DIABÈTE SPONTANÉ
La lecture des travaux sur l'arsenic appliqué au traitement du diabète n'entraîne pas une profonde conviction sur son efficacité ; il semble bien qu'il existe une action réelle, mais on cherche en vain une démonstration scientifique et rigoureuse. Cela tient, d'après nous, à deux causes : d'une part, à ce que les dosages n'ont pas été suffisamment multipliés; d'autre part, à l'insuffisance des faits expérimentaux.
Certains thérapeutistes, en effet, affirment la réalité de action, d'autres la nient, Berndt2, Furbringer 3 ; quelquesuns restent dans le doute; il en est, comme Devergie et Foville 4, le professeur Jaccoud 5, Danjoy °, Proust 7, Lécorché8, qui préconisent l'arsenic; le professeur BrouardeP croit à la nécessité de nouvelles recherches, tandis que Frerichs, Saikowsky 10 et Rabuteau 11 pensent démontrer, à l'aide de l'expérimentation, que, dans l'intoxication arséni-
1 Une partie Je ce travail a paru dans le Bulletin de thérapeutique, 1882, et dans ma Chimie biologique, 1883. i
2 HufelancTs Journal, 1834.
3 Zur medikamente fur Lehandlung der Z uckerharnung .
4 Traitement du diabète au moyen de l'arsenic, 1870, Gazette médicale.
5 Traité de pathologie interne, p. 872.
6 Société d'hydrologie, 1876, et dans une brochure de 1889.
7 In Danjoy, Annales de la Société d'hydrologie, 1877, mais ici l'action est complexe.
3 Traité du diabète, 1877.
u Elude clinique des diverses médications employées contre le diabète sucré, 1879.
10 Saikowslci, Centralblatl, 1866.
(1 Eléments de thérapeutique et de pharmacologie. 1S77, p. 1 '»6.
AGENTS MÉDICAJV1ENTEUX 313
cale, on peut piquer le quatrième ventricule sans déterminer le diabète ; toutefois, on n'a point étudié suffisamment ni mesuré cette action à l'aide de procédés très exacts. Or, un phénomène qui n'est point exactement mesuré est un phénomène peu connu. Pour toutes ces raisons, nous avons pensé qu'il y aurait grand intérêt à reprendre la question.
Notre méthode repose essentiellement sur l'association de la pathologie à la clinique, procédé supérieur à tous les autres: en premier lieu, nous produisons chez les animaux une intoxication arsénicale, puis nous examinons si le diabète artificiel par piqûre du plancher du quatrième ventricule présente des modifications spéciales.
En clinique, nous dosons pendant 7 à 8 jours la quantité de sucre excrété en 24 h. et non par litre d'urine; pendant ces essais, les malades sont soumis à un régime mixte bien déterminé, uniforme, après quoi, sans rien changer au régime, nous administrons l'arsenic sous la forme de liqueur de Fowler (12, 15, 20 à 30 gouttes par jour).
De ces recherches multipliées sous toutes les formes, un fait constant ressort nettement de nos expériences: l'arsenic a diminué toujours la glycosurie, la glycogénie, la glycémie. Chez les animaux, en poussant l'intoxication un peu loin, la glycosurie est presque nulle, mais des accidents toxiques apparaissent, de telle sorte que, pour les malades, il faut se tenir aux doses moyennes de 15 à 2< 1 gouttes de liqueur de Fowler par jour, doses qui font décroître la glycogénie et la glycémie et sont, par conséquent, favorables; mais il serait imprudent et dangereux de donner à hautes doses les préparations arsénicales. 11
semble en effet que l'action de l'arsenic est d'autant plus efficace que la dégénérescence granulo-graisseuse des cellules hépatiques est plus avancée ; c'est du moins dans ce sens que plaident nos examens histologiques du parenchyme hépatique. Or, ce n'est point sans nuire que l'on produit une telle altération, qui guérit vite, si elle est peu accentuée, mais qui serait nuisible si on la poussait trop loin, d'autant plus que les autres organes subissent la même lésion ; il est donc rationnel en clinique de s'en tenir aux doses moyennes, de donner de 10 à 20 gouttes de liqueur de Fowler pendant 12 à 15 jours, de cesser pendant 1 mois, puis de reprendre encore.
La glycogénie est en rapport intime avec la dégénérescence, attendu qu'un certain nombre d'agents stéatogènes des cellules hépatiques produisent le même effet: par exemple, à la suite d'une intoxication par le phosphore, on produit une diminution considérable, presque une cessation de la glycosurie, de la glycémie et de la glycogénie. Nous ne proposons pas ce corps dans le traitement du diabète spontané, parce qu'il est dangereux et qu'il est difficile de mesurer son action.
Dans le cours de nos intoxications lentes par l'arsenic, aucun de nos animaux n'est devenu glycosurique, ce qui ne veut pas dire que le fait ne peut pas se produire ; il est j possible que certaines conditions indéterminées soient nécessaires pour engendrer cette glycosurie.
Dans une première partie, nous indiquons le résumé de nos expériences sur les animaux avec les procédés suivis pour le dosage du sucre dans l'urine, dans le sang et dans le parenchyme hépatique. Dans une seconde partie, nous rapportons quelques observations cliniques, qui sont en
accord avec les faits expérimentaux. Nous aurions pu multiplier ces dernières, mais les résultats obtenus sont tellement uniformes que nous avons cru devoir nous en dispenser.
Etudions d'abord la manière de doser le sucre dans le sang
et dans le foie. analyse qualitative et quantitative
du sucre dans le sang et dans le foie comme la pratiquait Claude Bernard.
Le procédé le plus simple et le plus anciennement employé consiste à recevoir le sang dans l'eau bouillante ; il ne faut pas oublier dans ce cas d'ajouter au liquide quelques gouttes d'acide acétique ou d'un autre acide, de façon à neutraliser la réaction alcaline du sang; il faut même obtenir une réaction légèrement acide pour arriver à ce que les alcalis ne détruisent pas le sucre.
On obtient par l'action de la chaleur un coagulums ; on l'exprime dans un linge, sous une presse, et l'on filtre. Ce procédé ne donne jamais une liqueur suffisamment claire et dans laquelle les faibles réductions du réactif cuivrique soient parfaitement visibles. C'est pourquoi on a cherché à clarifier ce liquide après l'avoir concentré pour obvier à la trop grande dissolution mêlée à l'eau. Parmi les procédés mis en usage pour clarifier ce liquide, il en est un qu'il est bon de rappeler ici pour montrer combien il est important de bien se rendre compte des conditions dans lesquelles se sont mis les expérimentateurs avant d'adopter les conclusions de leurs expériences, quelque probables que soient d'ailleurs leurs conclusions. Nous voulons rappeler les travaux d'Ambrosiani ; nous savons que ce chi-
miste italien, recherchant le sucre dans le sang, après avoir traité celui-ci par l'eau bouillante, clarifia avec du blanc d'œuf le liquide obtenu après la filtration, il lit un collage comme on le pratique pour les vins. Le liquide fut parfaitement clarifié etÀmbrosiani y constata la présence du sucre. Mais Cl. Bernard a montré que le blanc d'œuf contient du sucre, qu'il en contient même plus que le sang à l'état normal. 11 n'était donc pas surprenant qu'Ambrosiani retrouvât dans sa liqueur la substance sucrée qu'il y avait introduite parle collage. Mac Grégor a opéré de même.
Leurs expériences doivent donc demeurer non avenues, et, quoique leurs conclusions affirmatives ne soient pas en opposition avec ce que Ci. Bernard a démontré depuis, la présence constante du sucre dans le sang, nous ne saurions, au point de vue de la critique expérimentale, leur accorder aucune valeur.
Nous employons la vapeur d'eau surchauffée qui crispe le sang sans l'étendre et convient beaucoup mieux que l'eau chaude.
On a, dans une autre manière de procéder, remplacé l'eau bouillante par l'alcool.
On reçoit dans un flacon plein d'alcool à 40° le sang qui se coagule immédiatement; on le malaxe pour obtenir une crispation complète, on jette ce magma sur le filtre et l'on obtient un liquide clair qui renferme tout le sucre en dissolution.
Dans ce cas encore, il est une précaution déjà indiquée, et que l'on ne saurait négliger quand on fait évaporer le liquide au bain-marie : c'est d'ajouter quelques gouttes d'acide acétique ou chlorhydrique, afin d'éviter la destruction du sucre par les alcalis du sang. 11 faut laver à plu-
sieurs reprises avec de l'alcool ce qui reste sur le filtre afin d'en extraire tout le sucre.
Mais, pour obtenir nettement les caractères du sucre, on ne peut le faire dans une solution alcoolique trop diluée ; il faut donc enlever l'alcool et le remplacer par de l'eau.
A cet effet on évapore très lentement au bain- marie, et l'on obtient d'abord une alcoolature concentrée.
C'est dans cette alcoolature, préalablement filtrée, que l'on peut, comme nous le disions plus haut et suivant Lehmann. produire du saccliarate de potasse, en y versant une solution alcoolique de potasse. On obtient ainsi un précipité sous forme gélatineuse.
Mais il vaut mieux pousser l'évaporation au bain-marie jusqu'au boutrà siccité, et reprendre le résidu par l'eau, de façon à opérer sur une solution aqueuse.
Dans cette solution aqueuse, on dose le sucre : s'il est assez abondant, on cherche à le faire cristalliser et à l'obtenir en nature, ou bien on fait fermenter la liqueur, ou bien on produit les réactions sus-indiquées : destruction par la potasse, réduction des sels de cuivre, etc.
On prend le sang au sortir des vaisseaux. On y ajoute un poids égal de sulfate de soude en petits cristaux. On môle le tout et l'on fait cuire vivement à feu nu sans ajouter d'eau et en remuant le mélange pourqu'il ne brûle pas. Bientôt la cuisson produit un caillot noir et spongieux, qui nage, par fragments, dans un liquide plus ou moins abondant selon l'état de concentration du sang.
On jette le tout sur un filtre et l'on obtient un liquide transparent, incolore, qui ne contient plus d'albumine, mais qui renferme le sucre dans une dissolution de sulfate de soude. Cette solution sucrée de sulfate de soude
permet d'oblenir directement la réduction du sel de enivre dissous dans la soude (liqueur de Fehling).
Mais le sulfate de soude débarrasse-t-il le sang de toutes les substances qui pourraient agir de même sur le tarirai e de cuivre? Il yaen effet des substances telles que les urRtes et le chloroforme qui pourraient se trouver mêléesau sang, et qui ont une action réductrice sur le sel cuivrique.
Pour ce qui est des urates, nous n'avons pas à nous en inquiéter, une épreuve directe démontre que le sulfate de soude les retient dans le caillot sanguin : si en effet on fait une solution durâtes dans l'eau sanguinolente, qu'on fasse cuire cette solution avec un poids égal de sulfate de soude et qu'on filtre, le liquide obtenu ne produit aucune réaction du liquide de Bareswill ou de Fehling, ce qui prouve qu'il ne contient plus d'urafe.
Le chloroforme pourrait parfois se trouver dans le sang, ?i l'on expérimente sur des animaux anesthésiés, On pourrait donc craindre que, dans ces circonstances, la réduction obtenue fût due non à du sucre, mais à du chloroforme ; il était à supposer a priori que la chaleur à laquelle on soumet le mélange de sang et de sulfate de soude suffisait pour faire disparaître tout le chloroforme par évaporation, et c'est ce que montre en effet l'expé rience directe. Si l'on traite une certaine quantité d'eau chloroformée artificiellement, par un poids égal de sulfate de soude avec ébullition et filtration, on n'observe plus, dans le liquide obtenu, aucune réduction du sel de cuivre : il n'y a plus trace de chloroforme.
x\insi l'usage du sulfate de soude est parfaitement légitime et nous met à l'abri de toute cause d'erreur. La nécessité de son emploi est du reste facile à prouver, si
elle avait encore besoin de quelques démonstrations. Si L'on prend du sérum sanguin (débarrassé de la fibrine et dos globules) et qu'on cherche à y produire directement la réduction du sel de cuivre, on voit que cetle réaction ne se fait pas nettement : elle est masquée par les substances albuminoïdes. Si, au contraire, on fait bouillir ce sérum avec du sulfate de soude et qu'on filtre, on obtient un liquide dans lequel les moindres traces de sucre donnent une réduction des plus caractéristiques.
En résumé, nous nous sommes arrêtés à l'emploi du sulfate de soude pour rechercher le sucre dans le sang. Il est nécessaire et suffisant pour obtenir un liquide où la réaction du sucre se constate au moyen du liquide cuprique avec la plus grande facilité, sans aucune source d'erreur.
Quand on laisse le liquide se cristalliser par refroidissement tout le sucre se trouve dans les eaux-mères. Il est possible d'appliquer la fermentation à ce cas, parce que le sulfate de soude n'empêche pas la levure de bière d'agir ; en outre, si l'on veut obtenir le sucre du sang en nature, on pourra précipiter la liqueur par l'alcool (eaux-mères) en ayant soin de refroidir le mélange ; le sulfate de soude sera précipité et le sucre restera dans le liquide, on séparera par le filtrage et en trailant successivement des quantités de sang assez considérables; on pourra obtenir le sucre pur. Cette manière d'opérer réussit très bien pour extraire en nature le sucre du foie, ainsi que nous le verrons plus tard.
Nous rappellerons ici la composition de la liqueur de Fehling d'après la formule d'une liqueur titrée de ce genre, telle que l'emploie M. Peligot :
Sulfate de cuivre Sel de Seignette.
Lessive de soude
36 gr. 40 200 gr.
(24° B.) 300 ce.
H faut dissoudre le sel de Seignette dans la lessive de de soude, ajouter de l'eau en quantité suffisante pour faire 1 litre à 15°.
Cette liqueur est préparée de manière que son titre est exactement déterminé par le fait même: et en effet, comme le prouve l'expérience de contrôle, la décoloration ou la précipitation complète de 1 ce. de cette liqueur bleue correspond à 0 gr. 005 de sucre.
C'est donc cette liqueur qui nous sert à doser le sucre dans le sang. Insistons sur ce fait, que le liquide de Fehling, dont nous venons d'indiquer la composition, n'est pas sujet à une réduction spontanée ; il se conserve sans altération, surtout si on le garde à l'abri du contact de la lumière, pendant des mois et des années, et nous avons des flacons conservés depuis longtemps au laboratoire, dans le fond desquels il ne s'est produit aucun précipité.
Du reste, l'expérience directe montre que ces liquides ont conservé le même titre que lors de leur préparation.
Récapitulons maintenant d'une manière pratique ce procédé, depuis l'extraction du sang jusqu'à la constatation de la réaction, en indiquantes calculs qui, basés sur cette réaction, nous donnent la teneur en sucre du liquide examiné.
Manuel opératoire. — Pour doser le sucre dans le sang, nous recevons 25 gr. de sang dans une capsule de porcelaine tarée. On ajoute 25 gr. de sulfate de soude en petits cristaux, ce qui fait en tout 50 gr. ; on mélange et l'on
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place le tout sur la flamme du gaz ou de la lampe cà alcool. Nous avons déjà dit que, par la cuisson, il se produit un coagulum d'abord rutilant, puis noir spongieux, mêlé à un liquide plus ou moins abondant. Il faut alors, comme l'évaporation a fait perdre pendant la cuisson une certaine quantité de liquide, rétablir le poids primitif en ajoutant une quantité suffisante d'eau distillée.
On peut alors filtrer ou exprimer, et c'est dans le liquide obtenu que l'on dose le sucre.
A cet effet, nous nous servons d'une pipette graduée, dite pipette de Moore ; elle est verticalement fixée et se continue à son extrémité inférieure par un ajutage de caoutchouc sur lequel est appliquée une pince à pression continue. On peut, en agissant sur celte pince, déterminer un écoulement du liquide qui remplit la pipette, écoulement que l'on peut graduer, de manière à le produire même goutte à goutte. Notons à ce propos que les pinces dans lesquelles la compression et la décompression se produisent à l'aide d'une petite vis sont les meilleures, les plus précises. Le liquide auquel la pince laisse passage s'écoule par un tube de verre.
Tel est l'appareil: c'est dans celle pipette que l'on reçoit le produit de la liltration du sang cuit avec le sulfate de soude. Si l'on opère en hiver, par une température basse, il sera bon de placer cet appareil près d'une source de chaleur, pour éviter qu'il ne soit trop froid et ne produise ainsi la cristallisation delà solution concentre de sulfate de soude, ce qui amènerait l'obstruction de l'orifice du tube d'écoulement de la pipette.
I « autre part, on verse dans un ballon de verre 1 ce. de la liqueur bleue titrée ; on y ajoute 17 à 20 ce. d'une solution
TUÉIIAPEUTIQUE iXI'ÉIUMENTALE. 21
concentrée et récente de soude ou de potasse. Alors on bouche le ballon avec un bouchon à deux trous. Dans l'un de ces trous entre, à frottement, le tube d'écoulement de la pipette ; dans l'autre, est placé un tube en verre recourbé destiné à donner issue à la vapeur d'eau, qui se dégagera lors de l'ébullition, et muni à son extrémité d'un tube de caoutchouc sur lequel on applique une pince à pression ; cette disposition a l'avantage suivant : lorsque le contenu du ballon est entré en ébullition et qu'une certaine quantité de vapeur d'eau s'est échappée par le tube en question, entraînant l'air du ballon, on ferme ce tube (par la pression de la pince sur le caoutchouc) et l'on opère alors la réaction à l'abri de l'air.
Pour opérer, on se sert de la flamme d'une lampe à alcool ou d'un bec de gaz au-dessus du ballon, contenant le liquide bleu additionné de soude ou de potasse, et l'on chauffe. Dès que l'ébullition se produit, on note la division de la pipette où s'arrête le niveau supérieur du liquide (liqueur provenant du sang) qu'elle contient, et l'on agit sur la pince à pression continue de manière à déterminer l'écoulement de ce liquide, d'abord en un petit filet, puis goutte à goutte, à mesure que l'on approche de la fin de la réaction.
Il est inutile de maintenir, comme on le faisait autrefois, en ébullition, la liqueur bleue du ballon dans lequel vient tomber le contenu de la pipette.
La présence du bouchon à deux ouvertures, dont nous avons donné la description, nous permet, par la fermeture du tube qui communique avec l'extérieur d'opérer à l'abri de l'air.
Du reste, dans ces circonstances, en retirant la lampe
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à alcool, on voit l'ébullitiun se continuer (dans le vide).
Voici ce qui se produit alors : le sucre contenu dans le liquide de la pipette réduit et décolore le sel de cuivre contenu dans le ballon, mais, vu la présence d'un alcali puissant, de la soude ou de la potasse ajoutées en excès à la liqueur de Fehling, le précipité d'oxydule de cuivre est redissous à mesure de sa formation, de telle sorte qu'il n'y a pas de coloration jaune ou rouge : il y a simplement décoloration de la liqueur bleue. Si l'on ne maintenait pas le réactif en ébullition, ou si l'on n'opérait pas à l'abri de l'air, on verrait la liqueur bleue se reformer, et c'est là une cause d'erreur contre laquelle on ne saurait trop se tenir en garde.
Il faut une certaine habitude pour juger du moment où la décoloration est parfaite et ne pas dépasser ce point ; une excellente précaution est de placer de l'autre côté du ballon une feuille de papier blanc verticale de sorte qu'il est facile sur ce fond blanc de juger de l'instant précis où les dernières traces de bleu ont disparu ; on arrête alors l'écoulement du liquide de la pipette, et l'on note ce degré où est descendu le niveau supérieur de ce liquide. Dès lors, l'opération est finie ; il ne s'agit que d'en interpréter le résultat par le calcul.
Supposons qu'au début de l'opération le niveau supérieur du liquide sucré fût à 24,8 et qu'après la décoloration du liquide bleu il soit descendu à 18,3. Comme ces divisions indiquent des centimètres cubes, nous dirons qu'il a fallu 24,8 — 18,3, c'est-à-clire 6 ce. 5 de la liqueur du sang pour décolorer 1 ce. de notre liqueur bleue. Or, comme 1 ce. de cette dernière liqueur correspond, avonsnous dit, à 0 gr. 005 de sucre, nous en concluons que
0 gr. 005 de sucre sont contenus dans 6 ce. 5 de la liqueur que renfermait la pipette : tel est le résultat brut de l'opération. Mais de cette donnée numérique, il faut en déduire une autre, relative au sang lui-même. Rien n'est plus simple que le calcul qui nous donnera ce résultat.
Si 6 ce. 5 du liquide contiennent 0 gr. 005 de glucose, 50 ce. du liquide (25 de sang, 25 de sulfate de soude) contiendraient 0 gr. 046.
Mais ces 50 ce. représentent 25 gr. de sang et 25 gr. de sulfate de soude. Nous avons donc les 0 gr. 046 de sucre contenus uniquement dans les 25 gr. de sang.
Une nouvelle proportion nous permet de conclure que si 25 gr. de sang contiennent Ogr. 046 de sucre, 1.000 gr. en contiendront 1,53.
Donc, dans la détermination prise pour type, le sang contient : S = 1 gr. 53 0/00.
Les chiffres obtenus par le calcul que nous venons d'indiquer sont suffisants pour les expériences comparatives ; car, obtenus dans les mêmes circonstances et par les mêmes procédés, ces chiffres sont parfaitement comparables entre eux. Mais ces chiffres ne représentent pas la quantité absolue de sucre contenue dans le sang. Or, nous voulons évaluer cette quantité absolue, lorsque nous voulons comparer nos résultats non plus seulement entre eux, mais encore avec ceux obtenus par d'autres expérimentateurs.
Pour arriver au chiffre absolu, nous devons faire subir à ceux que nous avons obtenus certaines corrections. Nous avons, en effet, dans les calculs précédents, transformé des poids en volume sans tenir compte de ce que la densité des liquides en expérience n'est pas la même que celle
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de l'eau. Cette première correction est facile à effectuer: nous avons pris 25 gr. de sang et 25 gr. de sulfate de soude, et nous avons calculé comme si la somme de ces deux poids était en volume équivalente à 50 ce. ; or, l'appréciation directe montre que le mélange de 25 gr. de sang et 25 gr. de sulfate de soude occupe seulement un volume de 38 ce. Nous arrivons donc au raisonnement suivant:
25 gr. de sang plus 25 gr. de sulfate de soude donnent 38 ce. d'un liquide qui contient tout le sucre (des 25 gr. de sang).
D'autre part, 1 ce. de notre liqueur titrée (liqueur de Fehling) répond à 0 gr. 005 de sucre. Soit n le nombre des centimètres cubes du liquide de la pipette nécessaire pour décolorer 1 ce. de la liqueur de Fehling; nous pouvons dès lors poser l'équation :
n ce. = 0 gr. 005 de sucre.
Et par suite :
\ ce. de la liqueur de la pipette
0 gr. 005 n
Donc
38 ce. = - X 38 n
Mais 38 ce. nous représentent 25 gr. de sang, et par
suite — nous indique la teneur en sucre de ces 25 gr. de n
sang. La teneur d'un litre de sang (40 fois plus) sera représentée par:
0 gr. 190 x 40 = 7 gr. 600 n n
Dosage du suciœ dans le foie
Nous divisons un morceau de foie en fragments de petit volume, puis nous l'écrasons. On pourrait se contenter pour cela de le piler dans le mortier ordinaire, comme nous le faisions jusqu'ici. Mais, pour opérer plus rapidement, nous emploierons une machine un peu plus commode, qui est d'un usage ordinaire depuis que les médecins ont pris l'habitude de prescrire la viande crue à certains malades .
La pulpe obtenue par le broiement du foie, à l'aide de cette machine, est mélangée à de l'eau dans laquelle on la fait chauffer et bouillir quelque temps avant de filtrer. On ajoute aussi une certaine quantité de charbon animal qui s'emparera des matières colorantes et fournira ainsi à la filtration une liqueur incolore, condition favorable à l'emploi des réactifs cupriques.
A. — Action de l'arsenic dans le diabète expérimental
Première expérience. — Chien sain de petite taille, poids 7068 k. — Piqûre du plancher du quatrième ventricule. — Diabète artificiel. — Dosage du sucre dans l'urine.
2 mars J882. — Je fais une piqûre au quatrième ventricule à 10 h. du matin. Le chien est placé dans une cabine à fond et à plan incliné. L'animal succombe dans la nuit qui suit l'opération.
Quantité d'urine recueillie Densité
120 ce.
Par le procédé décrit, nous trouvons que 1 ce. d'urine contient 0 gr. 10 de glycose.
Les 120 ce. recueillis contiennent 10 gr. 909 de glycose
ou 9 gr. 083 0/0.
Deuxième expérience. — Chien très intoxiqué de moyenne taille. — Poids 10 k. 772. — Injections hypodermiques d'arséniate de soude au 40e pendant 6 jours. — Piqûre du quatrième ventricule le 7e jour. — Diabète artificiel. — Dosage du sucre dans ï urine et dans le foie.
Nous administrons à cet animal sous forme d'injection hypodermique une solution aqueuse d'arséniate de soude au 40e contenant par conséquent Ogr. 025 pour 1 gr.
Poids de l'animal Arséniate de soude injecté
7 mars, 10.772 gr 1.10 pas de sucre.
■10 1.10 pas de sucre, diarrhée, vomissements
11 — 0.075 pas de sucre, diarrhée.
12 mars, 7.860 gr., perte 912 gr. 0.075 diarrhée.
Le chien a donc pris 0 gr. 60 d'arséniate de soude en 7 jours.
Le 14 mars, piqûre du quatrième ventricule. Le 15, urine des 24 h., 130 ce.
Densité : 1,023.
Les 130 ce. d'urine contiennent Ogr. 175 de sucre, soit 0 gr. 134 0/0 ce. d'urine.
16 mars. — L'animal est tué par hémorragie, afin de pouvoir doser immédiatement le sucre contenu dans le foie. On sait que cette recherche doit être pratiquée dans les premiers instants qui suivent la mort. Nous employons
le procédé décrit ci-dessus; et dans 140 gr. du tissu hépatique nous trouvons 0 gr. 1825 de sucre, c'est-à-dire 0 gr. 13 0/0.
Examen histologie/ ne. — Quelques morceaux de foie coupés très petits séjournent dans l'acide osmique pendant 48 h., puis dans une solution gommeuse 24 h., et autant dans l'alcool. Il nous est alors donné de constater au microscope que les cellules hépatiques présentent des grains noirs très nombreux ; ce sont des granulations graisseuses colorées par l'acide osmique. Elles sont disséminées dans toute l'étendue du lobule. Cette dissémination est d'autant plus importante qu'elle peut servir à distinguer l'empoisonnement par l'arsenic de l'empoisonnement par le phosphore ; dans celui-ci, en effet, les granulations graisseuses occupent la périphérie du lobule, et les cellules centrales ont leur forme et leurs dimensions normales. Ces altérations sont donc analogues à celles si exactement décrites par le professeur Corail et par Brault à la Société de biologie le 7 janvier 1882.
Troisième expérience. — Chien assez" fortement intoxiqué. Poids 7 k. 256. Injection d'une solution d'arséniate de soude pendant 12 jours. Piqûre du quatrième ventricule le 12" jour. Diabète artificiel. Dosage du sucre dans l'urine.
17 février. — On fait avaler à cet animal de l'arséniate de soude cristallisé à la dose de 0 gr. 05.
Poids de l'animal Arséniato de soude
18 février, 7.256 gr 0.05 ni sucre, ni albumine dans l'urine.
21 février, 7.629 gr 0.02 diarrhée.
22 — 7.155 gr 0.02 diarrhée et vomissements.
23 — 7.868 gr 0.05 pas de sucre.
Les vomissements nous forcent à donner l'arséniate de soude en solution aqueuse additionnée de lait.
Poids de l'animal Arséniate de soude
24 février, 7.079 gr 0.05 vomissemenls et diarrhée.
— 0.05 pas de sucre.
26 février, 6.990 gr 0.05 —
27 — O.Oo —
28 février, 6.051 gr 0."5 —
Cet animal a donc avalé en 12 jours 0 gr. 43 d'arséniate de soude et il a perdu 105 gr. de son poids.
Le 1er mars. — Piqûre du plancher du quatrième ventricule.
Le 2 mars. — Urine des 24 h., 80 ce. Les 80 ce. contiennent 0 gr. 228 de glycose, c'est-à-dire 0 gr. 285 0/0.
Le 3 mars. — L'animal a succombé hier. Nous recueillons 33 ce. d'urine qui contiennent Ogr.018 de sucre, soit Ogr. 054 0/0.
La dégénérescence graisseuse du foie est très prononcée.
Quatrième expérience. — ■ Chien du poids de 7 h. 350 moyennement intoxiqué. Injections hypodermiques d'arséniate de soude au 40e pendant 6 jours. Piqûre du plancher du quatrième ventricule; diabète artificiel. Dosage du sucre dans Vurine el dans le foie.
Poids de l'animal Arséniate de soude
8 mars, 7.350 gr 0.10 pas de sucre.
12 mars, 6.058 gr 0.05 —
15 mars. — Piqûre du plancher du quatrième ventricule.
16 mars. — Quantité totale d'urine 45 ce. Densité : 1.028.
On trouve dans les 45 oc. d'urine 1 gr. 125 de sucre, ce qui fait 2 gr. 05 0/0.
17 mars. — Urine des 24 h. 38 ce, contenant 0 gr. 720 de sucre, soit 1 gr. 90 0/0.
Le chien est tué par hémorragie pour qu'on puisse rechercher le sucre dans son foie.
Examen du foie. — Par le procédé déjà décrit, nous obtenons pour 210 gr. de tissu hépatique 0 gr. 2183 de glycose, soit pour 100 gr. de foie 0 gr. 1036 de sucre.
Examen microscopique. — Des coupes faites sur le foie de ce chien traité comme les précédentes, offrent aussi des grains noirs, mais beaucoup moins nombreux que dans les cellules du foie du chien de notre deuxième expérience. On rencontre également ces granulations dans tous les points du lobule.
Cinquième expérience. Chien griffon petit très fortement intoxiqué. Injections hypodermiques d'une solution d'arséniate de soude (1 pour 40 gr. d'eau distillée) pendant 22 jours. Piqûre du quatrième ventricule à deux reprises. Diabète artificiel. Dosage du sucre dans l'urine.
Du 30 mars au 3 avril, on injecte chaque jour 0 gr. 025 d'arséniate de soude ; du 4 au 21 avril, on double la dose, 0 gr. 05, ce qui fait en tout 1 gr. d'arséniate. Amaigrissement considérable.
Le 22 avril, à 10 h. du matin, piqûre du quatrième ventricule ; l'animal marche bien, ne tousse pas, ne tombe pas, mange seul.
Le 23 avril. — Urine des 24 h. 88 ce. Cette urine contient des traces de sucre, mais trop peu pour pouvoir le doser.
Le 24 avril. — Urine des 24 h., 385 ce. Pas trace de sucre. Nouvelle piqûre du quatrième ventricule. Nystagmus bilatéral, l'animal se tient debout, il marche sans tomber.
Le 25 avril. — Urine des 24 h. 78 ce. Dosage du sucre. 76 ce. d'urine contiennent 0 gr. 05 de glycose ; les 98 ce. contiennent 0 gr. 064.
Sixième expérience. — ■ Chien sain du poids de 14 7t. 500. — Piqûre du plancher du quatrième ventricule. — Diabète artificiel. — Dosage du sucre dans V urine.
Le 27 avril à 7 h. du matin, piqûre du plancher du quatrième ventricule. L'animal succombe dans la soirée. Urine recueillie, 105 ce.
Dosage du sucre.
2 ce. 4 d'urine contiennent 4 gr. 375 ou 4 gr. 166 0/0. L'urine contenue dans la vessie a été recueillie au moment de la mort.
Septième expérience. — Chien de moyenne taille, fort, 15 k. 206 — Injections hypodermiques d'une solution de phosphore dans l'éther, Ogr. SOpour 200 pendant 16 jours. — Piqûre du plancher du quatrième ventricule. — Diabète artificiel. — Dosage du sucre daus l'urine.
Du 30 mars au 14 avril, injection tous les jours de 0 gr. 00125 de phosphore, ce qui fait un total deO gr. 02 en 16 jours.
Le 5 avril, l'animal commence à maigrir; il a des vomissements.
Le 15 avril, l'amaigrissement est très considérable, il a vomi tous les jours depuis le 6 avril.
A 10 h. du matin, on fait la piqûre du plancher du quatrième ventricule.
Le 16 avril, à 10 h. du matin, l'animal n'a pas encore uriné.
A 11 h., au moment où on veut l'examiner, il rend 85 ce. d'urine.
Dans 32 ce. d'urine on dose 0 gr. 05 de glycose.
Les 85 ce. contiennent 132 milligrammes.
Le 17, à 5 h. du soir, on recueille l'urine et l'on trouve depuis la veille 11 h. du matin (c'est-à-dire l'urine de 30 li.) 354 ce. ou 283 ce. pour 24 h.
35 ce. réduisent 2 ce. de liqueur de Bareswill. Les 354 ce. d'urine contiennent 0 gr. 10 ou 0 gr. 080 pour les 283 ce.
Le 18, à 5 h. du soir, l'urine des 24 h. s'élève à 218 ce. ; elle ne présente plus trace de sucre. Pendant les 4 jours (15, 16, 17 et 18), on a fait avaler à l'animal un demi-litre de lait par 24 h.
TABLEAU MONTRANT LES VARIATIONS DU SUCRE DANS LES URINES APRÈS LA PIQURE DU PLANCHER DU QUATRIÈME VENTRICULE A
l'état sain et après les intoxications arsenicales et piios-
PHORÉES.
A. — Arsenic