‹ Etudes de philosophie greeque & latineChapitre 9 sur 20 · PRÉFACE. XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XVII

ses cooséqueoces ordinaires et prévues. Mais plus cette erreur usée se croit jeune, plus elle s'enhardit, plus elle se propage , plus de son côté la science, de l'esprit doit se fortifier elle-même et vaincre une fois encore l'ennemi tant de fois vaincu. Néanmoins, sans dédaigner un tel adversaire, sans lai ménager aucune des attaques qu'il mérite, aucun des coups qui lui sont dus^ ce serait se tromper que d'exagérer sa force réelle et sa durée probable. Le matérialisme contemporain porte en lui-même un germe de mort que chaque jour nourrit et développe : il est en pleine contradiction avec les aspirations libérales de notre temps. Qu'est-ce en effet que la liberté que Ton aime, que l'on désire, que l'on appelle à , l'heure présente? Est-ce un attribut de la matière? Est-ce une puissance des corps? La liberté, dans sa plus pure essence, c'est le pouvoir de choisir d'abord et d'agir ensuite conformément à son choix, dans les limites de la loi. Op, la matière choisit-elle ses mouvements, son but, ses formes; agit-elle conformément à un choix? Non : la matière est partout l'instrument aveugle de la nécessité : elle s'agrège ou se désagrège, se dilate ou se contracte, tombe vers la terre comme la pierre , ou rayonne comme la chaleur, sans pouvoir ni rien changer à sa destinée ni entrer par elle-même dans la voie du plus humble progrès.' Comblez, si vous pouvez, la matière de toutes les

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libertés dont Tespoir et la passion nous enflamment, elle ignorera également la valeur de ce don et la puissance féconde qu'il confère à ceux qui le reçoivent. C'est que la liberté n'appartient qu'à Tâme douée de raison, à cette àme qui, dès qu'elle a appris à se regarder y se voit et se déclare distincte iKm^seulement des corps en général, mais même du corps particulier auquel elle est enchaînée. Ainsi, affirmer qu'on est libre et affirmer qu*on a une àme, c'est tout un. Au contraire^ être homme et nier qu'on ait une àme c'est, qu'on le veuille on non, nier en soi-même la liberté morale et abdiquer du même coup toutes les libertés. Si quelques théoriciens matérialistes sont prêts à signer cette abdication, si d'autres l'ont même déjà signée^ l'esprit de notre époque y répugna absolument et la repousse. Par là, notre temps est avec le spiritualisme, mais trop souvent sans le savoir ou sans y consentir. Que la philosophie persévère; qu'elle redouble d'efforts et d'ardeur et elle verra la raison publique mieux éclairée rattacher de plus en plus la conséquence à son principe et croire autant à l'âme qu'elle croit à la liberté.

Nous devons, en terminant, avertir le lecteur que

ce& Études ne sont point inédites. La première a

paru en juin 1863 dans le Journal général de

• rinstruction publique . La seconde, publiée en 1852

sous forme de thèse, et dont la première édition

PHÉFA€E. xiz

est complètement épuisée, n'a été admise dans le présent volume qu'après une révision scrupuleuse et nous en avons modifié les conclusions trop sévères (1) à l'égard d'Aristote.

Les deux dernières Études ont été écrites pour lé Journal des Savants, dont le bureau avait daigné nous les demander, sur la bienveillante proposition de nos excellents maîtres, MM. Victor Cousin et Barthélémy Saint-Hilaire. Profondément touché et reconnaissant d'un tel honneur, nous avons donné les plus grands soins à la préparation et à la com* position de ces travaux sur Plotin et sur Abélard^

(4) Deux i*emarqaes sont nécessaires au bujet de cette seconde Étude. D'abord, nous ne nous y sommes nullement proposé de refaire le brillant et le solide outrage de M. Jules Simon, intitulé Études tur la Théodhcée de Platon et d'Aristote, lequel, certes, n'a pas besoin d'être recommencé. Notre but a été surtout d'exposer dans toute son étendue la doctrine d'Aristote sur la nature, et de montrer qu'Aristotc a transporté à la nature certains pouvoirs qu'elle n'a pas, même dans son système; de sorte que, d'un côté. Dieu ne sait pas ce que fait la nature, et que d'autre part, la nature qui fait tout, ne sait pas ce qu'elle fait. Ainsi se trouve non pas répétée, mais seulement confirmée par des arguments différents, la démonstration, si forte d'ailleurs, de M. Jules Simon. — Notre seconde remarque à l'égard de cette Étude, c*est qu'on y verra cité plusieurs fois le traité des Plantes. Nous savons que ce traité n'est pas de la main d'Aristofe, mais il a une telle saveur péripatéticienne, et tout y est tellement conforme aux principes de la Métaphysique, de la thysique^ Au Traité de Vdme, eic, etc., que ce livre ne peut être sorti que de l'école d'Aristote. Il ne serait même pas téméraire de conjecturer qu'il a pu être rédigé par Théophrasle sur des notes ou d'après des leçons de son maître. Voilà pourquoi nous n'avons pas hésité à nous y appuyer — Sur ce traité et ses origines probables, il faut lire M. J. Barthélémy Saiot-Hilaire : Dictionnaire des sciences philosophiques, arikle Aristote; et Traduction de la Météorologie d*A rislote (4863), pag. 3, note du § 3, et p. 357, note du § 43.

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