‹ Etudes de médecine homoeopathiqueChapitre 41 sur 116 · TRAITEMENT DU CHANCRE SIMPLE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DU CHANCRE SIMPLE

semaines. Encore n'ont-ils qu'une bien faible certitude que, pendant le traitement, le virus n'a pas pénétré dans la masse du sanf;, où il est très difficile de l'atteindre.

273. — Les maîtres dans l'art de guérir ne se flattent pas d'amoindrir le mal et de l'atteindre dans ses retranchements, dans le môme temps, sans recourir à la cautérisation locale. Sans celle-ci, qui leur paraît essentielle, le traitement chimique, l'usage interne des préparations mercurielles ordinaires souvent si préjudiciables, passent pour tout à fait incapables de guérir ces ulcères virulents.

274. — Il est facile de voir combien ces deux opinions sont incertaines ; les uns prétendent que l'application lente des mercurianx est tout à fait impuissante à guérir, tandis que les autres soutiennent qu'il n'y a pas de topiques capables de guérir un chancre, si ce n'est ceux qui contiennent du mercure. Ce qu'il y a de plus remarquable encore, c'est que les partisans de l'une et l'autre opinion sont également impuissants à établir sur des faits la vérité de leurs assertions.

275. — Les derniers savent que les topiques mercuriaux ne font rien s'ils ne sont pas en môme temps corrosifs, et s'ils ne peuvent pas agir comme tels sur la plaie ; car, alors, ils n'ont pas une action plus étendue que celle du mercure brut et n'atténuent pas le virus vénérien. Les premiers savent que leurs préparations sans mercure ont la propriété incontestable d'irriter les vaisseaux lymphatiques et de les disposer à l'absorption du virus syphilitique, lequel cause une diathèse générale que le mercure donné à l'intérieur peut seul guérir. Ces topiques causent beaucoup de douleur, sans produire aucun avantage évident. Jus-

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qu'ici ces deux camps opposés se sont combattus, mais ils devraient maintenant sacrifier à l'amiable leurs erreurs respectives.

276. — La pierre infernale est dans cette hypothèse le moyen le plus sûr de répondre à toutes les indications. Elle coagule et détruit les liquides animaux à l'instant, et en causant une inflammation aussi légère que possible. Mais aussi, que de douleurs ne cause-t-elle pas ! Elle fait une eschare qui emprisonne le virus et l'empêche de se répandre au dehors ; quand cette croûte tombe, l'ulcère paraît net, il sèche et semble prêt à se guérir ; mais les glandes de l'aine commencent à devenir douloureuses, il se forme un bubon, précurseur de la syphilis constitutionnelle. D'autres fois, la guérison s'arrête, la douleur causée par le caustique empêche de nouvelles applications, la plaie se couvre de végétations qu'il est difficile de réprimer. 11 arrive souvent que les effets de la cautérisation ne sont pas aussi simples; alors les bords de l'ulcère s'élèvent et présentent des nodosités; l'ulcère saigne légèrement, devient très douloureux, détruit rapidement les tissus qui l'environnent et prend l'aspect d'un chancre cancéreux.

277. — On cite des exemples de petits chancres qui ont été guéris exclusivement par des cautérisations répétées faites avec le nitrale d'argent; et cela, sans donner lieu à la syphilis constitutionnelle. Simons prétend en avoir observé ; je dois convenir que je n'ai pas été aussi heureux lui. Toutefois, de semblables guérisons sont très rares, il pourrait être dangereux pour le système d'essayer de les compter.

278. — Cependant, quand la syphilis est traitée avec circonspection, il ne doit pas y avoir de suites fâcheuses. Le chancre doit disparaître sans laisser d'accidents

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consécutifs, il est donc suffisamment prouvé que les caustiques sont des moyens cruels, qui agissant sur la source du virus vénérien, rendent générale (1) une affection qui était locale à son début, et par conséquent que cette méthode est plus nuisible qu'utile. Je ne crains pas d'en appeler ici à l'expérience des plus célèbres praticiens.

279. — Si l'ennemi est encore reconnaissable , je dois veiller sur lui, et rester certain qu'il n'est pas abattu. Il ne faut pas oublier que le déplacer de

(1) Girtanner prétend que l'absorption du virus, sous l'influence du traitement local, est extrêmement rare. J'avoue même que je ne pouvais en croire mes yeux lorsque j'ai lu cette pu rase : « Parmi les chancres nombreux que j'ai traités exclusivement par des cautérisations locales, je n'ai rencontré que deux cas dans lesquels la syphilis constitutionnelle a succédé à la disparition de l'ulcère primitif. » Ce nombre est vraiment incroyable; il ne pourrait s'expliquer qu'en accordant au sel ammoniac caustique dont se sert notre auteur une vertu spécifique (que je n'ai pas eu occasion de vérifier). Dans celle hypothèse même, le chiiTre des succès serait énorme, si l'on songe qu'au milieu d'un traitement dans lequel on emploie à l'intérieur les meilleures préparations mercurielles, il est rare que la syphilis secondaire ne paraisse pas 'quand le chancre a été détruit par des applications locales. Je ne comprends pas pourquoi Girtanner a ajouté : « En supposant que le virus vénérien puisse être absorbé, le mercure ne pourrait ni empêcher cette action, ni s'opposer au développement delà diathèse. »Le mercure n'empêche jamais la syphilis constitutionnelle, cela est vrai; mais il la guérit quand elle existe; il n'atténue pas le virus latent , mais bien celui qui montre sa puissance au grand jour. Est-il possible de soutenir, du reste, que ce virus est plus latent dans le chancre idiopathique que dans l'ulcère secondaire? comme si ce virus ne déployait pas sa puissance dans la production du chancre primitif. Dans quel embarras ne se trouve pas cet auteur avec son eau de chaux et sa solution de sel ammoniac caustique employée contre le phimosis! Je suis convaincu que cet écrivain abandonnerait bientôt ses préjugés, et retrancherait la plus grande partie du chapitre auquel j'ai fait allusion, s'il traitait pendant quelque temps les chancres avec le mercure soluble donné jusqu'à la production d'une fièvre mercurielle. 11 verrait qu'il n'y a pas de traitement externe capable de guérir aussi facilement, aussi sûrement et aussi vite.

quelque recoin impénétrable ne peut pas s'appeler guérir.

280. — Parmi ces prétendus moyens de cicatriser les plaies en les cautérisant (1), il n'y en a pas un, depuis le calomel jusqu'au sulfate de cuivre, depuis le nitrate d'argent jusqu'à l'eau blanche, il n'en est pas un qui ne puisse en même temps faire contracter les vaisseaux et exciter les vaisseaux lymphatiques à l'absorption, de sorte que, après le traitement local du chancre, la maladie se trouve généralisée. N'est-il donc pas possible de trouver un moyen de guérir sûrement un chancre sans s'exposer à voir paraître à sa suite une syphilis constitutionnelle ?

281. — L'embarras où l'on se trouve quand un chancre est caché sous un phimosis, montre combien il est difficile de se fier à la cautérisation dans la pratique ordinaire. L'opération étant souvent douteuse dans son résultat, le malade la repousse presque toujours.

282. — Mais, dira-t-on, il est possible de traiter un chancre par des applications locales et par l'administration du mercure donné en môme temps à l'intérieur. Sans doute, cela se fait; c'est môme une preuve de l'insuffisance des premiers moyens; peut-être aussi l'expérience a-t-elle montré qu'on pouvait ainsi pallier les inconvénients du traitement local. 11 est assurément très louable d'essayer de détruire les effets du virus vénérien répercuté (effets très fréquents et très funestes), en introduisant dans l'organisme une quantité d'autant plus forte de mercure; mais il ne serait pas moins

(1) C'est à peine si la glace fondante, qui agit sur les plaies sans les cautériser, fait exception ici; l'irritation qu'elle engendre est pourtant toute mécanique ; mais elle, n'a pas été appliquée encore ait traitement du chauerc.

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vrai de renverser les termes de celte proposition et de dire qu'il faut corriger les effets du traitement mercuriel ordinaire, en appelant les caustiques à son secours, quand on veut détruire un chancre dans un temps raisonnable.

283. — Mais comment reconnaître que cette double attaque a terrassé l'ennemi? On me répondra sans doute: 1° à ce que le mal local a disparu, à la guérison du chancre ; 2° à ce que le mercure a été donné à dose suffisante pour produire la salivation; 3° on ajouterait enfin, que si les symptômes de la syphilis constitutionnelle se montraient malgré tout, il faudrait recommencer un nouveau traitement mercuriel.

284. — La première raison montre l'incertitude de l'observation ; la seconde est insuffisante ; car il y a des malades dont les gencives sont facilement attaquées par le mercure, et d'autres auxquels la plus forte dose de métal ne peut donner la salivation tant que l'organisme n'a pas été affaibli, et chez lesquels, par conséquent, le virus vénérien ne pourrait être détruit. Le premier caractère ne signifie rien, parce qu'un chancre peut disparaître quand des applications locales irritantes ou caustiques ont répercuté le virus. Dans ce cas, une feuille de papier brouillard serait quelquefois suffisante pour guérir un ulcère vénérien primitif.

285. — Il ne faut pas oublier les inconvénients qui accompagnent l'usage des différentes préparations mercurielles, et le danger de celles que Ton administre pendant longtemps sans pouvoir provoquer la salivation. L'usage du mercure, longtemps continué sans effet du côté des gencives, porte à l'organisme une atteinte dont il ne se relève jamais.

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