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d'autres^ termes, si l'on passe de la naturante à la nature naturée \ En effet, la conscience accompagne toutes les idées quelles qu'elles soient, même les plus inadéquates. « L'idée de l'âme, c'est-à-dire l'idée d'une idée, n'est autre chose que la forme de cette idée en tant qu'on la considère comme mode de la pensée sans égard à son objet, car aussitôt qu'on connaît une chose on connaît par cela même qu'on la connaît et en même temps on sait qu'on a cette connaissance, et ainsi de suite à l'infini 2. » De même et plus clairement encore, les idées adéquates enveloppent la certitude, c'est-à-dire une affirmation qui n'est autre chose qu'un acte volontaire ^ On ne peut pas être certain sans savoir qu'on l'est, et c'est cette conscience de la certitude qui est le critérium. Les idées ne sont pas, Spinoza le répète volontiers, une chose muette comme une peinture sur un tableau ^ elles sont vivantes et actives, c'est-à-dire toujours accompagnées de volonté. Or les idées sont dans l'entendement divin comme dans le nôtre. En effet, « Tâme humaine est une partie de l'entendement infini de Dieu, et par conséquent, lorsque nous disons que l'Ame humaine perçoit ceci ou cela, nous ne disons pas autre chose, sinon que Dieu, non pas en tant qu'infini, mais en tant qu'il s'exprime par la nature de l'âme humaine ou bien en tant qu'il en constitue l'essence a telle ou telle idée^.. » Conscientes en nous, les idées sont donc aussi accompagnées de conscience en Dieu. Enfin on vient de voir que l'âme humaine fait partie de l'entendement divin, y est éternellement contenue : « le premier fondement de son être est Fidée d'une chose particulière et qui existe en acte« ». Or tous les modes sont des vérités éternelles '. L'éternité des âmes est d'ailleurs affirmée de la façon la plus explicite dans la cmquième partie de VÉthique. Nous avons, selon Spinoza, deux manières de concevoir les choses comme actuelles,'
3. Part. II, Prop. XL VIII, Schol., p. 116-117 7. Ep., X, t. II, p. 30.
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« ou bien en tant que nous les concevons avec une relation à un temps ou un lieu déterminés, ou bien en tant que nous les concevons comme contenues en Dieu et résultant de la nécessité de la nature divine; celles que nous concevons de cette seconde façon comme vraies ou comme réelles, nous les concevons sous le caractère de Téternité, et leurs idées enveloppent Fessence éternelle et infinie de Dieu, ainsi que nous Tavons montré dans la Prop. XIV, voyez aussi le scholie de cette proposition ^ ». Les choses que nous connaissons sous forme d'éternité par la connaissance du troisième genre, c'est-à-dire par une intuition, sont toutes particulières-. L'essence de l'ame est dans l'éternité l'idée de tel ou tel corps (Pr. XXII, V); elle est donc dans l'éternité consciente d'elle-même, et d'ailleurs Spinoza dit en propres termes^ que les hommes ont conscience de l'éternité de leur âme, mais qu'ils confondent celte éternité avec la durée; c'est ainsi qu'il a pu dire : « Nous sentons et nous éprouvons que nous sommes éternels* ». Ainsi la conscience, toujours inséparable, aux yeux de Spinoza, de l'acte volontaire, appartient à Dieu de quelque manière qu'on le considère. Rien ne serait plus contraire à la lettre et à l'esprit du spinozisme que de concevoir la pensée ou l'entendement, sous prétexte qu'ils diffèrent des nôtres, comme une pensée inconsciente et vague qui se cherche elle-même et ne se possède pas encore pleinement. Au contraire tout, dans la doctrine de notre philosophe, est précis, déterminé, individuel. Rien peut-être n'a paru décisif pour étabhr le caractère impersonnel du Dieu de Spinoza que sa conception de la matière. Il dit en propres termes que Dieu est la cause immanente du monde et non pas la cause transitive ^ Ce serait à ses yeux un non-sens que d'admettre, avec tant de . philosophes, '^l'existence d'une matière à laquelle Dieu donnerait sa forme. Rien n'existe en dehors de Dieu, il faut que la matière soit en lui et qu'il ne fasse qu'un avec le monde.