‹ Études de médecine clinique faites avec l’aide de la méthode graphique et des appareils enregistreurs; Le pouls, ses variations et ses formes diverses dans les maladiesChapitre 73 sur 117 · S LE POULS DANS LES MALADIES CÉRÉBRALES · texte numérisé non relu

S LE POULS DANS LES MALADIES CÉRÉBRALES

Fièvre typhoïde, méningite. — Chez mi jeune homme âgé de 16 ans et qui était traité dans mes salles pour une lièvre typhoïde, il se produisit vers la quatrième semaine (octobre 186$) des phénomènes qui firent craindre une méningite. Le pouls, qui jusqu'alors était fréquent mais régulier, devint irrégulier, donnant à la main une sensation un peu confuse. Le sphygmographe leva les doutes.

Fig. 246. — Tracé de la méningite.

C'est, comme on peut le voir, un pouls intermittent à type géminé, dans lequel chaque troisième systole cardiaque avorte. L'autopsie confirma le diagnostic.

L'inégalité des pulsations avec un pouls lent, dans le coursd'une maladie aiguë, marque l'affection cérébrale.

Chez un malade atteint d'une variole, au quatrième jour de l'éruption, la lièvre tombe tout d'un coup et est remplacée par son équivalent, le délire (manie et hallucinations); le pouls devient inégal.

Pig. 2i7. — Délire chez un variolcux.

Siredey. — Sur m nouveau caractère du pouls dans ta méningite (1).

Dans quelques cas do méningite cérébrale ou spinale d'un diagnostic difficile, obscur au début, pour lesquels il était presque impossible de se prononcer en faveur de la méningite plulôl que pour la fièvre typhoïde, M. Siredey, étudiant au sphygmographe les caractères du pouls, a trouvé des tracés qui, par leur torme spéciale et insolite, par des particularités non décrites et encore inexpliquées, l'ont une première fois étonné, puis l'ont plus tard guidé presque avec certitude et lui ont permis d'établir d'emblée le diagnostic méningite malgré le vague des premiers signes de celte grave affection.

L'instrument de Marey, appliqué dans ces circonstances, a donc donné des tracés qui ne ressemblent en rien à ceux qui se rencontrent dans la fièvre typhoïde. Il y a absence totale de dicrolisme, qu'accuse en général une sorte de pulsation avortée au milieu de la ligne de descente, dans le pouls de la fièvre typhoïde. Dans la méningite, M. Siredey a trouvé un tracé qui se distingue par une irrégularité de la ligne de descente à son origine avec de fines ondulations formant des dentelures qui disparaissent à peu près à l'union du premier avec le second tiers de cette ligne de descente. A partir de ce point, elle prend un trajet rectiligne jusqu'à la ligne verticale suivante.

M. Siredey est en droit d'être affirma tif autant qu'on peut l'être en palhologie, et de témoigner de la valeur du signe qu'il indique, car il a pu vérifier, chaque fois à l'autopsie, l'exactitude du diagnostic porté, et l'absence de lésions de la circulation cardiaque ou vasculaire pouvant être invoquées pour l'explication de son tracé.

En terminant, l'auteur se demande si ce caractère du pouls serait constant dans la méningite ; si cette maladie aurait, par exemple, son pouls particulier comme l'intoxication saturnine. Il n'ose l'affirmer, le nombre de ses observations étant trop restreint, niais il fait appel au contrôle et aux recherches de ses confrères. Un conçoit toute l'importance qu'aurait ce caractère

(I) Siredey, Société médicale des hôpitaux de l'aria, 10 juin I

du pouls s'il était constant, car il éluderait beaucoup des difficultés du diagnostic de la méningite, et en permettant de la reconnaître tout à fait à son début, il engagerait à une thérapeutique active qui pourrait êlre suivie de succès.

M. Siredey eût désiré, pendant un intérim dont il fut chargé à l'hôpital Sainte-Eugénie, poursuivre ses recherches chez les enfants atteints de méningite. Malheureusement le sphygmographe, disposé pour l'adulte, est inapplicable chez les enfants, et malgré des tentatives multipliées, il n'a pu obtenir un seul tracé. Il y aurait là à introduire un léger perfectionnement à l'instrument, et M. Marey arrivera facilement à résoudre cette petite difficulté.

Ataxie. — Le pouls peut dénoncer un état cérébral dans le cours d'une maladie : l'intermittence en est le caractère le plus habituel. Le délire avec hallucinations, la méningite, l'état ataxo-adynamique des lièvres se traduisent par l'irrégularité du pouls. Ce signe perçu par un doigt exercé devient bien plus apparent par le tracé sphygmographique. Au point de vue du pronostic, ce signe a une certaine importance. Cette irrégularité doit être analysée ; elle n'a pas toujours la même forme. Elle peut consister dans des alternatives de fréquence et de lenteur ; elle peut atteindre le rhythme même du cœur et donner lieu à des intermittences régulières ou irrégulières; enfin elle peut consister dans des systoles avortées, imparfaites ou supprimées. Dans le tracé qui suit et qui a été recueilli sur un jeune homme de 18 ans au quatorzième jour d'une lièvre typhoïde ataxo-adynamique, on voit ces deux types d'intermittence :

1° Systole avortée;

2° Systole supprimée.

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