‹ Études de philosophie ancienne et de philosophie moderne [microform]Chapitre 44 sur 105 · Ch. XV, p · texte numérisé non relu

Ch. XV, p

LE DIEU DE SPINOZA

de l'opinion ne se présentent pas chez Spinoza, ainsi qu'il arrive par exemple chez Parménide, comme deux parties séparées et sans rapport l'une avec l'autre. Nous avons montré tout à l'heure que le philosophe fait dépendre la seconde de la première. Elle s'y rattache et s'en déduit, sinon pour notre faible raison, au moins pour une intelligence plus puissante que la nôtre. Ajoutons que si on trouve dans le Traité des parties qui s'adaptent manifestement aux doctrines de VÉthique, on rencontre aussi dans VÉthique, ainsi que nous le montrerons bientôt, des affirmations qui concordent pleinement avec la doctrine générale du Traité.

Il paraît donc que dans la controverse si souvent renouvelée sur les rapports de la raison et de la foi, Spinoza a pris une position toute particulière, sans précédent et peut-être sans analogue dans l'histoire de la pensée humaine.

Dans son livre intitulé « Benoît de Spinoza » (ch. vi), M. Couchoud nous trace un tableau très intéressant de l'état des esprits en HoHande vers la fin du xvii^ siècle. Les questions religieuses occupaient tous les esprits. Tout le monde était théologien autour de Spinoza. Le philosophe ne fit pas exception et il fut de son temps. Il est théologien puisqu'il écrit un traité de théologie, puisqu'il enseigne la vraie méthode pour l'interprétation de l'Écriture. Il faudrait dire qu'il est théologien autant que métaphysicien, si par-dessus tout il n'était moraliste. Il ne veut pas plus subordonner la théologie à la raison que la raison à la théologie. Chacune a son domaine où elle est maîtresse et d'où efic ne doit pas sortir. Les séparer entièrement, c'est sa manière de les concilier; elles n'ont qu'à s'ignorer pour vivre en paix. Personne n'a défendu plus résolument les droits de la raison, personne n'a parlé plus respectueusement de la foi. Il est incrédule puisqu'il considère la révélation comme inadéquate, mais c'est un incrédule qui croit à la révélation, et son âme est profondément religieuse. Il fait de Jésus-Christ un Spinoziste avant l'heure; mais il croit à sa mission divine. Il ne l'adore pas dans ses temples, mais il communie avec lui en pensée. La religion, à ses yeux, n'est pas toute la vérité : elle est vraie cependant, et ce qu'elle enseigne est excellent. Elle était le plus précieux trésor de l'humanité avant que la raison eût

pris conscience d'elle-même, et depuis ravènement de la science elle est encore la consolatrice de ^^^'"^1^^! du genre humain. Elle vient directement de Dieu elle es rœuvre de sa grâce. La pensée du philosophe est haute et serine elle plane au-dessus des différences religieuses quelle ~lt eJcer, elle nest ni orgueilleuse ni .^éd^--' rationnellement inférieure à la raison, la fo, devient pratiquement son égale par l'autorité. FutiUté, la simplicité de ses dogmes. S'ilmaliilientles distances entre le savant et 1 ignorant c'est pour les mettre à la iin sur le même plan ou peu 'en fau Opposés par tant de différences, séparés de tan de manières, le savant et le croyant se rejoignent et se tendent ?a main dans lacté final par où s'achève toute philosophie tmme toute religion. 11 n'y a pas ^c différences essent^l es entre Vamor Dei inldleelualis, suprême élan de la sagesse humaine, et la dévotion ignorante de l'Ame la plus humble : tous deux conduisent directement au salut e erncl.

lu surplus, quand bien même on refuserait de souscrire a ceue in erpr t'ation, quand on persisterait à douter de la sincérité de Spinoza, quand on soutiendrait que la révélation Test pas admise par lui comme un fait réel, mais comme une simple possibilité qu'il envisage d'une manière puremen tWorique, cela suffirait pour justifier la thèse que nous nous proposon; ici d'établir. D'abord ce n'est pas par hasard ainsi qu'il remarque lui-môme, que l'enseignement moral de, prophètes est en parfait accord avec les conclusions pratiques de la philosophie la plus rationnelle. Il conçoit donc au moins comme une possibilité, que la Cause de toutes choses ail voulu ou produit cette harmonie. En outre, le croyant se représente Dieu comme un législateur ou un roi, comme une Providence qui veille sur le monde, comme un Ltre bon e miséricordieux-, qui pardonne et remet les pèches-, et par Ton intervention assure la béatitude ou le salut de 1 humanité. Sans doute tout cela est faux au regard de la vraie philo ophie. Cependant, même pour la philosophie il pourrait y avoir dans celle erreur quelque fondement de verilo. Ains,

Page 1