sont communément situés , comme les courants et les marées de l'Océan le sont par celles des pôles.
Il est très-remarquable que les plus belles harmonies sont celles qui ont le plus de consonnances. Par exemple, rien, dans le inonde, n'est plus beau que le soleil , et rien n'y est plus répété que sa forme et sa lumière. Il est réfléchi de mille manières par les réfractions de l'air, qui le montrent chaque jour sur tous les horizons de la terre, avant qu'il y soit et lorsqu'il n'y est plus; par les parhélies , qui réfléchissent quelquefois son disque deux ou trois fois dans les nuages brumeux du nord; par les nuages pluvieux, où ses rayons réfrangés tracent un arc nuancé de mille couleurs ; et par les eaux, dont les reflets le représentent en une infinité de lieux où il n'est pas , au sein des prairies parmi les fleurs couvertes de rosée , et dans l'ombre des vertes forêts. La terre sombre et brute le réfléchit encore dans les parties spéculaires des sables , des mica , des cristaux et des rochers. Elle nous présente la forme de son disque et de ses rayons dans les disques et les pétales d'une multitude de fleurs radiées dont elle est couverte. Enfin ce bel astre est multiplié lui-même à l'infini, avec des variétés qui nous sont inconnues, dans les étodes innombrables du firmament , qu'il nous découvre dès qu'il abandonne notre horizon , comme s'il ne se refusait aux consonnances de la terre que pour nous faire apercevoir celles des cieux.
Il s'ensuit de cette loi de consonnance , que ce qu'il y a de plus beau et de meilleur dans la nature est ce qu'il y a de plus commun et de plus répété. C'est à elle qu'il faut attribuer les variétés des espèces dans chaque genre , qui y sont d'autant plus nombreuses que ce genre est plus utile. Par exemple, il n'y a point, dans le règne végétal, de famille aussi nécessaire que celle des graminées, dont vivent non-seulement tous les quadrupèdes , mais une infinité d'oiseaux et d'insectes; il n'y en a point aussi dont les espèces soient aussi variées. Nous observerons , dans l'Étude des plantes , les raisons de cette variété ; je remarquerai seulement ici que c'est dans les graminées que l'homme a trouvé cette grande diversité de blés dont il tire sa principale subsistance , et que c'est par des raisons de consonnance que non-seulement les espèces, mais plusieurs genres , se rapprochent lesuns des autres , afinqu'ils puissent offrir les mêmes services à l'homme, sous des latitudes tout à fait différentes. Ainsi , les mils de l'Afrique , les maïs du Brésil , les riz de l'Asie, les palmiers-sagou des Moluques , dont les troncs sont pleins de farines comestibles , consonnent avec les blés de l'Europe. Nous retrouvons desconsonnances d'une autre sorte dans les mêmes lieux . comme si la nature eût voulu multiplier ses bienfaits en en variant seulement la forme , sans changer presque rien à leurs qualités. Ainsi consonnent avec tant d'agrément et d'utilité, dans nos jardins , l'oranger et le citronnier, le pommier et le poirier, le noyer et le noisetier; et dans nos métairies , le cheval et l'ane, l'oie et le canard , la vache et la chèvre.