‹ Etudes de médecine homoeopathiqueChapitre 114 sur 116 · SUR LA RÉPÉTITION · texte numérisé non relu

SUR LA RÉPÉTITION

D'UN MÉDICAMENT HOMOEOPATHIQUE.

Dans YOrganon (1), j'ai insisté sur la nécessité de ne jamais donner à la fois qu'une seule dose d'un médicament homœopathique bien choisi, et de lui laisser le temps d'épuiser son action. Cette doctrine était fondée sur l'expérience, car d'un côté les fortes doses d'un médicament d'ailleurs bien choisi, auxquelles, par un pas véritablement rétrogade, on a de nouveau proposé, dans ces derniers temps, d'avoir recours, et de l'autre, ce qui revient au même, plusieurs faibles doses administrées immédiatement Tune après l'autre, ne produisent presque jamais le plus grand bien possible dans le traitement des maladies, surtout chroniques, ce qui tient à ce que, quand on procède ainsi, la force vitale ne peut passer avec tranquillité du désaccord dans lequel l'avait mis la maladie naturelle à la modification que lui imprime la maladie médicamenteuse semblable^ mais éprouve ordinairement une secousse et une excitation si orageuses, que dans la plupart des cas sa réaction ne saurait se manifester d'une manière salutaire, et nuit plus qu'elle n'est utile. Aussi longtemps donc

(1) Quairième édîlïon. Taris. 1855, pag. 269.

répétition d'un, médicament homoeopatmqug. 581 qu'on n'avait pas découvert de méthode meilleure que celle dont j'ai tracé les règles, la maxime philanthropique si non jnvat, modo ne noceat, prescrivait à Thomœopathiste dont les efforts ont pour but suprême le bien de ses semblables, de n'administrer en général contre les maladies qu'une seule dose à la fois du médicament choisi avec soin, de donner toujours la plus faible, et de lui laisser le temps d'épuiser son action; je dis la plus faible, parce qu'en homœopalhie c'est un principe qu'aucune expérience au monde ne saurait réfuter que la meilleure dose du médicament bien choisi est toujours la plus petite partie d'une des hautes dilutions (X), tant pour les maladies chroniques que pour les affections aiguës. Cette vérité, inappréciable propriété de l'homœopathie pure, l'éloignera des fausses docirines médicales par un abîme à perte de vue, tant que l'allopathie et la secte électique moderne qui combine les procédés de l'allopathie avec ceux de l'homœopathie, continueront à ronger la vie des malades comme des chancres, et à la compromettre par des doses élevées de médicaments.

D'un autre côté cependant la pratique nous montre qu'une seule de ces petites doses suffit bien dans quelques cas, surtout légers, de maladie, et qu'elle esl en état d'accomplir presque tout ce qu'il est donné au médicament de faire, principalement chez les jeunes enfants et chez les adultes délicats et irritables, mais que dans plusieurs cas, même dans la plupart, soit de maladies chroniques fort anciennes, déjà très développées et souvent altérées par des médicaments inconvenants qu'on leur a opposés, soit de maladies aiguës graves, une dose très faible du médicament même dont les vertus ont été le plus mises en évidence par nos modes

582 RÉPJÉT1TJ0N D'ihN MÉDICAMENT H0M0E0PATHIQ0B.

de préparation, ne suffit point pour que la même substance médicinale produise tout l'effet curatif qu'on doit attendre d'elle, et qu'il serait incontestablement nécessaire d'en donner plusieurs pour amener la force vitale au degré de modification pathologique, et sa réaction médicatrice à celui de tension, sans lequel cette dernière ne saurait éteindre complètement toute la partie de la maladie primitive qu'il est au pouvoir du remède homœopathique bien choisi d'anéantir. En pareil cas le médicament choisi avec le plus de soin, dont on ne donnait qu'une seule petite dose à la fois, procurait bien quelque soulagement, mais l'effet ne durait point assez.

Cependant l'homoeopathiste consciencieux ne se hasardait point à répéter peu de temps après la même dose du môme médicament, parce qu'une observation rigoureuse lui avait appris qu'il n'en résulte aucun avantage, et que, loin de là, il avait vu le plus souvent s'ensuivre un désavantage certain ; communément la maladie s'aggravait lorsque après avoir avoir administré la plus faible dose du médicament approprié, il la répétait le lendemain et le surlendemain.

Dans cette occurrence il dut naturellement lui venir souvent à l'esprit, pour procurer plus de soulagement au malade que n'en avait donné jusqu'alors une seule petite dose du remède dont le caractère parfaitement homœopathique ne lui paraissait pas douteux, de forcer celtedose, qui, d'après les principes précédents, devait toujours être unique, et par exemple au lieu d'un seul globule imbibé de la substance au plus haut degré de dilution, d'en faire prendre six, sept ou huit à la fois, d'en donner même jusqu'à des demi-gouttes et des gouttes entières. Mais presque sans exception, le ré-

KÉPÉTITI0W D'UN MÉD1GAM1SNT HOMQEOPATIIIQUE. 583

sultat était moins favorable qu'il n'aurait dû l'être; souvent il était réellement défavorable, et fréquemment même il était très fâcheux, accident auquel on ne peut que difficilement remédier chez un malade qui a été traité ainsi.

L'administration à haute dose des dilutions inférieures du médicament n'est point non plus une véritable ressource en pareil cas.

Ainsi l'expérience nous apprend qu'on n'atteint point au but en augmentant les doses des médicaments homœopalhiques jusqu'à produire le degré d'excitation pathogénétique de la force vitale nécessaire pour qu'elle manifeste une réaction médicatrice suffisante. La force vitale se trouve attaquée par là d'une manière trop violente et trop subite pour qu'elle ait le temps d'exercer une réaction salutaire graduelle et uniforme, qui provoque en elle une modification, de sorte qu'elle traite en ennemi l'effet médicamenteux qui la remplit outre mesure, cherche à le repousser par le vomissement, la diarrhée, la fièvre, la sueur, etc., et anéantit ainsi en grande partie ou en totalité les espérances du médecin imprudent. En suivant cette méthode, on contribue peu ou point à la guérisonde la maladie ; loin de là, le malade s'en trouve véritablement affaibli, et l'on est obligé de renoncer pendant longtemps à lui faire prendre la plus faible dose seulement delà même substance médicinale, si l'on ne veut pas agir sur lui d'une manière nuisible.

De petites doses répétées a peu de distance les unes des autres, dans la vue d'arriver au même but, s'accumulent dans l'organisme, et y produisent une sorte de dose exagérée, dont le résultat n'est pas moins fâcheux, à un petit nombre d'exceptions près, qui sont rares. En pareil cas, la force vitale, qui n'a pas le temps de se

584 JUSPÉTITION d'lïV MÉD1CAAJEM HÔMOEOPATHJQUE.

reposer dans l'intervalle des closes, d'ailleurs faibles, se trouve tendue outre mesure; ou, réduite ainsi à l'impossibilité de réagir d'une manière médicatrice, elle est forcée de suivre passivement et involontairement la maladie médicamenteuse Irop forte dont on Ta pénétrée, comme nous le voyons tous les jours, au grand détriment des malades, dans l'abus que les allopathes font de doses considérables et accumulées d'un seul et môme médicament.

J'ai suivi ddns ces derniers temps une méthode particulière pour arriver au but plus sûrement qu'on ne le pouvait jusquTici, en évitant les écueils qui viennent d'être signalés, et pour administrer le médicament choisi d'une manière telle qu'il pût déployer sa plus grande activité sans nuire au malade, et faire, clans un cas donné, tout le bien qu'il est en sa puissance d'accomplir.

J'ai reconnu que, pour trouver le véritable juste milieu, il fallait se diriger, tant d'après la nature des divers médicaments que d'après la constitulion du malade et le degré de sa maladie, en sorte que, pour donner un exemple tiré de l'emploi du soufre dans les maladies chroniques ou psoriques, la plus faible dose de cette substance (Tinct. sulph. Ar°)peut rarement être répétée avec avantage, même chez les personnes robustes, et dans l'affection psorique développée, plus souvent que de sept jours en sept jours, période qu'il faut d'autant plus allonger que le sujet est plus faible et plus irritable; car, en pareil cas, on fait bien de ne répéter la dose que tous les neuf, douze et quatorze jours, ce que l'on continue jusqu'à ce que le médicament cesse d'être utile. Alors on trouve (pour prendre toujours le soufre comme exemple) que, dans les maladies chroniques, il faut rarement moins de quatre, sou-

REPETITION D'UN MEDICAMENT HOMOEOPATUIQUË. 585

vent de six ou huit, el même de dix doses semblables (Tinct. sulph. X°), prises à de pareils intervalles, pour anéantir complètement toute la partie de la maladie chronique que le soufre a la puissance de détruire, en supposant toutefois qu'il n'avait point été préalablement fait abus allopathique de cette substance. Ainsi une éruption psorique primitive, chez une personne qui n'est point trop débile, même lorsqu'elle a envahi le corps entier, peut être parfaitement guérie par le moyen d'une dose de Tinct. sulph. X° répétée tous les sept - jours dans l'espace de dix à douze semaines (par conséquent avec dix à douze globules), de sorte qu'il est rare qu'ensuite on soit encore obligé de recourir à quelques doses de Carb. veg. X% dont on donne également une chaque semaine. Cette méthode n'exige pas le moindre traitement extérieur; il faut seulement que le malade change souvent de linge, et qu'il suive un régime régulier.

Si, dans d'autres maladies chroniques, on juge, par approximation, que huit, neuf, dix doses de Tinct. sulph* X° soient nécessaires, il vaut mieux, en pareil cas, au lieu de les faire prendre immédiatement Tune après l'autre, les distribuer trois par trois, donner dans les intervalles une dose d'un autre médicament qui, après le soufre, soit particulièrement homœopalhique dans la circonstance, et laisser également celte dose agir pendant huit, neuf, douze ou quatorze jours, avant de revenir à la série des trois doses de soufre. Le meilleur remède intercurrent alors est celui dont on jugera qu'une couple de doses lune après l'autre, données à huit ou quinze jours d'intervalle, seront encore utiles après qu'on aura terminé celle du soufre.

Cependant il n'est pas rare, quelque nécessaires que

586 RÉPÉTITION D'iW MÉDICAMENT H0M0E0PATHIQUJE.

plusieurs doses de soufre soient pour la guérison de la maladie chronique, et avec quelque soin qu'on les sépare par les intervalles prescrits, que la force vitale se montre récalcitrante à les laisser agir tranquillement sur elle, et qu'elle exprime cette résistance de sa part par des symptômes particuliers au soufre, mais modérés, qu'elle fait naître chez le malade pendant le cours du traitement. En pareil cas il est parfois prudent de donner une petite dose de noix vomique (X°), et de la laisser agir pendant huit à douze. jours, afin de disposer la nature à laisser ensuite agir les autres doses de soufre avec calme etd'une manière salutaire. Dans certaines circonstances on doit préférer la pulsatille (X°).

Mais le cas où la force vitale résiste le plus à ce que le soufre, quoique parfaitement indiqué, agisse sur elle d'une manière salutaire, et où l'on voit la maladre chronique s'agraver visiblement, même avec la plus petite dose de soufre, même après que le malade a seulement flairé un globule gros comme un grain de moutarde et imbibé de TincL sulpli. X% c'est celui où Ton a déjà, môme des années auparavant, abusé allopalhiquement du soufre à hautes doses; c'est là une circonstance fâcheuse, et qui rend presque impossible le meilleur traitement des maladies chroniques, parmi toutes celles que les méthodes employées par l'ancienne école contre ces affections rendraient si déplorables s'il n'y avait pas quelques moyens d'y porter remède.

Il suffit, en pareil cas, de faire flairer avec force, une seule fois, au malade, un globule gros comme un grain de moularde, qui ait été imbibé de Merc. metall. X% et de laisser l'action se prolonger pendant neuf jours environ, pour disposer de nouveau la force vitale à laisser le soufre exercer son influence bienfaisante sur elle, du

RÉPÉTITION D'UN MÉDICAMENT HOM0EOPATH1QUB. 587

moins par l'inspiration de la Tinct. sulpk. X°. Nous devons cette découverte au docteur Griesselich de Carslruhe (i).

Les autres médicaments antipsoriques (à l'exception peut:être du Pliospli. X), n'exigent pas autant qu'on en administre les doses à de pareils intervalles (2), pour guérir ce qui est guérissable par eux dans les cas où ils sont indiqués. Le Hep. sulph. cale. X° ne peut point être pris ou flairé à des intervalles moindres de quatorze ou quinze jours.

Il va sans dire qu'avant de se permettre de répéter ainsi les doses d'un médicament, le médecin doit s'être bien convaincu qu'il était parfaitement choisi et homœopalhique.

Dans les maladies aiguës, l'intervalle à laisser entre les doses du remède convenablement choisi se règle d'après la marche plus ou moins rapide de l'affection, en sorte qu'on peut, s'il -est nécessaire, les répéter au bout de vingt-quatre, seize, douze, huit, quatre heures, ou même plus tôt, lorsque le médicament améliore l'état sans obstacle, sans produire de nouveaux accidents, mais ne le fait pas d'une manière assez prompte, eu égard à la rapidité et au danger de la maladie, de sorte que, dans la maladie le plus promplement mortelle qu'on connaisse, le choléra, il faut administrer au début, toutes les cinq minutes, une à deux gouttes de dissolution étendue de camphre, si l'on Yeut procurer des secours prompts et certains, et que dans le choléra

(1) Auleur d'un ouvrage qu'on lira avec fruit, intitulé : Manuel pour servir à l'élude critique de l'homœopathie, Paris, 1869.

(2) La sepia et la silice, lorsqu'elles sont indiquées homœopathiquenienl, se donnent a de plus longs intervalles , sans moyens intercurrents.

588 RÉPÉTITION D'UN MÉDICAMENT HOMUEOPATHIQUtt.

plus avancé on doit prescrire également des doses de cuivre, d'ellébore blanc, de phosphore, etc. (X°), souvent toutes les deux ou trois heures, même de l'arsenic, du charbon de bois, etc., à des intervalles non moins rapprochés.

Dans le traitement des fièvres dites nerveuses, et d'autres fièvres continues, on se règle également d'après les préceptes qui viennent d'être tracés , quant à la répétition du médicament homœopathique aux plus faibles doses.

J'ai reconnu également qu'une seule dose de mercure métallique (X°), suffisait dans les maladies syphilitiques pures ; cependant il n'était pas rare non plus que j'eusse besoin de deux ou trois doses, administrées à six ou huit jours d'intervalle, lorsqu'il y avait la moindre complication d'affection psorique (1).

(1) Voyez Exposition de la doctrine médicale homœopathique, ou Organon de Vart de yuérir, 4e édition , avec commentaires par Léon Simon. Paris, 1855, pag. 256.

Page 1