‹ Études de littérature canadienne françaiseChapitre 43 sur 52 · DOCTEUR CIIOQUETTE — CLAUDE PAYSAN · texte numérisé non relu

DOCTEUR CIIOQUETTE — CLAUDE PAYSAN

d'amour. Nous parlions tout aVheuredeV A7'lesicmie: il y a beaucoup de ressemblance entre Frédéric et Claude. Le gars de Camargue qui souffre pour son Arlésienne et méprise l'amour de Vivette, le Canadien du Richelieu qui rêve à Fernande, sont cousins — tous deux fils de la terre de France.

Mais pour la forme, c'est surtout à M. Pierre Loti que M. Choquette est redevable. Mêmes chapitres inégaux, avec des sauts brusques de l'un à l'autre; mêmes sensations aiguës qu'il s'agit de noter d'un mot qui les fasse éprouver au lecteur; même impressionnisme, avec des phrases parfois contournées et désarticulées pour rendre plus intense l'effet ; mêmes alinéas coupés de silences ; même souci du mot qui fait image, plutôt que de la pureté grammaticale. Certaines pages de Claude Paysan, nous ont rappelé par la facture Pêcheurs d'Islande ou Matelot.

Mais M. Loti est un modèle dangereux. Il est si attirant qu'il peut amener un écrivain de talent à l'imiter jusque dans ses tics. C'est sans doute à son influence qu'il faut attribuer des phrases dans le genre de celle-ci : « Il ne commandait point brutalement ses chevaux, lui, non, jamais ». Ou le « des fois » au commencement d'une phrase qui produit à la longue un désagréable effet, ou encore le rappel du sujet par un pronom qui ne laisse pas de déparer un beau mouvement. A M. Loti appartiennent aussi ces débuts de chapitres : « On était déjà en août... C'était longtemps plus tard... C'est maintenant plus tard en automne.., » etc.

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Enfin la recherche du vocabulaire, à côté d'heu reuses trouvailles, amène quelque fois de douteuses expressions, comme /< des larmes incontrôlables (i) d'enfant// ou « un mouvement tncontrôlable», ou enfin cette '< éjaculation muette » qui abime le beau chapitre sur l'Angelus.

Mais chacun doit avoir les défauts de ses qualités, et si nous nous permettons de présenter ces quelques critiques de détail et de jouer ici le rôle toujours ingrat et souvent ridicule de pédant, c'est justement à cause du très vif et très réel plaisir que nous avons pris à la lecture de ce livre.

Nous avons essayé de faire ici la part de Daudet et de M. Loti. Reste celle de M. le D"" Choquette qui est fort belle.' 11 a su écrire un roman de pa^^sans et se tenir à égale distance des trivialités inutiles et des élégances conventionnelles. Nous savourons dans son ouvrage un peu du parfum qui monte de la terre par les chaudes journées d'août, les foins coupés.

11 inspire aussi — et peut-être est-ce encore là du Loti — une grande amertume, qui laisse après la lecture une impression de profonde mélancolie, non cette mélancolie factice, funeste héritage de 1830, mais une très réelle tristesse en présence du spectacle de la vie, puisque cette histoire se déroule entre deux tombes.

Et maintenant oserons-nous dire à M. Choquette quels espoirs reposent sur lui? Claude Paysan, tout intéressant qu'il est, ne peut rester le terme de son

(i) Pour incoercibles.

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