GÈRIN LAJOIE )>IX ANS AI CANADA
regagner la confiance publique, de constituer une majorité. Mais voyant que les affaires étaient en soutrance, que le crédit du Canada subissait une sérieuse dépréciation, et que cet état de choses ne pouvait se prolonger sans augmenter le malaise général jusqu'à produire une véritable crise, il résolut d'en appeler à La nation elle-même. En décembre, il publia le décret de dissolution, qui mettait fin à l'existence de cette Assemblée bizarre, nommée sous la pression de lord Metcalfe, et qui n'avait su jamais donner au ministère conservateur qu'un appui précaire, sans aeoir la force de le renverser.
La bascule oscilla une fois de plus. Le ^4 janvier 1848. le parti libéral remportait une éclatante victoire dans les deux provinces. On s'attendait à la démission du cabinet, avant même la convocation du Parlement, fixée au 25 février. Mais le ministère ne voulait démissionner que s'il était mis en minorité, ce qui d'ailleurs, ne tarda point.
Dès la discussion sur l'Adresse, le cabinet, qui avait subi un premier échec pour l'élection du speaker, M. Morin remplaçant le tory sir Allan Mao-Nab, s'effondra, ou pour mieux dire, s'évanouit. « Il n'est pas tombé de bien haut, disait la Minerve, sa chute ne pouvait faire beaucoup de bruit. //
Le 11 mars. MM. La Fontaine, Baldwin, et leurs alliés, les Hinks, les Aylwin, les Taché, remontaient au pouvoir. C'était le début du grand ministère Baldwin-La Fontaine, qui dura jusqu'en 185 1.
Sans compromissions, sans troubles, lord Elgin avait, en un an, rétabli en Canada le jeu des insti-
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tutions, faussé par lord Metcalfe, et repris la tradition de sir Charles Bagot.
Mais le cabinet Baldwin-La Fontaine allait, lui aussi, soulever bien des mécontentements et le Gouverneur général s'attirer d'honorables haines. Ils devaient avoir contre eux à la fin les anciens adversaires du gouvernement colonial, Louis Papineau surtout, qui, dans son exil n'avait rien appris ni rien oublié, et rapportait, au Parlement de 1848, les préventions de 1837. Les tories haut et bas-canadiens étaient furieux de voir lord Elgin réaliser, dans leur partie la plus généreuse, les plans de ce lord Durham dont il avait épousé la fille.
Le ministère — et tout le gouvernement, c'est-àdire le Gouverneur qui l'avait choisi et les Chambres qui le soutenaient, se trouvèrent exposés à l'explosion du mécontentement le plus formidable : ce gouvernement constitutionnel, dont le seul crime fut de maintenir la justice égale pour tous, et que l'on avait obtenu à la suite d'une lutte parlementaire de huit années, fut menacé par une révolution ou, pour mieux dire, une émeute qui pouvait rappeler, sans avoir une cause aussi noble, les plus mauvais jours de 1837.
Pendant la session de 1848, on s'était querellé sur des mots. L'opposition de M. Papineau, l'irréductible, se dessinait. Croyant avoir le monopole du patriotisme, l'ancien speaker attaquait M. La Fontaine avec la dernière violence," lui re-
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prochant de capituler, d'accepter l'Union, de faire cause commune avec l'oppresseur. M. La Fontaine qu'animait, un patriotisme égal à celui de Louis Papineau et qui, de plus, jouissait d'un grand sens politique, s'était dignement défendu, et la session se terminait pour le ministère par une victoire. Mais en 1849, ^e ^'^ d'indemnité qui vint en discussion, causa une conflagration terrible. Depuis des années, il était question d'indemniser les Haut-Canadiens éprouvés par les troubles de ". Le ministère, pour régler définitivement cette question, proposa d'accorder aussi une indemnité aux habitants du Bas-Canada, à l'exception des déportés aux Bermudes et des autres condamnés de la cour martiale.
Là-dessus, les tories prirent feu : On récompensait les rebelles, on accordait une prime à la déloyauté. Les conservateurs oubliaient qu'ils avaient souvent essayé d'acheter à ce prix l'appui du Bas- Canada, sous les précédents ministères. Les esprits étaient arrivés au plus haut point d'excitation. Orangistes et tories faisaient flamboyer dans leurs journaux les appels à la discorde. Or, dans une grande ville comme Montréal, on ne remue pas impunément les mauvaises passions de la foule. Là. comme en d'autres lieux et sous d'autres régimes, les écrivains sans vergogne suscitèrent des criminels.
Tandis que le Parlement retentissait de virulents discours, que M. La Fontaine, dans un de ses plus beaux mouvements d'éloquence, protestait contre la
qualification àeforeigncrs jetée par sir Allan Mac- Nab aux Canadiens-Français, 1 émeute couvait dans la rue. Le bill d'indemnité passa néanmoins. Il restait à l'opposition un dernier espoir : par un coup de force, lord Elgin réserverait le bill à la sanction royale. Lord Elgin le sanctionna officiellement, avec les autres décisions de l'Assemblée. Quand il sortit du Parlement, il fut accueilli par les huées et les hurlements de la populace. On le traita d'apostat, les tories l'excommunièrent, criant qu'il avait trahi la Reine. On lui jeta des œufs pourris, des morceaux de glace. Tandis que la voiture l'entraînait au grand trot, avec ses aides de camp, vers la Résidence, l'orangiste Galette de Montréal faisait paraitre un supplément, avec une manchette sensationnelle :