‹ Études de philosophie ancienne et de philosophie moderne [microform]Chapitre 10 sur 105 · Descartes stoïcien, p · texte numérisé non relu

Descartes stoïcien, p

2. Le Traité des Passions de Descartes et VÉthique de Spinoza, p. 327-331.

Brochard. — Études. b

INTRODUCTION

sliluée par Philon et propagée par le courant néo-platonicien qui traverse tout le moyen âge \

Mais c est dans la philosophie ancienne spécialement que le maintenaient son enseignement et son tour cVesprit; et c'est d'elle qu'il a surtout tiré, à partir des Sceptiques grecs, la matière de ses études historiques. Deux articles sur Zenon d'Élée expliquaient d'une façon neuve sur plusieurs points le sens des fameux arguments, et visaient en même temps à en justifier, contre la banale qualification de sophismes, le sens et la portée^: au reste, ce que, par delà les arguments éléatiques, Brochard tenait à défendre, c'étaient les droits de la dialectique; il aimait chez les Grecs ce goût du raisonnement porté même jusqu'au paradoxe, persuadé qu'il était qu'une démonstration subtile, quand elle est bien conduite, si elle ne découvre pas toujours une vérité, soulève toujours quelque problème. Dans une étude sur Protagoras et Démocrite, il soutenait que le relativisme de Protagoras, contrairement à une opinion assez répandue, est un relativisme réahste, et qu'il faut attendre jusqu'à Démocrite pour la conception d'une relativité purement subjective des données sensibles ^ Allant de même contre les expositions courantes qui représentent la logique stoïcienne comme une déformation et un affaibUssement de la logique aristotélicienne, il montrait que la théorie delà définition, celle du jugement, la préférence accordée aux syllogismes hypothétiques et disjonctifs, la théorie des signes indicatifs donnent à cette logique, avec le nominalisme qui en est le point de départ, un caractère original exprimé par la substitution de l'idée de loi à l'idée d'essence dans l'explication des choses. Avait-il raison d'aller jusqu'à rapprocher là-dessus la logique stoïcienne de la logique de Stuart-Mill, ou bien, comme le soutint plus tard

1. Le Dieu de Spinoza, p. 332-370. — L'éternité des âmes dans la philosophie de Spino:a, p. 371-383.

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Hamelin qui approuvait d'ailleurs ses prémisses, aurait-il dû plutôt la rapprocher de la doctrine spinoziste? Une élude inédite *, que Brochard avait écrite peu avant sa mort et qui trouve place dans le présent recueil, permettra finalement de décider.

Dans l'ensemble des travaux que Brochard a consacrés à la philosophie ancienne, il convient, ce me semble, de mettre au premier plan ses diverses études sur Platon ainsi que ses articles sur la théorie du plaisir et la morale d'Épicure. Brochard s'est visiblement complu dans le platonisme, dont il a fait à diverses reprises l'objet de son enseignement-; et le platonisme a comme reconnu cette complaisance en lui fournissant d'éclatantes occasions de montrer à quel point il était également capable de garder l'esprit ouvert et de résister à l'entraînement des nouveautés. On sait que Ed. Zeller avait prétendu discerner dans le Théétète et dans les dialogues dit dialectiques des ouvrages qui, parla polémique et la critique, éprouvaient et vérifiaient la doctrine déjà sommairement exposée dans le Phèdre et destinée à être par la suite plus largement développée dans le Banquet, le Phédon,\e Philèbe et la République. Zeller avait maintenu sa position avec autant d'opiniâtreté que de science contre les interprétations de textes et les hypothèses qui de divers côtés la menaçaient. Au début môme de ses études sur le platonisme, Brochard, tout en reconnaissant la grande valeur de l'œuvre de Zeller, semble s'être, au moins discrètement, émancipé de son autorité, puisque dans ses leçons de la Sorbonne de 1893 ^ faisant ressortir l'évolution de la morale platonicienne, il avait indiqué que le Théétète et le Sophiste sont pour la

2. Voir la reproduction abrégée des leçons de Brochard sur Platon dans la Revue des cours et conférences, 1893 (t. II), 1896-1897, 1901-1902 (t. I). — La môme Ficvue a reproduit des leçons de lui sur Socrate 1892-1893 (t. I), 1900-1901, sur la morale d'Aristote et celle d'Epicure. 1893-1894 (t. 1), sur la morale des Epicuriens et des Stoïciens (1902-1903).

3. Voir Gouturat, Sur Céuolution historique du système de Platon, Bibliothèque du Congrès international de Philosophie de 1900, T. IV, p. 147, note.

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logique ranalogue de ce qu'est le Philèbe pour la morale et en marquent une phase assez tardive. C'était donc déjà donner au Thééiète et aux dialogues dialectiques un tout autre sens que celui que leur attribuait l'exégèse consacrée de Zeller. Lorsqu'un peu plus tard la communication de M. Lutoslawski à l'Académie des sciences morales et politiques « sur une nouvelle méthode de déterminer la chronologie des dialogues de Platon » (1896), bientôt suivie de son ouvrage The origin and growth of Plaio's logic (1897) vint mettre à l'ordre du jour avec quelque retentissement la question platonicienne, Brochard était mieux qualifié que personne pour distinguer dans l'interprétation nouvelle les résultats solides, les procédés de recherches souvent beaucoup plus précis en apparence que dans le fond, les hypothèses aventureuses. Il pouvait être assez disposé à accepter le déplacement chronologique du Théétète et des dialogues dialectiques^ à voir même dans ces œuvres la preuve d'un approfondissement nouveau, par Platon, de sa propre pensée : mais quant à y reconnaître les indices d'un abandon de la doctrine des Idées transcendantes, c'était là une conjecture qui lui paraissait tenir plus de la fantaisie que la considération attentive des textes ; et non seulement il signalait dans le Parménide une réfutation expresse de la thèse si arbitrairement prêtée à Platon selon laquelle les concepts, désormais destitués de leur réalité « séparée », auraient toute leur origine et tout leur fondement dans l'universalité des esprits; mais encore il découvrait dans les Lois mêmes des traces significatives de la doctrine censée disparue ^ Si la Métaphysique des Idées, concluait-il, se laisse moins apercevoir dans les derniers dialogues de Platon, cela s'explique suffisamment sans que l'on soit forcé de la croire reniée par la marche normale du platonisme. Après avoir posé l'existence des Idées comme choses en soi, comme réalités séparées, Platon a été conduit

1. V. dans ce volume Les « Lois » de Platon et la théorie des Idées, p. 151-168.

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à rechercher si et comment les Idées pouvaient entrer en rapport entre elles et avec les choses ; et c'est de ce problème énoncé par le Parménide avec une extrême subtilité et sous ses aspects les plus divers que le Sophiste apporte la solution : cette correspondance des deux dialogues fut mise en lumière par Brochard, dans le dernier article qu'il ait écrit, avec une merveilleuse finesse d'argumentation et d'analyse K Quoi qu'il en soit, le problème de la participation une fois résolu, Platon n'avait plus qu'à s'occuper des applications de sa doctrine et qu'à rendre compte du monde sensible ; il n'avait pas à revenir sur les principes précédemment établis. Voilà pourquoi la doctrine des Idées, qu'il avait, non point rejetée, mais vigoureusement dégagée des interprétations éléatiques qui pouvaient la fausser, est moins visible, quoique toujours présente, dans le Philèbe, qui porte sur une question de psychologie morale, dans le Timée, qui est un traité de physique, dans les Lois, qui sont un traité de droit civil et criminel. Telles étaient les conclusions auxquelles s'arrêtait Brochard dans son étude du platonisme. Elles répondaient au dessein qu'il avait toujours eu de montrer dans Platon la tendance à briser les cadres étroits de l'Éléatisrae, à déterminer, pardessous l'idéal de la certitude scientifique, inspiré du plus pur esprit rationahste, des modes de connaissance appropriés au devenir des choses aussi bien qu'à l'imperfection des facultés humaines : de là l'importance attribuée à l'opinion vraie; de là le rôle des mythes, qui, loin d'être des fictions extérieures au système, enveloppent au contraire, sur des objets inaccessibles au rigoureux savoir, des conjectures que le système autorise*; de là encore la fonction assignée à l'amour dans la philosophie platonicienne, fonction auxiliaire et intermédiaire, qui est à la vérité et au bien ce que la recherche de la science est à la science, ce que la philosophie est à la

1. La Théorie platonicienne de la participation d'après le Parménide et le Sophiste, p. 113-150.

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sagesse * ; et l'on ne peut s'empêcher de relever ici par surcroît l'interprétation si séduisante que Brochard a donnée du Banquet, l'intuition délicate et précise avec laquelle il a fait voir dans les cinq premiers discours de ce Dialogue, non pas, comme on le prétend d'ordinaire, des expressions imparfaites de la pensée du philosophe exactement traduite par le discours de Socrate, mais au contraire des expressions d'idées auxquelles le philosophe s'oppose et des parodies d'auteurs contemporains. Développée surtout par réaction contre ce qu'avait d'excessif et d'abstrait l'intellectualisme socratique, cette conception de moyens termes entre l'être et le non-être, entre la vérité absolue et la simple opinion, devait servir surtout à l'établissement d'une morale plus large, plus complète et plus définie que la morale de Socrate. Socrate, ainsi que l'avait fait ressortir Brochard, après avoir défini la vertu par la science s'était trouvé embarrassé pour déterminer l'objet de cette science; il avait eu recours aux notions assez vagues de l'agréable ou de l'utile telles que les entend le sens commune Platon eut le mérite de voir que, si la vertu suppose la science, elle ne s'y ramène pas tout entière, qu'en outre il y a lieu de donner des définitions séparées du bien et de la vertu; il comprit donc que, pour rendre compte de la vertu, il est une partie irrationnelle de l'âme dont il faut tenir compte; il fut le premier à donner de la vertu cette définition acceptée par la philosophie grecque ultérieure, qu'elle est la fonction propre de chaque être, oly.e:o^/ h-(ov. Suivant dans une large étude le développement de la morale de Platon, Brochard la montrait s'acheminant par degrés vers une notion de plus en plus compréhensive du Souverain Bien, conçu finalement dans le Philèbe comme un mélange d'intelligence et de plaisir unis selon la mesure, la beauté et la vérité. Et certes, sans déprécier la valeur de VÉthique à Nicomaque, Brochard pouvait se

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