PREMIER TRAITÉ. — THÉORIE FONDAMENTALE
La chute de l'Empire Romain sous l'invasion des barbares du Nord entraîna celle de la civilisation qu'il avait développée dans le monde occidental, et avec cette civilisation romaine, jadis importée de la Grèce, disparut également la musique gréco-romaine, qui avait régné partout jusque-là. Cette disparition fut même si complète qu'il ne nous reste aujourd'hui de la musique grecque qu'un petit nombre de fragments d'assez peu de valeur et d'une époque relativement moderne, puisqu'ils ne remontent pas au-delà du ne ou 111e siècle après Jésus-Christ *.
La musique grecque fut alors remplacée en Occident par une autre sorte de musique appelée grégorienne, du nom du pape saint Grégoire, qui en régularisa, dit-on, l'usage dans les cérémonies du culte chrétien 2.
1 Cf. Vincent, Notices sur divers manuscrits grecs relatifs à la musique, 2e partie, note H.— Clément, Histoire de la Musique, ch. îv, p. 188. — Gewaeht, Histoire de la Musique dans C antiquité, t. I, liv. I, ch. r, et liv. II, ch. n. — - I. Quelques autres fragments plus ou moins considérables ont été découverts tout récemment soit en Asie, soit à Delphes, dans les fouilles pratiquées par le directeur de l'Ecole française d'Athènes, M. Homolle. Si minimes qu'ils soient, ils ont fourni cependant d'utiles renseignements sur la manière dont les Grecs entendaient et pratiquaient leur art musical (Cf. Gewaert, La Mélopée antique dans le chant de l'Eglise latine, Appendice, note A).
2 On lui donne encore les noms de plain-chant et de chant ecclésiastique ; mais ces appellations désignent exclusivement l'espèce de musique réservée plus tard aux cérémonies religieuses. Le terme de musique grégorienne est plus général : il s'applique aussi bien aux chants populaires qu'aux chants religieux, car les uns et les autres appartiennent originairement à un même système musical. Ils se sont distingués dans la suite, moins par le fond que par la forme rythmique, le chant ecclésiastique ayant gardé sa forme primitive, c'est-àdire celle du rythme ancien, qui le fit appeler musica plana, plain-chant ou chant uni, facile, tandis que la musique populaire adopta peu à peu un rythme nouveau, aux figures très variées et soumises à une mesure déterminée, d'où son nom de musica mensurabilis, musique mesurée, ou encore musique figurée.