DELILLE
Dans sa jeunesse, on opposa des entraves à son génie; mais son goût décidé pour les plantes et la protection de quelques hommes puissants le firent triompher de tous les obstacles.
L’envie de se perfectionner dans la science qu’il aimait avec passion le conduisit à Upsal, où il professa la Botanique ; mais bientôt la jalousie, que ses talents armèrent contre lui, le força de quitter la chaire qu’il occupait. Ce fut alors qu’il vint en Hollande, où il obtint, par le crédit de Boërhaave, la direction du superbe jardin de Cliffort, près de Harlem. De là, la renommée de son nom le rappela dans sa patrie, où toutes les distinctions, toutes les faveurs de la fortune devinrent la récompense de ses peines et la couronne de son mérite. Il mourut à Upsal en 1778, âgé de 71 ans. .
257. Linné perfectionna la nomenclature botanique, ou plutôt la créa telle que nous l’avons aujourd’hui. Tournefort lui en avait tracé la route, en désignant chaque plante par une phrase où se trouvaient énumérés ses caractères; mais, outre que ces caractères manquaient souvent de précision, ces phrases étaient trop longues pour qu’on püt en retenir un grand nombre. Linné, à l’exemple de Tournefort, donna à chaque genre un nom propre ou générique; mais, pour désigner l’espèce, il remplaça la phrase du botaniste français par un simple adjectif spécifique ajouté au nom de genre. C’est ainsi, par exemple, que la violette de nos jardins, qui était, dans Tournefort, violamartia purpurea, flore simplici, odora, devient tout simplement, dans Linné, viola odorata. On voi par là combien l'étude de la Botanique fut simplifiée.
258. Le système de Linné, qu’il publia en 1734, repose entièrement sur les caractères qu’on peut tirer des étamines (qu’il appelle du mot grec andro) considérées soit en ellesmêmes, soit dans leurs rapports avec les carpelles (qu'il désigne par le mot aussi grec gynes).
Ce système est partagé en vingt-quatre classes.
Les végétaux sont d’abord divisés en deux grandes sections. La première comprend ceux qui ont des étamines et des carpelles apparents : il les nomme phanérogames ; la seconde renferme ceux qui ont des étamines et des carpelles invisibles, ou plutôt qui n’en ont pas du tout : il les appelle cryptogames. Les cryptogames, étant moins nombreux que les
phanérogames, forment à eux seuls la vingt-quatrième classe ; ceux-ci constituent les vingt-trois autres. Des étamines d’égale longueur, parfaitement libres, renfermées avec le carpelle dans une même enveloppe florale, déterminent par leur nombre les treize premières classes. Celles-ci se subdivisent ensuite, chacune d’après le nombre des carpelles, en monogynie (1 carp.), digynie (2 carp.), trigynie (3 carp.), polygynie (plusieurs carp., plus de 5).
La grandeur relative des étamines libres et dans la même coupe de fleur forme les deux classes suivantes; ce sont : la didynamie (4 étamines, dont 2 plus longues), qui se subdivise en gymnospermie (graines nues) et en angiospermie (graines dans une capsule), et la tétradynamie, qui se partage en siliqueuses (à carpelles beaucoup plus longs que larges) et en siliculeuses (à carpelles à peu près aussi larges que longs).
L'union des étamines entre elles par leur filets ou par leurs anthères, ou avec le carpelle, fournit à Linné les cinq classes suivantes; ce sont : la monadelphie (étamines unies entre elles par leurs filets en un seul faisceau), la diadelphie (étamines réunies de même, mais en deux faisceaux) , la polyadelphie (étamines toujours unies par les filets, mais en plus de deux faisceaux) , la syngénésie (étamines soudées entre elles par leurs anthères), et la gynandrie (étamines et carpelles soudés entre eux).
La séparation des étamines d'avec les carpelles dans des enveloppes florales différentes forme les trois classes suivantes, qui sont : la monœcie (étamines et carpelles dans des fleurs différentes, mais sur un même pied), la diœcie (étamines et carpelles dans des fleurs et sur des pieds différents), et la polygamie (fleurs les unes à étamines et carpelles, les autres sans étamines ou sans carpelles sur le même pied ou sur des pieds différents). Ces huit dernières classes se subdivisent, comme les neuf premières, d’après le nombre des carpelles.
259. Le tableau synoptique suivant donnera une idée complète de ce système,
Visibles.