‹ Etudes de lépidoptérologie comparée (volume 2)Chapitre 20 sur 21 · PLANCHE CCCXII · texte numérisé non relu

PLANCHE CCCXII

N° 4603. Papilio Cartereti q, Obthr.

Iles de l'Amirauté (JMeek). Décrit dans le Bulletin de la Société entoniologique de France; 1914, 25 mars; pages 187,

M. W. Niepelt a décrit (page 53) et figuré en photographie (Taf. XI; fig. i), dans l'ouvrage Lepidoptera Niepeltiana

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paru en mai 1914. arec le nom de Weyiiicri, Niepelt, la Q que j'avais moi-même décrite un peu avant lui, dans le Bulletin de la Société entomologique de France, avec le nom de Cariereti, en l'honneur du Navigateui anglais Carteret, officier de marine d'origine normande, qui visita les îles de l'Amirauté {Admiralty Idands), en 17Ô7.

PLANCHES CCCXIII, CCCXIV et CCCXV.

N"» 4604 4608 \ Celerio Euphorbiae Mauretanica, Stgr.

4 09 l Très grande race dont M. Harold Powell a élevé, en 1913,

4°"° j un grand nombre de chenilles provenant de Djebel-Ichali, 4^' au-dessus de Lambèse. Ces chenilles se trouvaient par une ^ I altitude de 1.800 mètres environ.

La race du Djebel-Ichali (Djebel-Aurès) est bien différente de celle de Biskra qui est connue sous le nom de Deseriicola. A Biskra, comme dans le Djebel-Aurès, le Celerio Eu- ■phorbiae paraît assez variable. L'éclosion du Celerio Eufhorbiae Mauretanica se fait principalement en juillet et août. Les variétés pâles (fig. 4610) sont moins rares que les variétés brunes (fig. 4612). La variété chez laquelle le fond des ailes supérieures est presque jaune d'or (fig. 4609) est fort rare. Les formes les plus abondantes sont représentées sous les N°« 4607 et 4608.

Au mois d'avril 1914, M. Harold Powell vint à Rennes pour collaborer à la rédaction de la Faune des Lépidoptères de la Barbarie. Il acheva quelques aquarelles destinées à être reproduites par M. Culot; il classa les photographies diverses qu'il avait prises pendant ses deux campagnes de 191 2 et 191 3, dans la province de Constantine, et procéda au dépouillement des notes et observations recueillies par lui au jour le jour, au cours de ses voyages en Algérie.

A la fin de juin 1914, j'avais terminé la rédaction du texte concernant les Rhopalocera. L'impression des 12 premières feuilles, soit jusqu'à la page 192, était faite.

Entre temps, j'avais confié à M. Ferdinand Le Cerf, du Muséum national d'Histoire Naturelle de Paris, tous les documents que je possédais au commencement de l'année 1914, relativement aux Sesia algériennes. M. Le Cerf a spécialement étudié les Sesia et il avait très obligeamment accepté d'écrire l'histoire de ce groupe difficile pour lequel il avait toujours éprouvé une véritable prédilection. Je ne pouvais donc remettre le soin de traiter les Sesia algériennes à un Entomologiste plus compétent et mieux préparé. De plus, nous avions pourvu dans la collection au classement à peu près complet d'au moins quarante mille Heterocera, de Barbarie, dont l'étalage et le dégraissage, — opérations longues, minutieuses, mais indispensables, — venaient d'être achevées. Nous pouvions dès lors envisager que la publication du présent volume X, consacré aux Rhopalocera et aux Sesiadœ, aurait une suite désormais rapide. Du reste, M. Culot avait déjà reçu, pour en assurer la figuration, en outre des Rhopa-

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locera et des Sesiadce de Barbarie, une certaine quantité de modèles, notamment dans la famille des Arctiadœ.

Les choses étant à ce point, au commencement de juillet 19 14, M. Harold Powell entreprit un voyage d'exploration entomologique dans les Pyrénées, avec mon petit-fils Henri (*) et son ami Marc-Adrien Dollfus, qui venaient, tous les deux, de passer avec succès, à Paris, l'examen de Baccalauréat pour la Philosophie.

Le but était de parcourir les Pyrénées orientales, de traverser le pays d'Andorre, la Haute-Catalogne et de gagner Luchon. De là, les trois voyageurs devaient nous rejoindre à Gavarnie, où je m'étais rendu avec d'autres membres de ma famille.

L'exploration entomologique pyrénéenne réussit à merveille; une fois réunis, nous passâmes quelques jours paisibles et heureux à Gavarnie où la saison était superbe et les papillons abondants. Les chasses du soir, autour des lampes électriques de l'Hôtel du Vignemale, ne cessèrent pas d'être très fructueuses et d'ajouter à la récolte réalisée pendant les heures de jour, dans la montagne, les plus intéressantes captures.

MM. le Docteur T. -A. Chapman et Champion étaient à Gavarnie. Ce sont des compagnons bien aimables, pleins de respectabilité, toujours souriants, très savants d'ailleurs, observateurs remarquablement avertis et avisés, sachant se concilier l'universelle sympathie par leur simplicité et leur bonhomie charmantes.

Nous avions le plaisir de les voir souvent, ainsi que les vieux amis P. Rondou, de Gèdre, et LIenri Passet, de Gavarnie. Celuici, je le rencontrai pour la première fois, en juillet 1869, à la Cabanasse, lorsqu'il parcourait les Pyrénées avec le célèbre Botaniste anglais Pack. Nos amicales relations datent donc de 45 ans.

Dans le plus beau des paysages, jouissant du charme de la famille et de l'amitié, les jours passaient, pour nous, trop rapides et dans une parfaite tranquillité.

(*) Entré dans sa i8<' année et engagé volontaire au io2« régiment d'Infanterie, le i^r mars 1915.

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A Gavarnie, on est loin du bruit et des nouvelles; la vie y est extraordinairement calme et paisible ; les habitants, pendant l'été, sont tout occupés de la récolte du fourrage que trop souvent ils sont obligés de disputer aux orages et aux brouillards. Les journées de soleil sont très précieuses et ils savent les utiliser.

Cependant, le lundi 27 juillet, nous trouvant réunis à l'Hôtel si accueillant du Cirque de Gavarnie, nous apprîmes que des guides venaient d'être expédiés à la recherche du colonel du 144" régiment d'Infanterie qui s'était mis en route, depuis assez peu de temps, pour le Mont Perdu. Une dépêche le rappelait d'urgence à son régiment qui faisait partie de la garnison de Bordeaux.

Les jours précédents, le colonel du 144" d'Infanterie avait fait des excursions et des ascensions avec mes petits-fils. Nous regrettâmes le brusque départ de cet aimable et très distingué compagnon (*).

A la suite de ce rappel, l'inquiétude commençait à s'emparer des esprits.

Aussi, le mardi 28 juillet, nous jugeâmes prudent de rentrer dans nos foyers respectifs.

Durant notre traversée de la France, en automobile, nous trouvâmes tous les cœurs résolus à l'accomplissement du plus grand des devoirs, si les circonstances l'exigeaient; néanmoins, jusqu'au vendredi soir 31 juillet, jour de notre arrivée à Rennes, l'espérance que la paix serait conservée s'était généralement maintenue parmi les Français.

Hélas! l'action diplomatique fut vaine, car la volonté bien arrêtée de l'Allemagne était non point la paix, mais la guerre...

(*) Les journaux nous ont appris que M. le colonel Joseph Gauthier, commandant le 144»= régiment d'Infanterie, né à Grenoble, âgé de 59 ans, avait été tué glorieusement dès le début de la guerre.

M. Lucien-Victor Meunier, dans la France, de Bordeaux, à la fin d'août 1914, rend un juste tribut d'éloges aux mérites et au caractère du Colonel Gauthier.

Le i^'' août 1914, le Kaiser Guillaume II osa assumer l'effroyable responsabilité de déchaîner le plus épouvantable des conflits qui ait jamais effrayé le monde. Il envoya un ultimatum à la Russie.

Dès lors, la France ne pouvait manquer d'être elle-même brusquement attaquée. En effet, le dimanche 2 août, de grand matin, les troupes allemandes, ayant la France pour objectif, violèrent la neutralité du Grand Duché de Luxembourg et pénétrèrent, par les ponts de Wasserbillig et de Remich, sur le territoire neutre luxembourgeois.

La France se trouvait donc directement menacée par l'Allemagne, ainsi que son alliée la Russie; elle se voyait obligée de mobiliser ses forces; en conséquence, l'ordre de mobilisation parut ce même jour, 2 août 1914.

La Belgique, sollicitée par l'Allemagne de permettre, sur son territoire, le libre passage aux armées impériales marchant contre la France, protesta noblement et rejeta énergiquement une proposition qu'elle jugeait offensante pour son honneur. Malgré la disproportion des forces, la Belgique ne craignit donc point d'opposer à la puissante Allemagne un refus formel à ce qu'elle considérait comme une violation flagrante du droit des Nations.

Dans ces circonstances si graves, le 4 août 19 14, le Gouvernement de Sa Majesté Britannique s'unit à la Russie et à la France, offrant ainsi à la Belgique de s'associer à une action commune en vue de résister, autant que possible, à l'emploi de la force que l'Allemagne allait tenter contre cette Nation neutre.

Le Gouvernement Impérial allemand avait pourtant solennellement reconnu la neutralité de la Belgique; mais comme Herr von Jagow ne craignit pas de le dire à Sir E. Goschen, Ambassadeur de la Grande-Bretagne, à Berlin, le 4 août 1914, (( Il nous faut pénétrer en France par la voie la plus rapide et la plus facile, de manière à prendre une bonne avance dans les opérations et s'efforcer de frapper quelque coup décisif, le plus tôt possible. Car c'est pour l'Allemagne une question de vie ou

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de mort. Agir avec rapidité, voilà le maître atout de l'Allemagne (*) )).

Seulement si c'était pour l'Allemagne, au dire de Herr von Jagow, une question de vie ou de mort d'avancer à travers la Belgique, en violant la neutralité de cette dernière Nation, c'était, selon Sir E. Goschen, une affaire de vie ou de mort pour l'honneur de la Grande-Bretagne, (( a matter of life and death for the honour of Great Britain », de tenir l'engagement solennel pris par l'Angleterre de faire, en cas d'attaque, tout son possible pour défendre la neutralité de la Belgique.

Le 4 août 191 4, la guerre se trouvait donc allumée entre l'Allemagne aidée de son alliée l'Autriche-Hongrie, d'une part, et la Russie, la France, la Belgique, l'Angleterre et la Serbie, d'autre part. Le Japon prit fait et cause pour les cinq nations à qui l'Allemagne et l'Autriche venaient de déclarer la guerre. Plus tard, la Turquie se laissa entraîner à marcher avec l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie.

Il ne m'appartient pas, dans cet ouvrage dédié à l'Entomologie, de me faire l'historien de la plus sanglante et épouvantable guerre qui fut jamais.

Je ne trouverais du reste pas de paroles pour traduire la douleur et l'indignation dont mon cœur est rempli. Partout où passèrent les armées allemandes, ce fut le pillage, l'incendie, l'assassinat. Les monuments les plus vénérables, ceux qui, en Belgique comme en France, faisaient partie du patrimoine religieux, historique, scientifique ou artistique de l'Humanité tout entière, furent détruits sauvagement, sans aucune raison militaire,

(*) Sir E. Goschen, British Ambassador in Berlin, to Sir Edward Grey.

... « Herr von Jagow again went into the reasons why the Impérial Government had been obliged to take this step, namely, that they had to advance into France by the quickest and easiest way, se as to be able to get well ahead with their opérations and endeavour to strike some décisive blow as early as possible. It was a matter of life or death for them, as if they had gone by the more southern route they could not hâve hoped, in wiew of the paucity of roads, and the strength of the fortresses, to hâve got through without formidable opposition, entailing great loss of time »... (Livre bleu anglais : Great Britain and the euro-pean crisis, 1914; pièce 160, page 78).

uniquement pour accomplir, avec une criminelle méthode, tout le mal possible et dans la plus horrible et cruelle mesure.

En des temps aussi malheureux, alors que les nouvelles les plus affligeantes pour toutes les familles ne ressaient d'arriver, — faisant connaître la mort glorieuse, sans doute, mais si douloureuse, de quelque parent ou ami comptant parmi les plus chers et les plus affectionnés, — on conçoit que tout travail scientifique soit devenu impossible et que la publication de tout ouvrage entrepris en des circonstances plus propices ait été ajournée sine die.

Voilà pourquoi la date « septembre IÇ14 », imprimée dès le mois de mai 19 14, sur la page 5 du titre du présent livre, se trouve depuis longtemps dépassée.

Cependant le volume X des Etudes de Lépidoptéroiogie comparée, pour ce qui concerne les Rhopaloce/a, était à peu près terminé.

Je me décide donc à publier ce volume, tel qu'il se trouve actuellement, c'est-à-dire au point 011 il a pu être amené.

Je n'ignore pas qu'un supplément lui sera nécessaire; cependant j'ai cru devoir prendre cette détermination avant que les mobilisations successives n'aient achevé de priver notre Imprimerie du Personnel technique indispensable à l'impression de mon livre. Depuis les premiers jours d'août, combien de nos excellents collaborateurs, en âge de porter les armes, ont quitté notre maison pour reprendre bravement leur place dans Tarme oi^i, étant plus jeunes, ils avaient reçu l'instruction militaire!

Notre sympathique souvenir les accompagne au front où refleurissent si admirablement les vertus guerrières de notre Nation. Si nos vœux les plus chers sont exaucés, ils reviendront, glorieux, reprendre leur place parmi nous. Mais quand sera-ce?

En attendant, accablé par l'angoisse patriotique et familiale, ressentant vivement la douleur que tant de morts ont causée autour de nous, dans notre ville et dans les campagnes bretonnes, vieilli par les soucis plus encore que par l'âge, j'ai lieu de croire que le présent ouvrage entomologique, avec la partie relative aux

JEgcrndœ, en voie de très prochain achèvement, est le dernier que je pourrai désormais produire.

J'aurais voulu, avant l'extinction définitive de mes forces, achever la Faune des Lépidoptères de V Algérie. C'était un projet qui m'était cher; la guerre que les Nations civilisées se trouvent obligées de soutenir, depuis plus de 7 mois, contre les Barbares, est la cause que, vraisemblablement, le rêve ne deviendra pas la réalité.

Rennes, mars 191 5.

Charles OberthOr.

IMP. OBERTHUR, RENNES (165I-I4J.

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