‹ Études de paléontologie tunisienne. I-[II]Chapitre 43 sur 84 · III. - GROUPE DE L'ÂGANTHOGERAS LTELU · texte numérisé non relu

III. - GROUPE DE L'ÂGANTHOGERAS LTELU

VAmm, Lyelli possède une cloison qui s'éloigne assez fortement de celle des Acanthoceras typiques. La première selle est arrondie et divisée par deux petits lobules irréguliers ; le premier lobe latéral se termine par des pointes irrégulières et la symétrie y est rarement bien nette. D'autre part, les deux parties droite et gauche de la cloison ne sont jamais symétriques, toute la cloison étant déplacée vers la droite. La forme évolute de la coquille et la disposition des tubercules médians (alternant avec les tubercules marginaux et souvent reliés à ceux-ci par des saillies en zigzag) sont encore des caractères qui donnent à VAmm, Lyelli un cachet spécial et lui impriment quelque ressemblance avec les Prionotropis.

Les réprésentants de ce groupe sont peu nombreux : VA mm, Huberianas Pictet et VAmm. Camatteanus d'Orb. sont bien voisins de VAmm. Lyelli, comme d'ailleurs VAmm. Ospinœ Karsten {^). Peut-être dois-je rattacher à ce groupe (et encore cette attribution est-elle douteuse) YAc. Brottianum d'Orb. qui, par certains points, notamment par les cloisons, rappelle un peu les Prionotropis, J'en dirais autant pour une nouvelle espèce que je décris sous le nom d*Ac. Douvillei,

Acanthoceras Brottianum d'Orbignt

PI. XIV. ûg. 3 ab

1840. Atrm. Broltianus d'Orbigny : Pal. fr.. p. 290, PI. LXXXV, fig. 8-10. 1847. Id, PicTET : Grès verts, p. 85, PI. VII, fig. 9. 10, 11.

Hauteur du dernier tour 6 (0,46)

Épaisseur du dernier tour 4 (0,31)

Largeur de l'ombilic 4,5 (0,35)

Cette ammonite est facile à reconnaître, grâce à sa forme médiocrement renflée, à son enroulement assez embrassant (tours recouverts sur un peu plus de la moitié) et surtout à son ornementation. Ces caractères se retrouvent sur une ammonite de Tunisie, qui possède des côtes flexueuses partant, deux par deux, d'un tubercule ombilical légèrement pincé dans le sens radial (comme dans l'un des exemplaires de Pictet) ; elle montre, en outre, quelques côtes intercalaires, limitées aux deux tiers externes des flancs. Toutes les côtes se terminent au bord externe, en s'infléchissant légèrement dans le sens de l'enroulement. Le plan de symétrie est occupé par une rangée de tubercules allongés, en même nombre que les côtes, et situés un peu en avant de l'extrémité de celles-ci.

Les cloisons ne répondent qu'imparfaitement à la figure de d'Orbigny, mais elles

(i) Karsten : Gcogn. Verhâli. West. Coliimbion, p. no, PI. IV, Tir. 3 a-b.

374 ÉTUDES DE PALÉONTOLOGIE TUNiSlENKË

sont très analogues à celles d'un pelit spécimen de la Perte du Rhône ; je n'ai donc pas de doutes sur mon assimilation. A un rayon de 5 mm., il n'y a encore que trois lobes latéraux et quatre selles. Le premier lobe est irrégulièrement bifide ou même Irifide ; d*aiUeurs, les individus adultes ont bien un premier lobe à trois branches, seulement la branche du milieu se termine par deux pointes. La deuxième selle est aussi haute que la première, ou même plus haute.

Le classement générique de cette ammonite est très embarrassant. On la cite habituellement parmi les Acanthoceras, quoique les cloisons s'accordent assez mal avec celles de ce genre et rappellent plutôt celles des Prionotropis ; la présence de tubercules médians en dents de scie constitue également un caractère de Prionotropis. Dans l'incertitude, je laisse provisoirement cette ammonite dans le genre Acanlhoceras.

Gisement. — Cette jolie espèce est représentée dans la collection Flick par un échantillon unique, portant la mention : Thala. Évidemment il ne peut provenir de Thala même ; peut-être a-t-il été ramassé entre le bou el Hanèche et le Zrissa, d'où proviennent plusieurs autres fossiles vraconniens, figurant dans cette même collection. Cette espèce n'a guère été citée qu'à la Perte du Rhône, à Cheville et, tout récemment, au Maroc.

Acanthoceras Douvlllel Pervinquière 1907

PI. XU, ilg. 2 a-b, 3 a-b

Diamètre

Hauteur du dernier tour.

Épaisseur du dernier tour Largeur de l'ombilic

I. Forme typique, cch. PI. XH. fig. 3. — II et III. Var. quadrata. — II. Éch. PI. XII, fig. a.

Coquille discoïdale, assez aplatie dans la forme typique, à enroulement médiocrement serré. Côtes simples, nombreuses {i5 par demi-tour), s'épaississant légèrement de l'ombilic vers la région ventrale, qu'elles traversent sans interruption ; ces côtes, rectiligncs et peu saillantes au départ de l'ombilic qu'elles atteignent presque toutes, sont d'abord dirigées un peu obliquement en arrière, entre le tubercule ombilical (parfois peu marqué dans l'adulte) et le deuxième tubercule ; elles s'infléchissent alors fortement, pour décrire une courbe convexe en avant sur la région ventrale, où les côtes sont bien plus saillantes que sur les flancs. Tubercules des trois rangées ventrales arrondis, égaux entre eux et équidistants. Cependant, sur un échantillon, le tubercule médian est plus rapproché de la rangée de gauche que de celle de droite. Quelquefois, une indication de tubercule au milieu des flancs. Section des tours ovalaire, plus haute que large. Ombilic large, se raccordant doucement avec les flancs. La coquille paraît subir peu de modifications avec l'âge (jusqu'à la taille de 83 mm.). La seule difl'érence est que, dans le jeune (PI. XII,

CÉPHALOPODES DES TERRAITfS SECONDAIRES 276

fig. 2), rombîlic est un peu plus élroit et que les côtes sont moins régulièrement distribuées; en outre, on voit quelquefois une côte n'atteignant pas Fombilic, sur laquelle les tubercules sont peu marqués. Un échantillon de 45 mm. (coll. Aubert) montre encore un inégal écartement des côtes ; tous les tubercules sont bien accentués.

Var. quadrata. — Par son épaisseur, le petit échantillon dont il vient d'être question fait le passage entre le type et la variété quadrata. Celle-ci se distingue par la forme presque carrée de ses tours (n" III des mesures). Les flancs sont, par suite, moins développés et le ventre est plus large. I^s parois de l'ombilic sont plus abruptes ; les côtes descendent sur les parois de Tombilic.

Les cloisons sont très mal visibles ; elles semblent s'éloigner du type Acanthoceras, pour se rapprocher de celles de Prionolropis ; en effet, une des pointes du premier lobe est très en retard sur l'autre, de sorte qu'on peut dire que le premier lobe latéral se termine par une pointe unique ; toutefois, la cloison est trop usée pour qu'on puisse en tirer un argument certain.

Rapports et différences. — Cette ammonite a une singulière ressemblance avec Ac. prorsocurvatum Gerhardt (*) de l'Aptien de Colombie, à tel point qu'on pourrait être tenté de réunir l'une à l'autre, n'étaient la distance et la différence d'âge, bien que je doute fort de l'âge aptien de l'ammonite colombienne. Il y a cependant quelques caractères qui permettent la distinction. Ainsi, les côtes sont droites dans notre espèce, tandis qu'elles sont fortement incurvées en arrière, puis en avant, dans Ac, prorsocurvatum qui, au surplus, ne présente pas de tubercules ombilicaux. Les tubercules de la deuxième rangée à partir de l'ombilic (abstraction faite du léger tubercule qui peut exister au milieu des flancs) sont toujours très accentués dans notre fossile, tandis qu'ils sont peu marqués ou nuls dans l'espèce américaine ; en outre, ils sont plus éloignés de la rangée suivante que celle-ci de la rangée médiane. Enfin, à- partir de ces tubercules, les côtes sont dirigées bien plus obliquement en avant dans notre espèce.

L'affinité de notre ammonite avec les jeunes Pr, Woolgari Maî«tell est manifeste. Cependant, si on examine des spécimens de cette espèce offrant la même taille que les nôtres, on constate qu'à ce stade Pr, Woolgari a des côtes moins nombreuses, obliques en avant, s'arrêtant complètement aux tubercules marginaux ; les tubercules médians sont donc libres, très allongés dans le sens de la spirale et séparés par des intervalles moins larges qu'eux, tandis que, dans notre espèce, ces tubercules médians sont très distants, arrondis^ et ne constituent qu'une petite saillie de la côte.

Ac, Douvillei ressemble également à l'ammonite du ïuronien inférieur décrite par Laube et Bruder, sous le nom d'Ac, Schliilerianum, et qui est évidemment un Prionotropis (*). Le jeune figure par Petrascheck s'éloigne déjà du type, pour se rappro-

(i) Geruardt : Bcitr. Kennt. Krcidef. Columbien, p. 168, PI. IV, fîg. 8 a-b.

(a) Laube et Bruder : Amm. bohm. Krcide. p. aSO, PI. \XI\. fig. a-3. — Petrasciibck : Amm. sâchs. Krcide, p. ao, PI. IV, fig. 3 ; V, 3 ; Vf, i.

cher de notre espèce ; mais il est encore facile de distinguer l'ammonite de Bohême, qui montre un ombilic plus étroit, des côtes se renflant notablement de Tombilic au bord, puis très atténuées sur le ventre, des tubercules marginaux plus nombreux que les tubercules ombilicaux, des tubercules ventraux allongés en dents de scie. Quant au petit Prionotropis Radenaci décrit plus haut (p. a5i), la confusion ne saurait être faite ; on notera cependant que, dans les deux cas, les côtes traversent de la même façon la région ventrale.

Je ne connais pas d'autre ammonite qui ne soit facile à séparer de notre espèce. Celle-ci se distinguera aisément dMc. Deverianum n'Onb. et d*Ac. ornatissimum Stol. (deverioides de Gross.) par sa section, par ses côtes simples et par un moindre nombre de tubercules (7 au lieu de 9 et de 11). Des formes aplaties du groupe d'Ac. Rotomagense, telles qu'^c. goihicum Kossmat, elle se différenciera par l'inflexion de ses côtes sur la région ventrale et le fait que ses tubercules ombilicaux sont peu saillants, au lieu de se projeter en pointes sur l'ombilic.

Le classement générique de ce fossile est singulièrement embarrassant. Par beaucoup de caractères extérieurs et par ce qu'on peut voir de la cloison, notre ammonite se rapproche presque plus de Prionotropis que d*Acanihoceras, C'est néanmoins dans ce dernier genre que je le place, en considérant ce fait que les tubercules ne se multiplient pas sur la région ventrale, et surtout que les côtes y sont même plus développées que sur les flancs ; ces côtes prédominent beaucoup par rapport aux tubercules, tandis que c'est généralement l'inverse dans les Prionotropis,

Gisements. — Forme typique : quatre échantillons plus ou moins complets provenant du Draa cl Miaad et du Dj. Mrhila (Fekirine et Sif et ïella). Un spécimen de la coll. Aubert a vraisemblablement la même provenance. — Variété quadraia : deux échantillons du Mrhila (Foum el Guelta et Sif et Telia). Turonien inférieur.

En dédiant cette ammonite à M. Henri Douvillé, je désire lui exprimer publiquement toute ma gratitude pour les précieux conseils qu'il m'a prodigués pendant l'élaboration de cette étude paléontologique.

Page 1