SOCS L EMPIRE
Un écrivain du siècle de Tibère a fait d'ingénieuses réflexions sur ce hasard uniforme qui réunit et concentre , dans un intervalle d'assez courte durée , presque tous les génies dont s'honore une nation. Comparant son époque à celle qui avait précédé , et qu'il fait remonter jusqu'à Térence, il se demande pourquoi l'heureuse abondance de ce premier temps est suivie d'une longue stérilité. Il essaie d'en indiquer les causes : « L'émulation', dit-il, nourrit les talents; et tantôt la « rivalité, tantôt l'admiration excite à imiter. Ce que l'on « poursuit avec ardeur, on le conduit bientôt à la perfec-
* « Quis enim abunde mirari potest, quod eminentissima cujusn que in'ofessionis ingénia, in eaindera formam, et in idem arclali « lemi»oiis congruerinl spalium? » (Velleii Paterculi lib. 1.)
128 DE LA CORTIUPTION
" tioii ; c'esl un point où l'on j)cut difticileiuent s'arrêter; " et, par un effet naturel, ce qui n'avance plus rétrograde.
« D'abord nous sommes enflammés d'ardeur pour « atteindre ceux que nous croyons les premiers ; mais <> quand nous ne pouvons plus nous promettre de les " dépasser, ou de les égaler, le zèle languit avec l'espé- « rance; et ce qu'il ne peut atteindre, il cesse de le « poursuivre. Laissant la place qui semble prise par " d'antres , et négligeant les sujets où nous ne pouvons '■ exceller, nous voulons en découvrir où nous puissions « faire effort. 11 arrive que cette fréquente mobilité est le <- plus grand obstacle à la perfection d'un ouvrage. »
Ainsi c'était seulement de la forme du travail , et de l'ambition plus ou moins sage de l'écrivain , que Yelléius faisait sortir les causes de la décadence des lettres. 11 n'osait pas en indiquer une bien autrement funeste, qu'il nommait par son silence, et qu'il devait sentir en luimême , quand il flattait Tibère.
Le maintien et le progrès du despotisme, l'abaissement des esprits par l'esclavage, telle est en effet la cause la plus active qui , chez tous les peuples civilisés , a toujours restreint l'essor du génie ou précipité sa décadence. Tous les raisonnements fondés sur la difficulté d'atteindre un premier modèle , sur le besoin et le danger de chercher la nouveauté , n'expliquent pas le problème que se proposait Yelléius; car les applications de la pensée sont infinies: et, si elle est libre de porter partout ses regards , l'homme de génie découvrira ton-
jours la carrière où il doit s'élancer. Que Ton y regarde bien , jamais chez une nation qui a joui de la liberté, les lettres ne se sont abaissées qu'avec cette liberté même.
L'empire d'Auguste fut une grande époque de splendeur dans les arts; parce qu'il hérita d'une foule de génies nés sous la république , et qu'il leur donna plutôt le repos que la servitude. Comparé en effet aux récentes fureurs de la proscription et aux tyrannies de Marins et de Sylla, le gouvernement d'Auguste semblait un retour aux lois. Le nom du sénat était encore puissant; les formes de la république étaient conservées ; il y avait des élections populaires ; l'usurpation impériale se déguisait, et se désavouait elle-même. Auguste annonçait qu'il ne voulait l'empire que pour dix ans. II répétait souvent cette promesse; il semblait s'y complaire. « Je sais, «< écrivait-il au sénat longtemps avant le terme fixé « pour son abdication, que ces choses* seraient plus « belles à faire qu'à promettre ; mais mon impatience de « voir ce temps si désiré pour moi, me presse, lorsque « la réalité tarde encore , de chercher une sorte de plai- <; sir dans la douceur des paroles qui l'expriment. »
Cette élégante hypocrisie , et ces raffinements délicats sur le bonheur de perdre le pouvoir trompaient sans doute fort peu de monde dans le sénat; et tous les ambitieux ne
' « Ista fieri speciosius quaiii promiUi possuiit. Me lamen ciipuio « lemporis oplatissimi mihi provexil, ut quoniam rerum Isetitia « moratur aclliuc , pr?eciperem aliquid voliiptalis ex verborum « diilcedine. « (Seneca, de Brevitate Vitœ.)
manquaient pas d'engager Auguste à prendre patience et àgarder l'empire. Mais il n'en est pas moins vrai que ces prétextes , que cette timide dissimulation , et ces subterfuges du maître devaient entretenir quelque sentiment de liberté dans les âmes. Cette situation même d'un pouvoir nouveau , qui agit par ruse plutôt que par menace, qui croit avoir besoin de ménagements et d'excuses , est favorable à l'activité des esprits.
Si d'ailleurs Auguste mentait dans ses promesses d'abdication , il avait dans toutes ses habitudes privées et dans sa vie familière et simple quelque chose qui le rapprochait des autres citoyens. 11 gardait presque l'égalité républicaine ; il refusait ce titre de seigneur qui , cinquante ans plus tard , fut donné dans Rome même aux moins importants personnages. 11 n'avait aucun faste de cour, aucune imitation des despotes d'Asie. L'empire était pour Auguste une sorte de fonction publicjue , hors de laquelle il remplissait tous les devoirs d'homme et de citoyen.
Les principaux de Rome l'appelaient à leurs affaires et à leurs fêtes. Il assistait à des assemblées domestiques', à des conseils de famille , où il opinait le dernier. Respectant tous les usages anciens , tous les droits des anciennes mœurs , il laissait même au sénat et au barreau une grande liberté d'opinion et de langage.
Voilà les causes qui , plus puissantes que la protection
' Seneca, de Clernentia.
DES LETTRES ROMAINES. ISl
de Mécène , permirent aux lettres de tleurir sous Auguste. 11 y avait encore de l'élévation dans les esprits; et l'imagination se complaisait sans péril aux souvenirs du passé.
La grande éloquence seule , l'éloquence du forum , n'était plus. Auguste, dit un ancien , avait pacifié l'éloquence comme tout le reste*. Pacifier l'éloquence, c'est l'éteindre. Le mot par lui-même est assez expressif; mais il indique en même temps qu'aucune idée d'oppression violente ne s'attachait alors dans les esprits à ce changement de l'état politique.
La gloire de Rome , l'immensité de son empire , cette soumission paisible de tant de peuples flattait l'orgueil des Romains. Ils secroyaient moins les sujets d'Auguste que les maîtres des autres nations ; et Yirgile , par un ingénieux détour, ne pouvant plus les appeler le peuple libre , les appelait le peuple roi.
Ainsi , avec les éléments de génie qu'avait laissés la république, devait se former dans Rome une littérature élégante et majestueuse. Auguste mit tous ses soins à la favoriser, à la séduire. On eût dit qu'il voulait substituer à l'ancienne agitation de la république le mouvement paisible des lettres.
PoUion^, favori de l'empereur, fit don de sa biblio-
' « Eloquentiam Auguslus sicut omnia pacaverat. » * a Roiîiîie primus bibliothecam dicando , ingénia liominum rem « publicam fecit. » (PI. Nat. IL, lib. XXXV. )
thèque aux Romains , et la consacra dans le temple de la liberté , qu'il avait fait reconstruire avec les trésors enlevés sur l'ennemi. Les lettres semblaient mises sous la protection de la gloire et de lalibertt'.
Auguste réservait les dons et les honneurs pour les hommes qui suivaient sa fortune ; mais il souffrit l'indépendance des autres. Le zèle de ses partisans et de ses flatteurs en parut plus sincère. On chercha seulement à décréditer les fortes vertus d'un autre âge ; mais on ne les persécuta point. Le courtisan Horace , par un trait jeté en passant, désignait Labéon* conmie un fou parmi les sages; mais ce savant jurisconsulte continuait à défendre hautement les anciennes lois du pays, à maintenir la liberté , au moins par le droit civil , et à jouir en paix d'une renommée populaire. Cent ans plus tard , les écrivains n'osaient le nommer qu'en l'accusant d'un esprit de liberté excessif et extravagant; mais sous Auguste il fut seulement écarté du consulat-.
Quoique la fatigue des guerres civiles et le souvenir de tant de maux eût porté les Romains vers la domina-
♦ « l.abeone insanior inler
Sanos (licalur »
Hor. Satijr.
- « Sed agilabal, inqiiil, lioininem libertas quœdam niniia atque « vecors; usque eo ul Divo Auguslo jam principe et rem publicain « oblinente, ratiim pensumque nihil baberet, nisi quod justum « sanctumque esse in Romanis anliqiiilalibiis legissel. » Aiili Gellii Noct. attic, lib. Xlli.'
tion d'Auguste , et que par les séductions de quelques beaux génies , gagnés à son pouvoir, l'obéissance eût un air d'urbanité, cependant il y avait dans Rome un parti de mécontents, qui tenait peu de compte de la faveur ou de la disgrâce de César ; et quelquefois le public entier était de leur avis.
>< Timagène', auteur de livres d'histoire, nous dit « Sénèque, avait lancé quelques sarcasmes contre sa « femme et sa famille entière. Il n'avait pas perdu ses « paroles; car rien ne circule plus vite et n'est plus " répété qu'une hardiesse spirituelle. L'empereur l'aver- << tit souvent d'être plus réservé dans son langage ; et sur I' la récidive , il lui interdit son palais.
« Depuis, Timagène vécut jusqu'à la fhi de ses jours « commensal de Pollion ; toute la ville se l'arrachait, «i Exclu de la maison de César, aucune autre porte ne « fut fermée pour lui. »
Timagène , au temps de sa faveur, avait écrit le journal de la vie d'Auguste ; il le lut en public , et le brûla : sorte de vengeance plus pénible peut-être pour l'iiis-
' « Timagenes, historiarum scriplor, (iiiœdani in ipsum, qiiœ- « dam in uxorem ejus , et in totam doniuni dixerat; nec perdide- « rat dicta; inagis enim circumferlur, et in ore hoininum est le- 1. meraria urbanitas. Saepe illum Cnesar monuil, iil moderatius « lingua uleretur; perseveranti , donio sua interdixit. I*oslea Ti- « magenes in contubernio PoUionis Asinii consenuit, ac tola civi- « taie direptus est : nùllum illi limen pnieclusa ('-a'saris doinns « absluiil. » 'Seneca, de Ira, lib. III.',
torien que pour l'empereur; mais, comme dit un ancien : « ^ Timagène refusa son esprit à celui qui lui avait « refusé sa maison. »
Quoi qu'il en soit , ces anecdotes montrent un état de mœurs et une indépendance d'esprit bien éloignés de l'abjection où Rome tomba dans la suite. On sait que même le courtisan Horace évita d'être le secrétaire d'Auguste. Il allégua sa santé , son repos ; bref, il ne voulut pas servir celui qu'il voulait bien célébrer. Auguste lui écrivait quelque temps après : <i ^ Tu pourras apprendre de « Septimius , notre ami , quel souvenir j'ai gardé de toi ; « car j'ai eu occasion d'en parler devant lui ; et si tu ■( as dédaigneusement repoussé notre amitié , nous ne te « rendons pas pour cela la pareille. ->
Ailleurs il lui écrivait, avec un badinage où perçait peut-être quelque remords du passé : « ^ Je veux que tu « saches ma colère de ce que tu ne m'as pas choisi de « préférence pour m'adresser le plupart de tes épîtres :
* « Quum illi multis de caiisis iratus Caesar inlerdixisset domo, « oombussit historias rei'um ab illo gestarum , quasi el ipse illi « ingenio suo interdiceret. » (Seneca, Conlrov., lib. V.)
-' « Tui (jualem hal)eain inemoriain poteris ex SepUmio quoqiie « nostro audire. Nam incidit ul illo coram lierel a me lui menlio. « Neque si superbe aniiciliain nostrani sprevisU, ideo non quoque « à.-jQxjTcep-n'jic.'JoùiJ.i-j. » (Suel., in Vita Horatii.)
' « Irasci me tibi scito, quod non in plerisque ejusmodi scriplis « mecum polissimum loquaris. An veieris, ne apud posleros , libi « infâme sit, quod videaris familiaris nobis esse? » (Sue!., in Vita Horatii, p. 425.)
« crains-tu qu'il ne soit déshonorant pour toi , dans la « postérité, de paraître avoir été notre ami? »
On a cent fois cité le surnom de Pompéien, qu'Auguste donnait à Tite Live ; et l'ouvrage de ce grand écrivain porte la marque de son admiration pour les hommes de la république.
Ainsi, et les adroits ménagements d'Octave, et les restes encore vivants des anciennes mœurs , et l'admiration accordée au génie , tout allégea d'abord le poids de la dictature.
Les lettres , remplaçant presque la liberté de la tribune populaire, furent regardées par Auguste comme une distraction plus douce qu'il donnait aux Romains. Il crut avoir beaucoup gagné de souffrir quelques souvenirs patriotiques, quelques nobles élans d'imagination vers le passé, au lieu d'avoir à redouter des harangues tribunitiennes. Il laissa même Virgile appeler Brutus un vengeur, et placer Caton dans l'Elysée , satisfait de ne plus rencontrer de tels hommes sur la terre. On peut le dire sans faux rapprochement, le sentiment spéculatif de la liberté , l'admiration de l'ancienne république fut, pour les écrivains du siècle d'Auguste, ce que la roideur un peu stoïque d'une secte chrétienne fut pour quelquesuns des beaux génies de la France au xv^ siècle ; elle leur laissa quelque chose de fier et d'élevé sous un pouvoir absolu, et jusqu'au milieu des complaisances de la flatterie.
Cependant , combien n'est-il pas à croire que même
136 DE I,\ CORUUrTION
alui's la course du yénie lïit entravée par ces chaînes cjne les Horace et les Virgile portaient avec tant de grâce? Horace est admirable dans la poésie familière et l'ironie de cour; mais, dans ses odes héroïques, ne sent-on pas qu'il manque quelque chose de l'ancienne âme de Rome? Et quand il plaisante de sa fuite et de sa honte , peut-il être poëte comme Tyrtée ? Lucrèce , tout corrompu qu'il est par les dogmes d'Épicure , nous fait sentir dans sa nerveuse poésie une inspiration que n'ose avoir Virgile.
Repoussé d'ailleurs de la vie publique , sans occasions sans combats, le génie se reportait vers les travaux solitaires et paisibles , où l'imitation des Grecs devait nécessairement occuper une grande place. La littérature , au lieu d'être une action , devenait une étude; elle passait du forum dans le cabinet. Le poëte même n'avait pour s'inspirer aucune de ces solennités éclatantes et patriotiques qui ravissaient la (irèce. La tragédie n'était pas une fête religieuse , mais une imitation de quelques pièces grecques, un peu froide pour des Romains qui ne tardèrent pas à préférer les combats du cirriue. Les jeux séculaires, solennité unique dans un siècle, étaient devenus une pompe monarchique , assez froidement célébrée par Horace. Il ne restait donc à la poésie que le champ de l'imitation et des souvenirs.
Ce fut là cependant qu'elle éleva ces monuments admirables , bâtis avec les marbres et le ciseau de la Grèce. Ce n'est point parce que l'étude de ces chefs-d'œuvre
a préoccupé notre enfance , c'est pour leur beauté niêrnc qu'ils plairont toujours aux esprits délicats. Admiré tant que dura l'empire, Virgile fut, dans les siècles les plus barbares , toujours connu , toujours cité. On en faisait un magicien, un prophète, une espèce de dieu. Apparaissant comme une vision céleste au génie de Dante , il le guida dans le chaos de l'enfer et du moyen âge. Il anima les poètes du siècle de Léon X. Une studieuse métempsycose le fit renaître dans les vers de Racine, aux jours les plus florissants d'une société polie. Et maintenant , parmi cette libre et riche variété de tant de littératures modernes , Virgile n'a pas perdu sa puissance. 11 est toujours renommé comme le modèle de la parole poétique ; et sans doute sa gloire et ses vers ne mourront jamais, non plus que le souvenir de Rome.
La poésie du siècle d'Auguste, quoique savante et artilicielle, rencontre souvent l'expression la plus vraie du bon sens et du cœur ; voilà le charme d'Horace et de Tibulle.
Cependant cet éclat des lettres , né de tant de causes qui tempéraient le pouvoir d'Auguste, s'altéra même sous son empire. L'affectation et le faux goût, qui semblent inséparables des mœurs serviles , commencèrent à gâter l'esprit des Romains. Mécène n'était pas moins corrupteur de l'éloquence par son style, qu'il en était ennemi par sa politique. Il énerva par de fausses grâces un heureux naturel. Il prenait plaisir à porter dans ses écrits la mollesse de ses mœurs. Il etféminait la langue énergique des Romains. On trouve des traces
de cette corruption dans les plus grands poètes de ce temps, dans cet Ovide, si ingénieux, si facile, admirable conteur de fables mythologiques de la Grèce , et peintre voluptueux des mœurs romaines. Pour étudier même dans un seul homme les progrès de cet abaissement que la servitude impose au génie, il suffirait de relire les longues élégies d'Ovide exilé.
Si ce déclin prématuré des lettres se montre dans l'éclat même du siècle d'Auguste , combien ne devrait-il pas être rapide sous ses successeurs? On le voit, en effet , se hâter, pour ainsi dire , du même pas que la tyrannie. C'est une chose remarquable que la haine dont tous ces mauvais empereurs étaient animés contre les lettres. Les plus insensés avaient , à cet égard , le même instinct que les plus habiles. Tibère, en remplaçant la dictature modérée d'Auguste par un despotisme sanguinaire , porta le premier coup mortel au génie romain.
Après la condamnation de l'historien Crémutius et du poète Lutorius , il ne fut plus sûr de penser, ni même de flatter. Si Phèdre écrivit alors , ses ouvrages supprimés restèrent sans doute longtemps inconnus ; et cela même explique comment ' Sénèque a pu dire que les Romains n'avaient pas de fabuliste.
Il ne fut permis d'écrire qu'au flatteur Velléius; et
' « Non audeo le usque eo producere ul fabellas quoque et « aesopeos logos , inlenlatuin Romanis ingeniis ojms , solila tilii « siiavilale connerlas. » (Senec, Consulalio ad Pohjhmm.)
DES LETTRES ROMAliNES. 139
son ouvrage , gâté par une adulation emphatique et une précision souvent subtile , montre déjà ce qu'avaient perdu même les esprits les plus heureux.
Le despotisme, en même temps qu'il faisait taire les lettres par l'esclavage , devait en quelque sorte les corrompre , leur ôter tout sentiment de bien et de mal par les spectacles continus de crime et de bassesse dont il remplissait Rome. Et plus tard sous Caligula, sous Claude, sous Néron, lorsque ce despotisme, au lieu d'être froidement pervers , s'emportait en frénésie barbare , l'imagination des écrivains prit quelque chose de cette folie désordonnée et de ces affreux caprices qu'ils avaient devant les yeux.
Il y avait dans tous ces princes une haine de la pensée et de la gloire , qui , bien qu'elle se produisît parfois sous les apparences de la folie, n'en avait pas moins quelque chose de calculé. Que Caligula fit abattre les statues des hommes illustres placées par Auguste dans le champ de Mars , qu'il proscrivît les ouvrages d'Homère , qu'il voulût exclure des bibliothèques Tite Live comme un infidèle et mauvais historien , cela ne paraît qu'un absurde caprice. Mais Caligula montrait plus d'aversion encore pour les jurisconsultes , il voulait supprimer leur science comme inutile'; et il répétait souvent qu'il
' « De juris quoque consullis, quasi scientiœ eoriim omneni « usiim ;i!)oliiuriis, syepe jarlavil se, niehercle efrecliirum ne qui K res|tou(iere possiul pneler euni. » ; Suel., in Caio.)
ferait en sorte que l'on n'aurait à consulter persoinie , excepté lui. Cela se comprend mieux , et révèle la portée du despotisme.
Plus faible et plus dépravé que stupide , Claude n'était pas ennemi des sciences , et les cultivait lui-même ; mais il suffit de parcourir les écrits datés de son règne pour y saisir l'action funeste du pouvoir impérial sur l'esprit des Romains. A cette époque brillait déjà un génie rare et facile , né pour l'éloquence , la philosophie et les études variées. Sénèque avait vu les dernières années de Tibère , le court et violent passage de Caïus , et il fut exilé sous Claude. Sa première jeunesse avait été élevée dans les pratiques de la secte de Pythagore ; son imagination était faite pour sentir l'éclat des grandes actions et des nobles dévouements. Il avait célébré dignement la mémoire de Crémutius Cordus; et cependant tout ce ([ue la flatterie peut entasser de mensonges et de serviles apothéoses remplit un traité qu'il adressait, du fond de son exil, à l'affranchi Polybe, l'un des ministres de l'empereur. Le subtil , le faux, l'emphatique régnent dans son style et dans ses pensées. On le sent à la lecture de cet ouvrage : ce n'est pas l'école des rhéteurs , c'est la crainte et la servitude qui ont gâté l'éloquence.
Les adulations de Sénèque furent exaucées ; il quitta les rochers de l'île de Corse pour le palais d'Âgrippine. Une nouvelle puissance s'élevait pour soutenir les lettres et tempérer la tyrannie. Les sectes grecques , depuis longtemps répandues dans Rome , conseillaient la vertu ,
la vérité, le courage : c'était une translorniatioii do la liberté proscrite par les Césars ; mais le mal du despotisme était trop profond. La philosophie se corrompit elle-même, au lieu d'instruire.
Sénèque eut Néron pour élève ; et peut-on s'en étonner, lorsque dans les livres du philosophe pour l'empereur, on aperçoit toute l'abjection de la servitude asiatique? Pour l'invitera la clémence, Sénèque lui accorde, en termes pompeux , la puissance de tout tuer, de tout détruire; il met, pour ainsi dire, en contraste sa force avec la faiblesse de l'univers ; il cherche à lui inspirer de la pitié par orgueil. Alors sous le règne de Néron se forma une éloquence , une poésie analogue , pour ainsi dire, aux frénésies du pouvoir absolu. Lucain, flatteur de Néron avant de conspirer contre lui , Lucain , qui , dans sa vie comme dans ses ouvrages , ne put soutenir l'élévation de ses propres idées, Lucain, assez lâche pour dénoncer sa propre mère, après avoir été assez hardi pour s'associer à Thraséas , fut le premier poète de cette école nouvelle ; mais il n'est grand que par secousse et par effort : son enthousiasme est une sorte d'ivresse, mélange de bouffissure et d'élévation, d'élégance pompeuse et d'images révoltantes : sa poésie ressemble à ce palais de marbre et d'or que Néron bâtit sur les cendres de Rome.
Néron, qui, dans les premiers moments oii il préludait à ses crimes par tous les caprices , était acteur, musicien et poète , avait accueilli d'abord les talents de Lu-
142 DE LA CUKULPTIOK
cain ; il le Ht questeur, augure, le combla défaveurs, et voulut même l'honorer fie sa rivalité. Dans les jeux littéraires que l'empereur avait établis , Lucain chanta la descente d'Orphée aux enfers , et Néron la métamorphose de Niobé ; on ajoute que Lucain remporta le prix , sans qu'il soit aisé de concevoir l'audace des juges. 11 est douteux cependant que cette préférence ait seule causé la haine de Néron pour le poète qu'il avait protégé. Il y a dans la Pharsale un autre délit plus impardonnable. Lucain pouvait-il flatter assez Néron pour s'absoudre des sentiments généreux répandus dans son ouvrage? Les malédi(^tions lancées contre César et contre ceux dont la faiblesse ou la défaite trahit la république , ces seules expressions :
« Quid meruere Nepotes In regnum nasci? »
pouvaient -elles rester impunies? On peut dire (pie Lucain a par moments toute l'élévation de la liberté , comme Sénèque tout le sublime du stoïcisme : et cependant le vice d'une société dégradée par la plus abjecte servitude se communique à leurs écrits, et souvent égare ou rapetisse leur génie. Nul exemple peut-être n'atteste mieux la fatale influence d'un mauvais siècle ; tous deux renièrent la tyrannie , et furent ses victimes ; ils n'ont pas cependant, même à ce prix, évité sa contagion. Cette influence est si puissante, qu'elle agit sur les esprits les plus opposés , et leur donne en quelques
points une déplorable conformité. Sénèque et Pétrone se ressemblent : on sent qu'ils datent tous deux du règne de Néron. Le philosophe , dans les questions naturelles , a écrit des pages où les plus obscurs raffinements du vice sont détaillés avec une science honteuse ; et le cynique auteur du Satyricon a mêlé à ses impurs tableaux des sentences déclamatoires, et des vers emphatiques qui rappellent et exagèrent la fausse grandeur de Sénèque.
Lorsque Sénèque , dans une de ses lettres , s'évertue à prouver que les philosophes ne sont pas séditieux et ennemis de la puissance, il ne prévoyait pas encore la grande persécution qui frappa plus tard ce nom de philosophe. Elle commença sous un prince élevé à l'empire par ses talents , et modéré autant qu'un despote peut l'être. Chose étrange , Vespasien continua l'ouvrage de Néron ; déjà l'imagination , flétrie par tant de tyrannie, avait cessé de produire ; le sentiment du grand et du beau était détruit ; la vivacité des âmes émoussée ; mais il restait encore ces traditions philosophiques venues de la Grèce, que plus tard Marc-Aurèle porta sur le trône. Elles étaient dans le sénat la consolation de quelques esprits généreux.
Vespasien fut blessé de la liberté des philosophes , et surtout de la fermeté d'Helvidius. Les délateurs, cortège impérial depuis Tibère , accusèrent Helvidius de regretter la république. Vespasien le bannit d'abord, et le fit tuer dans son exil.
114 DE LA COUKCPTION'
Cependant Vespasien voulait être favorable aux lettres ; il dota richement les écoles des rhéteurs grecs et latins, il encouragea les poëtes, il enrichit les acteurs tragiques ; mais le proscripteur d'Helvidius ne pouvait rendre aux lettres l'âme qui leur manquait. Un homme seul , à cette époque , éleva dans les sciences un monument durable. Pline, en écrivant l'histoire du monde matériel et de tous les produits des arts , fut secondé par la protection de Vespasien, sans être gêné par son absolu pouvoir. Pline, dans une autre époque, pour ne pas effaroucher l'empereur, s'était réduit à composer un ouvrage sur les manières douteuses de parler ; admis dans la ftiveur de Vespasien , il lui dédia son vaste et brillant tableau de la nature; et l'empereur accueillit un ouvrage qui détournait les Romains d'eux-mêmes , pour les occuper de l'univers.
On sent à plus d'une parole de Pline que son âme a quelque chose de celle des Thraséas et des Helvidius : c'est là qu'il prend l'éloquence. On démêle aussi chez lui un sentiment d'humanité qui semble tenir au progrès de quelque idée nouvelle mêlée à la servitude romaine. Mais la décadence du goût, le faste des paroles altèrent souvent son génie. Curieux compilateur de tout ce qu'on savait alors, esprit énergique, élevé, il ne lui manque, pour être sublime , que des temps plus libres.
Cependant on ne peut douter que les vertus de Vespasien, la gloire qu'il rendit à l'empire, n'aient favorablement agi sur les lettres ; mais les délateurs n'avaient
pas disparu ; et ils veillaient sur la pensée. Maternus, avocat célèbre et poëte , avait fait applaudir, dans des cercles nombreux, une tragédie de Caton; les oreilles des puissants , nous dit Tacite , furent blessées du bruit de ce succès ; et Maternus fut obligé de retoucher beaucoup son ouvrage pour le rendre, non pas meilleur, mais moins suspect.
On voit cependant par le dialogue oti Tacite déplore la chute de l'éloquence romaine, qu'à cette époque elle comptait encore d'heureux génies ; mais cette espèce de trêve que le despotisme accordait aux lettres allait cesser.
Sous Domitien , la culture de la philosophie morale fut de nouveau proscrite avec plus de rigueur : Domitien , qui fut un Tibère plus jeune et plus féroce , rabaissa les Romains au-dessous de leur ancienne servitude ; tout fut frappé de terreur, toute idée généreuse , et même toute image du vrai fut interdite.
« 0 Calliope ! s'écriait , dans de beaux vers , une femme i< de ce temps, que médite le père des dieux? Veut-il « bouleverser la terre et les races humaines ? Nous en- « lève-t-il , dans notre agonie , ces arts qu'il nous donna « jadis? et veut-il que , silencieux et privés d'intelligence « comme aux premiers jours où nous sonmies nés , nous « allions nous courber de nouveau pour le gland sauvage « et l'eau pure des fontaines * ! »
' « Die raihi , Calliope , quidnam pater ille Deoriun Cogitai? an terras, et patria saoula nuilal? ÊTi'Drs nr. iitt. 1'
Ailleurs elle représente
« De sages vieillards errants au loin , et forcés de « détruire eux-mêmes leurs livres , comme un fardeau « funeste ^ »
Des éloges donnés à la vertu de Thraséas et d'Helvidius furent punis de mort. L'imagination ne pouvait plus être libre, qu'à condition de s'égarer dans des fables monstrueuses et surannées; les lettres n'étaient plus qu'un travail de mots, et une recherche d'images capricieuses. Tel fut le génie de Stace , qui , lorsqu'il ne s'épuise pas à célébrer le bronze gigantesque du cheval de Domitien , raconte en vers forcés la vieille histoire de la Thébaïde. Les poètes, chez qui se conservait un goût plus sobre et plus timide , allaient également chercher pour sujet de leurs vers des fables lointaines, qu'ils versifiaient avec un travail subtilement artificiel ; ils chantaient les Argonautes , sous l'invocation de Domitien , qu'ils proclamaient le bienfaiteur du monde.
Une chose remarquable, c'est que la poésie de Stace, encore plus que celle de Lucain , a de singuliers rapports avec la poésie espagnole du temps de Philippe II :
Quasque dédit quondara raorientibus eripit artes? Nosque jubel tacilos, et jam rationis egenos, Non aliter, primo quain quum surrexitnus aevo , Glandibus et purœ rursus procumbere lymphœ? »
Sulpiclœ Satyra.
* « Sic noslri palare senes dicunliir, et ipsi Ut ferale suos oaus exlirpare lil)ellos. »
c'est la même pompe vide et sonore , le même besoin d'échapper au péril de penser, par la bizarre obscurité des expressions. A quinze siècles de distance, sous des religions et des civilisations différentes, la même tyrannie dégrade et fausse également les talents.
Les temps de Domitien virent cependant naître un ouvrage que l'on a coutume de citer comme le modèle du goût le plus pur. Nourri de l'étude des Grecs et de Cicéron , curieux amateur des beautés du langage, Quintilien prétendit rendre à réloc[uence sa grandeur par de sages conseils sur la manière d'écrire. Mais dans son livre , trop scolastique , la plus haute destination de l'éloquence lui échappe ou l'effraie ; il en parle comme d'un art ingénieux et difficile , que l'on apprend à force de soin, en joignant au talent naturel le travail et la probité ; mais , à ce qu'il paraît , cette probité n'est pas celle d'une âme libre. Quintilien prodigue à l'odieux despote de Rome les plus vils éloges ; non-seulement il en fait un Dieu , il le loue même d'être un grand poète , ce qui devait coûter davantage à sa conscience de critique ; il le félicite aussi d'avoir banni les philosophes ; il s'indigne que ces hommes se soient crus plus sages que les empereurs , et les accuse dans les mêmes termes , dont les délateurs s'étaient servis contre Thraséas. Faut-il s'étonner, après cela , que Quintilien , si habile maître d'éloquence , ait composé lui-même de froides et emphatiques déclamations? Son goût si juste et si délicat dans l'analyse des anciens orateurs l'abandonnait alors , ou
ne lui servait pas ; ear il lui manquait la grande inspiration de l'éloquence, sans laquelle les leçons du goût ne sont rien. Qu'importe, en effet, que l'on étudie l'art des paroles , que l'on calcule l'éle^ance et l'harmonie, quand tout mouvement lier et libre est interdit à l'âme? Que pouvaient apprendre les conseils de Quintilien aux lionnnes abattus par la cruelle et soupçonneuse tyrannie (juil nattait devant eux?
A la vérité , les esprits qui survivent à cette oppression , et qui ne sont pas flétris par elle , y prennent un surcroît de vigueur et d'originalité. L'empire de Domitien , plus court et plus violent que celui de Tibère , ne corrompit pas autant les âmes. Tacite eut le bonheur d'écrire sous Trajan avec les souvenirs profonds et l'indignation longtemps étouffée des tyrannies précédentes; l'histoire est pour lui comme une tardive vengeance ; l'oppression qu'il a soufferte l'a rendu contemporain de toutes les autres oppressions; elle le fait remonter jus([u'à Tibère ; il écrit, avec le souvenir de ce qu'il a senti, le passé qu'il n'a pas vu : aussi jamais ouvrage ne fut plus vrai par les couleurs. Tacite a l'air d'un témoin d'autant plus fidèle, qu'il est encore ému. Quand on lit dans Pline le Jeune l'anecdote de ce Romain , qui , tourmenté d'un mal sans remède , diffère de se donner la mort , pour survivre à Domitien , on conçoit le génie de Tacite et sa longue impatience. Mais si le }>assage d'un affreux despotisme à la douceur des règnes de Nerva et de Trajan , si la joie de survivre à la tyrannie,
si l'espoir d'en prévenir le retour en la (létrissant, si l'émotion du citoyen et l'austérité du sage donnent au livre de Tacite un caractère inimitable , on ne peut supposer cependant que, même sous Nerva et sous Trajan , le champ du génie fût aussi vaste que dans l'ancienne liberté grecque. Le pouvoir de Trajan était un despotisme réparateur et doux ; il permettait la censure des tyrans, il ne pouvait la redouter pour lui-même. La simplicité de ses manières , sa modération allégeaient le joug de l'empire , mais ne l'ôtaient pas : une si longue habitude , ces reprises de tyrannies si fréquentes et si cruelles avaient d'ailleurs énervé la force des âmes.
Hormis l'histoire portée si haut par Tacite , cette époque ne vit fleurir que l'érudition et les panégyriques. Dans les lettres ingénieuses de Pline , consul sous Trajan, on aperçoit la petitesse des intérêts laissés aux citoyens ; on y parle beaucoup de poésies lues dans des cercles, de déclamations entendues dans les écoles , de plaidoyers élégants et fort applaudis. C'est une chose curieuse que l'air de triomphe avec lequel Pline s'attache à quelques faibles simulacres de liberté permis par Trajan. « Le sé- « nat, dit-il , ne s'est séparé qu'à la nuit ; il a été convo- « que trois jours ; il a siégé trois jours : noble spectacle « et digne de l'antiquité ' ! »
Dans ces joies enfantines d'une imagination républi-
' « Jam lioo pulchruni el aiUi(|mini senalnm noofe dirimi , Iridiio « Yocari, Iritluo oonlineri. >• (IMin. Epist.)
caine, on surprend le secret que tout Romain éclairé portait au fond du cœur. Mais lorsqu'on lit une lettre où Trajan refuse d'autoriser une petite association pour réparer les bains d'une ville d'Asie , parce que , dit-il , toute réunion , toute société d'intérêts privés est une chose contraire à notre empire , on reconnaît le vice du pouvoir absolu. Beaux esprits, rhéteurs brillants , ingénieux panégyristes , cette époque en produisit un grand nombre qui ne sont point parvenus jusqu'à nous ; mais elle n'eut qu'un génie original, Tacite. En lui seul étaient la voix du peuple , la liberté du sénat et la conscience du genre humain.
Cependant le sentiment qui avait inspiré Tacite , l'indignation , en passant dans une âme moins forte et moins pure, a fait aussi le talent de Juvénal. Ce n'est point parce qu'il fut élevé dans les cris de l'école , c'est parce qu'il se sent libre , au moins contre le passé , que Juvénal s'emporte en expressions si véhémentes; il traîne aux gémonies les anciens tyrans , les Tibère , les Domitien , les Séjan , les Messaline : ses vers ont tout le cynisme de la vengeance populaire ; il lui doit aussi son énergie mâle et terrible : c'est le plus grand poëte des lettres romaines en décadence, parce que ce fut le plus libre. Malheureusement toutes les souillures de l'antiquité, redoublées par la longue domination des Césars , infectent les chants de sa muse effrontée.
Cependant, à cette époque de corruption si profonde, et sous ce gouvernement si absolu , lors même qu'il se
DES LETTRES ROMAINES. l5l
montrait modéré, une grande et sublime nouveauté cheminait dans le monde , à travers les ruines mal soutenues de l'ancienne société romaine. Du fond de l'Assyrie , de ville en ville , sur cette longue traînée de civilisation grecque , répandue dans l'Asie Mineure , un culte inconnu gagnait de proche en proche ; on le voit partout jeter sur son passage de petites colonies pleines d'une pureté enthousiaste , et libres , comme on l'est , quand on veut mourir.
Aussi combien étaient puissantes les paroles de ces premiers apôtres! que leur mission était nouvelle et grande ! Tandis que l'on déclame à Rome , que l'on fait des vers et des panégyriques , quelle est cette éloquence qui agit comme un glaive , coupe tous les liens de l'ancien monde , en forme de nouveaux , réunit le Grec et le Barbare, le juif et le gentil, brave les édits des empereurs, la jalousie des prêtres païens, les préjugés d'un peuple féroce, et suscite tout à coup une société immense et nouvelle au milieu de cet empire , où ïrajan n'avait pas voulu souffi ir une réunion de quelques ou vriers! C'était le christianisme à sa naissance; c'était la liberté morale réfugiée dans la religion.