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I. — Biologie. Caractères

Il pouvait paraître invraisemblable, inexplicable, j'allais dire presque humiliant pour les Lépidoptéristes, que la biologie d'une de nos plus belles espèces soit demeurée si longtemps inconnue. Il y aura bientôt un siècle que la Civielïa margania a été redécouverte dans notre Midi et nous en étions encore réduits, jusqu'à ces dernières années, à répéter les paroles du D"" Boisduval dans son Gênera et Index niethodïciis, p. 173 : (( Métamorphoses desiderantur ».

La rareté de l'espèce n'en est peut-être pas la seule raison.

En effet, la connaissance des premiers états et de la plante nourricière d'un Lépidoptère, qui a réussi à garder le secret de ses origines, dépend de plusieurs conditions, auxquelles il est difficile de satisfaire à la fois.

Il faut d'abord un Lépidoptériste s'intéressant particulièrement à la question de biologie et à la recherche des chenilles; il faut connaître une localité fréquentée par le papillon en question; il faut que ce papillon y soit relativement commun,

afin de permettre les expériences nécessaires; il faut il faur

aussi une certaine chance qui favorise le chasseur.

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Certes, on ne devrait pas compter sur le Hasard; mais, on peut admettre volontiers que, souvent, il a facilité la solution de plusieurs petits problèmes entomologiques et a procuré à plus d'un Lépidoptériste de nombreuses et excellentes captures.

En particulier, pour la Cïmelia margarïta, il s'est montré bon prince.

Le 19 mars 1903, je visitais les Romarins qui garnissent le flanc E. du Mont-Alban, au dessus de Villefranche-sur-Mer, et recueillais des feuilles minées par la chenille d'un joli micro : Siagmatophora rosmarinella Wlsm. ; quand, sous mes pas, un papillon rose s'élève de terre pour s'y reposer bientôt, à deux mètres plus loin. Intrigué par cette apparition qui me semblait nouvelle, je m'avance vers ce papillon, mais, hélas ! c'est pour le revoir partir pour une plus longue distance. Je n'avais pas de filet; dans ces pays de vive lumière et de vent violent, où les petits papillons que l'on débusque sont emportés en quatrième vitesse et, passant comme un éclair, échappent au regard ébloui, je ne m'embarrasse jamais de ce meuble inutile.

Je regagne de nouveau mon papillon rose et, à son troisième départ, au lieu d'un coup de filet, il reçoit un coup de chapeau, qui l'abat à terre, où, tout étourdi, il est cueilli délicatement dans un tube de verre. C'était une C. margarita g, de toute fraîcheur ! Dans la soirée même, elle pondit quelques œufs.

1° ŒuF; Chenille

L'œuf de C. margarita (fig. i) a la forme d'un ellipsoïde très comprimé sur deux faces, un peu renflé au sommet, et atténué à la base. Sa surface supérieure présente trois cannelures, qui n'atteignent pas les pôles, la médiane plus large, avec les bords ou côtes arrondies; une ou deux cannelures se voient aussi sur les côtés; la surface inférieure est presque lisse, plane, ou avec une grande dépression centrale. Le micropyle (fig. 2), au centre du

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sommet, est entouré de petites aréoles cunéiformes, accompagnées de plus grandes i)]us ou moins régulières et hexagonales qui constituent l'aire micropylaire. Ces aréoles n'atteignent pas les bords du sommet et n'entrent pas dans la composition des cannelures. La couleur est blanc jaunâtre et devient orangé pâle. L'œuf n^posc sur sa surface inférieure (fig. 3).

Sa caractéristique consiste dans l'inégalité et la diversité des cannelures.

Je n'ai pas eu le plaisir de voir éclore ces œufs à Villefranchesur-Mer. J'ai pris note cependant des plantes diverses qui croissaient autour de l'endroit où j'avais capturé C. viargarita Q et cette partie du Mont-Alban, je l'ai fouillée et refouillée pendant plusieurs jours consécutifs, mais en vain. Je quittai Villefranche peu de temps après, la chaleur commençant à devenir excessive, les plantes se desséchant, et me rendis à Digne (Basses-Alpes).

L'éclosion des œufs de Margarita eut lieu le 29 mai. La petite chenille est médiocrement allongée, renflée antérieurement, un peu atténuée postérieurement, arrondie sur le dos, sauf aux segments thoraciques, aplatie en dessous, avec une carène stigmatale en bourrelet; peau plissée (4-5 plis sur chaque segment); jaune, sans lignes, ni taches; verruqueux très petits, noirs, les trapézoïdaux formant sur le dos comme deux lignes de points noirs ; la tête un peu cordiforme (fig. 4) aplatie en avant, verticale, rentrant sous le premier segment, dont le bord antérieur est un peu relevé et forme chaperon, n'est pas de la couleur du corps, mais brun marron foncé, noirâtre; pattes écailleuses relativement courtes, faibles, cornées, avec de petites plaques noirâtres; membraneuses au nombre de 10 : ventrales courtes aussi, la première paire paraissant être un peu plus faible que les trois autres, mais bien développée; les anales (fig. 5), au contraire, très fortes, larges, comme chez les Saturnides.

Cette chenille peut se suspendre à un fil ; elle relève la partie antérieure de son corps, comme pour atteindre sa plante nourri-

cière et cherche plutôt à monter qu'à descendre; elle agite parfois ses derniers segments comme en coup de fouet. Quand elle marche, elle n'arpente d'aucune façon, pas plus comme une jeune Noctuelle que comme une Géomètre; quand on la touche, elle ne recule pas, à la manière des chenilles de Microlépidoptères. Elle rampe comme une chenille de Bombyces, ses anneaux se relevant l'un après l'autre, d'arrière en avant, et la colonne des pattes membraneuses se contractant ou s'étirant selon les besoins de la progression.

En résumé, c'est une chenille molle, rase, sans ligne sur le dos, plissée, granuleuse, à dix pattes membraneuses, toutes propres à la marche et à progression ondulatoire.

Un échantillon (feuille ou fleur) d'une cinquantaine d'espèces de plantes des plus variées fut présenté aux jeunes chenilles ; celles-ci refusèrent tout et périrent.

Il ne me restait de l'aventure que l'observation de la petite chenille au sortir de l'œuf et cet œuf, que désormais je reconnaîtrais entre mille, si le hasard me le faisait découvrir sur sa plante nourricière (^i).

Deux ans après, à la fin de mai et au commencement de juin 1905, j'ai encore pris plusieurs C. margarita, près de Bize (Aude), mais aucune Q.

J'ai noté : « Le papillon est attiré facilement par la lumière; il se pose sur l'appareil assez brusquement et ne bouge plus. Au

(i) Parmi les 1.50G espèces d'œufs de Lépid:)ptè/es appartenant à tous les groupes, que j'ai e.xaminés et dont j'ai la description et le dessin, je n'en ai vu aucun qui ressemble à l'œuf de C. margarita. Il est de la classe des œufs inclinés, c'est-à-dire de ceux dont l'axe micropylaire n'est pas vertical, n"iais s'incline plus ou moins ou même repose sur la ligne horizontale. Par conséquent, il n'est pas à comparer avec ceux des Noctuelles, qui sont des œufs dressés, c'està-dire dont l'axe micropylaire est vertical (fig. 6). Ceux qui s'en rapprocheraient le plus seraient peut-être ceux des Drépanides (fig. 7, A, B). Les œufs des Saturnides, Endromides (fig. 8, A, B) sont aussi des œufs inclinés, mais, en général, ils ])résentent une large dé])ression concave au centre de leur surface supérieure.

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repos, il rabat et ferme les ailes comme font les Cilix, Pygaera, Gypsochroa, Sterrha. Sur quoi la chenille pourrait-elle bien vivre? Cistus, Thymus, Rosmarimts, Dorycnium, Coris, Capparis, Euphorbia, Helichrysum, Astragahis, Ornitho gahmu Scabiosa, sont les genres des plantes les plus abondantes de la localité des Toureyres ».

Cinq ans plus tard, en juin 1910, dans le même endroit, j'ai été plus heureux. Une margarita Q vint se faire prendre à mon appareil. « Restée dans le flacon à cyanure juste le temps nécessaire (très court) pour la rendre immobile et mise ensuite dans un tube ouvert, il lui a fallu près d'une demi-heure pour revenir à elle; m.ais comme elle se débattait trop dans le tube, je l'ai asphyxiée de nouveau très légèrement, puis piquée. Malgré toutes ces manœuvres, elle a de nouveau repris ses sens et a pondu quelques œufs pendant la nuit (6 juin).

') Les œufs de margarita ayant changé de couleur et laissant voir la petite chenille à travers la coquille, j'ai pensé que l'éclosion était imminente et suis allé chercher un échantillon de toutes les plantes des Toureyres (13 juin) ».

Un instant, j'eus l'idée que la plante nourricière pouvait avoir une influence sur la couleur du papillon de C. margarita. Une Renonculacée, nous donne Char, delphiniï U. ; une Carduacée, Thalpochares piirpurina Hb. ; des Labiées, Pyrausta virginalis Dup., purpiiralis L. ; des Euphorbiacées, des Onagrariées, divers Sphingides ; des Rosacées, Thyat. bâtis L., Platypt. rhododactyla (S. V.) F., par exemple. Sans doute, cette influence ne peut pas être érigée en règle générale : elle offre trop d'exceptions. Telle VUrtica qui nous donne des Vanessa à couleurs vives et en même temps des papillons sombres comme les Hypena et des blancs comme Sylepta ruralis Se. Mais, enfin, on pouvait essayer, en sériant par familles les fragments de plantes offerts à l'appétit des jeunes chenilles.

(( (14 juin). Les petites chenilles de margarita ont commencé à éclore ce matin. Je leur ai donné, l'une après l'autre, toutes

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les plantes rapportées hier et dont j'ai dressé la liste (i). C'est à n'y rien comprendre : elles ont tout refusé. Je ne puis admettre qu'elles soient endophytes. Elles cherchent toujours à aller du côté de la lumière et elles montent après les parois du verre oij elles sont avec les morceaux de feuilles ou de fleurs qui leur ont été donnés.

» (ly juni). Je suis allé chercher de nouvelles plantes aux Toureyres, pour les chenilles dont j'avais fait retarder l'éclosion en mettant au frais une partie des œufs pondus le 6. Je ne conserve plus l'espoir de connaître leur plante nourricière. Le hasard seul, je crois, fera trouver la chenille de margarita. Je cueille le plus d'échantillons possible pour examiner s'ils ont au moins un œuf. Ce serait un indice plus certain que tout le reste. »

Entre temps, le Hasard s'était manifesté une deuxième fois. Durant l'hiver 1009-1910, notre très distingué collègue M. Homberg, cherchant dans les environs de Cannes, des che-

(i) Plantes offertes aux jeunes chenilles : Ajuga iva, Allium amfelofrasum, Alnjts viscosa, Amygdalus connnuTiis, Anacycliis clavatns, Anethum fiferitiim, Antirrhiniim majiis, Ant. orontium^ Afhyllanthes monsfeliensis, Arundo donax, Ar. fhragmiie;:, Asfaragiis officinalîs, Asf. acutifolms, Asferula cinanchica, Asteriscus sfinosiis, Borrago offuinalis, Caffaris sfinosa, Carduus ienuiforus, Carlina corymhosa, Centaurea asfera, Chlora fer foïiaiu, Cichorium intybus, Clematis vitalba, Cisiiis albidiis, C. monsfeliensis, Convolvulus arvensis, Convcantabriciis, Coris monsfelicnsis, Crataegus oxyacantha, Dafhne gnidiurriy Dorycnium sujfruHccsiim, Eryngiiim camfestre, Eiiphorbia nicœensis, Etifh. characias, Fraxiniis excelsior. Ficus carica, Fiimaria sficaia, Gladiolus communis, He/ianthemum ptilveriilcti/nm, Hrl. hirtunt, Helichrysum stœchas, Inula viscosa, /asminum frtiiirans, ] unciis aciitus, ] uniferiis oxycedrus, Lathyrus aphaca, Lefidium camfestre, I.iuiim narlniiet-ise, Lithos-permum cœruleofictum, Lysimachia vulgaris, Mahia sylveslris, Marrubium vulgare, Medicago saiiva, Melilotus arvensis, N erium oleander, Onobrychis sufina, Ononis minutissima, Ornithogalum narbonensr, Orobanchc minor, Papaver rhœas, Thillyrea angusiifolia, Pistacia ieiiiiscns. Pi st. icrrbiu/hus, Planiago lanceolata, Populus alba, Poientilla repfans, Poteritim sangiiisorba, Psoralea biiutninosa, Quercus coccifera, Peseda -phyteuma,- Phamnus alaternus, Posa div., Posmarinus officinalis, Pubia ■peregrina, Pubus fruticosus, Pumex aceiosella, Puta graveolens, Salix alba, Salvia hormïnoides, Santolina chamœcyparissias, Scorpiurus subvillosa, Sedum anopetalitm, Smilax aspera, Spariium junceum, Stœhelina dubia, Teucrium polit/m. Thymus imlgaris, Tragopogon, Ulmus campesiris, Urospermum Dalechampii, V erbasciitn siniiatum.

miles d'Acùfalics, parmi les détritus amassés sous les touffes d^Euphorb'ia spinosa, y trouva une chrysalide qui, plus tard, lui donna une C. jnarcrarila!

Quoique la présence de cette chrysalide au pied d'une Euphorbia spinosa ne prouvât pas d'une manière absolue que la chenille s'en fût nourrie, cette trouvaille était surprenante à plus d'un égard. Peu de plantes, sur la Côte d'Azur, ont été visitées par les Lépidopténstes, autant que cette Euphorbe, sur laquelle on trouve principalem.ent V Acidalia mediaria Hb. et la jolie Eîicroslis iwligenata Vill. Comment une chenille plus grosse que ces dernières aurait-elle pu échapper aux investigations d'un Minière, par exemple, ou d'un Constant, qui ont chassé là, de nombreuses années?

Quoi qu'il en soit, en juin iQio, le troisième des premiers états de Cvnelia margarïta était connu. Il ne restait plus à découvrir que le deuxième : la chenille et sa plante nourricière.

Cette même année 19 lo, le Hasard intervient on ne peut plus favorablement pour la troisième fois. Mon excellent collègue et ami M. Ch. Dumont a l'idée de visiter les environs de Cahors, dans le but de se rendre compte de la production lépidopténque de cette région encore inexplorée. En juin, dans une petite localité située non loin de Cahors, M. Dumont a l'agréable surprise de capturer, à l'aide de sa lampe à acétylène, plusieurs C . margarïta. Même bonheur lui arrive en septembre suivant.

La localité rêvée s'était enfin rencontrée !

M. Dumont a l'amabilité de me l'indiquer et, l'année suivante, au mois de mai, je pars pour le Causse de Gramat, dans le Lot. Margarïta ne s'y montrant pas rare et pouvant se prendre de mai à septembre, j'avais donc le temps d'en rechercher la chenille. — Time is caterpillar !

Au nord et à l'est de Cahors principalement, s'étend la région des Causses du Quercy; celui de Gramat, si connu par ses puits, ses cloups, ses igues, ses rivières souterraines, ses sources résurgentes, est un vaste plateau à surface tourmentée, fissurée, qui

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semble se prolonger vers le sud et le sud-est, et après les hauteurs environnant la Bastide-Murat, s'abaisse graduellement, découpé par de profonds ravins, jusqu'à la vallée du L,ot. Les rivières du Vers, du Celé, sont les principaux cours d'eau qui en descendent de ce côté pour se jeter dans le Lot. Leurs vallées, très humides, ainsi qu'en témoignent les nombreux lichens et mousses qui tapissent les rochers et, très chaudes l'été, sont le domaine des Moustiques et des Cigales. Elles ne sont pas cependant étroitement resserrées et en cagnon dans toute leur longueur. On rencontre parfois quelques échancrures conduisant à des parties moins abruptes, plus en pente douce et d'un accès moins difficile que les falaises. Je visitai avec prédilection la vallée de la Sagne. Depuis longtemps déjà, les Botanistes ont signalé l'intérêt que présente la flore de ces régions d'aspect si divers : sur les pentes bien exposées et sur les sommets brûlés par le soleil ou desséchés par les vents, une végétation naine, avec des plantes dont toute la vigueur semble s'être concentrée dans les racines et les tiges souterraines ; dans les vallées chaudes et humides, une végétation quasi méridionale. On y a trouvé des plantes provençales, d'autres d'origine cévenole, auvergnate, etc. Il est évident qu'une flore si mélangée doit avoir une influence sur la production des insectes, qui en dépendent. Il est bien regrettable qu'une telle région n'ait pas encore été explorée, à ce point de vue, d'une façon régulière et suivie (i). Dans les parties que j'ai parcourues, j'ai rencontré beaucoup de Pistacia tcrebinthus ; j'y ai revu le Psoralea bituminosa, la Scabiosa leucantha, le Leucanthemiini corymbosuJH, le Jasniininii fnilicans, le Xeranthemiini cylindraceu7ii, VAccr vwnspessulaninn, etc.; mais la caractéristique de ces endroits était l'abondance de la Spirœa hypericifolia, sur laquelle j'ai trouvé des chenilles inattendues. Malgré mes recherches les

(i) Bien que j'aie consacré la majeure partie de mon temps à la recherche et à l'éducation de Cim. margarita, j'ai pu, pendant les sept semaines que j'ai passées dans le Lot, capturer 225 espèces de Microlépidoptères, dont plusieurs nouvelles pour la faune française et d'autres qui n'étaient connues que de Provence ou du Languedoc méditerranéen.

plus attentives, je n'y ai vu aucun pied d' Enphorbia spinosa; par contre, d'innombrables petits emplacements, où les résidus de la décalcification de la roche avaient formé un léger dépôt de terre argileuse, étaient garnis d' Euphorbia cyparïssias L. et Gerardiana Jacq., semblant exclure les autres plantes de leur société. Etait-ce à cause de cette abondance d'Euphorbes que la Cim. margarita fréquentait ces endroits, qu'elle trouvait particulièrement à sa convenance?

C'est le 30 mai que je capturai la première margarita Q à la lampe; elle a pondu, la nuit même et les nuits suivantes, environ 70 œufs; elle est morte le 4 juin. En attendant l'éclosion des œufs, je vais chaque jour inspecter les plantes qui poussent dans l'endroit où cette Q a été prise, avec l'espoir d'y trouver l'œuf. Recherches stériles.

Le 9 juin, les petites chenilles commencent à éclore. Six verres ont été préparés. Ils contiennent des fragments de plantes sériées par familles, auxquels je joins des morceaux de feuille ou de bractée florale de six espèces d'Euphorbe, une espèce seulement dans chaque verre : les Eupliorbïa helioscopia, peplus, lathyris, exïgua, gerardiana, cyparissias. Chaque verre ayant reçu une dizaine d'œufs, il n'y a plus qu'à attendre.

J'extrais ce qui suit, de mes notes :

<( (11 juin). Les chenilles de margarita éclosent en nombre. Les premières que j'avais placées clans les verres avec des fragments de plantes sont mortes, sans que les plantes aient été touchées, sauf une bractée florale de VEitphorbia gerardiana, qui me paraît grignotée. Je place les nouvelles écloses sur plusieurs bractées florales de cette Euphorbe, les unes dans un tube de verre, les autres sur une tige fleurie, dont le bas plonge dans un petit flacon d'eau. Je vois avec plaisir les petites chenilles attaquer bientôt la surface des bractées.

» La chenille de margarita est très délicate. Comme elle file des lacets de soie en forme de GO serrés et entrecroisés pour assurer sa marche, il arrive souvent que le léger effort fait, à

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l'aiilo (l'un petit pinrcau, pour la soulrxor ci l.i placier sur la |>laiilo mnn"ruion\ sulTit pour la hlossor ci (K^toruiiiu-r sa mort en peu tlo temps, l'.lle se lient très solidement attaehée à son iil eoiuliuteur, surtout par ses pattes anales remarquablenuMit dévelopjHws. Je ne erois pas qu'il stMt pt^ssibU^ d'élexer, au premier ài^'e. eeltt' i~henilK- d.nis un tuln-. mèiiu^ lernu^ seulement par de la mousseline : l'odeur qui s'exhale (.les jilantes ou des fleurs semMe lui être luneste. Il eon\ lenl dcMie mieux de l'élever à l'au' libre.

>^ 1^15 juuO. Le ehani;"ement tle la tii;e d'iùipliorbe est une opération délicate; mes bestioles s'en trouvent fort dérangées et plusieurs en périssent, b.lles sont très paresseuses; une lois sur la plante, elles ne bougent presque pas. Ce doit-être un travail pour elles ele eherelier de la nourriture fraîche; il faut qu'elle soit à leur portée nnniédiate.

>' l'ai eu l'idée irarraeher tiuelques leunes [liants (V En pftorbiiî t'xii^nii pour les mettre en pot. J'avais remarqué qu'une feuille de cette Euphorbe a\ait été rongéi^ par une t-henille ccMumc les bractées de VEiif<Ji. j^rr^rt/iiina. Je n'ai pas essa\e Y Euph. cypar/xs/tis, qui est [n>urtant si facile à transplanter; les jeunes chenilles avaient refusé d'en manger. Quant à la gc tard tan a, il ne faut pas y songer, à cause de ses longues racines qu'il est presque impossible d'arracher d'entre les pierres et les rochers où elle pousse.

'^ (16 juinX Mes chenilles se comportent toujours de même, se tenant toujours sur les bractées, les rongeant de droite et de gauche sans se déplacer beaucoup. Elles présentent une fine vasculaire brunâtre, la région stigmatale blanc jaunâtre surmontée d'une baiulelette brune ou olivâtre; la tète est touimirs brun noirâtre, l'écusson. le clapet et les pattes de la couleur du corps, jaunâtre, ressemblant aux bractées de l'Euphorbe.

» Est-ce que les fleurs d'EupJt. i:;eriud'hi)hj seraient déjà trop avancées, trop dures ou peu nourrissantes pour les chenilles? l'une de ces dernières est descendue sur une foliole de l'mvolucre et l'a roiiijée comme si c'était une bractée.

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» Je m'aperçois le soir qu'une chenille de margarita se dispose à muer pour la première fois.

» (17 juin). Voilà que les margarita ne veulent plus rester sur les bractées de VEuph. gerardiana; elles descendent sur les feuilles. Trois sont allées dans le flacon même, trouver les feuilles qui y sont plus tendres, moins desséchées, étant près de l'eau.

)> J'ai passé deux heures à examiner les Eii.ph. gerardiana du Causse. Je n'ai rien découvert, ni sur les ombelles, ni sur les tiges. Les tiges fleuries commencent à jaunir à la base; elles vont donc se dessécher ou tout au moins se flétrir comme les ombelles, qui, entre parenthèses, ne deviennent pas rouges comme celles de la cyparissias. Puisque VEuph. gerardiana semble passée comme la cyparissias, est-ce que la vraie nourriture de margarita ne serait pas VEuph. exigua, laquelle grandit et fleurit jusqu'en octobre?

n (18 juin). J'ai encore obtenu de nombreux œufs d'une margarita Q que j'ai fait pondre sur des pieds ôVEuphorbia helioscopia, exigua et cyparissias.

» Une chenille de margarita a changé de peau pour la première fois; elle a gardé son aspect et sa couleur jaune, mais sa tête (fig. 9) est maintenant de la couleur du corps; au dessus de la tête, on distingue nettement un appendice bilobé, à divisions arrondies, porté par le tégument qui unit la tête au corps et que recouvre le bord avancé du premier segment (flg. 10). Les pattes anales sont toujours très fortes et le clapet prolongé et arrondi rfig. II).

» (ig juin). Mes chenilles diminuent encore de nombre. Celles que j'avais mises sur une tige stérile d'Euph. gerardiana placée dans un flacon d'eau, ont péri. Quand elles grignotaient, le suc lactescent sortait en trop grande quantité; cet excès les gêne certainement. Je soupçonne que ce lait, par lui-même, gommeux, très collant, doit, en se figeant, embarrasser ou empêcher le jeu des mandibules de la chenille.

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» Le 19 juin 191 1 est une date mémorable. Après avoir examiné de nombreux pieds d' Eiiphorbia exigua et gerardiana à l'endroit où, la veille, j'avais pris une trentaine de margarita à la lampe, je redescendais fatigué et attristé de si longues recherches inutiles, quand j'avise sur le bord du sentier, un pied d'une espèce d' Euphorbe que je n'avais pas encore remarquée. Je trouve trois œufs de inargarïta : un non éclos, fraîchement pondu, puisqu'il n'avait pas encore sa teinte orangée, posé szir une bractée florale; deux éclos, placés sous une feuille; une de ces feuilles était rongée en dessus, à son extrémité, et portait une petite chenille; l'autre feuille n'était pas rongée : la chenille avait dû se perdre ou être dévorée. Cette Euphorbe était V Euph. Duvaliï Lee. = papillosa de Pouzolz, espèce cévenole ! )>

Enfin ! la plante nourricière de Chn. margarita était découverte et maintenant l'éducation de la chenille devait suivre facilement son cours, entourée des précautions que l'expérience indiquait d'elle-même.

Le reste du mois de juin et jusqu'à mon. départ qui eut lieu quand l'éducation fut terminée, dans le courant de juillet, je continuai à trouver œufs et chenilles de margarita, uniquement sur V Euphorbia Duvalii {papillosa), dans des endroits souvent éloignés de plusieurs kilomètres les uns des autres. Cette Euphorbia n'est pas une plante sociale comme la gerardianay la cyparissias, V exigua, qui se trouvent là en agglomérations parfois considérables; elle pousse isolément et presque toujours à l'abri de quelque arbrisseau ou de rejetons d'arbres coupés — c'est ce qui explique qu'elle n'avait pas attiré mon attention jusque-là — ; mais elle a l'avantage de demeurer fraîche bien plus longtemps que les autres, au moins les gerardiana et cyparissias, et c'est sans doute pour ce motif qu'elle peut nourrir la chenille toute la belle saison.

(( (23 juin). Ma première chenille se dispose à muer pour la deuxième fois. Il est singulier qu'elle s'assombrisse en avançant en âge : après la mue, elle est jaune; puis, se dessinent une vague

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ligne dorsale et des bandes latéro-dorsale et ventrale d'un vert olive lavé de rose, séparées par la stigmatale blanc crème. Elle a grignoté, pendant son deuxième âge, environ deux bractées florales : la première n'a été écorchée que par places sur la face supérieure; la seconde a été nettement trouée et rongée, sauf les nervules.

» La chenille, au deuxième âge, qui mange V Euph. papillosa a la tête lavée de rose. Elle grignote par places la feuille de cette ^Euphorbe. Sa façon de procéder est très rationnelle : en rongeant la face supérieure de la feuille par petites places voisines et en ligne horizontale, elle évite l'excès d'exsudation du suc de la plante et, en reculant pour recommencer une nouvelle série de morsures, elle échappe au danger d'être engluée par ce suc lactescent très collant.

)) (24 juin). Je trouve quelquefois plusieurs œufs sur la même feuille, mais toujours une seule chenille. Si la feuille sur laquelle margarila Q avait pondu un œuf, se trouvait attaquée par une larve de Tenthrede, la chenille avait disparu. Les pieds à'Eufhorbe malades, c'est-à-dire envahis plus ou moins par les cryptogames, n'ont ni œufs, ni chenilles.

» J'ai remarqué que les plants d' Eiiph. papillosa sont fréquemment visités par une Réduve, qui doit très probablement piquer soit les œufs, soit les jeunes chenilles de inargarïta. J'ai remarqué, en outre, que les plants à' Euph. papillosa bien exposés au soleil, deviennent roses, en vieillissant, fruits, bractées, feuilles et tiges. Les plants, à l'abri d'autres végétaux, restent plus longtemps verts. Les longues verrues des capsules sont presque toujours roses quand la capsule a atteint toute sa croissance. L'aspect des Euphorbia gerardiana et cyparissias est bien différent, leurs tiges fertiles sont à peu près toutes défleuries et dénudées en ce moment; beaucoup, en outre, sont chargées de Dorthesia.

» (28 juin). Sur la montagne de Brengues, les bords du sentier ont çà et là des pieds à.' Euphorbia papillosa, mais presque tous broutés par les moutons ou les chèvres. Il est singulier que cette Euphorbia, qui est à peu près seule broutée par le bétail, soit

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choisie par rnargarita, au lieu des autres, telles que cyparissias et gerardïana que les troupeaux respectent. Il est aussi heureux que VEuphorbia papïllosa se plaise, à l'abri des arbustes, à pousser dans les endroits boisés, où les troupeaux ne vont pas, au moins au printemps ; sans cela, rnargarita risquerait fort de disparaître, faute de nourriture appropriée.

» (30 juin). Ma chenille ab ovo se prépare à muer pour la troisième fois. Dès leur troisième âge, les chenilles rongent un peu la tige ou le pédoncule des fleurs ; leur morsure détermine une exsudation de lait qui se dessèche et est une caractéristique de la présence ou du passage de la chenille sur la plante. A cet âge, elles se tiennent presque toujours allongées sur un pédoncule, la tête appuyée sous la bractée florale.

» (5 juillet). Ma chenille ab ovo change de peau pour la quatrième et dernière fois. On ne distingue plus les lignes du dos.

» (7 juillet). Les chenilles de rnargarita ont beaucoup grossi, car il a fait très chaud; elles dévorent. Montant au sommet d'une tige, elles mangent les bractées, quelquefois le pédoncule et ensuite, en descendant, les feuilles l'une après l'autre, de sorte que la tige se trouve entièrement dépouillée )>.

Adulte (fig. 12), la chenille de rnargarita mesure 21 millimètres environ de longueur et près de 4 millimètres, dans sa plus grande largeur. Corps légèrement granuleux (i), arrondi sur le dos, sauf sur les segments thoraciques, qui sont surbaissés et élargis sur les côtés quand la chenille est au repos (2), aplati en dessous, atténué en avant à partir du â^ segment, en arrière à partir du 7" ; incisions segmentaires faiblement indiquées : segments présentant quatre ou cinq plis qui séparent ou divisent les annelets ; bourrelet stigmatal très accusé; couleur jaune verdâtre

(i) Une granulation analogue, mais beaucoup plus forte, se remanpie sur la jeune chenille d'Aglia tau L.

(2) Cette forme rappelle celle des chenilles de certaines Deltoïdes des genres Herminia, Pechifogoti, par exemple ; mais ces dernières ont la tête plus forte ne rentrant pas sous le premier segment, qui est étroit. En outre, l'étranglement de leurs segments thoraciques, la disposition de leurs verruqueu.x et d'autres caractères rendent cette ressemblance superficielle.

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sur le dos, rose sur le ventre, ainsi que la tête et le premier segment en entier; sans lignes longitudinales distinctes; la carène stigmatale jaune crème; verruqueux très petits, à peine visibles, sauf les trapézoïdaux, qui sont presque en ligne, le supra- et l'infrastigmatal un peu en avant du stigmate, le post-stigmatal un peu en dessous; poils des verruqueux très courts, mutiques ou faiblement claviformes et dirigés en arrière, sauf ceux de la carène stigmatale ; tête plus petite que le premier segment, un peu aplatie en avant, arrondie sur les bords, granuleuse; premier segment large, son bord, avancé, formant chaperon, un peu relevé à son extrémité, permet de voir le petit appendice bilobé signalé plus haut, porté par le tégument qui relie la tête au corps (i) ; clapet allongé, arrondi à l'extrémité, granuleux et rose; pattes écailleuses sensiblement égales, fortement mamelonnées à la base et relativement courtes; membraneuses, au nombre de dix, bien développées, leur extrémité assez large, oblique intérieurement, formant une dépression concave, du milieu de laquelle s'élève une série arquée de petits crochets ; les ventrales relativement courtes, égales, sauf la première paire, celle du sixième segment, qui paraît un peu plus faible, mais qui sert à la marche aussi bien que les autres (2); les anales fortes, leur partie extérieure très développée, dure et granuleuse; stigmates assez grands, elliptiques, jaunes, à péritrème brun, parfois entouré de rose.

Le 9 juillet, une chenille ab ovo s'est enterrée. Une autre chenille que j'ai empêchée de s'enfoncer en terre le 10 juillet, s'est étendue simplement sur le dos et s'est disposée à se chrysalider; ce qui eut lieu le 13, de grand matin. Cette chrysalide, verte d'abord sur le thorax et les ptérothèques et rose sous le ventre, est devenue orangée, puis brun rougeâtre, dans la journée même.

(i) Faut-il voir un analogue à cet appendice bilobé dans les petits mamelons que présente le même tégument chez certaines chenilles cVHar-pyia, ilont la tête rentre également sous le j^remier segment ?

(2) Si je ne me fais illusion, je trouve ce caractère sur certaines chenilles de Saturnides, sur celles d' hiidromis versicolora, celle <ÏAglia tau, au moins dans le jeune âge. Les chenilles à'TIarfyia et de certaines Notodontides ont leurs pîittes ventrales graduellement inégales.

5? LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE

Pour savoir à quelle profondeur pouvait descendre dans la terre la chenille de C. niargarïta, j'ai placé mes chenilles adultes sur un assez grand pot à fleur plein de terre et, plusieurs jours après, la terre étant retirée et tamisée avec précaution, j'ai trouvé un cocon fixé à la paroi du pot à environ six centimètres de profondeur, tandis que le plus grand nombre des cocons n'était qu'à 2-3 centimètres.

2° Cocon ; Chrysalide

Le cocon est ovale, un peu conique à l'extrémité par laquelle doit sortir le papillon, à parois minces, très peu résistantes, fait de grains de terre ou de petites pierres, agglutinés et reliés par quelques fils de soie.

La chrysalide brun rougeâtre plus ou moins foncé et mat, non reluisante comme celle des Isl actuelles, est ovalaire (fig. 13), épaisse à la partie antérieure, plus ou moins atténuée et conique à la partie postérieure ; surface fortement chagrinée, même sur les ptérothèques, dont les nervures sont indistinctes ; les segments abdominaux sont comme grêlés, marqués de petites dépressions polygonales ou alvéoles, arrondies ou elliptiques, à fond concave, comme un dé à coudre; verruqueux indistincts; stigmates grands, noirs, dans une petite dépression, dont les bords forment une légère saillie; mucron (flg. 14) conique, obtus, terminé par un petit bec, portant quatre épines de chaque côté (i).

(i) Il est bien difficile, sinon impossible, d'établir des rapprochements étroits entre les chrysalides des Hétérocères. Je ])eu.\ dire ceisendant, après l'exameii d'un très grand nombre d'espèces, que la forme et surtout la couleur mate de la chrysalide de C. margaiila se remarquent principalement chez les chrysalides de plusieurs Saturnides, Lasiocamfides, Noiodontides, et n'ont aucun rapport avec celle des Noctuelles. Les alvéoles ou petites dépressions de la surface se retrouvent chez beaucoup d'espèces, depuis les Sflnngides jusqu'aux Géomètres, mais non étendues d'une façon aussi générale et complète que chez margarila. Quant au mucron, il présente des variations telles qu'aucune comparaison ne pourrait se justifier : non seulement il alïecte des formes diverses pour les espèces d'un même genre, mais il varie même d'un sexe à l'autre chez la même espèce.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 53

L'éducation de Cim. margarïta étant terminée, je quittai le Lot et, avant de rentrer chez moi, j'allai passer quelques jours dans les Basses-Pyrénées. J'avais emporté quelques chenilles non encore arrivées à toute leur taille : au lieu de V Eiiphorbïa papillosa, qui ne pousse pas dans les Pyrénées, elles eurent de VEufhorbia angtilafa, qu'elles mangèrent bien; mais, à la Garenne, où je revins dans les premiers jours d'août, elles n'acceptèrent pas aussi bien V Eiipli. verrucosa. Ce qui prouve que cette chenille ne saurait s'accommoder de toute espèce d^ Eîtphorbia; elle fait un choix.

« Le 8 août, à 7 h. 1/2 du matin, à La Garenne, j'ai vu sortir un papillon de niargarita, du tas de mousse où sont les cocons et les chrysalides, sous un verre. Le papillon est très vif ; il monte rapidement au sommet du verre, mais, ne parvenant à s'y maintenir, il tombe et recommence à monter. Je le place aussitôt sous un cylindre de toile métallique. Après en avoir gagné le haut et ne trouvant plus que le vide, il s'arrête et reste immobile. En un quart d'heure, ses ailes s'allongent; le papillon les redresse ensuite en arrière de lui ; cinq minutes après, il les rabat vivement, éprouve un léger frémissement et ne bouge plus ».

D'autres éclosions se sont produites dans le courant du mois d'août et au commencement de septembre; mais, en plus grand nombre, les chrysalides ont passé l'hiver, pour éclore en avril et mai 191 2.

3" Caractéristiques biologiques

En résumé, les caractéristiques biologiques de Cïnielïa margarïta sont les suivantes :

Œuf. - - Durée de l'état : 8-10 jours, selon la température.

Chenille. — Subit quatre mues; moyenne de la vie larvaire : 30 jours; nourriture Euphorbia papillosa!; Euph. spïnosa?; à leur défaut : Euph. gerardiana, Euph. angulata; se trouve de mai à octobre, avec maximum en juin.

Cocon. — Enfoncé en terre, de i à 6 centimètres de profondeur.

54 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Chrysalide. — Formée deux ou trois jours après l'enfouissement de la chenille; durée de l'état très variable : de trois semaines à dix mois.

Imago. — Le papillon vole la nuit, de fin avril à octobre (époque déjà indiquée par Martorell), avec maximum en juin, en deux générations au moins.

4" Variabilité; Nervulation; Organes de Cïvi. margarita.

Il semble qu'il y ait peu de chose à dire maintenant sur le papillon de Cbn. margarita, qui a été figuré, le cf par Hùbner (NocL, 514), la Q par Millière {Icon., 31, fig. i) et décrit par plusieurs auteurs. Je crois cependant nécessaire, vu le grand nombre de sujets qui me sont passés sous les yeux, de donner quelques détails utiles à la connaissance de ce joli papillon, dont la forme et les caractères ont intrigué tous ceux qui s'en sont occupés.

Il varie comme taille (22 à 28 millimètres), aussi bien le cT que la Q, mais peu pour la couleur et les dessins. Cependant, le rose qui couvre la majeure partie de l'aile supérieure, est plus ou moins vif selon les sujets; quelquefois très foncé, surtout chez les Q Ç) ; la tache argentée du disque est plus ou moins large, plus ou moins lobée ou anguleuse et parfois se réunit à la strie argentée qui la surmonte; enfin, la longue strie argentée oblique, qui sépare les deux couleurs rose et jaune doré, est souvent très réduite, courte ou entrecoupée.

La nervulation a besoin d'être étudiée de près.

L'aile supérieure (fig. 15, A) a ses douze nervures, une seule interne. La nervure i est simple, non bouclée, un peu courbe à son origine, longeant d'assez près le bord interne, sur lequel elle aboutit avant l'angle interne; la 2 part de la médiane, bien avant le milieu de l'ai le, et aboutit dans l'angle interne même (i) ; 3 et

(i) Celte dispositicni de la nervure 2 est assez rare chez nos papillons; cependant, on en trouve des exemples, ou quelque chose d'approchant, parmi les Lymantriides, les Saturnides, les Lasiocampides, etc.

LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 55

4 sont assez écartées, 3 un peu courbe, 4 faiblement arquée; la 5, à son origine, plus près de la 6 que de la 4 (i), est faiblement arquée, comme la 6, qui part de l'angle supérieur de la cellule discoïdale ou un peu au-dessous; la 7, partant de l'angle supérieur de la cellule discoïdale, rencontre la tige de 8 et 9, qui vient de la nervure 10, s'anastomose avec elle sur un point et ferme la cellule appendiculée, puis gagne le bord externe sous l'apex; 7 et 8 {paraissent ainsi tigées; je considère la 10 comme portant la tige de 8 et 9, il n'est pas nécessaire, par conséquent, d'admettre l'existence d'une autre nervure sous la sous-costale pour constituer la cellule appendiculée; la 11 part de la sous-costale bien avant le milieu de l'aile; elle est libre de toute attache, soit avec la 12, soit avec la 10 (2); la 12, enfin, est légèrement sinueuse et aboutit à la côte après le milieu de l'aile. La transversale est très faible, surtout entre les nervures 4 et 6.

L'aile inférieure (fig. 15, B) a ses huit nervures libres; deux internes; la nervure 5 (l'indépendante) est aussi forte que les autres nervures; elle part de la transversale, plus près de la 6 que de la 4; la 6 part de l'angle supérieur de la cellule; la 7 est faiblement arquée; enfin la 8, totalement séparée de la 7, est d'abord un peu arquée à son origine près de la base, puis, se rapproche de la 7 qu'elle côtoie et s'en éloigne au-dessus de l'angle supérieur de la cellule pour gagner la côte près de l'apex, en dessinant une légère courbe (3).

Un des caractères les plus importants, sinon le principal de Cim. margarita, réside dans les antennes, qui sont pectinées.

( I ) Les Saturnides, plusieurs Notodontidcs, Cymaiofhorides, ont également la nervure 5 plus près de la 6 que de la 4.

(2) On peut voir là une différence sensible avec la nervulation des espèces, dans le voisinage desquelles on place actuellement la Cim. margarita. Presque toutes, elles montrent la nervure 11 reliée par un filet soit à la 12, soit à la 10, formant ainsi une ou deux cellules appendiculées de plus. — La cellule appendiculée se constate également chez les Dréfanides, plusieurs Noiodontides, Lyman- Iriides, Cymatofhorides, etc.

(3) Pareille disposition, ou du moins très voisine, des nervures 7 et 8 se rencontre chez i)lusieurs Dréfanides, Noiodontides, Laùocampdes, Lymantriides, chez lesquels la 8 quitte la 7 au-dessus de l'angle, ou avant ou après l'angle sujiériçur de la cellule discoïdale.

56 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

aussi bien chez le cf que chez la Q . Leur longueur atteint à peine le milieu de l'aile supérieure. L'article basilaire est épais, garni de squammes appliquées, dont le sommet, en saillie, forme une sorte de collerette, avec une pointe en avant (fig. i6). Le scape, en général, est arqué et porte deux rangs de lamelles ciliées ; les lamelles les plus longues occupent la partie médiane et vont en décroissant graduellement aux deux extrémités de l'antenne; les lamelles de la Q sont un peu plus courtes, mais tout aussi bien constituées et ciliées que celles du cf (i).

Les yeux sont relativement gros, nus, noirs, réticulés de jaunâtre.

Les palpes maxillaires sont absents, ainsi que les ocelles.

Les palpes labiaux (fig. 17) sont courts, assez larges, comprimés sur les côtés internes, redressés, obliques, fortement squammeux; le deuxième article est elliptique, très aplati sur les côtés; le troisième est très court, ovoïde, incliné en avant et souvent caché par les squammes du deuxième article.

La spiritrompe est faible, mais bien distincte, nue, écartant peu la base des palpes.

Le thorax, assez robuste, est fortement velu, dessus et dessous.

Les pattes sont médiocres; les antérieures et les médianes ont leurs cuisses et tibias garnis de poils apprimés ; les postérieures sont presque nues; leurs éperons internes bien plus longs que les externes.

L'abdomen est squammeux, non velu. L'armure géni'ale est simple. Si l'on dénude l'extrémité de l'abdomen d'un cf (fig. 18), le dernier arceau dorsal ou tergite apparaît comme une sorte de chaperon convexe, sous lequel Vunciis prend naissance, ayant à sa base deux mamelons ; dessous ce chaperon, les côtés se prolongent en une membrane parcheminée (valves), dont les bords sont chitineux et finement denticulé?; à l'intérieur, leur base est

(i) Il ne serait pas difficile de trouver des antennes similaires ou presque chez plusieurs Dréfanides, Lémonndes, Lasiocamfides, Endromides et autres dont les Ç) Ç) ont les antennes pectinées.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 57

garnie de poils fournis, parmi lesquels on ne distingue aucun organe. Sous cette membrane, se voit Vœdeagus, dont la base est mamelonnée. 11 n'existe aucun saccus, mais le sternite du pénultième et de l'antépénultième segments forment, à leur extrémité, une sorte de bourrelet brièvement trilobé (i).

II. — Quelle est la place de Cim. margarita dans la classification?

Maintenant que les premiers états de Cim. niargarila sont entièrement connus et décrits, je pourrais laisser aux Systématistes le soin d'assigner à cette espèce sa place dans la Classification. Pourront-ils s'accorder encore?

Je ne veux pas laisser croire que, mon rcMe étant terminé, j'esquive la difficulté et en attends des autres la solution. Comme la C'nn. inargarita est un des joyaux de notre faune lépidoptérique, il faut bien, quand même on se bornerait à une Faune de peu d'étendue, lui trouver une place parmi les autres espèces, et une place sortable, sinon stable, qu'elle a bien méritée, après toutes ses pérégrinations. Je l'indiquerai donc, sans toutefois avoir la prétention de rallier tous les Lépidopténstes à mon opinion, mais aussi sans être retenu par la crainte de troubler une harmonie qui n'existera jamais. D'ailleurs, quelle que soit la place qu'on lui assigne, C. inargarita restera toujours la perle de nos collections.

Peu d'espèces ont été promenées de famille en famille, de division en division, comme la Ciin. inargarita. On l'a tour à tour

(i) Disposition très particulière. Peut-être trouverait-on quelcjue analogie dans l'armure génitale des Dréfanides : le bourrelet des sternites paraît exister aussi chez Dr. binaria ; les mamelons de la base de Vunctts de C. margarila sont peut-être des rudiments de ces appendices recourbés que Ton voit chez Cilix spinula. Quoi qu'il en soit, les Genitalia ne paraissent pas, jusqu'à présent, avoir acquis une valeur autre que celle d'un caractère spécifique ou à peine générique. Inutile donc d'insister plus longuement.

58 LÉPIDOPTÉROLOGIE COxMPAREE

considérée comme une Noctuelle, une Géomètre, une Pyralite, un Bonibycide peut-être. A quel grand groupe appartient-elle, en réalité? Je vais l'examiner en procédant par élimination.

Tout d'abord, une remarque s'impose. Pour juger sainement les écrits des anciens Lépidoptéristes, il est nécessaire de se rappeler quelles opinions sur les Lépidoptères avaient cours, quels systèmes étaient en honneur à leur époque.

Nos prédécesseurs n'étaient point curieux de rechercher par delà les temps préhistoriques, par delà le Déluge ou les Ages géologiques, les formes ancestrales, auxquelles rattacher les formes actuelles, ni quelles étaient les plus généralisées ou les plus spécialisées, les plus élevées ou les plus dégradées dans la série. Ils ne s'embarrassaient pas davantage d'Ontogénie, de Philogénie et autres génies, filles plus ou moins légitimes de la Science moderne. Ils se contentaient d'observer, d'étudier les papillons de leur temps et tâchaient de les classer le mieux possible, selon ce que plusieurs d'entre eux appelaient la Méthode naturelle, c'est-à-dire basée non seulement sur l'insecte parfait, mais aussi sur les premiers états, quand ceux-ci étaient connus. Epris d'une noble émulation, ils s'ingéniaient, en ce qui concerne les Lépidoptères, à débrouiller le chaos apparent, où semblent se complaire et tourbillonner les Insectes, dans la Nature : ils se sont ainsi acquis des droits à notre reconnaissance. Sans perdre de vue que l'Entomologie est avant tout un délassement, un passe-temps agréable • — nous dirions un sport — , ils ne se livraient pas à des analyses trop subtiles. Loin de décourager les adeptes de cette science aimable, ils visaient à leur en rendre l'étude attrayante et, en proposant des classements aisés, que l'usage a en partie consacrés, à faciliter, même aux moins initiés, les moyens de se constituer une collection méthodique, rationnelle.

Dans cet ordre d'idées, je crois que les grandes divisions des Heterocera en Sphinges, Bombyces, Noctuœ et Geometrœ (Macrolépidopteres), en Deltoïdes, Pyrales, Tortrïces, Tineœ (Microlépidoptères), étaient, au siècle dernier, comprises sinon adoptées par

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 59

tous, comme elles le sont par nous maintenant encore. C'est à ces grands groupes que je ferai allusion dans l'étude qui va suivre.

Des auteurs qui ont vu le papillon et en ont parlé dans leurs ouvrages (i), Millière est le seul, je crois, à avoir émis la supposition que Cim. uiar garit a pouvait être une Pyralite, supposition basée principalement sur l'examen de la chenille au sortir de l'œuf (2). Malheureusement, les chenilles examinées par Millière étaient mourantes (3). Peut-être aurait-il modifié son opinion s'il les avait eues bien vivantes et s'il en avait fait l'éducation? Mais, il en aurait sûrement reconnu le mal-fondé, s'il avait pris la peine de compter les nervures internes des ailes inférieures.

Cim. niargarita n'est pas un Microlépidoptere, c'est-à-dire ni Pyrale, ni Tordeiise, ni Tinéite.

Les autres auteurs peuvent être partagés en deux groupes : ceux qui n'ont pas vu la Q de margarita et ceux qui l'ont vue.

Plerrich-Schaeffer (VI, p. 115, Anju., 4) dit expressément n'avoir vu aucune Q de niar garita. Se basant surtout sur la nervulation et la cellule appendiculée, il en fait une Géomètre, qu'il place dans les premiers genres (4). Son opinion a prévalu, ainsi qu'on peut le voir dans les Catalogues.

(i) Il ne saurait être question 'les dresseurs de Catalogues; leur oiMnion non motivt'e n'a aucun poids ici.

(2) Dans ma note sur Citn. margarita, parue dans le Bulletin de la Société entomologiqne de France de 1912, p. 207, il a été imprimé par erreur ijue, d'après Millière, cette chenille avait vingt pattes, c'est seize qu'il faut lire.

(3) Ces chenilles provenaient d'œufs que Millière n'avait pas obtenus luimême, mais qui lui avaient été envoyés comme étant ceux de C . margarita. — Faut-il voir là le motif pour lequel on n'a pas tenu compte de son observation, comme ne présentant pas le caractère d'une certitude absolue ?

{4) Herrich-Schaeiïer croyait bien faire en plaçant la Cim. margarita en tête des Géomètres et, par conséquent, non loin des Pltisia, de façon que les nombreux Lépidoptéristes qui dédaignaient les Micros et les Géomètres pussent néanmoins ranger cet insecte remarquablement joli dans leur collçction. A cette époque, on était vraiment aimable pour les simples collectionneurs. Que diraient Ilerr.- SchœfFer et les contempteurs des petits papillons, s'ils voyaient dans nos Catalogues maintenant la Cim. margarita placée en queue des Géomètres ? Mais, enfin, la Cim. margarita est toujours à un bout de la série des Géomètres, de sorte qu'une légère poussée peut l'en faire sortir aisément.

La présence de la cellule appendiculée n'a pas toute l'importance que lui

6o LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Lederer n'a pas connu non plus la Q de Cim. margarita. Il se borne dans les Y erhandl. Z.-B. Ver. de Vienne, 1853, p. 237, à redécrire le cf, à donner quelques détails sur la nervulation de l'aile niférieure seulement et à changer en Cïmelia le nom de Timia Bdv., qu'il classe aussi parmi les Géomètres.

Guenée se place entre ceux qui ont vu la Q de Chu. margarita et ceux qui ne l'ont pas vue : « La O, écrit-il, ne me paraît pas authentiquement connue... ». C'est donc sans étonnement qu'on le voit se ranger à l'opinion d'Herrich-Schaeffer et comprendre la margarita parmi les Géomètres, en attendant la connaissance des premiers états, cjui, croit-il, confirmera ces présomptions ». — Ce qui n'a pas eu lieu.

Néanmoins, un point important doit être dégagé et retenu des assertions de Guenée : « Quand je fis paraître mon Essai sur les Noctuelles, je m'aperçus, en consultant chez M. Boisduval la margarita que je ne possédais pas, qu'elle n'avait pas les caractères des Noctuelles et je m'abstins de l'y faire figurer ». — L'œuf de margarita est venu confirmer cette décision.

Des deux auteurs qui ont vu la Q de juargarita, le dernier en date, Duponchel, a éprouvé toutes les variations de l'incertitude. Après avoir comparé margarita aux Bomby cites, aux Noctiiélites, aux Phalénites et aux Deltoïdes (i) de Latreille, y trouvant des similitudes et des différences, il souhaite la connaissance des premiers états et, en attendant, la laisse dans la tribu des Noctuo-

ont accordée plusieurs Lépidoptéristes, puisqu'elle paraît les avoir déterminés à considérer Cim. margarita comme une Géomètre. Outre que la cellule apipendiculée de margarita est fort différente de celle des espèces près desquelles on l'a placée, les Géomètres ne sont pas les seules à posséder une cellule appendiculée ; celle-ci peut se retrouver dans bien d'autres genres. Si l'on veut bien se donner la peine d'examiner la nervulation de Dasychira figurée par Herrich- Schœffer lui-même (VI, pi. XX, fig. 23), on verra, à l'aile supérieure, une cellule appendiculée identique avec celle de Cim. margarita; on constatera même que les nervures 8 et 9 sont tigées comme chez cette dernière.

(i) Les œufs des Deltoïdes ayant la forme des oeufs de Noctuelles, leur axe micropylaire vertical, Cim. margarita n'est pas plus une Deltoïde qu'une Noctuelle.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 6l

Phalénides du D'' Boisduval. Plus lard, dans son Catalogue (p. i88), il en fera une tribu séparée : Anouialides, toujours dans les Noci2celles.

Je dois rectifier, en passant, une assertion de Duponchel relativement à l'attitude des ailes de margarita au repos (( formant effectivement un triangle ou delta assez régulier comme dans les Hypena, les Herminia )>. Duponchel n'a vu que des cadavres, des papillons épingles. L'aspect des ailes au repos d'une margarita vivante est tout autre. Je l'ai dit plus haut.

Enfin, le premier en date qui ait observé margarita cf et Q et ait créé un genre pour cette espèce est Boisduval (Gênera et Index method., 1840, p. 173). Mais comment expliquer qu'il dise : (( Antennœ maris 'pectinat(r, feminœ dentatœ » (i)?

Duponchel est plus exact, quand il dit que les antennes de la Ç) sont (( un peu moins pectinées que celles du cf »• En effet, les lamelles des antennes de la Q sont un peu plus courtes, mais elles ont la même forme et sont ciliées comme celles du cf.

Boisduval termine sa brève diagnose par ces mots : Genns omnino incertœ sedis, forsan ad Bombyces referendinn. Métamorphoses desiderantur ». Le vœu de Boisduval est accompli. Les premiers états, maintenant entièrement connus, ont éclairci la question. Mais l'examen attentif de l'insecte parfait cf et Q aurait suffi, je crois, à dissiper toute incertitude sur la place à assigner au genre Timia dans les grands groupes de Macrolépidopteres.

Quoi qu'il en soit, la supposition de Boisduval, forsan ad Bombyces référendum, s'est réalisée. Puisque Cim. margarita n'est pas un Microlépidoptcre {Fyrale, etc.), — (voyez ses internes de l'aile inférieure), — qu'elle n'est ni une Géomètre — (voyez s:: chenille), — ni une Noctuelle ou Deltoïde — (voyez son œuf

(i) Peut-on supposer <jue la Q examinée par Boisduval portait les antennes d'une autre espèce qu'on lui aurait ajoutées pour remplacer ses antennes perdues ou cassées par accident ? Le mot de Guenée : « la Q ne me paraît pas authcntiquement connue » le donnerait à entendre.

et ses antennes), — forcément, elle est du groupe des Bonihyccs. C'est, en effet, dans ce groupe que se rencontrent des genres dont les Q Q ont des antennes plus ou moins longuement pectinées avec des lamelles ciliées.

Après avoir examiné le groupe de nos Bombyces et procédé comme précédemment par élimination, en écartant d'abord les genres dont la Q a les antennes filiformes ou simplement dentées, puis ceux dont l'œuf est vertical; ceux dont les chenilles sont velues, ou chargées de tubercules; enfin ceux dont les chenilles sont endophytes ou porteuses de fourreau, dont il est inutile de donner la longue liste, que reste-t-il? les familles ou tribus des Endromides et Drépanides.

Evidemment, la Cim. margarita ne saurait être rangée ni dans l'une, ni dans l'autre.

Dans le genre Endromis, l'abdomen est velu; l'aile supérieure n'a pas de cellule appencliculée; la nervure 5 aux deux ailes naît de l'angle vnférieitr de la cellule discoïdale, et à l'aile inférieure 7 et 8 sont écartées peu après à la base.

Dans le genre Drepana, il y a une cellule appencliculée, c'est vrai; mais, aux ailes inférieures, 7 et 8 se côtoient jusqu'après l'angle supérieur de la cellule et 4 et 5 sont rapprochées. Au reste, les chenilles de Drépanides, avec leurs pattes anales si modifiées, sont trop particulières.

Ci7n. margarita est donc d'une tribu ou famille tout à fait à part : Cinieliidœ ou Anomalidœ, pour conserver le nom donné par Duponchel, famille de transition si l'on veut, qui trouvera sa place à la iin des Bombyces, à côté des Cymaîophoridœ, autre famille de transition.

Dans le genre Cimelia, on place une espèce algérienne plus jolie encore peut-être que margarita; c'est vaulogeri Stgr., décrite dans Vlris, Dresden, Band V, 1892, p. 291, et figurée sous le n° ii de la PI. III, dans la même publication. Malheureusement, la

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 63

figure n'est pas coloriée; mais la gravure sur pierre est finement et exactement exécutée.

L'espèce vanlogeri avait été découverte en Tunisie par feu le capitaine Marcel Vauloger de Beaupré, qui avait envoyé cinq exemplaires cf et Q au marchand d'insectes allemand Otto Staudinger. La Cimelia vaulogeri a été retrouvée à Sebdou (Prov. d'Oran), par Harold Povveli, en mai 1907. La collection de M. Charles Oberthùr contient un cf parfaitement pur, pris par l'habile chasseur qui a si largement contribué à nous faire connaître la faune des Macrolépïdoptcrcs cV Algérie.

Les trois taches d'argent ressortent avec un éclat très riche sur le fond nuancé de rose, de jaune et de brun rouge des ailes supérieures, en dessus, de la Cimelia vaulogeri.

Au genre Cimelia, se joindra VEpicimelia theresiœ, de découverte assez récente en Asie-Mineure, dont la principale différence consiste en ce que les nervures 8 et 9 aux ailes supérieures ne sont pas tigées : 9 part de 10, s'incline sur 8, la côtoie une certaine distance (i) sans se confondre en une seule tige et s'en écarte

(i) La disposition des nervures 8 et q porte à croire à l'existence d'une cellule appendiculée, mais non fermée. La 7 est libre, comme chez Cim. vaulogeri.

Je n'ai pu examiner la nervulation de C vaulogeri — dont Staudinger ne parle pas dans sa diagnose — que sur un seul exemplaire. Je l'ai trouvée différente de celle de C. margarita et de celle à'Ef. theresiœ.

Aux ailes supérieures, les nervures 7 et S naissent de l'extrémité de la souscostale, à l'angle supérieur de la cellule discoïdale ; la 9, partant de la 10, s'approche de la 8, (qu'elle côtoie sur un petit espace, à l'aile droite, tandis qu'à l'aile gauche elle s'anastomose un peu avec la 8, ensuite s'en écarte pour gagner la côte. La cellule appendiculée est donc très réduite et son extrémité externe Test limitée non par le commencement de la nervure 9 et celui de la 7, comme chez margarita, mais par le commencement de la 9 et celui de la 8, comme chez theresiœ, qui, à mon avis, possède aussi une cellule appendiculée, mais ouverte. Quant à la nervure 2, elle aboutit dans l'angle interne, comme chez margarita et non au-dessus, comme chez theresiœ.

Aux ailes inférieures, la nervure 8 longe la 7 plus longuement cpie chez margarita et theresiœ et s'en écarte bien après l'angle supérieur de la cellule discoïdale.

C. vaulogeri possède donc une nervulation qui participe à la fois de celles de C . margarita et d'/t/'. theresiœ, dans ses caractères essentiels. C'est tout ce que

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ensuite; la 7 est libre aussi; de plus, la nervure 2 n'aboutit pas exactement dans l'angle interne, mais un peu au-dessus (i).

Il n'est pas sans intérêt, je crois, de noter que M. Korb, quand il captura son Epiciin. iheresiœ, pensa d'abord avoir affaire à une nouvelle Arctiide. Il reconnut ensuite en elle une Géomètre voisine de Ciin. margarita, et le D"" Rebel, à qui il en soumit un exemplaire, le confirma dans cette opinion, après avoir fait un examen morphologique de la nouvelle espèce. Comme, en 1899, on était encore sous l'empire des grands groupes Bojnbyces, Noctuœ, etc., celui des Bombyces comprenant les Arctiadœ, M. Korb, guidé par le coup d'œil expérimenté du chasseur, avait presque entrevu la vérité; du moins, s'en était-il approché; mais la Morphologie l'a égaré et l'en a beaucoup éloigné.

Il est infiniment probable que la chenille de V Eficïnielïa theresiœ doit offrir des rapports étroits avec celle de Chu. margarïta, ainsi que les papillons en ont entre eux.

Y a-t-il, parmi les Lépidoptères exotiques, une famille analogue à celle des AnonialuUv-Cimeliidœ, représentée par les genres Cimelia et E picïmelia? Je l'ignore et n'ai pas à le rechercher, car, sur ce sujet, je me déclare d'une incompétence absolue.

P. Chrétien.

La Garenne-Colombes, mars 191 6.

me permet de dire, pour Tinstaut, l'examen d'un seul sujet, qui est peut-être anormal.

Si, cependant, il était prouvé, par l'examen de plusieurs exemplaires de C. vaulogeri, que la nervulation des ailes supérieures est bien telle que je l'indique, il conviendrait de séparer vaulogeri de margarita et d'en faire un genre à part,' que j'appellerais Cimetimia, en souvenir du nom générique primitif donné par Boisduval, genre qui serait caractérisé par la nervure 7 libre aux ailes supérieures, la présence d'une cellule appendiculée fermée, les nervures 8 et 9 étant accolées ou anastomosées sur un point, et la nervure 2 aboutissant dans l'angle interne.

(i) M.- Korb ne parle pas de cette différence; il en signale une autre, qui n'existe pas. D'après lui, évidemment sous l'influence de la diagnose de Boisduval, margarita Q a les antennes dentées. Non, les Q Q de margarita et de t/ieresice, toutes les deux, ont des antennes pectinées. Infirmant depuis longtemps l'assertion de Rnisduval, Milliere et Duponchel l'avaient dit de margarita Q.

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