‹ Études d’hygiène publique (volume 4)Chapitre 24 sur 26 · II — U · texte numérisé non relu

II — U

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MESURES PRISES DANS LES ÉCOLES A L'ÉGARD DES ENFANTS PELADEUX. DISCUSSION DU CARACTÈRE CONTAGIEUX DELA PELADE. — CAS NÉGA- TIFS. - COÏNCIDENCES TROMPEUSES. — ROLE DES PERTURBATIONS NER- VEUSES DANS LE DÉVBLOPPEM'iiNT DELA PELADE. — CONSÉQUENCES DES MESURES DE POLICE SANITAIRE ADOPTÉES PAR LES ÉCOLES PAR RAPPORT A CETTE MALADIE ; PROPOSITION DE MODIFICATIONS A Y APPORTER (1).

La question sur laquelle j'ai l'honneur d'appeler l'attention de l'Académie est intéressante à deux points de vue : 1° au point de vue scientifique, parce qu'un problème des plus ardus qui s'y rattache, celui de l'étiologie et de la contagiosité d'une maladie assez commune, la pelade, est loin d'être résolu ; 2° au point de vue de l'hygiène scolaire et de l'intérêt d'un certain nombre d'enfants.

L'administration a devancé les dermatologistes et supposé la maladie contagieuse. Aujourd'hui, l'entrée des écoles publiques est impitoyablement refusée aux enfants qui présentent des plaques dénudées sur la tête. Dans l'espèce, l'administration obéit à une préoccupation qui

(1) Mémoire lu à l'Académie de médecine dans sa séance du 8 février 1887. ïiev. d'hyg. et de police saniiaire, même année, p. 555.

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semble raisonnable ; son interdiction est motivée par l'opinion d'hommes dont la compétence n'est pas discutable. La pelade, dit, en effet, M. bailler dans une Instruction récente (1), est moins contagieuse que la teigne faveuse et la teigne tondante, « mais, comme il y a des exemples incontestables de transmission de la maladie à plusieurs enfants dans des établissements d'éducation, il est prudent d'exclure des écoles ceux qui en sont atteints ».

Cette règle de prudence est la règle de conduite adoptée par tous les directeurs des établissements d'instruction publique. On dirait qu'on a légèrement modifié le vieil adage : Dans le doute, abstiens-toi, pour lui donner cette forme mieux appropriée aux circonstances : Dans le doute, excluons. Cette manière de faire serait absolument légitime si elle n'avait d'inconvénients pour personne. Le cuir chevelu est une partie de l'organisme assez importante, au point de vue de l'esthétique, pour qu'on applique tous les procédés capables d'en prévenir la détérioration dès les premières années de la vie, à une condition toutefois, c'est qu'en présence d'une transmission douteuse, on ne commette pas une injustice certaine ; c'est qu'on ne cause aucun préjudice inutile ; c'est qu'on ne fasse point perdre un temps précieux aux enfants en âge de fréquenter les écoles, s'il n'est pas démontré que leur exclusion est indispensable.

(I)Laillee. Instruction concernant les maladies contagieuses (ht cuir cJievelu chez les enfants, à l'usage des parents, des instituteurs, institutrices et directrices d'école {Bévue d'hygiène et de police sanitaire,1%%^, p. 575).

LA PELADE Eï l'ÉCOLE 213

Le préjudice est certain. Voyons maintenant jusqu'à quel point nous sommes autorisés aujourd'hui à accorder à la pelade le caractère contagieux et à agir en conséquence.

La doctrine de la transmission par contagion est fondée sur des arguments de deux ordres : les uns sont tirés de l'observation clinique, les autres de recherches micrographiques.

Il existe des faits peu nombreux, il est vrai, dans lesquels on a cru voir la pelade se développer chez des sujets se trouvant en contact journalier. On en a conclu que le premier atteint l'avait communiquée aux autres et que la maladie était contagieuse. La conclusion est-elle légitime? Il faudrait, pour qu'aucun doute ne subsistât sur ce point, faire une analyse isolée de tous les cas, éliminer ceux dont le diagnostic n'est pas absolument certain. Plusieurs observations sont déjà anciennes ; l'examen microscopique n'a pas été fait ou l'a été incomplètement, de sorte qu'on peut, en ce qui les concerne, mettre un point d'interrogation après le mot pelade. D'un autre côté, le nombre des cas pris en bloc est peu considérable : le nombre de ceux qui resteraient après une série d'éliminations critiques serait probablement très restreint. Il me paraît donc peu rationnel, peu légitime, de formuler une loi nosogénique comme celle-ci : la pelade est contagieuse^ en se basant sur un groupe infime de faits, tandis qu'il en existe un grand nombre paraissant démontrer le contraire.

Que prouvent d'ailleurs, les faits positifs les mieux observés, ceux qui ne laissent place à aucun doute, en raison de la compétence et de l'autorité des observateurs ? Que la pelade s'est développée successivement, comme

ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE

nous le disions tout à l'heure; chez plusieurs individus vivant dans le même milieu, soumis aux mêmes influences, présentant souvent la même modalité héréditaire de la nutrition. Lorsqu'une affection atteint plusieurs sujets dans ces conditions, est-on bien autorisé à déclarer a priori que le premier pris a contaminé les autres ? 11 faudrait pour cela ne tenir aucun compte des analogies que nous avons journellement sous les yeux. Il y a quelques mois, six personnes occupant une même maison, le père,

■•''^ la mère, trois enfants et une domestique, sont atteintes

de fiève typhoïde. Les dates de l'apparition des accidents

, j chez les uns et chez les autres rendaient vraisemblables

à tous points de vue l'hypothèse d'une transmission d'individu. M. Brouardel (1) fit une enquête, examina avec soin le milieu, et il s'aperçut que l'agent infectieux n'avait point passé d'un individu à l'autre, mais que tous l'avaient ; pris dans l'eau qu'ils buvaient chaque jour, eau provenant

d'un puits infecté par des infiltrations de matières typhoïdiques. Ce fait, fût-il isolé, montrerait avec quelle réserve on doit procéder toutes les fois qu'on veut affirmer la contagion.

Il y a aujourd'hui toute une école de dermatologistes V''' qui placent l'origine de la pelade dans le système nerveux.

Est-ce qu'une perturbation capable de produire un cas n'en saurait produire plusieurs ? Dans une famille, une frayeur, un chagrin, des revers de fortune occasionnent parfois des troubles psychiques à différents individus en

(1) Brouardel (P.). Sur une épidémie de fièvre tinylioïde qui a régné à Pierrefonds en août et scptemlre 1886. [Gazette heldomadaire de médecine et de chinirffie, 1880, p. 829.)

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même temps ou successivement;pourquoi ne produiraientils pas à l'occasion des troubles trophiques ? Plus on examine cette doctrine de la contagion, plus on lui trouve de lacunes et d'incertitudes. Elle repose sur un nombre extrêmement petit de faits, et ces faits sont discutables. Si l'idée de contagion est vraisemblable et légitime, d'autres idées le sont tout autant.

On a dit encore : la preuve que la pelade est contagieuse, c'est qu'on trouve au microscope le corps même du délit : elle a son champignon propre, comme la teigne tondante ou la teigne faveuse. En effet, dès 1843, M. Gruby (1) décrivit le Microsporon Audouini. On l'a souvent cherché depuis ; Bazin (2) et Tilbury Fox (3) ont seuls réussi à le voir. MM. Malassez (4) et Thin (5) ont décrit aussi d'autres parasites, mais, comme on les a trouvés chez des individus dont le cuir chevelu était normal, on ne saurait leur accorder de valeur pathogénique. Il y a un peu moins de deux ans, Sehlen (6) découvrit un organisme différent, un micro coque qui se développerait à l'intérieur de la gaine du cheveu. Cette fois, la question

(1) Gruby. Ecclierches sur la nainre, le siège et le (lcvelop2^ement du porrif/o (Ucalvans on pliytoalopècie. [Covqjtcs o'enâus de V Académie des science.i, t. XVII, p. 301).

(2) Bazin. Recherches sur la nature et le traitement des teignes, 185.3. Leçons théoriques et cUniques sur les afections cutanées parasitaires, ÏSôS ; 2" édition, 1862. Articles Microsporon, Dermatoses, etc., du Dictionuaire encyclopédique des sciences médicales).

(3) Tilbury Fox. Skin discases, 1873.

(4) Malassez. Arch. depJiys. norm. et path., 1871, p. 203.

(5) Thin. Proceedings oftlie Boyal Society. British med. Journ., 1881-82.

(6) Sehlen. Communication faite au Congrès des naturalistes allemands réunis à Strasbourg, 1885 (Analyse dans Monatshefte fiir praldische Dermatologie, 1885, t. IV, p. 381).

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parut sur le point d'être résolue. A l'examen microscopique, usité seul jusque-là, Sehlen avait ajouté une méthode plus moderne et plus décisive lorsqu'elle donne des résultats positifs, l'inoculation aux animaux. Dans 5 cas, il réussit à développer des plaques de pelade chez des souris blanches. La démonstration semblait faite; malheureusement on s'aperçut qu'elle n'était irréprochable ni au point de vue micrographique, ni au point de vue clinique.

Bizzozero (1), qui a examiné à son tour les microcoques de Sehlen, affirme qu'ils n'ont rien de spécifique et qu'on les trouve chez des personnes dont le cuir chevelu est parfaitement sain. D'autre part, si les inoculations faites aux souris blanches ont si bien réussi, dit Michelson (2), c'est qu'on a inoculé le mycosis de la teigne tondante. Cette réserve est d'autant mieux justifiée que, dans les faits décrits par Sehlen, il existait une zone limitante, sur laquelle il y avait une active desquamation épidermique ; or, nous savons qu'on ne voit rien depareil dans la pelade vraie.

Il résulte de tout cela que jusqu'à présent l'existence d'un parasite spécifique reste problématique. La démonstration microcraphique de la contagion ne vaut donc pas mieux que la démonstration clinique.

Aux arguments que nous venons de voir, tous d'ordre négatif, on peut en opposer d'autres positifs, ceux-là, et destinés à étayer une théorie qui exclut la première, celle de l'origine nerveuse.

Pohl-Pincus (3) explique la pelade par une sclérose

(1 ) Bizzozero. Vircliow''s Ai'oJdv., t. 98, p. 451 .

(2) Michelson. V/rehow's Archiv., t. 99, p. 327.

(3) PoHL-PiNCUS.Ueber die Alopécie und indurativenKrankheitsprozess- {Berlin. Klin. Wochenschr., iS).

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disséminée du derme avec atrophie consécutive des bulbes pileux. Mais la plupart des auteurs vont plus loin et remontent directement au système nerveux. La pelade serait une trophonévrose. Les faits cliniques publiés par les partisans de cette opinion sont très nombreux. Je vous demanderai la permission de citer seulement un cas que j'ai l'occasion d'observer en ce moment.

Dans les premiers jours du mois d'octobre dernier, un homme habitant les Batignolles revint àpied de Boulognesur-Seine, de 9 heures à 10 heures du soir. Il traversa le bois avec son petit garçon, âgé de 11 ans. Le temps était sombre et froid. L'enfant avait une frayeur si vive que, pendant tout le trajet, il se pressa en tremblant contre son père. Arrivé à la maison, il était en nage et cependant il avait marché d'un pas modéré. Le lendemain, sa mère, en le peignant, fit tomber une forte mèche de cheveux, et, à saplace,ilrestaune plaque dénudée circulaire, large comme une pièce de 5 francs ; elle était située au niveau de la suture lambdoïde. L'enfant était bien portant et sa chevelure abondante. La plaque resta isolée. C'était une plaque de vraie pelade ; et depuis il ne s'en est pas produit d'autres. Il me semble que la perturbation nerveuse a été ici le seul facteur étiologique.

L'école fut interdite à cet enfant. Était-ce juste ? Étaitce seulement raisonnable ?

Je ne songerais pas à tirer des conclusions hygiéniques d'un fait isolé. Mais, depuis six ans que mon attention s'est portée sur la question, j'en ai vu beaucoup d'autres également intéressantes, soit à l'hôpital Saint-Louis, soit aux Enfants-Malades.

J'ai pu observer 25 cas de pelade dans lesquels lacon-

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tagion n'eut pas lieu entre mari et femme, entre enfants partageant le même lit.

Lors de mon arrivée à l'hôpital des Enfants-Malades, les peladeux étaient placés dans les mêmes salles que les teigneux proprement dits. Deux d'entre eux contractèrent la teigne faveuse. Jamais la transmission ne s'est faite en sens inverse.

Depuis un an, j'ai fait mettre les enfants atteints de pelade dans le service des dartreux, et jamais aucun de ceux-ci n'a contracté la pelade.

D'un autre côté, sur près d'une centaine de cas, il m'a été donné de relever 30 fois l'influence de causes nerveuses manifestes : traumatisme, émotion, frayeur, chagrin, surmenage intellectuel, hérédité nerveuse, chorée, paralysie générale, scarlatine à forme ataxique, fièvre typhoïde à forme cérébrale.

Par l'expérimentation, on a réussi, comme nous l'avons vu, à dénuder en partie des souris blanches, mais il est probable qu'on leur avait inoculé un mycosis tonsurant.

Par un autre procédé, on a réussi à produire une pelade expérimentale chez le lapin. Mais cette fois il n'y a pas de doute à émettre sur la nature de l'organisme générateur, car on n'a rien inoculé du tout. Au mois de mars dernier, Max Joseph (1), de Berlin, en faisant une section delà branche postérieure du deuxième nerf cervical, immédiatement après le ganglion, a vu se développer, du 5^ au 19*^ jour après la section, sur la limite des téguments de Poreille et de ceux de la tête, une place ronde ou ovalaire

(1) Max Joseph. Zur Jîtiologie der Alopecia areata {Ccntralhlatt fur die medicinischen Wissenscliaften, 1886, p. 178).

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de la surface d'une pièce de 10 pfennigs. Les poils plus rares et moins prospères à partir du 5« au 7« jour qui suivirent l'expérience, finirent par tomber complètement. Plus tard, des plaques semblables apparurent dans le voisinage. L'auteur est donc parfaitement autorisé à regarder ces lésions expérimentales comme analogues à la pelade spontanée de l'homme, et à conclure qu elles résultent d'un trouble de l'innervation trophique.

Ces expériences faites sur 5 animaux aboutirent constamment au même résultat.

Arrivons maintenant aux conséquences pratiques de cette discussion. Il n'est guère de mois dans lesquels on ne vienne plusieurs fois me demander à la consultation de l'hôpital des certificats attestant que des enfants, présentant une plaque de pelade et même d'alopécie consécutive à un impétigo ulcéreux, peuvent être admis dans les écoles dont on les avait exclus. Lorsqu'un examen minutieux du cuir chevelu m'a permis de formuler un diagnostic précis, je n'hésite pas à donner satisfaction aux intéressés et jamais, jusqu'à présent, que je sache, un cas de contagion ne s'est produit dans ces conditions. Je soigne actuellement au lycée Saint-Louis deux jeunes gens atteints, l'un de pelade décal vante, l'autre de pelade achromateuse. Sur mon conseil, ils ont été maintenus au milieu de leurs camarades et aucun d'eux n'a été contaminé.

Je reviens à mon point de départ. La contagion est problématique ; on l'a peut-être notée à titre de rare exception dans quelques dermatoses indéterminées du cuir chevelu, ressemblant à la pelade. Est-ce là un motif suffisant pour entraver l'instruction d'un certain nombre d'enfants, pour s'exposer à les arrêter dans leurs études; car la ma-

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ladie dure parfois un à deux ans. Pour moi, je ne le pense pas, et c'est cette conviction qui m'a donné le courage de venir combattre ici une opinion soutenue encore aujourd'hui par des maîtres éminents en dermatologie.

Me sera-t-il permis, en terminant, d'exprimer l'espoir que l'Académie voudra bien se saisir de cette importante question qui intéresse à un si haut degré l'hygiène scolaire, et formuler une instruction tout à fait en rapport avec les données actuelles de la science !

Cet espoir ne fut pas réalisé, du moins dans les 10 mois qui suivirent. Pendant ce temps le règlement qui avait eu déjà des conséquences singulièrement nuisibles pour beaucoup de jeunes gens, restait intégralement en vigueur ; je ne me tins pas pour battu et le 7 décembre 1887, je portais de nouveau à la tribune de l'Académie, la question de la non contagiosité de la pelade et, en conséquence, je demandais le maintien, dans les lycées, des élèves qui sont atteints de cette affection, en proposant certaines précautions destinées à faire face à toutes les éventualités dans le cas où des formes encore mal connues de la maladie seraient contagieuses. Voici le texte de ma communication (1).

Vous connaissez trop les règlements interdisant les éco-, les publiques aux enfants atteints de maladies contagieuses pour que je croie devoir vous en donner le texte. Je

(1) Bull, (le l'Acad. de médecine, 1887, p. 728.

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me borne à vous rappeler le principal rapport qui lui sert de base. Présenté par Delpech au Conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine, ce rapport fut adopté le 22 août 1879.

« La pelade, dit Delpech (1), la plus innocente des teignes, est peut-être la plus dangeureuse,ence sens qu'elle peut passer longtemps inaperçue. Un enfant, dans ses cheveux épais, peut avoir une ou plusieurs petites plaques dénudées sans qu'on y fasse attention, et, pendant cette période, il peut communiquer à ses camarades une affection dont il n'a pas même conscience. Les deux moyens les plus habituels de sa propagation dans les écoles sont l'habitude que les enfants ont, dans leurs jeux, de prendre la coiffure les uns des autres, et celle des personnes chargées de leur toilette de peigner et de brosser avec les mêmes peignes et brosses un certain nombre d'entre eux. » Nous verrons tout à l'heure ce qu'il y a de fondé dans cette assertion.

Plus récemment, M. le D'" Lailler, qui fait justement autorité en dermatologie, s'exprimait ainsi à propos de la pelade, dans une Instruction concernant les maladies du cuir chevelu à. l'usage des parents, des instituteurs, institutrices et directrices d'asile : « Cette maladie est moins contagieuse que les autres (les teignes, faveuse et tonsusurante), il y a même beaucoup de médecins, et des plus compétents, qui pensent qu'elle ne se communique pas ; mais comme il y a des exemples incontestables de trans-

(1) Delpech. Indivntion sommaire des premiers symptômes des maladies coutagieuses qui peuvent atteindre les enfants de deux ;\ quatorze ans admis dans les salles d'asile et les écoles primaires. Paris, 1879.

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mission de la maladie à plusieurs enfants dans des établissements d'éducation, il est plus prudent d'exclure des écoles ceux qui en sont atteints (1). »

Delpech n'avait aucun doute sur le caractère contagieux de la maladie et proposait, avec une parfaite logique, une mesure radicale. M. Lailler, un peu moins sûr de ce caractère et mû par un sentiment que l'on comprend du reste, n'ose pas prendre la responsabilité de laisser dans une école publique les enfants atteints de pelade.

Si l'exclusion n'avait pas d'inconvénients pour l'exclu, ce serait une mesure irréprochable. Si, au contraire, elle a pour conséquence de nuire à son avenir, de rendre son instruction incomplète, à peu près nulle lorsqu'il s^agit d'un élève de l'école primaire, la mesure ne se comprend plus. C'est l'expression d'une politique sanitaire barbare et caduque dont la léproserie du moyen âge fut l'épanouissement parfait. Sacrifions tout ou partie de l'avenir d'un individu pour le bien du plus grand nombre ! — Soit, admettons-le. Mais alors, nous avons le droit et même le devoir de demander jusqu'à quel point les terreurs sont justifiées. La doctrine de la contagion est-elle un dogme pathologique? Si les faits d'expérience sur lesquels ce dogme est fondé laissent la moindre place au doute, la condamnation à l'ignorance relative prononcée contre les enfants peladeux est déjà moins légitime. Si ce dogme n'est qu'une de ces vérités dites de sens commun

(1) Lailleb. Instruction concernant les maladies contagieuses du cuir chevelu chez les enfants, à l'usage des parents, des instituteurs, institutriceset directrices d'écoles. {Revue d'hygiène et de ])olice militaire, 1885, p. 575.)

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touchant à peine à la probabilité, elle devient inexplicable.

Il me semble que la nosologie présente pas mal de points faibles et d'inconnues. Presque tout le monde croit et dit qu'il y a deux variétés de pelade, dont l'une au moins n'est pas contagieuse. Devant l'hygiène scolaire, il n'y en a qu'une, celle qui fait mettre les enfants à la, porte des écoles. Je crois, moi aussi, qu'il n'y en a qu'une, mais je ne pense pas qu'on soit autorisé à consigner... à la porte ceux qui en sont atteints, car je ne la crois pas contagieuse. Mon scepticisme n'est pas de pur sentiment. J'ai recaeilli jusqu'à ce jour 131 cas de pelade, — 100 avant mon premier mémoire et 31 depuis, — j'ai cherché la contagion par tous les moyens dont nous disposons : interrogatoires répétés sur les circonstances qui ont accompagné le début de la maladie, conditions de milieu, j'ai fait tout ce qu'il fallait pour savoir si chaque malade n'était pas devenu lui-même un foyer de contamination ; je n'ai pas obtenu une seule fois un résultat positif. Rien, absolument rien, ne m'a permis de soupçonner la contagion.

J'ai fait connaître à l'Académie ce que je pense de la transmissibilité de la vraie pelade. Je ne serais probablement pas revenu de sitôt sur ce sujet, si, tout récemment encore, je ne m'étais heurté à des difficultés engendrées par la croyance à la contagion.

A la rentrée dernière, un jeune homme, qui se destinait à une des grandes écoles du Gouvernement, se vit impitoyablement fermer le lycée où il avait, en grande partie, fait ses études, où il était resté plusieurs années, et cela parce que le médecin de l'établissement le déclarait atteint d'une affection contagieuse du cuir chevelu. C'était une

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affection contagieuse bizarre : elle existait depuis cinq ou six ans. L'enfant, qui avait vécu sans prendre aucune précaution avec ses camarades, n'avait donné la maladie à aucun d'eux ; et pourtant il lui était souvent arrivé de changer volontairement ou involontairement de coiffure avec eux. Ses parents me l'amenèrent ; j'examinai ses cheveux, et je ne trouvai pas de spores ; je portai le diagnostic pelade. Dans le cours de mon interrogatoire, j'appris que le même diagnostic avait été porté par deux dermatologistes distingués de Paris. Dans les antécédents, je ne découvris rien qui pût faire songer à une contagion. La dénudation avait commencé à se montrer sans que le malade eût jamais été en contact avec des peladeux. Ce qu'il y avait de plus frappant dans ses antécédents, c'était une impressionnabilité très grande, du nervosisme si l'on veut. Sa mère présentait les mêmes accidents nerveux à un degré très prononcé. La maladie avait disparu complètement deux ou trois fois et avait reparu ensuite sans cause apparente.

Dans ces conditions, je consolai la famille le mieux que je pus, lui promettant de faire une démarche près du médecin, que je connais personnellement et depuis longtemps, pour l'engager à lever son veto. Le diagnostic qu'il avait porté était exactement le même que le mien ; seulement, il croyait à la contagion de la pelade. J'eus beau employer les arguments qui me semblaient décisifs, insister sur les particularités du développement de la maladie; j'eus beau lui rappeler les faits que j'avais observés au lycée Saint-Louis, et que j'ai fait connaître à l'Académie (1). A tout cela, mon confrère répondait inva-

(1) Malgré les idées actuellement répandues, j'ai prié M. le proviseur

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riablement : « Ma conviction est bien arrêtée, j'ai vu des cas de transmission incontestable ». Mais, dans ces faits, le véritable critérium du diagnostic, c'est-à-dire l'examen microscopique, avait manqué ; la plupart étaient de date ancienne, quelques-uns remontaient à vingt ans ! J'en fus pour ma dialectique ; mon confrère garda sa conviction et maintint son veto. Il reculait devant une responsabilité que je lui offrais de partager, mais il en assumait une autre qui me paraît également sérieuse, celle de briser la carrière d'un jeune homme, en s'appuyant sur une doctrine pathologique battue en brèche de tous côtés.

Il est donc indispensable, Messieurs, que la lumière soit faite sur ce point. Je. suis disposé à faire bon marché de mon opinion personnelle, mais je demande pour cela la démonstration péremptoire qu'elle est fausse. Si elle est aussi probable ou plus probable que l'opinion contraire, on n'a pas le droit de causer un préjudice certain à des jeunes gens, sous prétexte de protéger les autres contre un préjudice problématique.

§ 2. Depuis ma communication du 8 février dernier, j'ai recueilli trente observations de pelade incontestable, dont voici la relation aussi succinte que possible :

Obs. I. — S... (Georges), âgé de sept ans, est amené à la consultation, le 8 février 1887.

Sa mère s'aperçut, il y a trois semaines, qu'il portait une plaque de pelade large comme une pièce de 5 francs

de maintenir dans l'établissement deux jeunes gens candidats à l'École Polytechnique atteints de pelade ; l'un d'eux est complètement guéri et l'autre en voie de guérison ; aucun de leurs camarades n'a pris la maladie.

HYGIÈNE PUBUQUE.

KTUDES d'hygiène PUBLIQUE

à la partie inférieure de la région occipitale. Cette plaque ne tarda pas à s'agrandir et à, s'étendre derrière et audessus de chaque oreille. Quelque temps plus tard, il s'en forma une troisième au milieu de la moitié postérieure du pariétal droit.

L'enfant est très impressionnable, mais il ne paraît pas avoir éprouvé d'émotion vive dans ces derniers temps. Il n'a jamais été en contact, au dire de sa mère, avec d'autres enfants atteints de pelade, et, de plus, il n'a pas discontinué de coucher avec son frère, qui n'a pas contracté la maladie. A l'examen microscopique, on ne découvre pas de spores.

Obs. il — B... (Marthe), âgée de six ans, vient à la consultation le 19 février 1887.

Elle présente au niveau de l'occipital une plaque de pelade achromateuse, arrondie, de 6 centimètres de diamètre et qui paraît remonter à quatre mois. Elle n'a jamais été en contact avec des peladeux et, depuis treize mois, elle a toujours couché avec une de ses sœurs sans lui transmettre sa maladie. Il a été impossible de découvrir sous quelle influence celle-ci s'est développée. Pas de spores à l'examen microscopique.

Obs. III. — L... (Louise), âgée de douze ans, se présente à la consultation le 26 février 1887.

11 y a un mois, on s'aperçut, en lui coupant les cheveux, qu'elle avait une plaque de pelade circulaire, ayant les dimensions d'une pièce de 5 francs, à quelques centimètres au-dessus et un peu en arrière de l'oreille gauche. L'enfant n'a eu, dans ces temps, aucune émotion vive.

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Elle ne semble pas avoir été en rapport avec d'autres enfants atteints de pelade ; en outre, elle a toujours couché avec sa sœur, qui est restée indemne de cette maladie. Rien de spécifique à l'examen microscopique des cheveux.

Obs. IV. — Schm... (Louise), neuf ans, — 23 mai 1887.

Il y a trois mois, apparition, au niveau de la région mastoïdienne, d'une petite plaque de pelade qui s'est agrandie peu à peu et présente maintenant 7 centimètres de long sur 5 de large. Antérieurement, elle n'avait pas fait de maladie grave et n'avait pas eu d'émotion forte. Il n'y avait pas d'enfants affectées de pelade, au dire de sa mère, parmi ses camarades, et aucune de celles-ci n'avait été prise de la même maladie. Examen microscopique négatif.

Obs. V. — D... (Berthe), huit ans, — même jour que la précédente.

Mère nerveuse, mais n'ayant jamais eu d'attaques convulsives.

Il y a deux ans, apparition, sans cause appréciable, au centre de la région occipitale, d'une plaque de pelade grande comme une pièce de 2 francs. Elle disparut au bout de trois mois.

Il y a six mois, nouvelle plaque au niveau de la fontanelle postérieure ; aujourd'hui, cette plaque est en voie de guérison ; mais à quelques centimètres au-dessous de celle-ci, il s'est formé une troisième plaque de 5 centimètres sur 4.

L'enfant ne paraît avoir communiqué sa maladie à aucune de ses camarades.

ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE

Pas de spores à rexamcn microscopique.

Obs. VI. — B... (Louise), treize ans, — 22 octobre

Née d'une mère nerveuse et très nerveuse elle-même, non encore menstruée. Pas de maladies graves, ni de traiimatismes avant la formation de plaques de pelade. Aucun contact avec d'autres enfants atteints de cette affection.

Il y a trois ans, légères démangeaisons sur quelques points du cuir chevelu, puis chute des cheveux à ces points et formation de plaques tout à fait dénudées.

La malade entre alors à l'hôpital Sainte-Eugénie et est traitée par le vésicatoire Bidet. Au cours de son traitement, elle contracte la teigne tondante.

En 1886, elle sort de l'hôpital complètement guérie de

ses deux affections.

Au mois d'août dernier, retour des démangeaisons, puis apparitions de nouvelles plaques de pelade. La maladie a commencé par la région pariétale droite, puis a envahi les régions frontale et occipitale du même côté.

L'entant vit avec ses deux sœurs, qui n'ont rien contracté de semblable. Pas de spores à l'examen microscopique.

Obs. vil — M... (Victor), dix ans, — 19 février 1887.

Il y a deux ans, cet enfant a reçu une grosse pierre sur la. tête, au niveau de l'angle antéro-supérieur du pariétal gauche. Quatre mois plus tard, il s'était développé à ce point une plaque de pelade de la grandeur d'une pièce de 5 francs. Celle-ci s'est agrandie peu à peu et,

LA PELADE ET l'ÉCOLE

aujourd'hui, elle s'est étendue à la moitié correspondante de la région occipitale. Jamais de rapports avec d'autres enfants atteints de la même affection. Rien de spécifique à l'examen microscopique des cheveux.

Obs. VIII. — Obr... (Nicolas), douze ans et demi, — 26 février 1886.

Père très nerveux, a eu dans sa jeunesse des plaques d'alopécie semblables à celles de son fîls.

Il y a huit mois, l'enfant fut tellement émotionné par l'avulsion d'une dent qu'il resta dans un état de stupeur pendant dix minutes ; six mois plus tard, on s'aperçut, en lui coupant les cheveux, qu'il avait, au niveau de la moitié droite de la région occipitale, une plaque de pelade arrondie, ayant un diamètre de 3 cent. Aucune apparence de contagion. '

A l'examen microscopique, pas de spores ; racines des cheveux recourbées en crosse, atrophiées comme il arrive souvent.

Obs. IX. — Met... (Thérèse), cinq ans et demi, — même date que le précédent.

Grande frayeur au mois d'août 1886 ; consécutivement apparition d'une plaque de pelade à la région temporale droite. Jamais de rapports avec des peladeux. Pas de spores à l'examen microscopique.

Obs. X. — Heg... (Louise), onze ans, — 5 mars 1887.

Large plaque de pelade à la région occipito-temporale droite ; sept autres plaques plus petites disséminées sur le cuir chevelu.

ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE

Il y a neuf mois, rougeole, puis chorée accompagnée de douleurs dans les articulations des doigts, des genoux et des cous-de-pied. Au cours de la chorée, les ongles des orteils se détachèrent. C'est au déclin de celle-ci que la pelade se déclara.

Depuis cette époque, l'enfant a été maintes fois en rapport avec d'autres petites filles, et elle n'a communiqué sa maladie à aucune d'elles.

Elle n'a jamais été en rapport avec des personnes atteintes de pelade. Pas de spores.

Obs. XI. — Roud... (Paule), douze ans, — vient à la consultation le même jour que la précédente.

Il y a dix-huit jours, en la peignant, sa mère s'aperçut qu'elle avait, à un centimètre et demi au-dessus et en arrière de chaque oreille, une petite plaque dénudée et assez douloureuse. A cette époque, l'enfant portait un peigne en fer cintré, appuyant fortemement sur le cuir chevelu aux points dénudés.

Aujourd'hui, ces plaques ont les dimensions d'une pièce de 1 franc et sont excoriées par suite des frictions énergiques faites avec une solution mercurielle qui avait été prescrite à la consultation d'un autre hôpital, dans l'hypothèse d'une pelade contagieuse. Or, la petite malade n'a jamais été en contact avec d'autres enfants affectés de pelade, et depuis le début des accidents elle a continué à jouer avec son frère qu'elle n'a point contaminé. Pas de spores.

Guérison complète le 16 avril.

Obs. XII. — G... (François), neuf ans, —22 mars 1887.

LA PELADE ET l'ÉCOLE

Son père est très nerveux et lui-même est fort impressionnable. Chorée il y a trois mois. Après la guérison de cette maladie, on s'aperçut qu'il avait, au niveau du bord supérieur du pariétal gauche, une plaque de pelade large comme une pièce de 2 francs. Il n'a jamais reçu de coup sur la tête et ne s'est jamais heurté pendant la durée des mouvements choréiques. Depuis longtemps, il couche avec son frère, auquel il n'a pas transmis sa maladie, et jamais il n'a été en contact avec des peladeux. Pas trace de spores.

Obs. XIII. — M... (Amédée), onze ans, — 14 mai 1887.

Père très névropathe, l'enfant aussi. Le 20 novembre, développement, au sommet de la tête, d'une plaque de pelade large comme une pièce de 2 francs. Cinq ou six jours auparavant, le petit malade s'était heurté violemment la tête en cet endroit contre une porte d'armoire entrouverte. Détail à noter : il couche avec son frère qu'il n'apascontagionné. Pas de spores à l'examen microscopique.

Obs. XIV. — D... (Paul), douze ans, — 14 mai.

Au mois de décembre dernier, violent coup de règle sur le milieu de la tête. Peu de temps après ce traumatisme, chute des cheveux à ce niveau et formation rapide d'une plaque de pelade ovalaire ayant 3 centimètres de long sur 2 de large.

L'enfant n'a jamais été en relation avec d'autres enfants atteints de pelade et jamais non plus il n'a transmis sa maladie à personne.

ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE

Obs. XV. — G... (Louis), cinq ans et demi, — 19 mai

Au commencement d'avril dernier, l'enfant a reçu un violent coup sur la tête. Environ trois semaines plus tard, apparition d'une plaque de pelade au même endroit.

Aujourd'hui, cette plaque a la dimension d'une pièce de 2 francs.

L'enfant n'a pas été en rapport avec des peladeux et il n'a communiqué sa maladie à personne. Pas despores.

Obs. XVL — B... (Julie), onze ans, — 19 mai 1887.

Apparition, vers le 10 mai dernier, de deux plaques de pelade situées à chaque région temporale, un peu audessus des oreilles. L'enfant portait un peigne cintré en fer qui comprimait le cuir chevelu à ses deux extrémités. Jamais de rapport avec des enfants peladeux. Pas de spores.

Obs. XVIL — Vrin... (Marguerite), neuf ans, —5 juin

Cette petite fille est atteinte de pelade depuis sept mois. Il est à noter qu'elle portait, avant le début de cette affection, un peigne de corne qui exerçait une compression msinifeste sur les tempes. En effet, chaque soir, en couchant son enfant, la mère remarquait que le peigne laissait toujours une empreinte à ses deux extrémités.

Aujourd'hui, on constate l'existence de deux plaques de pelade larges comme une pièce de 1 franc, un peu audessus et en arrière des deux oreilles.

L'enfant a un frère et des sœurs avec lesquels elle joue tous les jours sans leur transmettre sa maladie. Ajoutons

LA PELADE ET l'ÉCOLE

que tous ces enfants et leur mère se servent du même peigne.

Pas trace de contagion au début. Pas de spores à rexamen microscopique.

Obs. XVIir. — Row... (Jeanne), six ans, — 18 juin 1887.

Au commencement de ce mois, l'enfant commença à perdre ses cheveux au niveau de l'angle supérieur de l'occipital, dans l'étendue d'une pièce de 1 franc. En quatre jours, la plaque a été complètement dénudée. La seule cause probable, dans ce cas, est une vive frayeur qu'avait eue l'enfant à propos d'un chat qu'elle avait agacé, trois ou quatre jours avant la chute des cheveux. Pas de spores.

Obs. XIX. — R... (Maxime), — 18 juin 1887.

Cet enfant est très nerveux, ainsi que sa mère. Pendant les vacances de 1884, chute de cheval et vive frayeur. Peu de jours après, début, au niveau de la nuque, d'une plaque de pelade, qui atteignit les dimensions d'une pièce de 2 francs et dura deux mois environ. Au mois d'octobre 1886, apparition d'une seconde plaque siégeant également à la partie supérieure de la nuque.

L'enfant n'a jamais été en contact avec des peladeux. Il joue chaque jour avec ses frères et ses cousins, et ne leur a pas transmis sa maladie. Pas de spores ; atrophie notable des cheveux.

Obs. XX. — L... (Marthe), neuf ans, — 16 juillet 1887. Il y a onze mois, cette enfant a fait une chute dans un escalier et s'est blessée aux genoux. Elle a eu très

ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE

grand'peur. Un mois plus tard, au moment de sa rentrée à la pension, on s'aperçut qu'elle portait deux plaques de pelade, l'une à la région occipitn-pariétale gauche, large comme une pièce de 2 francs, l'autre, un peu plus petite, à la région pariétale droite.

La directrice lui permit néanmoins de rester dans l'établissement. Aucune de ses camarades n'a contracté la même maladie. Pas de spores. Lésion ordinaire de la pelade ; atrophie des cheveux, etc.

Obs. XXI. — S... (Jeanne), onze ans et demi, — 16 juillet 1887.

Fièvre typhoïde grave en août 1886. Pendant sa convalescence, on vit se développer, en deux ou trois semaines, au sommet de la tête et un peu à gauche, une petite plaque de pelade qui, actuellement, a les dimensions d'une pièce de 1 franc. Bientôt après, il s'en forma une autre, largecomme une pièce de 50 centimes, en arrière de l'oreille du même côté.

Cette petite fille n'a jamais été en contact avec d'autres enfants atteints de pelade et n'a communiqué à personne sa maladie. Pas de spores.

Obs. XXIL — A la fin d'août, on me montre un enfant de dix ans atteint d'une pelade qu'il avait' contractée, me dit-on, de deux de ses camarades, à peu près du même âge, avec lesquels il jouait souvent.

Désireux de m'assurer si ce fait était exact, j'allai voir les deux autres enfants. Ils portaient aussi, l'un deux, l'autre trois plaques de pelade : mais la contagion n'avait joué aucun rôle dans ces cas. J'appris que, cinq ou six

LA PELADE ET l'ÉCOLE <JoO

jours avant le début de leur maladie, ces enfants avaient taquiné un chien qui s'était jeté sur eux, sans les mordre toutefois, et leur avait fait une vive frayeur. J'ai suivi ces enfants ; ils n'ont transmis leur maladie à aucun de leurs camarades.

L'examen microscopique des cheveux ne révéla l'existence d'aucune spore.

Obs. XXIII. — M. L..., ingénieur, répétiteur dans une grande école du Gouvernement, vint me consulter cet été. Il présentait plusieurs plaques de pelade survenues rapidement à la suite d'un violent chagrin causé par la perte de sa fortune. Le directeur de l'école voulut d'abord lui en interdire l'entrée ; mais, sur ma demande, il lui permit de continuer 'ses fonctions à la condition de porter une calotte pendant le temps qu'il passait avec les élèves.

Il ne se souvient pas d'avoir été en contact avec des personnes atteintes de pelade et n'a communiqué sa maladie à personne.

Examen microscopique négatif.

Obs. XXIV. — M. F... (Jean), de Deuil, vient me consulter le 26 août de cette année. C'est un homme de quarante-deux ans, d'une bonne santé habituelle. Dans les derniers jours du mois de mars, il eut une violente querelle avec son frère, à propos d'une question d'intérêt. Cette querelle lui causa une contrariété d'autant plus grande qu'elle eut lieu devant de nombreux témoins. Quinze jours plus tard, il s'apergut que sa barbe tombait dans la moitié droite de la région sous-maxillaire droite.

236 ÉTUDES d'hygiène publique

Il s'y forma une plaque complètement dénudée, mesurant 4 centimètres en tous sens. Bientôt après une semblable plaque se développa dans la partie correspondante du côté opposé. A peu de temps de là, apparition de deux plaques symétriques larges comme une pièce de 1 franc, au niveau de l'angle supérieur de l'occipital. Enfin, il y a un mois, trois autres plaques, d'inégale grandeur, se sont montrées dans la région pariétale gauche.

Ce malade n'a pas discontinué, depuis le début des accidents, découcher dans le même lit que sa femme. Celleci n'a pas contracté l'affection de son mari.

Au commencement de juin, il est allé à la consultation de l'hôpital Saint-Louis, où on lui a dit qu'il était atteint de pelade. Le traitement prescrit fut le suivant : alcool camphré, 100 grammes ; essence de térébenthine, 18 grammes ; ammoniaque liquide, 4 grammes.

Rien de particulier à l'examen microscopique de la barbe et des cheveux.

Obs. XXV. — Ce même malade m'a raconté qu'un de ses amis, à la suite d'une violente émotion, avait été pris, il y a six ans, d'une pelade qui avait envahi successivement la barbe, les cheveux et les sourcils. Depuis cette époque, la dénudation est restée complète.

Bien qu'il eut constamment partagé le même lit avec sa femme, elle n'a point été contaminée.

Obs. XXVI (communiquée par M. le Régnier). — Un caporal dans le corps des pompiers de Paris, l"^'" bataillon, ¥ compagnie, se présente à la visite de M. le médecin-major Régnier vers la fin du mois de janvier 1887.

LA PELADE ET l'ÉCOLE <!o7

On constate, sur le côté gauche de la tête, une'plaque de pelade qui s'étend horizontalement de l'oreille à la nuque. Le malade, qui est pâle et anémié, est dirigé sur le Valde-Grctce et traité par l'iodoforme, le sublimé corrosif et le turbith minéral. Au bout de soixante jours de traitement, il part en convalescence. A son retour au corps, le 20 juin, il est complètement guéri.

Cet homme ne se rappelle pas avoir été en contact avec des personnes atteintes de la même affection. Il attribuait lui-même son mal à une émotion extrêmement vive qu'il a racontée à peu près en ces termes à M. Régnier :

« Huit jours avant de perdre mes cheveux, j'étais de service d'incendie : je tenais la lance de la pompe à vapeur et je me trouvais sur un toit en planches. Tout à coup, le toit s'effondre et je me trouve suspendu à ma lance au-dessus d'un trou profond de près de 10 mètres. Je me crus perdu. Je réussis à me tirer de là en grimpant le long du tuyau, mais j'eus une peine inouïe parce qu'il était mouillé. Le lendemain et les jours suivants je sentis une fatigue et un abattement tels que je n'en ai jamais éprouvés ; huit jours plus tard, mes cheveux tombèrent. »

Obs. XXVII. — Le 21 novembre 1887, un de mes élèves m'amène à l'hôpital un jeune homme de vingt et un ans, qui présente quatre plaques de pelade circulaires, dont une à la nuque, large comme une pièce de 1 franc, deux à la région frontale un peu plus grandes, et une quatrième dans la barbe, ayant la dimension d'une pièce de 50 centimes et située au niveau de l'articulation temporo-maxillaire. Il est à noter que toutes ces plaques correspondent à la moitié droite de la tête.

^-^O ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE

Les antécédents héréditaires et pathologiques de ce jeune homme ne présentent rien de spécial à signaler. Il n'a pas eu d'émotions vives dans ces derniers temps ; mais, comme il devait passer des examens l'été dernier, — il est étudiant en droit, — il s'est livré à un travail cérébral opiniâtre. Le 10 juillet, il constata chez lui l'existence d'une petite plaque dénudée dans la barbe, à l'endroit indiqué plus haut ; en même temps, il ressentait une notable fatigue oculaire du côté droit, empêchant tout travail. Cette fatigue est bien moindre aujourd'hui.

Au commencement du mois d'août apparurent les deux plaques qui s'observent actuellement sur la partie antérieure du côté droit du cuir chevelu. Ces plaques atteignirent en quelques jours les dimensions d'une pièce de 1 franc. Pendant les vacances, le malade dut cesser d'une façon absolue tout travail intellectuel.

Vers le 15 octobre, sur le conseil d'un éminent médecin, il commence à traiter l'affection comme une véritable teigne tondante par l'épilation faite autour de chaque plaque, ce qui les fait paraître plus grandes qu'elles ne sont réellement. C'est à ce moment qu'on reconnut l'existence d'une autre plaque à la nuque.

L'examen microscopique ne fît découvrir aucune spore. D'autre part, le malade nous affirme qu'il n'a jamais transmis sa maladie à ses frères, qui sont au nombre de sept, et avec lesquels il a souvent, en jouant, changé de coiffure, notamment un berret qui serrait fortement la tête (1).

(1) A ces faits, on peut ajouter une intéressante observation présentée à la Société de médecine interne de Berlin par le Léo (17 octobre 1887). U n homme de trente ans avait été atteint de pelade à l'âge de cinq ans.

LA PELADE ET l'ÉCOLE

Outre ces faits, j'en ai vu, à la même époque, trois autres au lycée de Vanves et un quatrième au lycée Saint-Louis. Dans tous ces cas, il s'agissait de pelades bien nettes et, sur mon conseil, les enfants furent conservés dans les établissements en question ; cette fois encore, nous n'avons pas eu à nous repentir de notre audace ; tous sont presque guéris et pas un seul de leurs camarades n'a pris la maladie. Je ne sais trop par suite de

A ce moment, il se développa de chaque côté de la protubérance occipitale une plaque arrondie, dont la surface est égale à, celle d'une pièce de 5 marcs. Deux ans plus tard, les cheveux avaient reparu et il ne restait plus qu'une petite plaque dénudée dans la région sous-occipitale. En janvier 1887, nouvelle manifestation peladeuse, une plaque large comme une pièce de 20 pfennigs se développe sur le menton, s'étend rapidement et l'envahit tout entier en trois semaines. En même temps apparaît une plaque semblable sur la moitié gauche de la lèvre supérieure . Quinze jours s étaient à peine écoulés que celle-ci était complètement dénudée. Plus tard, les sourcils, les cils la plus grande partie des cheveux commencent à tomber simultanément ; le malade se plaint de douleurs lancinantes dans les membres, de lassitude et de maux de tête violents en un point circonscrit du vertex. Ceux-ci disparaissent pnr l'administration de l'acide salicylique. Mais la céphalalgie ne disparut qu'après la chute complète des cheveux.

Arrivée à la policlinique le 13 juin.

La peau est lisse, de coloration normale et ne présente d'hyperhémie nulle part. La face et le tronc sont complètement dépourvus de poils et les cheveux clairsemés ; cependant on reconnaît encore facilement sur la tète et le pubis la forme arrondie des plaques dénudées . Les cheveux qui subsistent s'arrachent par la moindre traction, et un examen minutieux fait voir que quelques-uns sont rompus au-dessus du bulbe. Dans la suite le petit nombre des cheveux qui étaient restés tombèrent à leur tour, et tout le corps du malade fut complètement glabre. A part les douleurs en question, l'état général n'a jamais été troublé ; la sensibilité est demeurée intacte ; par contre, les réflexes rotuliens sont exagérés d'une façon notable. La recherche de micro-organismes pathogènes a été négative. Il paraît donc vraisemblable qu'il s'agissait d'une trophonévrose. {^Deutsche medioinische WochenscJirift, 1887, n° 43, p. 943.)

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quelle circonstance elle s'était développée chez eux ;jo l'ai rattachée surtout à des préoccupations d'examen ou de concours et à un travail cérébral exagéré. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il était impossible de soupçonner la contagion. Ces enfants, qui n'arvaient pris leur maladie de personne, ne la donnèrent pas davantage.

En somme, cela fait trente cas observés en moins d'une année. Si on les joint aux cent autres cas dont j'ai parlé dans mon précédent mémoire, on arrive au chiffre de cent trente et un (1). La maladie évolua chez des individus placés dans des conditions extraordinairement favorables pour qu'elle pût être communiquée : élèves internes du lycée, enfants couchant avec d'autres enfants, etc., et cependant jamais je n'ai vu se produire une contamination. De telle sorte, qu'en admettant, à priori, la dualité de la maladie, je suis obligé de donner pour chiffre de fréquence de la pelade contagieuse 0/131. Je laisse aux mathématiciens le soin de déterminer la valeur numérique de cette singulière fraction !

Du reste, Messieurs, si vous voulez bien me permettre d'attirer votre attention sur l'ensemble des trente derniers cas de pelade dont je viens de parler et les points qu'ils mettent le mieux en évidence, vous verrez que j'étais parfaitement autorisé à en tirer les conclusions que j'en ai tirées. Dans sept cas, je n'ai pu rattacher à aucune cause plausible l'origine de la maladie. Dans vingt-trois, il y avait eu des perturbations nerveuses récentes, auxquelles on n'aurait jamais hésité à rattacher un trouble de nutrition locale, s'il se fût produit ailleurs qu'au cuir chevelu.

(1) En comptant celui du jeune homme dont il a été question.

LA PELADE ET l'ÉCOLE 241

Or, je le répète, jamais il n'a été possible de relever la contagion, ni dans un sens, ni dans l'autre.

J'ai été heureux de voir que, depuis ma première communication, la question a été étudiée très sérieusement, très minutieusement, à des points de vue différents par plusieurs de nos confrères.

L'historique a été rappelé, cela va sans dire ; il est assez bien connu pour que je sois dispensé de le reprendre (1). Les auteurs auxquels je fais allusion sont des noncontagionnistes, d.es contagionnistes ou des incertains. Parmi les premiers, je dois mentionner M. le D'" Gaucher (2), qui admet complètement la théorie nerveuse. Par contre, M. Brocq (3), après avoirrapporté un cas decontagion probable, conclut à la dualité de la pelade et tire malheureusement de cette doctrine les conséquences prophylactiques que je m'efforce de combattre. La même opinion a été soutenue par deux élèves de mon savant collègue et ami, M. Vidal, mon adversaire, je le crains, dans cette circonstance ; tous deux (4) défendent la dualité. Ajoutons enfin une relation qui, au premier abord, paraît décisivej celle d'une épidémie de pelade observée

(1) Cet histoi-lque a été conduit jusqu'à ce jour par M. le D^" Thibierge dans une intéressante Eevuc critique : De la question de la contagion de la pelade {Annales do Dermatologie a de Si/]jhilwgra2}hic,lSS7, deuxième série, t. VIII, pp. 50-i et G30.)

(2) Gaucher (Ern.). De la non-coutagiou de la Y)e\aàe. (Bulletin médical, S avril 1887.)

(3) Brocq (L.). Doit-on considérer la pelade comme une affection contagieuse ? {Gaz. luhd. de Mcd. et de Chir., 13 mai 1887.)

(4) BuCHiN (Marcel). De la j^cladc, nature, traitement, prophylaxie. (Th. de doctorat, Paris, 26 janvier 1887.) — Loriot (Georges). Contrilution à Vètude de la 2}elade. (Th. de doctorat, Paris, 21 mars 1887.)

HYGIÈNE PDBLIQDE. Il — IG

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en 1886, dans la garnison de Montpellici' (1). J'en parlerai

tout à l'heure.

Quoi qu'il en soit, l'idée de la contagion perd un peu de terrain, en ce sens que personne n'ose plus, comme autrefois, déclarer que c'est l'origine, sinon unique, au moins ordinaire de la maladie. Au point de vue des résultats, c'est exactement la môme chose : il y a deux pelades, dit-on, dont l'une est individuelle et ne se transmet pas ; malheureusement, il est impossible de distinguer cette dernière variété de l'autre ; en conséquence, considérons-là comme une quantité négligeable. « Il faut, suivant M. Brocq, jusqu'à ce que le diagnostic soit possible, interdire l'entrée des écoles communes à tous les enfants atteints de pelade. » Cela revient à dire que si sur mille cas il y a un cas de pelade contagieuse, il faut les proscrire tous les mille, infliger un préjudice souvent irréparable aux neuf cent quatre-vingt-dix-neuf inoffensifs pour les besoins de la théorie !

J'avoue que les faits nouvellement publiés ne modifient en rien ma conviction. Je me bornerai à discuter le travail de M. le Coustan. Comme je l'ai dit, il paraît décisif au premier abord. L'épidémie se développe au 122^ de ligne, en garnison à Montpellier. Le diagnostic pelade porté par l'auteur est confirmé par MM. Paulet (de Lyon) et Masse (de Bordeaux). D'après M. Coustan, la maladie a été communiquée aux hommes surtout par les perruquiers, qui s'étaient servis de la même tondeuse pour leur couper les cheveux. Quelques-uns des

(1) Coustan. Epidémie de pelade achromateuse. {Revue d'hygwne et de police sajiitaire, 1887, p. 555.)

LA PELADE ET l'ÉCOLE 243

malades, une quinzaine environ, furent traités à l'hôpital. Là, les données étiologiques semblèrent moins nettes, moins décisives. Dans un mémoire présenté à l'occasion d'un concours, un interne des hôpitaux de Montpellier, M. Bourguet (1), ne trouva sur ces quinze cas qu'un seul fait où la contagion fût probable, et encore croit- il plutôt à une coïncidence qu'à une transmission véritable. Tous les malades dont il parle venaient du 122^ de ligne et faisaient partie de ceux qui ont servi à la statistique de M. Coustan. Comme on le voit, ce qui semble démonstratif à distance l'est beaucoup moins quand on y regarde de plus près.

Je ne prétends pas nier que les caractères morphologiques aient été ceux de la pelade achromateuse. On a même fait des examens microscopiques répétés. « Des débris épidermiques et des fragments de cheveux recueillis entre les deux peignes d'une tondeuse mécanique ayant servi récemment pour les peladeux furent examinés au laboratoire de l'École de Pharmacie. » Ces examens furent négatifs au point de vue des spores. Mais s'était-on mis dans les conditions nécessaires pour éviter toute erreur? Schûtz (2) a fait observer, avec raison, que chez les individus atteints d'une teigne tondante datant d'un certain temps et ayant été déjà soumise à un traitement, on ne trouve plus ni spores, ni débris de

(1) BouEGTJET (L.). La pelade dans la garnison de Montpellier pendant l'année 1887. [Gaz. Iwhd. des Sciences médicales de Motitjyellier, 26 mars, 2 et 9 avril 1887.)

(2) JosEF ScHTJTz. Beitrag zur Aetiologie und Synaptomatologie der Alopecia areata. [Monatsschrift fiir Praktische Lei'matologie, t. YI, 1887, n° 3.)

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mycélium. A ce moment-là, on pourrait porter, sans faire d'erreur, le diagnostic pelade. Si Ton relevait, dans l'his- .toire du cas, des faits de contagion, on en conclurait que la pelade est contagieuse : ce serait une erreur absolue. Le dernier diagnostic n'est pas faux, la transmission est hors de doute, mais cette transmission a eu lieu à l'époque où les tricophytes existaient encore.

Dans sept cas d'area Celsi typiques, cités par Schutz, dont le diagnostic avait été porté par lui et par d'autres dermatologistes, il fit des examens minutieux et répétés sur les cheveux du voisinage des plaques dénudées, en prenant les précautions indiquées par Sehlenet Eichhorst, et finit par trouver cinq fois des spores, deux fois des débris de mycélium tricophytique; il est possible que, s'il eût examiné seulement des cheveux restés sur une tondeuse ou des ciseaux, il n'eût rien trouvé du tout.

Avant le début de l'épidémie de Montpellier, deux soldats eurent une pelade d'une intensité particulière : « A partir de ce moment, les perruquiers des compagnies reçurent l'ordre de diriger sur l'infirmerie les hommes ayant des plaques suspectes sur le cuir chevelu. » La tondeuse avait mis ces plaques en évidence ; il y a tout lieu do croire que, sans cet ordre, les hommes seraient restés tranquillement dans leurs casernements et qu'il n'y eût eu aucune épidémie.

Malgré la rareté de la teigne tondante chez l'adulte, il est possible qu'il y en ait eu quelques cas dans la circonstance. Il pouvait y avoir aussi des reliquats d'anciennes teignes ou d'impétigo ulcéreux, devenus de simples dénudations péladiformes, puis des pelades vraies remontant à on ne sait quelle date, produites par

on ne sait quelle cause, mais décelées après la coupe des cheveux et lorsque l'attention des perruquiers a été dirigée de ce côté. Je n'ai pas besoin de rappeler à combien d'influences capables d'engendrer la pelade sont soumis les jeunes militaires : fatigues professionnelles, émotions, traumatismes mêmes ; car on ne peut guère supposer que les perruquiers, dans les régiments, aient la dextérité et la grâce des coiffeurs en vue du high-life contemporain.

Schûtz (1) a vu une petite plaie produite par la pointe des ciseaux amener une pelade dans la région occipitale. Il y a lieu de penser que si ce perruquier eût travaillé à la tondeuse, l'évolution des accidents eût été exactement la même.

On s'était donc trouvé, à Montpellier, pour employer une partie des termes dont s'est servi notre honorable confrère de l'armée, en présence d'une « maladie du cuir chevelu de nature parasitaire et contagieuse » — parasitaire..., mais chez aucun malade on n'a constaté de parasites ! contagieuse... à partir du jour où les perruquiers recherchèrent, par ordre, les plaques dénudées sur la tête des soldats !

Il me paraît inutile de revenir sur l'étude complète de la pathologie de la pelade. Vous savez où en est la question.

D'une part, les recherches micrographiques n'ont rien appris : on n'a pu réussir à trouver ni champignon, ni microbes spécifiques. Des micro-organismes, un instant

(1) JoSEF ScHUTZ. Ein Fall Von Alopecia iieurotica. {Monatsschrift fur Dermatologie, t. YI, 1S87, n° 7).

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regardés comme la cause de la maladie, ont été cultivés avec succès ; on les a inoculés et on n'a rien obtenu. Les méthodes nouvelles sont restées complètement stériles.

D'autre part, l'expérimentation entreprise à un point de vue différent a donné des résultats opposés. Max Joseph (1) a réussi à produire des pelades à la suite de sections nerveuses, et Mibelli (2), de Sienne, vient d'en déterminer par le même procédé. Il faut avouer, toutefois, que l'expérience est très difficile sur des animaux de petite taille, à filets nerveux ténus, comme les lapins et les cobayes. On réussirait probablement mieux sur les grands mammifères, tels que le cheval ou le J3œuf.

On a vu la maladie apparaître à la suite de perturbations nerveuses brusques, de chagrins violents, d'émotions inattendues, de grandes frayeurs, comme chez deux de nos cas (l'enfant qui a eu la pelade après une vive frayeur en traversant de nuit le bois de Boulogne (3) ; le pompier exposé à tomber dans un brasier (obs. XXVI). On l'a vue succéder à des maladies intéressant l'équilibre général du système nerveux, la fièvre typhoïde, la scarlatine, la chorée, la migraine, des névralgies, la paralysie générale, etc. ; on l'a vue après des traumatismes. Ces observations ont la valeur d'expériences.

Les faits cliniques sont contradictoires relativement à la contagion. Il est certain que des peladeux n'ont pas communiqué leur affection aux personnes avec lesquelles

(1) Max Joseph. Zur Aetiologie der Alopecia areata. [Centralhlatt fur die mcdlcinischen Wixxenscliaften, 1886, p. 178.)

(2) Berliner Klhùsch; Woehcnschrift, 1887, p. 808.

(3) A. OliLlYiu^H. La pelade et l'école. (Revue d'hygiène, 1887, p. 555.)

LA. PELADE ET l'ÉCOLE

ils couchaient; c'était la règle absolue dans les cas que j'ai observés. Il y a eu des changements réciproques de coiffure ; le même peigne a été employé successivement par plusieurs personnes dont une avait la maladie ; souvent, lorsqu'il s'agissait de femmes ou de petites filles, l'usage en a été prolongé et non momentané; jamais il n'y a eu de transmission. Si l'on envisageait la question par ce seul côté, personne ne douterait ou ne songerait à douter ; mais on a vu des cas dans lesquels le développement de la maladie était tel qu'il conduisait directement à l'idée d'une contagion. Il y a des observations qui semblent probantes, rapportées par les dermatologistes les plus distingués, MM. Hardy, Hillairet, Lailler, Besnier, Vidal, etc. Certaines relations anciennes peuvent être récusées parce que l'examen histologique n'a pas été fait ou l'a été d'une manière imparfaite. Dans d'autres cas, il est possible qu'au moment où les malades ont été examinés, les spores tricophytiques fussent devenues très rares. Il a paru arriver aussi que l'enquête relative à l'origine de la maladie n'ait pas été faite avec toute la minutie nécessaire pour qu'il fût permis de donner la contagion comme cause unique. J"ai parlé d'un fait (obs. XXII) dans lequel on m'avait déclaré qu'un enfant avait gagné la pelade de deux de ses camarades atteints antérieurement de cette maladie, tandis que, en réalité, ils avaient été pris tous les trois en même temps à la suite d'une même cause, une frayeur très vive. Enfin, il est probable que, dans d'autres cas, il y a eu coïncidence, mélange de pelade et de tondante chez le même individu. Je ne veux pas cependant tout faire rentrer dans le cadre que je viens de tracer. Peut-être existe-t-il une affection du cuir che-

velu, distincte des teignes connues jusqu'à ce 'jour, présentant les carçictôres objectifs ordinaires de la pelade et produite par un parasite encore inconnu, autrement dit une peladoïde contagieuse. Si elle existe, — car c'est encore une hypothèse pour moi, — elle doit être extrêmement rare. Je l'ai cherchée avec tout le soin possible depuis sept ans à l'hôpital Saint-Louis ainsi qu'aux Enfants-Malades, et je n'ai pu la rencontrer.

Quoi qu'il en soit, il me paraît bien établi que la pelade non contagieuse est la règle, et la peladoïde transmissible une rare, très rare exception.

Examinons maintenant quelles conséquences hygiéniques on a tirées, pour l'école, de toutes ces données.

Un enfant reçoit un coup de pierre sur la tête : les cheveux, comme il arrive parfois, tombent dans une zone plus ou moins étendue : pelade, exclusion de l'école.

Un autre est soigné pour une chorée ; les mouvements convulsifs ont disparu, la guérison est complète ; il ne reste plus comme épilogue qu'une plaque dénudée du cuir chevelu : pelade, exclusion de l'école.

Un troisième a eu une fièvre typhoïde à forme ataxique, quia laissé des lacunes dans la chevelure : pelade, exclusion de l'école.

La frayeur, les chagrins, le surmenage, etc., peuvent faire tomber les cheveux. Malheur à ceux auxquels pareil accident arrive, la porte de l'école sera fermée pour eux jusqu'à ce que la plaque de pelade ait disparu. Tant pis si la maladie dure deux ans ; on a prononcé le mot (( contagion » et la frayeur qu'il provoque légitimera toutes les proscriptions.

Il me semble pourtant que si, d'un côté, on est sûr de

causer un préjudice en agissant d'une certaine manière, et si, d'un autre, on n'est pas sûr d'en causer un en agissant autrement, le choix ne saurait être douteux.

Comme je viens de le dire, je veux bien faire une concession à mes honorables confrères qui ne partagent pas mon opinion, et admettre que certaines affections décalvantes du cuir chevelu appelées encore aujourd'hui, faute d'un nom plus précis, des pelades, peuvent être- contagieuses. En revanche, on m'accordera bien, j'espère, qu'elles sont rares et que leur contagiosité est tout à fait irrégulière... pour ne pas dire singulière. Contagieuses dans le milieu où se trouvent les malades, elles cessent de l'être lorsque ceux-ci rentrent dans leurs familles (1) ! A mon avis, il n'y a pas plus de raison de tenir hors de l'école tous les enfants suspects de tuberculose.

Il me semble qu'en prenant certaines précautions très simples, on peut fort bien éviter une quarantaine aussi dure que celle qui a été prescrite jusqu'à ce jour.

Aussitôt qu'on se trouve en présence d'une dénudation du cuir chevelu, on doit procéder à des examens minutieux et répétés avant d'ouvrir les portes de l'école.

Lorsque le diagnostic pelade est bien établi, on peut encore donner en toute sûreté de conscience la libre pratique, du moment qu'il est possible de raitacher la maladie à une cause nerveuse certaine.

Dans les cas dont l'étiologie est plus obscure, il suffira

(1) « Notre épidémie ressemble singulièrement à celle de Nogent, observée par Gillette en ISij'J. De même qu'à cette époque, les enfants mali^des ne contaminèrent personne dans leurs familles ; de même nos peladeux, traités à l'inarmerie, ne donnèrent la maladie à personne autour d'eux. » (COUSTAN, loc. cit., p. 5G7.)

250 ÉTUDES d'hygiknk publique

d'exercer une surveillance particulière sur les enfants, tout en les soumettant à un traitement ; il faudra les isoler autant que possible au dortoir, les isoler aux classes et aux études, leur recommander de ne pas changer de coiffure, de ne pas se servir des mêmes brosses, des mêmes peignes , leur faire tenir la tête couverte constamment. Notons qu'il s'agit d'enfants ou déjeunes gens redoutant une absence prolongée.

Si, au lieu des écoles communales ou des écoles secondaires, il était question des salles d'asile , et des écoles maternelles, je serais le premier à admettre l'exclusion dans les cas suspects, parce qu'elle simplifie la prophylaxie et n'a aucun inconvénient pour l'intéressé.

En définitive, ce que je demande pour les écoles ressemble, à bien des points de vue, à ce que font pour les soldats les médecins militaires qui croient encore à la contagion. Ils surveillent les malades, les isolent à l'infirmerie ou à l'hôpital. S'ils proposaient la mesure radicale admise pour les lycées, il est probable que la nosologie s'enrichirait d'une variété nouvelle de pelade : la pelade simulée.

L'Académie, qui renferme dans son sein tant de dermatologistes éminents,que l'on consulte avec si juste raison dans toutes les questions d'hygiène publique, l'Académie voudra bien , je l'espère, s'intéresser à celle-ci, en faire l'objet d'une discussion approfondie, et, si elle le juge convenable, proposer une nouvelle instruction, un nouveau règlement au sujet des peladeux.

Ce n'est pas là, du reste, Messieurs, une question isolée etaccidemelle. A mesure que la science progresse, les prescriptions hygiéniques doivent être modifiées. Telle

qui semblait au-dessus de la discussion, vieillit et devient superflue dix ans plus tard. De notre temps, l'école a pris une telle importance que rien de ce qui lui touche ne saurait nous être indifférent. Il est bon, je crois, toujours et en toutes circonstances, pour toutes les maladies contagieuses, d'indiquer de quelle manière se fait la contagion, de quelle manière et pendant combien de temps doit se faire l'isolement.

Dans la séance du 27 septembre, plusieurs de mes collègues m'invitèrent à formuler des conclusions au sujet des mesures prophylactiques à prendre contre la pelade. Je répondis à leur invitation dans la séance suivante :

:° Les élèves des grandes écoles du gouvernement, des établissements d'instruction primaire ou secondaire, atteints de pelade seront soumis, aussitôt après la découverte de la maladie, à une enquête médicale approfondie permettant d'en fixer la nature et les origines.

Il va sans dire qu'un examen microscopique minutieux fera nécessairement partie de cette enquête.

2° Les pelades développées immédiatement à la suite de traumatismes, d'affections générales graves, d'ébranlements nerveux consécutifs à des accidents, à des frayeurs subites, ne doivent pas être considérées comme des causes d'exclusion ou même d'isolement.

Lorsqu'il sera prouvé, par des témoignages sérieux, par des certificats de médecins ou autrement, lors de la découverte de la pelade, que cette affection remonte à plusieurs mois, que l'enfant a vécu au milieu d'autres enfants

253 ÉTUDES d'hygiène publique

soit à l'école, soit dans la famille, sans qu'aucun d'eux n'ait été contaminé, la maladie ne pourra encore donner lieu à aucune mesure d'isolement.

4° En dehors des conditions prévues par les paragraphes précédents, les enfants peladeux pourront être conservés dans les établissements d'instruction publique, à la condition toutefois que les parents admettent qu'ils soient soumis aux précautions indiquées ci-dessous.

a. Les pensionnaires coucheront soit à l'infirmerie, soit, lorsque la disposition des locaux le permettra, dans la partie spécialement désignée et isolée du dortoir.

Il sera recommandé au surveillant de veiller à ce que les autres élèves n'emploient ni la coiffure, ni les peignes ou brosses des peladeux.

b. A l'étude ou aux classes, les peladeux garderont la tête couverte et seront placés à une table ou sur des sièges à part.

Il sera recommandé spécialement aux enfants de ne pas enlever leur coiffure, ni surtout de l'échanger avec leurs camarades.

c. La suppression des mesures d'isolement n^aura lieu que sur l'avis motivé du médecin de l'établissement.

cl. Il est bien entendu que dans le cas d'impossibilité de mettreen vigueur les mesures précédemment indiquées, le proviseur pourrait, soit ne recevoir que comme externe un élève auparavant pensionnaire, soit prononcer l'exclusion temporaire telle qu'elle se pratique aujourd'hui.

5° Ces dispositions ne sont pas applicables aux écoles maternelles et aux dernières classes des écoles communales, et cela parce qu'étant donné lage des enfants, une exclusion temporaire n'a pas les mêmes inconvénients

LA PELADE ET l'ÉCOLE

que plus tard, et qu'en outre l'application des mesures précédemment indiquées serait impossible pour la même

raison.

J'avais pensé qu'avant de prendre de nouvelles mesures ou plutôt de modifier les mesures antérieures, l'Académie se prononcerait sur la contagiosité de la maladie ; je ne pus longtemps conserver cet espoir. Les arguments apportés par MM. Hardy et Besnier, en faveur de la contagion, ne réussirent pas mieux que les miens à obtenir une conclusion en faveur d'une opinion ou d'une autre. L'Académie trouva les éléments apportés insuffisants pour se prononcer d'une manière définitive, et elle remit son verdict à plus tard. En attendant elle renvoya à une commission (1) l'étude des mesures à prendre à l'égard des enfants atteints de pelade.

Au cours et à la suite de la discussion qui a eu lieu à l'Académie J'ai reçu, sans' les avoir réclamées, des lettres de plusieurs de mes confrères de province relativement à la non contagion de la pelade; quelques-uns sont mes anciens élèves ; d'autres m'étaient inconnus avant la discussion. En m'écrivant, ils se proposaient simplement de me fournir de nouveaux arguments en faveur d'une conviction qu'ils partagent.

Voici, entre autres, un extrait d'une lettre que m'adressait le 22 décembre 1887, le Hamaïde, de Fumay (Ardennes) :

(1) Commission composée de MM. Hardy, Bergeron, Fournier, Cornil, Ernest Besnier, Bucquoy, Ollivier, auxquels furent adjoints ultérieurement MM. Leroy de Méricourt, Vallin et Vidal.

ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE

« J'avais admis la contagion comme cause déterminante de la pelade; cependant j'avais été frappé de ce lait qu'aucun des malades à qui j'ai donné mes soins ne pouvait m'indiquer l'origine de son mal et qu'aucune des personnes en contact journalier avec eux n'avait contracté la maladie. Aussi, au commencement de cette année, quand la question de la non contagiosité a été soulevée par vous, j'avais noté sur une feuille volante que je retrouve dans mon agenda, les noms de quelques clients soignés dans les dernières années et le nombre des personnes de leur famille vivant ensemble dans un logement bien souvent très restreint ; il se trouve que dans l'énumération le cas de pelade est toujours unique. Je vous transmets ces noms sans grand commentaire, en vous priant d'observer d'une façon absolue le secret professionnel, qui, sans importance pour beaucoup d'entre eux, pourrait être indispensable pour quelques-uns.

1° Petit garçon de 9 ans, dont la tête était tellement dégarnie de cheveux que ses camarades d'école l'appelaient : tête de veau. Cet enfant et ses parents ignoraient l'origine de la maladie. La famille, composée du père, de la mère et de deux autres enfants, reste indemne.

2" Chauffeur au chemin de fer. Pelade d'origine inconnue. Sa femme et ses enfants restent indemnes.

3" Chauffeur dans une ardoisière. Pelade d'origine inconnue. Sa femme et ses enfants restent indemnes.

4° Ouvrier dans une ardoisière, 18 ans. Son père, sa mère, ses cinq frères et sœurs restent indemnes.

5° Employé de chemin de fer (service d'exploitation). Pelade d'origine inconnue. Sa femme et ses trois enfants restent indemnes.

LA PELADE ET l'ÉCOLE

6" Cultivateur. Pelade de cause inconnue. Sa femme et ses enfants restent indemnes.

7° Garde-champêtre. Pelade de cause inconnue. Ses enfants restent indemnes.

go ]\/[iie Pelade de cause inconnue. Ni son père, ni sa mère, ni sa sœur n'ont contracté la maladie.

9° Ardoisier. Pelade de cause inconnue. La femme et trois enfants restent indemnes.

10° Enfant. Pelade de cause inconnue. Le père, la mère, 4 frères et sœurs, âgés de 23 ans, de 15 ans, de 13 ans et de 3 ans, restent indemnes.

11° Garde- forestier. Pelade extrêmement étendue; les poils du tronc et des jambes sont eux-mêmes tombés. Sa femme et ses deux enfants ne sont pas atteints.

12° A., passeur de la rivière. Pelade de cause inconnue. La femme et plusieurs enfants ne sont pas atteints.

13° Enfant. Pelade d'origine inconnue. Ni le père, ni la mère, ni les trois frères et sœurs ne sont atteints.

14° Ardoisier. Pelade de cause inconnue. Sa femme et ses deux enfants restent indemnes.

15° Adulte. Pelade de cause inconnue. La femme et plusieurs enfants restent indemnes.

16° Ardoisier, 54 ans. Pelade. Sa femme et ses enfants restent indemnes.

17° Petite fille de 4 ans. Pelade. Ni son père, nisamère, ni sa grand'mère, ni ses deux frères âgés l'un de 13 ans, l'autre de 11 ans ne sont atteints.

18° Brasseur. Pelade de cause inconnue. Femme et enfants indemnes.

19° Fille adulte. Pelade. Mère reste indemne.

ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE

20° Garçon de 9 ans. Pas de pelade, ni chez son père, ni chez sa mère, ni ses 4 frères et sœurs.

21° Ardoisier. Sa femme et ses enfants restent indemnes.

2-2° Ardoisier. Son père, sa mère, 4 enfants restent indemnes.

23° Homme adulte. Pas de contamination dans la famille.

24° Brasseur. Pelade dans la barbe. Une de ses filles a eu une plaque arrondie caractéristique dans les cheveux, le petit garçon a eu aussi une plaque dans les cheveux, ainsi que la bonne. Mais il y a entre le premier et le second cas un intervalle de quatre ans et entre le deuxième, le troisième et le quatrième au moins un an entre chacun.

Voilà le résultat de ma pratique que je tiens à vous signaler. Je connais particulièrement, comme on connaît à la campagne après 24 années de pratique médicale, toutes les personnes dont je parle ci-dessus.»

Le lendemain même je recevais d'un de mes confrères de Cannes, le Pouzet, la lettre suivante :

« Je viens vous apporter les faits qu'une pratique de 8 ans m'a permis d'observer. J'ai souvenir très net de 9 cas de pelade plus ou moins étendue; cinq seraient favorables à la contagion.

1° Une dame de 48 ans, vivant avec ses deux enfants est seule atteinte.

2° Une jeune fille de 10 ans est prise de pelade sans cause connue (il n'y en avait pas un seul cas dans la pension où elle allait). Elle est seule atteinte.

LA PELADK ET l'ÉCOLE

3° Un employé de bureau atteint de pelade ne la communique pas à sa femme dont il continue de partager le lit.

4" (Le fait rapporté ici ne prouve rien ni pour ni contre la contagion).

5° Un ouvrier mineur atteint de pelade loge dans une chambre commune avec plusieurs de ses camarades. Il reste seul atteint.

Les trois derniers cas seraient favorables à la contagion, mais avec une restriction que la pelade a coïncidé avec la chorée. Us sont relatifs à trois jeunes filles du même pensionnat et voisines de classe.

1° L'une présenta avec sa pelade des accidents nerveux que je n'ai pas suivis, n'étant pas le médecin de la famille, mais qui l'ont empêchée de suivre ses cours pendant quelque temps.

2° La seconde a eu avec sa pelade une chorée rebelle très intense qui a duré près d'un an.

3o La troisième a eu également une chorée tellement grave qu'elle a succombé au bout de quelques mois h l'inanitiation et à l'épuisement. »

Ces trois faits dans lesquels mon correspondant croit qu'on peut soupçonner la contagion me paraissent au contraire intéressants au point de vue de l'origine nerveuse et trophonévrotique de la maladie. J'ai eu plusieurs fois, en effet, l'occasion de voir également la pelade se développer dans le cours de la chorée. Dans les cas du D"^ Pouzet les accidents étaient assez graves pour expliquer des troubles de nutrition du cuir chevelu.

Aux faits que je viens de relater, je puis en ajouter encore deux que je relève dans la lettre qu'un de mes an-

HYGlfcSE PDnt.IQUE. II -jj

ÉTUDES p'ilYGlÈNE PUBLIQUE

ciens élèves, médecin aide-major, m'écrivait de Constantiiie vers la même époque ; naturellement il me communiquait des faits en, rapport avec la discussion alors ouverte à l'Académie. Le plus caractéristique est celui d'un sous-officier de la prison de Constantine qui avait remarqué, non sans étonnement, il y a environ trois ans, que sa barbe était tombée sur une surface large comme une pièce de 50 centimes et située un peu en dehors de la commissure labiale droite. Quelque temps après, se développa une seconde plaque sur le sommet de la tête, puis une troisième, correspondant exactement à la première, au niveau de la commissure labiale gauche. Peu à peu les plaques s'agrandirent et la calvitie finit par devenir complète. Ce sous-officier, dont la santé antérieure avait toujours été excellente, n'avait jamais eu de rapports d'aucune sorte avec des peladeux; il est absolument catégorique à cet égard; depuis des années il se faisait couper la barbe chez le même coiffeur et celui-ci n'a pas souvenir d'avoir eu dans sa clientèle de malade affecté de pelade. Ne supposant pas que sa maladie pût être contagieuse, il ne changea en rien ses habitudes en ce qui concerne sa barbe et sa chevelure ; personne ne fut atteint. Ni la femme ni les enfants du malade n'ont présenté la moindre dénudation du cuir chevelu. Dans le même bâtiment logeaient sept ou huit familles ayant un assez grand nombre d'enfants; les rapports étaient quotidiens, et aucune précaution ne fut prise. Malgré tout cela le cas du sous-officier resta absolument isolé.

Il me paraît difficile de songer par les faits de cette nature, et ils sont nombreux, à une affection transmissible par contact direct d'individu à individu.

LA PKLADE Eï l'ÉCOLE

Le jeune médecin, à l'obligeance duquel je dois ce renseignement, a pu suivre de plus près encore un autre malade, savoir jusqu'à quel point il s'était exposé à la contagion. Cet autre malade, c'était lui-même. Fait de contagion caractéristique, pourrait-on dire. C'est en soignant le sous-officier de la prison militaire qu'il a pris les germes du mal. Malheureusement pour cette ingénieuse donnée il est survenu dans Tintervalle un épisode capable de modifier la valeur relative des facteurs étiologiques. Notre confrère prend une fièvre palustre avec accès pernicieux au mois de novembre 1886 ; il est obligé de cesser son service, de rester deux mois à l'hôpital pour des accidents graves d'anémie, puis d'aller passer deux autres mois, en France, en congé de convalescence. Ce fut seulement vers la fin de son séjour à l'hôpital qu'il s'aperçut de l'existence d'une plaque de pelade à la nuque ; il s'en aperçut parce qu'il avait un peu de prurit au même endroit. D'autre part, il est parfaitement sûr que rien de semblable n'existait chez lui avant son entrée à l'hôpital. Singulière contagion que celle qui aurait eu besoin pour notifier son existence d'appeler à son aide un accès pernicieux, l'anémie palustre et un séjour de deux mois à l'hôpital! Il faudrait admettre alors que les agents morbigènes présentent une phase de vie latente dont il ne sortiront presque jamais, si un accident pathologique bruyant ne vient réveiller leur vitalité et mettre leur activité enjeu.

Voici une autre observation que je dois à l'obligeance d'un de nos confrères de Paris.

Au commencement de l'été dernier (1887) il s'aperçut avec stupéfaction que de nombreuses plaques de pelade s'étaient développées sur son cuir chevelu, à la région

ÉTUDES d'hygiène I^UIILIQUE

postérieure de la tête, sur le sinciput et les régions temporales. Elles augmentèrent rapidement de surface ; l'une d'elle acquit bientôt les dimensions d'une pièce de 2 francs. C'était bien une pelade ; des cheveux pris au pourtour des plaques et examinés par un micrographe très exercé ne présentèrent aucune trace de parasite. Notre confrère est certain qu'à ce moment il n'avait aucun peladeux dans sa clientèle. Parfaitement au courant des discussions relatives à la nature et au caractère contagieux de la maladie, il rechercha avec soin toutes les circonstances capables de le renseigner. Sous l'influence d'un traitement approprié, cette] maladie était à peu près guérie vers la fin de l'été. Une petite plaque se montra au commencement de l'hiver.

« Était-ce le collet de fourrures que j'avais quitté au printemps et repris à l'automne, se demande mon confrère dans la lettre qu'il a bien voulu m'écrire à ce sujet, qui avait été le véhicule du parasite? Je ne sais. Ne serait-ce pas plutôt la mauvaise habitude que j'avais de déposer mon chapeau de jardin sur une chaise où les chats viennent habituellement faire leur somme. »

La réserve formulée par M. le F. est légitime. Personne que je sache n'a songé à faire de la pelade une maladie transmise des félins et particulièrement du chat domestique à l'espèce humaine. Il regarde, comme plus étroitement liés à la dénudation du cuir chevelu, des phénomènes qu'il a éprouvés à Fépoque où elle débuta et même auparavant. Il était fatigué, avait de l'insomnie ou dormait d'un sommeil troublé par des rêvasseries si pénibles qu'elles avaient retenti même sur la mémoire.

Il est probable que ces troubles nerveux avaient eu plus

LA PELADE ET l'ÉCOLE

d'influence sur la nutrition du cuir chevelu que les parasites problématiques déposés sur la chaise par les chats au moment de leur sieste.

Les considérations que j'ai présentées à l'Académie ont eu un double avantage : elles ont déterminé l'intervention de dermatologistes éminents , tels que MM. Hardy , Ernest Besnier, Fournier, Leloir, etc. Le rapport lu par M. Besnier dans la séance du 31 juillet est une véritable monographie qui fera certainement époque dans Tétude de la pelade. J'ai eu la satisfaction de voir que le savant rapporteur, mon adversaire au point de vue doctrinal, était entré dans mes idées pour ce qui concerne la prophylaxie de la maladie et les modifications à apporter aux règlements sanitaires en vigueur. Les conclusions suivantes ont été votées à l'unanimité sur sa proposition.

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