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* Les échelles des trois genres ne sont données ici que comme exemples de la manière dont les Grecs les avaient composées. En réalité, les échelles du genre enharmonique n'étaient point aussi régulières; dans quelques-unes l'octave était incomplète; dans d'autres, au contraire, elle était dépassée. D'après Aristide Quintiiien, les échelles enharmoniques des trois modes ci-contre étaient composées de la manière suivante :

Dorien = Re - Mi - $£ - Fa ■

- La - Si - £ - DO - Jft

Phrygien.— Re -Mi - JJ - Fa -

- La - Si - £ - DO - Re

Lydien = J{ -Fa -La- Si -

■ DO - Mi - S -

Cf. Arist. Quint., De Musica, lib. I, ap. Meybaum ; p. 21.

*-Ji

CH. IV. — MODES CHROMATIQUES * 225

Mais, redisons-le, cette manière de former les genres et de diversifier les modes est absolument fantaisiste et irrationnelle. Elle repose tout entière sur l'idée fausse, soutenue et amplifiée par Aristoxène, qu'il y a dans l'échelle musicale des degrés naturellement fixes et immuables, et d'autres degrés qu'on peut déplacer à volonté, rapprocher ou éloigner les uns des autres pour former des intervalles plus ou moins grands, depuis le quart de ton jusqu'au diton. Aristoxène, d'ailleurs, se défendait de vouloir établir la musique sur des bases scientifiques ; il avait raison, en un sens, car rien n'est moins scientifique que son système, dont le seul principe, l'unique fondement, est le sens de l'ouïe. Plaire à l'oreille, c'est toute la musique, d'après ce pseudo-réformateur de l'art musical chez les Grecs.

Laissons donc Aristoxène et son système irrationnel, et demandonsnous si l'échelle d'un vrai genre chromatique est susceptible de former plusieurs modes. Soit, par exemple, l'échelle que nous avons établie plus haut, au chapitre des Genres:

On peut, sans doute, avec les éléments qui composent cette échelle, en former six autres ayant chacune leur premier degré ou tonique sur une note différente et offrant aussi une distribution particulière des intervalles.

FA-so§-h,-si-DO-re\-mi-FA SOLl-h-si-do-REl-'mi-fa-SOL\ LA-si-do-re^-MI-fa-soty- LA

I SI-do-re\-MI-fa-sol\-la-SI DO-re^-mi-FA-soty-la-si-DO REl-mi-fa-SOL\-la-si-do-RE\

Ces six gammes chromatiques peuvent-elles être six modes ? Pour en juger, voyons si elles réunissent les conditions nécessaires à un mode

musical.

1° Je remarque tout d'abord qu'aucune de ces gammes ne peut rece- To« ï. •s

226 IIe ÉTUDE : MUSIQUE GRÉGORIENNE. — Ier TRAITÉ : HARMONIQUE

voir la division harmonique parfaite : trois sont divisibles par quinte et quarte, celles de FA, de SOL% et de LA; les trois autres, SI, DO et RE\, n'ont pas de quinte au-dessus de la tonique et ne reçoivent, par conséquent, que la division plagale, par quarte et quinte. Celles-ci ne sont donc pas propres à constituer des modes distincts, elles peuvent être, tout au plus, la forme plagale d'un mode, dont la finale serait MI, FA ou SOL\.

2° Il reste quatre gammes, MI, FA, SOL% et LA, dont la division est authentique: une parfaite, celle de MI, et trois imparfaites. Sont-elles également aptes à devenir des modes ? Deux au moins doivent être rejetées, parce que leur tonique ne peut être la finale du mode, ou parce que la dominante est inharmonique aux autres degrés de l'échelle : ce sont les gammes de FA et de SOL\.

FA dans la première, SOL\ et RE\ dans la seconde, sont des dissonances qui exigent nécessairement une résolution harmonique et mélodique. Le pentacorde DO -si- la- sol§ - FA ne peut se terminer sur cette

dernière note, il doit descendre sur la sixte inférieure, MI, qui est la résolution naturelle de la dissonance SOL%-FA ; FA n'est donc pas une finale et ne saurait être tonique. Il eu est de même de SOL%, qui est dissonance après FA et qui demande à venir se reposer sur LA ; de même RE\, qui forme dissonance avec DO, doit se résoudre sur le MI, et ne peut être considéré comme dominante d'un mode ; de même DO, dans la gamme de FA, ne peut non plus être dominante, parce qu'il dissonne avec RE\ et exige sa résolution sur le degré inférieur, SI.

Ces deux gammes de FA et de SOL (j ne réunissent donc pas les conditions essentielles aux échelles modales: elles sont impropres à constituer des modes. Reste la gamme de LA, qui n'a qu'une division harmonique imparfaite, mais authentique, et qui possède, d'ailleurs, les autres conditions requises : LA peut remplir les fonctions de tonique et de finale, et MI celles de dominante, ce qui suffit, à la rigueur, pour qu'il y ait mouvement et repos mélodiques.

3° 11 résulte des observations précédentes que le genre chromatique, dont l'échelle serait constituée par les éléments indiqués ci-dessus, ne peut avoir que deux modes, le mode parfait de MI et le mode imparfait de LA. Voici ces deux modes avec leur double échelle, Tune authentique et l'autre plagale.

CH. IV. — MODES CHROMATIQUES

Premier mode : MI

Authentique

domin".

Deuxième mode : LA

Authentique Plagat

domin1*. domin1-. finale. domin**.

mparant ces deux modes avec les modes correspondants du genre e, on voit de suite en quoi ils se ressemblent et par quoi ils dife sont bien les mêmes modes, mais en deux genres différents, ses par la présence des intervalles chromatiques, le demi-Ion et iton. A cela près, ils s'emploient de la même manière et peuvent i bien être mélangés ou se succéder dans la mélodie, pour y

des sentiments et des affections diverses. Ce que nous avons dit le plagale du cinquième mode diatonique et des raisons pour lesrtains chants, au lieu de se terminer sur la vraie finale du mode, plutôt sur la dominante, trouve également son application dans plagale du premier mode chromatique. Il n'y aurait rien d'éton-

lors, que le premier degré de cette échelle fût considéré et traité inique du mode et servit de Anale à la mélodie ; ce ne devrait moins qu'à l'état d'exception, mais non pas comme règle générale, ^mandera peut-être pourquoi, des cinq modes diatoniques, deux t sont chromatisés. Ne pourrait-on modifier aussi les intervalles autres modes et en faire des intervalles chromatiques, comme : pour ces deux-là? Je réponds :

i deux modes précédents appartiennent à une échelle musicale ïs sept quintes :

) - (sol) -

(re) - LA ■

Ml- SI- [fuj) - [dot) - SOLi - IŒt 243 729 19683 59049

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ni

228 IIe ÉTUDE : MUSIQUE GRÉGORIENNE. — Ier TRAITÉ : HARMONIQUE

Ni SOL, ni RE, ni DO \ ne font partie de cette échelle et ne pourraient y entrer, sans un changement de genre ou de ton. Le troisième mode diatonique, celui de RE, et le second, celui de SOL, sont par là même exclus de l'échelle chromatique ci-dessus; et, de fait, nous avons vu déjà qu'ils devraient être remplacés par les modes de RE\ et de SOL\, si ces deux gammes étaient véritablement modales. Mais elles ne le sont pas plus que la gamme de DO, qui correspondrait au premier mode diatonique; j'ai dit pour quelles raisons. La conséquence est que le genre chromatique n'a que deux modes possibles, tandis que le genre diatonique en a cinq, et le genre anêmitonique quatre.

On pourrait, sans doute, chromatiser tous les létracordes des cinq modes du genre diatonique, en y introduisant d'autres quintes que les sept de la précédente échelle. Mais on changerait alors le système tonal, sans obtenir aucun mode nouveau ; absolument comme dans la musique moderne on construit des gammes majeures ou mineures sur chaque degré de l'échelle diatonique, sans augmenter pour cela le nombre des modes, qui restent toujours au nombre de deux. C'est ainsi qu'on formera les gammes suivantes, qui ne sont, en réalité, que des transpositions du premier et du deuxième modes chromatiques.

Premier mode

Deuxième mode

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