‹ Etudes de mythologie gauloiseChapitre 50 sur 57 · Cœsar, De BelloGallico, VI · texte numérisé non relu

Cœsar, De BelloGallico, VI

2. L'anecdote a été racontée par M. Weber dans sou feuilleton musical du journal le Temps du 5 septembre 1876.

contente pas de cet olympe de convention créé par les poètes et les artistes de Tépoque impériale de Rome. Ce nom d*Apollon évoque à nos yeux l'image brillante de Phébus Apollon, du dieu-soleil qui tient une place si lumineuse dans la mythologie grecque. Mais en Italie, où il était d'importation grecque, Apollon fut dès l'origine le dieu de la santé, le dieu de la guérison, celui qui éloigne les maux physiques, et les vestales chantaient Apollo medicey Apollo Paean\ C'est à un dieu qui guérit et qui purifie et nullement à un autre que les Romains ont identifié Borvo, Grannos, etc., et quelle que puisse être l'origine de ces dieux gaulois (ce qui n'est pas l'objet de ce mémoire), César et les Romains ne les considéraient pas comme des dieux du soleil quand il les identifiaient h leur Apollon. L'Apollon du texte de César et de nos inscriptions gallo-romaines n'a donc rien à voir

Les Romains (nous parlons de ceux de la république) n'avaient pas de dieu du soleil proprement dit. Ce dieu s'était personnifié dans les caractères de Jupiter, de Soranus, peut-être de Janus, mais avant tout de Jupiter. Remarquons en même temps qu'un des anciens dieux italiques qui se sont fondus dans le culte général de Jupiter, était Summanus. Summanus, d'après Varron, était un dieu sabin, et on lui faisait un sacrifice annuel le 20 juin (c'est-à-dire à la date du solstice, ou peu s'en faut). Or, la roue paraît avoir été un emblème de Summanus, car on lui ofi*rait des gâteaux qui avaient cette forme, comme on voit par une glose de Festus : Summanalia, liba farinacea in modiim rotas finctœ'.

1. Preller, Rœmische Mythologie, 2" éd., p.!265et suiv. — C'est sous l'influence des idées stoïciennes qu*Apollon est arrivé à Rome à être compris comme dieu du soleil ; et c'est sous le règne d'Auguste (peut-être sous l'influence d'une dévotion particulière de ce prince) que celte sorte de glorification a pris de l'extension. Voir Roscher, Lexicon der Griechischen undRœmischen Mythologie, 1. 1, col. 448. On peut voir aussi : R. Hecker, De Apollinis apud Romanos cultu, LipsiaB, 1879.

2. Festus éd. Mûller, p. 348. — Sur Summanus, voir Preller, op, cit., p. 217. — D'après saint Augustin, Summanus aurait été le doublet nocturne de Jupiter. « Sicut enim apud ipsos legitur, Romani veteres nescio quem Summanum, cui nocturna fulmina tribuebant, coluerunt magis quamJovem, ad quem diurna fulmina pertinerent. » Saint Augustin, Civ. Dei, IV, 23.

Jupiler était chez les Romains le dieu de la lumière par excellence ; par extension il était devenu celui du ciel, et, de même que le dieu qui éclaire, le dieu qui pleut et qui tonne, en un mot, pour employer Texpression de Preller « le bon père qui est au ciel* ». Il n'y a rien là pour nous étonner. Le soleil est le roi du ciel, comme les poètes Font si souvent appelé ; et lors même qu'on n'éprouve pas l'effet immédiat de sa puissance, on devine sa. présence derrière les nuages qui le cachent. La confusion entre le dieu-soleil et le dieu-ciel est fréquente dans la mythologie comme elle paraît l'être dans la nature elle-même. Du moment que l'on croit à la présence au-dessus de nos têtes d'un Dieu dans le ciel, c'est-à-dire d'un homme avec puissance surhumaine, il est aisé, tantôt d'y voir plusieurs dieux, parents, rivaux ou ennemis, tantôt d'attribuer tous les phénomènes du ciel au même dieu. Tout cela dépend des dispositions subjectives de l'homme; la variété d'opinions, et par suite de conceptions, se comprend aux époques et dans des milieux où les croyances n'ont pas été réduites à la régularité immuable de dogmes. Qu'y a-t-il de plus dissemblable que le soleil ou la pluie? Il y a pourtant des peuples qui attribuent la pluie au soleil*. N'oublions pas que la mythologie n'est pas affaire de formules mathématiques, mais d'intuition poétique, et que la croyance religieuse est aussi variable dans ses formes successives que l'aspect du ciel lui-même: elle varie comme la nature qu'elle reflète.

LE JUPITER GAULOIS ET M. d'aRBOIS DE JUBAINVILLE

Avant de conclure, nous ne devons pas oublier qu'une explication différente du Jupiter Gaulois et du passage de César qui le concerne a été présentée par un des maîtres de la philologie celtique. Dans la préface de son livre Le cycle mythologique

Page 1