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DES LETTRES ROMAINES

a préoccupé notre enfance , c*est pour leur beauté même qu'ils plairont toujours aux esprits délicats. Admiré tant que dura Tempire, Virgile fut, dans les siècles les plus barbares, toujours connu, toujours cité. On en faisait un magicien, un prophète, une espèce de dieu. Apparaissant comme une vision céleste au génie de Dante , il le guida dans le chaos de Tenfer et du moyen âge. Il anima les poètes du siècle de Léon X. Une studieuse métempsycose le fit rendtre dans les vers de Racine , aux jours les plus florissants d'une société polie . Et maintenant, parmi cette libre et riche variété de tant de littératures modernes , Virgile n'a pas perdu sa puissance. Il est toujours renommé comme le modèle de la parole poétique ; et sans doute sa gloire et ses vers ne mourront jamais, non plus que le souvenir de Rome.

La poésie du siècle d'Auguste, quoique savante et artificielle, rencontre souvent l'expression la plus vraie du bon sens et du c^Bur ; voilà le charme d'Horace et de TibuUe.

Cependant cet éclat des lettres , né de tant de causes qui tempéraient le pouvoir d'Auguste, s'altéra même sous son empjre. L'affectation et le faux goût, qui semblent inséparables des mœurs serviles , commencèrent à gâter l'esprit des Romains. Mécène n'était pas moins corrupteur de l'éloquence par son style, qu'il en était ennemi par sa politique. Il énerva par de fausses grâces un heureux naturel. Il prenait plaisir à porter dans ses écrits la mollesse de ses mœurs. II efféminait la langue énergique des Romains. On trouve des traces

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de cette corruption dans les plus grands poates de ce temps , d^s cet Ovide , si ingénieur , si facile , fidmirable conteur de f^]Aes mythologiques de la Gr^ , e\ peintre voluptueux des mœurs romaines. Pour étudiej mém^ dans un seul homipo les; progrès d^ cet al^aissement que la servitude impose au géme , il sufQp^t 4^ relire le^ longues élégies d'Ovide exilé.

Si ce déclin prématuré des lettres set mon^ro dans l'éclat même du siècle d'Auguste , combien ne devrait-i) pas être rapide sous ses succ^âseurs? On le voiti où effet , se hâter, pour ainsi dire , du mémo pas que la tyrannie. C'est une chose remarquable que la l^sàw dont tous ces mauvais empereurs étaient animés contre les lettres. Les plus insensés avaient , à c§t égard , le mémo Instuict que les plus habiles. Tibère , en remplaçât lî^ dictature modérée d'Auguste par un despotisme sfuiguipaire , porta le premier coup mortel au génie romain.

Après la copdamn^tion de l'historien Crémutius et du poëte Lutorius , il ne fut plus sjHr de pepser, ni même de flatter. Si Phèdre écrivit alors , ses ouvrages supprimés restèrent sans doute longtemps inconnus ; et cela même expUque comipent * Sénèque a pu dire qup les Romains n'avaient pas de fabuliste.

Il ne fut permis d'écrire qu'au flatteur Yelléius; et

I • Non audeo te usque eo producere ul fabellas quoque et % segopeos lof;os , intentatum Romanis ingeniis opus , solita Ubi « suavitate connectas, p (Senec, CqnsolQtio a4 ^ofyl^ti^m. )

DES Lvnmss iOMAims. \3l^

son ouvri^€i , gftt^ pfir mie adulation amph^tique et ime préoiûoD souvent ai|))tile, montre déjà ce qu'avaient perdu même les esprits les plus heureux.

Le despotisme , en même temps qu'il faisait taire les lettres par l'esclavage, devait en quelque sorte les corrctmpre, leur ôter tout sentiment de bien et de mal par les apectaoles continus de crime et de bassesse dont il remplissait Rome. Gt plus tard sous Caligula, sous Claude , sous Nérqn , lorsque ce despotisme , au lieu d'être froidement pervers , s'emportait en frénésie \mbare , l'imagination des écrivains prit quelque chosQ de cette folie désordonnée et de ces affreux caprices qu'ils avaient devant tes yeux.

Il y avait dans tous ees princes une baine de la pensée et de la gloire , qui , bien qu'elle se produisit parfois sous les apparences d^ la folie, n'en avait pas moins quelque chose de calpulé, Que Caligula fit abattre les statue^ d^ hommes illustres placées par Auguste dans le champ de Mars , qu^il proscrivit les ouvrages d'Homère , qu'il voulait exclure des bibliothèques Tite Live comme un infidèle et mauvais historien , cela ne parati qu'un absurde caprice. Mm Caligula montrait plus d'aversion encore pour les jurisconsultes, il voulait supprimer leur 3aience coname inutile*,- et il répétait souvent qu'il

' « De juriB quoque ceosultis, quasi scientise eorum omnem n uniQi al>olUuru8 , «aope jafitavit se, msbercla eifécturuip 06 qui

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ferait en sorte que Ton n'aurait à consulter personne , excepté lui. Cela se comprend mieux, et révèle la portée du despotisme.

Plus faible et plus dépravé que stupide , Claude n'était pas ennemi des sciences , et les cultivait lui-même ; mais il suffit de parcourir les écrits datés de son règne pour y saisir l'action funeste du pouvoir impérial sur l'esprit des Romains. À cette époque brillait déjà un génie rare et facile, né pour l'éloquence, la philosophie et les études variées. Sénèque avait vu les dernières années de Tibère , le court et violent passage de Caïus , et il fut exilé sous Claude. Sa première jeunesse avait été élevée dans les pratiques de la secte de Pythagore ; son imagination était faite pour sentir l'éclat des grandes actions et des nobles dévouements. Il avait célébré dignement la mémoire de Crémutius Cordus; e". cependant tout ce que la flatterie peut entasser de mensonges et de serviles apothéoses remplit un traité qu'il adressait, du fond de son exil, à l'affranchi Polybe, l'un des ministres de l'empereur. Le subtil , le faux, l'emphatique régnent dans son style et dans ses pensées. On le sent à la lecture de cet ouvrage : ce n'est pas l'école des rhéteurs , c'est la crainte et la servitude qui ont gâté l'éloquence.

Les adulations de Sénèque furent exaucées ; il quitta les rochers de l'île de Corse pour le palais d'Agrippine. Une nouvelle puissance s'élevait pour soutenir les lettres et tempérer la tyrannie. Les sectes grecques , depuis longtemps répandues dans Rome , conseillaient la vertu ,

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