CHANGE ET COMMERCE DES METAUX PRÉCIEUX
nouvelles se fait toujours — et la dépréciation des espèces en circulation, presque toujours— aux dépens des nationaux euxmêmes, aux dépens du commerce et de l'industrie, que l'État a pour mission de défendre et de favoriser.
L'expérience a du reste montré que de pareilles spéculations étaient aussi funestes par leurs conséquences économiques, que mauvaises par leur portée morale. Jamais elles ne furent poussées aussi loin, en Alsace et en Allemagne, qu'à la fin du xvi« et au commencement du xvii* siècle. A quoi aboutirentelles? A la crise financière de 1622 et 1623, aussi sensible pour l'Allemagne, que le fut pour la France la chute des assignats.
Ce Chapitre se divise ainsi en deux sections.
La première est consacrée au commerce des métaux précieux. Elle expose les lois générales qui le règlent, et les conventions particuhères qui le modifièrent dans la suite. A ce tableau se rattache l'indication des prix* qui furent payés pour l'or et l'argent, selon les temps et les lieux.
Dans la seconde, nous parlerons du Change, des Changeurs, et des cours qu'obtinrent en Alsace les espèces étrangères. Nous avons hésité quelques temps sur la place que ces développements devaient occuper dans notre livre. Comme source d'approvisionnement pour les ateliers monétaires , le Change rentre dans ce Chapitre. Comme évaluation des monnaies étrangères, il suppose la connaissance des monnaies locales, et devrait ne venir qu'après ces dernières.
Après mûre réflexion , il nous a semblé préférable de réunir ici toutes les données de Change, que nous avons pu rencontrer. Lorsqu'elles se bornent à un simple tarif, nous le traduirons en francs et en centimes , d'après la valeur que nous constaterons plus loin pour les espèces alsaciennes. Lorsqu'elles y joignent les essais qui doivent justifier l'évaluation, nous les calculerons d'après la méthode moderne. Le lecteur verra alors, quel est en millièmes le titre de chaque monnaie, son poids brut, le poids du métal précieux qu'elle renferme, sa valeur intrinsèque (estimation du poids net d'après le prix de l'argent à 198 fr. 50 les 900 grammes), la valeur de Change qu'elle devrait obtenir d'après le cours des espèces locales , enfin la valeur de Change que les tarifs lui accordent.
De cette manière chacun pourra se rendre compte des
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principes qui interviennent dans la détermination du Change. En même temps, les Numismatistes des provinces voisines profiteront de toutes les lumières , que nos Archives peuvent jeter sur le monnayage de leur patrie.
Première Section.
Commerce des métaux précieux.
Statuts Strasbourgeois du xii* siècle. — Statuts bâlois du xm« siècle. — Munizordnungen duxi.' siècle. — Achats d'argent au dehors. — Lois contre l'exportation. — Traités avec les 34ines. — Conflits avec les Mines. — Silberkeuffer. — Concessions faites aux Mines. — Ensishcim absorbe leurs produits. — Hausse successive de l'argent. — Affaiblissement des espèces.
Statuts Les plus anciennes lois sur le commerce deTargent, sont en
sTRASBouR- même temps des règlements de Change. Cette confusion est
GEois facile à expliquer. Les lingots servaient à cette époque dans
^ ^" ^ les paiements. Comme il n'existait alors , en Allemagne,
XII SIECLiË. *^
que très peu d'or; comme, d un autre côté, les espèces d'argent n'avaient qu'une valeur locale, les voyageurs et les négociants , pour éviter des pertes trop sensibles , soldaient leurs comptes à l'étranger avec de l'argent en barre.
Cette observation nous aidera à comprendre les textes qui vont passer sous les yeux du lecteur.
Dans le vieux code municipal de Strasbourg (xii« siècle) il est dit :
Art. 64 € Au lieu où siègent les changeurs, nul ne doit acheter de l'argent, sauf ceux qui frappent des deniers. Dans le reste de la ville chacun peut vendre ou acheter de l'argent, à moins que cela ne soit interdit à cause d'une nouvelle monnaie. »
Art. 73. « Tout monnayeur habitant au dehors de la ville, qui y achète de l'argent, en doit payer le droit de monnaie. >
Quelque vague qu'il soit en apparence, ce langage ne se prête à aucune équivoque. Chacun pouvait apporter (vendre) ses lingots chez les changeurs , mais ceux-ci ne devaient les
BALOIS
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