‹ Etudes de langue francaise [microforme]Chapitre 6 sur 46 · SA · texte numérisé non relu

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et latine, ayant en français des analogues déjà connus, se sont, pour la plupart, établis dans notre langue, lui ont donné Télévation qui lui manquait, et ont fait bonne 6gure, au siècle suivant, dans les vers de Corneille, de Rotrou, voire même de Malherbe, qui, tout hostile qu'il paraisse aux poètes de la Pléiade, e^ a plus d'une fois subi rinfluence.

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Les poèUi qui passent à la postérité n'y arrivent pas tout entiers ; pour elle les essais> les intentions heureuses, ne sont rien : elle n'admet et ne consacre que des résultats. ' t

A ses yeux, Corneille est ie père de notre tragédie, celui qui le premier a substitué aux imitations froides et sans vie du théâtre de Sén^ue, des chefs-d'œuvre d'action e^ de style, où les passions humaines se produisent avec leur Véritable caractère, leur véritable Itfngaffé/où le C!âMir parle et/inime«tout. r . La critique voit dans Cornealkgplus f ncore ; né avec le xyii» siècle, il semblé chargé" seul de l'immense tâche^deconstituer toute la^ littérature de ce temps. Il écrit ^d'aimables comédies avant Molière; dans ses £jram£ii^,Téèllement dignes de ce nom, il censure avec bonne fbi ^t in^^nuité ses propres ouvrages, ramène tottjbtfrs aui principes supérieurs de la littérature et dé l'artiesrqttestions de détails, et devient le législate^ur de fM>s écrivains dramatiques, après en avoir été le modèle. Oo^ouye daifeses œuwresdies ppésies^aiantes, miédio^ cres, c^êst une nécessité du genre, mais moins mauvaises que celles de ses contemporains ; d'excellentes épt^ très, telles que. XExcuse à Amte, quicontinuènt Régnier en faisant pressentir Boileau ; des panégyriques du Roi«

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un peu vides, mais où éclatent de temps à autre une vigueur, une énergie, fort rares dans les compositions de ce genre ; enfin des poèmes sacrés, qui ne sont point, comme c*est assez rhabitude, le produit d'une pénitence  la fois tardive et précipitée, mais le x:ouronnementd'une vie pieuse, rhynnne suprême d'une Âme que la grâce touche et qui n'est accessible ni à d'étrojl scrupules, ni à de vaines terreurs.

Certains écrivains croient parvenir A la majesté et"i Téclat par l'étalage des maximes général|:s. Corneille est bien éloigné de ce défaut. Dans son Discours du poème dramatique, il parle en ces termes de Ja nécessité de « mettre rarement en discours généraux » l^s sentences et instructions morales :

« J'aime mieux faire dire à un acteur : t amour uous « donne beaucoup d'Inquiétudes, que : Vamour donne « beaucoup d inquiétudes aux esprits quHi possède ^i). » .. Il applique le même principe au détail di^ style, et à l'expression là plus éten<iue il préfère presque toujours le mot paniculier, parfois même le terme technique. Il prend possessionf au nom de ia poésie, du domaine' entier de la langue. françaises Ces richesises,^ue Ronsard et son école allaient Recueillir péniblement dans le grec et dans le latm^TTls^t les trouve " toutes dansVnotre idiome national: il met à profit le trésor imtnense des vocabulaires spéciaux. Il parleavec aisance et justesse de théologie, <k chasse, d art militaire». de brojderie, de toutes chosies ; les mots qui embarrassent notre prose viennent^e placer naturellement dahs ses vers. Parfois mêmç, on aoit l'avouer, cette facilité d%ssimilation Teniraine un peu plus loin qu'il ne faudrait ; s'il discute, d^ns ses .Discours ei ses Examens, contre les disciples ^outrés et aveugles d'Ari$tote, il 'adopte avec eux, et comme tout le monde alors daiis le style technique, les

\i) Tome I, p. i8. Edition Marty^Laveaux.

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termes barbares empruntés du langage de l'école, tels que proiase^ agnitioriy cataitase^ de ces mots que Molière, quelques années plus tard, place dans la bouche de M. l.ysidas et fait railler par Dorante(i); enfin, il ne sait pas se garantir complèternent des expressions des précieuses, qui se montrent, à de longs intervalles, mais d^une manière fort marquée, jusque dans ses tragédies (2). I ' é

De tout temps, du reste, les grands poètes ont parlé, et souvent en maîtres, des sciences et des arts ; et plus d'un savant, plus^d'un amateur laborieux a recueilli dans leurs œuvres des témoignages et des exemples. C'est ainsi que Millin a écrit la Minéralogie homérique; . M. Malgaigne a écrit VAnatomie et la physiologie d'Homère, sujet que dernièrement M. Daremberg a étendu et complété; M. Menière, des Etudes médicales sur quelques poètes anciens et modernes ; M. Jal, le Virgilius nauiicus; M. Castil-Blaze, Molière musicien, .

Corneille prêterait aussi à ces ingénieuses recherches : en mainte occasion, il emploie hardiment le mot propre. S'agit-ii de l'arrivée dés Maures, dans le Qid^ Il nous apprend qiiih ancrent y tout comme l'eût fait un marinier de^Rouen, racontant un événement dû même genre; ailleurs il se sert de l'expression prendre port y fort blâmée par Voltaire, qui objecte que ce ft'est pas là un mot poétique. Est-il question d'art militaire ? il parle d'ordonner une armée , de quitter la campagne, de décamper, et VoltaireJui reproche encore ces tournures, toujours par le même motiC Scud^, a^u contraire, si yain de ^es connâissaûces spéciales, se plaint, de ce que Corneille n'a pas écrit aans un style asse^^ rigoureusement tèchnlcjue, et ne lui pardonn^Xpas d'avoir appliqué le mot ^r/^âui^ à une trdupe déplus de cinq cents hom-

i) Vbyec La Critique de VW0St àês femmes^ scène v^i/ a) yoyes DartifiiUi||gff|fff» Il tome Vl» p. ni et suivantes.

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DE LA LANGUE DE CORNEILLE

mes(i 1 ; par bonheur, Turenne, moins difficile, entendant Sertorius parler de V assiette du camp, et employer longtemps ce langage avec autant de noblesse que de précision, s'écriait tout étonné : « Où donc Corneille a-t-il appris « les termes de l'art de la guerre? (2) » . Il les avait appris de diverses manières, par la lecture, par l'étude de l'histoire, plus encore sans doute p^r la conversation. Ceux qui avaient' été à la guerre, ceux surtout qui voulaient passer pour y avoir étéy accumulaient à plaisir les mots techniques. Nous avoiié insisté, d&ns \& Notice du Menteur {^), sur ce traver^, très commun, paraît-il, eu ce temps-là, et sur la fa^on dont Corneille s'en est moqué.

(i) Voyez, au tome II du Lexique, i'Apjftndice^ p, 460 r et à la page 406, la réponse de rAcadémic à cette critique de Scudéry.

(2) Voyez la Notice de Sertorius, au toVne VI^ p. 3î>4.

(3) Voyez tome IV, p. 120-iaa. — Oa peut ajouter aux rapprochemeni» q,ue nous avons faits en cet endroit ces vers de Joachim du Bellay :

Ce «ont beaux robts que brauade,

Soldat, cargue, camyzade,

Aucc vng braue san-dieu "

C'est .pour faire vng Demi-dieu.'

(Discours sur la louange de la vertu, à Salmon Mjacrisi, tome II, p. 40 de mon édition) ; et ce passage de la Aiiise historique^ où Lorct nous peint les bourgeois de la Fronde de retour chez eux après un combat :•

ensuite, étant dans leurs familles, Avec leurs femmes et leurs filles, Ils. ne disoient parmi les pots Que mots de guerre à tous propos :

Bombarde, canon, coulevrine, Dem/'lune. rampart, courtine, Poste, terre-plein, bastion, ;

Lignes, circonvallation.

Mon tirc-bourrej mon écharpe, , Le parapet, la contrescarpt;,

Et >i*4Utres tels mors triomphants Qui faisoicnt peur à leurs -enfants.

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