‹ Etudes des fleurs botanique, élémentaire, descriptive et usuelle (volume 3)Chapitre 72 sur 322 · CLASSES, EXEMPLES · texte numérisé non relu

CLASSES, EXEMPLES

TS nt res 1 Monandrie . . Pesse.

. ? Diandrie ... Lilas.

. o Triandrie. . . Iris.

+ 4 Tétrandrie . . Scabieuse.

. à Pentandrie . . Bourrache.

«+ 6 Hexandrie . . Lis.

- 7 Heptandrie . . Marronnier.

+ 8 Octandrie. . . Bruyère.

. 9 Enneandrie. . Laurier.

. 10 Décandrie. . . Œillet.

. Réséda,

.. Rosier, ou plus. Adhér. au réceptacle. 13 Polyandrie . . Pavot. 4 étamines, dont 2 plus longues . . 14 Didynamie . . Digitale. 6 étamines, dont 4 plus longues . . 15 Tetradynamie Chou. En 1 faisceau . . . . 16 Monadelphie . Mauve. Par les filets $ En 2 faisceaux. . . . 17 Diadelphie . . Acacia. En plus de 2 faisceaux. 18 Polyadelphie . Oranger. ERIES ANT SR 1T) Syngenésie . . Marguerite dE . . 20 Gynandrie . . Orchis.

même pied . . . . . 21 Honœcie. . . . Mais.

arpelles sur des pieds différents, . . 22 Diœcie. . . . . Saule. ë { 23 Polygamie . . Frêne.

! .. 21 Cryptogamie . Fougères.

260. Ce système, aussi vaste qu’ingénieux, a fait faire des pas immenses à la science, et, après plus d’un siècle d’existence, sa brillante clarté étonne encore. On ne peut néanmoins se dissimuler les graves inconvénients qu'il présente : d'abord, en assignant pour caractères distinctifs des organes qu’on distingue à peine, dont l’existence est très-fugace et accompagnée d’une foule d’anomalies; ensuite, en dispersant les familles les plus naturelles dans plusieurs classes entièrement différentes, ou bien en réunissant ensemble les plantes les plus disparates. N’est-il pas étrange, par exemple, de trouver dans la même classe et presque sur la même ligne l’épine-vinette et la tulipe, la violette et le chardon, le gland et la citrouille ?

261. A tous ces systèmes, qui entravaient la marche de la nature et l’asservissaient à leurs lois, succéda enfin la méthode naturelle qui la prend pour guide, la développe et la suit. Cette méthode avait été esquissée par l’académicien Adanson ; mais elle est véritablement due à trois frères, Antoine, Bernard et Joseph DE JusstEu, et à leur neveu Antoine- Laurent, nés à Lyon vers la fin du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième. Ils eurent lhonneur de exposer et d’en être les véritables fondateurs. Joseph entreprit de longs voyages et rapporta d’intéressants documents sur les fleurs orientales. Bernard, fort des observations de son frère, les joignit à celles qu'il faisait lui-même depuis quarante anssur les plantes, et les classa par ordre de familles naturelles dans les jardins de Trianon, dont il était directeur. Ce fut alors que le grand Linné vint du fond de la Suède pour le visiter, et qu’à la vue d’une plante que les élèves avaient adroitement composée pour l’embarrasser, il confessa son ignorance et s’écria : « Dieu seul ou Bernard de Jussieu la pourrait connaitre. »

Bernard n’écrivit rien, il se contenta d'observer et de recueillir des matériaux. Ce fut son neveu, Antoine-Laurent, qui, rassemblant ces richesses et y joignant ses propres observations, exposa la méthode des familles naturelles dans

420 BOTANIQUE son Genera Plantarum, publié en 1789. Voici une analyse de cette méthode.

262. MÉTHODE DE JUSSIEU. — Bien différente des systèmes qui l'avaient précédée, cette méthode ne repose pas sur la considération d’un seul organe; elle est basée sur l’ensemble des ‘caractères de toutes les parties des végétaux, caractères qu'elle considère sous un triple rapport : sous celui de leur valeur, sous celui de leur nombre et sous celui de leur dépendance réciproque.

Sous le rapport de leur valeur, les caractères ont d'autant plus d'importance qu’ils sont tirés des organes les plus essentiels des végétaux. Or, parmi ces organes, il faut placer en premier lieu l’embryon, qui est toute la plante en petit, et en seconde ligne les étamines et les carpelles, dont les unes concourent à féconder l'embryon, les autres à le protéger et à le nourrir. Après l'embryon, la position relative des étamines et des carpelles fournit les caractères les plus importants, et enfin en dernière ligne viennent la tige, les feuilles, les racines et les enveloppes florales.

Sous le rapport de leur nombre, les caractères simples se réunissent pour former des caractères de plus en plus composés, de plus en plus généraux, qui embrassent un certain nombre de plantes sous une dénomination commune.

Enfin, sous le rapport de leur dépendance réciproque, les caractères sont tellement unis et coordonnés, que la présence des uns suppose constamment celle de certains autres. C’est ainsi, par exemple, que l'ovaire infère nécessite constamment un calice monosépale.

263. Partant de là, Jussieu établit d'abord ses trois premières grandes divisions sur le caractère le plus important, qui est celui qu'on tire de l'embryon. Ces trois grandes divisions premières sont : les Acofylédonées, dont la graine n’a point d’embryon; les Monocotylédonées, dont l'embryon n’a qu’un seul cotylédon, et les Dicotylédonées, dont l'embryon a deux cotylédons. Les Acotylédonées forment à elles seules la première classe. Pour subdiviser les deux autres, Jussieu se Sert de l'insertion des étamines, ou de la corolle monopétale

ÉLÉMENTAIRE. aai

qui les porte, relativement à l’ovaire. Or, cette insertion peut se faire de trois manières :

4° Les étamines, ou la corolle monopétale portant des étamines, sont insérées autour de la base de l'ovaire, qui est libre : c’est l’énsertion hypogynique (sous les carpelles).

20 Les étamines, ou la corolle monopétale portant des étamines, sont insérées sur le calice à une certaine distance de la base de l'ovaire, qui est libre ou pariétal, c’est-à-dire, formé de plusieurs carpelles attachés à la paroi interne d’un calice très-resserré à sa partie supérieure, comme dans la rose : c’est l'insertion périgynique (autour du carpelle).

3° Les étamines, ou la corolle monopétale qui les porte, sont insérées sur la partie supérieure de lovaire, qui est toujours infère : c’est l'insertion épigynique (sur le carpelle).

264. Les Monocotylédonées, pouvant offrir ces trois modes d'insertion, sont subdivisées en trois classes, qui sont : 1° les Monocotylédonées à étamines hypogynes; 2° les Monocotylédonées à étamines périgynes ; 3° les Monocotylédonées à étamines épigynes.

Les Dicotylédonées étant beaucoup plus nombreuses, on a commencé par les partager préalablement en trois divisions, d’après l’absence de la corolle ou sa forme. Ces trois divisions sont : 1° les Dicotylédonées apétales ; 2° les Dicotylédonées monopétales ; 3° les Dicotylédonées polypétales.

D’après l’insertion des étamines, chacune de ces divisions a été ensuite subdivisée comme les Monocotylédonées : les apétales et les polypétales en trois classes, et les monopétales ‘en quatre, parce que, dans ces [dernières, les étamines épigynes sont tantôt à anthères libres, tantôt à anthères soudées.

Enfin, la quinzième et dernière classe renferme toutes les plantes auxquelles nous avons donné le nom de dioiques, et que Jussieu appelle diclines (sur des pieds différents).

Telles sont les quinze classes dans lesquelles Jussieu fit entrer toutes les familles naturelles des plantes.

265. Pour bien comprendre ce qu’il entend par familles naturelles, il est nécessaire d’expliquer en détail quel sens il

192 BOTANIQUE faut attacher aux mots espéce, variété et genre. Cette explication donnera en mème temps la clef de toute notre Botanique descriptive. ;

266. On a remarqué que certaines plantes offrent constamment des caractères semblables, et se reproduisent aussi constamment avec les mêmes attributs essentiels. C’est à cette réunion d'êtres semblables et se reproduisant toujours de la même manière qu’on a donné le nom d’espéces. C’est ainsi que toutes les violettes sans tiges, à stolons radicants, à feuilles entières, arrondies et en cœur, et à fleurs odorantes, appartiennent à une seule espèce qu’on a appelée viola odcrata (violette odorante).

Il arrive cependant que des circonstances accidentelles de terrain, d'exposition, de température, apportent dans les individus de la mème espèce de légères différences, de grandeur dans la tige, de couleur dans la fleur, de grosseur et de saveur dans le fruit; ces légères différences constituent les variétés, qui se distinguent des espèces en ce que, dans l’état de nature, elles ne se reproduisent point constamment de graines. Qu’on sème, par exemple, de la graine de violette blanche, il en sortira probablement des violettes blanches, de bleues ou même de bigarrées. Nous avons dit dans l'état de nature, parce qu’il y a dans les plantes cultivées des variétés qui se reproduisent par le semis: par exemple, le chou-fleur, qui n’est qu'une variété du chou potager (brassica oleracea) ; ces variétés permanentes se nomment races.

Quant aux hybrides, plantes résultant du mélange du pollen de deux plantes voisines, elles diffèrent tellement des variétés et des races, que leurs graines, loin de les reproduire, non plus que les espèces ou variétés dont elles émanent, sont ordinairement stériles.

267. De nos jours s’est formée une nouvelle école, dont M. Alexis Jordan, de Lyon, est l’un des plus ardents, des plus consciencieux, des plus savants fondateurs.

D'après elle, une multitude de formes décrites sous le nom

de variétés, mais sans aucune règle bien certaine, étant sou- -mises à une observation plus attentive, deviennent de véritables espèces, qui se reproduisent constamment de graines dans toutes sortes d'expositions. Après avoir ainsi vérifié un assez grand nombre de variétés, les maitres de cette école les ont déjà publiées dans des monographies séparées, avec lesquelles on pourra un jour composer un ouvrage d’ensemble.

268. Les genres sont une réunion d’espèces ayant entre elles une ressemblance parfaite dans les organes de la fructification, mais distinctes les unes des autres par des carac-

tères particuliers à chacune d'elles. Ainsi, le genre pavot a

pour caractères une corolle polypétale, un calice à deux sépales caducs, des étamines en nombre indéfini, et pour fruit une capsule globuleuse ou oblongue, à stigmates rayonnants. Toutes les espèces de pavots devront offrir ces différents caractères ; mais elles se distingueront les unes des autres par la forme et la couleur de leurs feuilles, de leurs fleurs, etc.

à 269. Les espèces existent dans la nature, puisqu'elles se

reproduisent naturellement et constamment avec les mêmes caractères ; mais les genres sont des êtres collectifs et purement arbitraires.

Les caractères indiqués comme distinctifs des espèces ne sont cependant pas absolus; ils ne sont vrais que relativement à l’état de la science et de ses observations. Pour expliquer cette pensée par un exemple connu, quand nous disons que la véronique petit-chêne (veronica chamædrys) a pour caractère distinctif deux lignes parallèles de poils sur la tige, cela est vrai pour la distinguer de toutes les véroniques décrites dans notre Flore; mais il peut se faire qu’on découvre un ïour une véronique tout autre et qui offre pourtant ce même caractère.

Cette observation que nous faisons pour les espèces est vraie à plus forte raison pour les genres et pour les familles.

270. Dans la nomenclature, le genre est toujours désigné par un substantif, et l’espèce par un adjectif. Ainsi, viola

odorata indique que la plante ainsi nommée appartient au genre viola et à l'espèce odorata. C’est ainsi que le langage botanique a été réduit à sa plus simple expression, comme Linné en avait déjà donné l’exemple.

271. Les genres, réunis ensemble de la même manière que les espèces, ont formé enfin ce que nous avons appelé les familles naturelles. Ce n’est pas sur l'identité d’un seul caractère que Jussieu à établi ses familles, c’est sur un ensemble de rapports dans les mœurs, la physionomie, l’attitude ; c’est sur des traits bien caractérisés de ressemblance dans la nature des racines, la disposition des feuilles, la forme de la tige, ie mode d’inflorescence, l’état du fruit, la disposition des graines, et surtout dans l’embryon, qui est à lui seul toute la plante en miniature.

272. Il est aisé de voir par là que toutes les plantes d’une même famille naturelle ont entre elles des traits de ressemblance, des airs de famille, et comme des rapports de parenté, ce qui fait qu’on pourrait dire de ces groupes fleuris ce qu'a dit Ovide d’une réunion de jeunes nymphes :

Nomine quæque suo, facies non omnibus una, Nec diversa tamen, quales decet esse sorores.

Chaque fleur a son nom, chacune a ses couleurs; Mais sous leurs traits épars on reconnaît des sœurs.

273. Le tableau synoptique suivant donne la clef de la méthode naturelle de Jussieu; nous n’y mettons que les classes, réservant l’énumération des familles pour notre Botanique descriptive.

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274. Auguste-Pyrame DE CANDOLLE, professeur de botanique à Genève au commencement de ce siècle, a modifié la méthode de Jussieu tout en en conservant les principes fondamentaux. Son immortel ouvrage de la Flore française, chef-d'œuvre d’élégance et de simplicité, par lequel ül préluda au Prodrome ou Flore universelle, fut reçu avec enthousiasme et est encore ce qui a paru de mieux en Botanique.

275. Le tableau suivant donnera une idée suffisante de la marche que de Candolle à adoptée.

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276. Quelque méthodique que fût cette marche, il fallait, pour pénétrer dans cet immense dédale, un chemin plus facile à suivre, qui, par des indications successives, pût ouvrir le sanctuaire de Flore à ses amis avides d’y pénétrer. C’est ce que fit DE LAMARCK par la publication de ses clefs analytiques ou tableaux synoptiques. La marche dichotomique qu'il y emploie consiste dans le choix de deux caractères opposés, faciles à reconnaître, et se donnant exclusion l’un à l’autre, de sorte que l'individu dont on cherche le nom doit forcément se ranger sous l’étendard de l’un des deux. Le poursuivant ainsi par des caractères de plus en plus précis, on parvient à l’isoler de tous les autres, et on arrive à une description qui ne convient qu’à lui ; cette marche, longue en apparence, est, en réalité, la plus commode et la plus courte, parce qu'avec une clef bien faite, elle est infaillible.

277. Dans notre Botanique descriptive, nous suivrons la méthode de Jussieu modifiée par de Candolle, et nous nous servirons d’une clef analytique analogue à celle inventée par de Lamarck, pour arriver au nom des familles, des genres et des espèces. C’est ainsi que sans peine nos jeunes et ardents lecteurs arriveront d’une manière plus ou moins prompte, mais toujours sûre, au véritable nom de chaque plante, tantôt en admirant les brillantes couleurs de sa corolle, tantôt en respirant le délicieux arôme de son parfum, toujours en considérant attentivement les grâces de son port, de sa taille et de son attitude. Toute notre ambition est de rendre la Botanique aimable et facile, et de justifier ainsi l'épigraphe que nous avons choisie pour dédier notre ouvrage à celle que l’Église salue du nom de ROSE SANS ÉPINES :

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