CHARPENTE DU COMBLE
Sur les sommets des piles règne tout le long de la nef centrale un poitrail ou architrave 1, composé de pièces d’un équarrissage de 2P 1/2 sur 2? 1/4, dont chacune embrasse deux entre-axes de piliers; les poitraux extrêmes s’enfoncent dans l'épaisseur des murs de tête.
Transversalement à la nef, des pièces de mème équarrissage K,
1 Jusqu'ici, les interprètes du devis de Philon ont généralement admis que le plancher destiné à recevoir les agrès entresolait les nefs latérales de l'édifice : Cette disposition eût été bien incommode et bien peu stable. Mais une considération qui nous paraît plus décisive encore, c'est que le texte ne dit rien de la cote de hauteur de ce plancher : ce serait une omission étrange, sans exemple dans un devis aussi circonstancié. — En fait, le texte parle non pas d’un plancher vaguement situé à mi-hauteur des nefs latérales, mais du plancher franchissant un vide dont le lecteur est censé connaître déjà l’existence (opo®y διὰ μέσου) : ce vide, c’est évidemment la lacune laissée dans le massif de substruction (1. 10). Si le devis n'indique point de cote pour le niveau du plancher, c’est que la cote va de soi : elle n’est autre que celle du dessus du stybolate.
forment traverses et relient les deux cours de poitraux l’un à l’autre : l’ensemble constitue au sommet des piliers comme un grillage d’une solidité à toute épreuve ; et c'est sur ce grillage que repose simplement le plancher incliné de la toiture. Une sous-poutre M reporte sur l'entrait K le poids du faitage L; et les chevrons N s’appuient :
Par un bout, sur le faitage L;
Vers leur milieu, sur l’architrave ];
Et, par l’autre extrémité, sur le mur même.
— Rien n’est plus simple que cette construction, mais rien ne diffère plus profondément de ce qui se pratique aujourd’hui :
Chez nous, l’entrait est essentiellement une pièce soumise à des efforts de traction, un « tirant » : [0], l’entrait se présente comme une pièce portante. L'idée d’une ferme, c’est-à-dire d’une combinaison où le poids de la toiture se résout en efforts de tension, cette idée fondamentale de la charpente moderne, est ici entièrement absente : le comble entier n’est qu'un empilage de bois qui s’appuient les uns sur les autres et dont les pesanteurs agissent verticalement sans jamais se convertir en tensions : cela marque, à tout prendre, une phase assez primitive dans l’histoire de l’art de la charpente.
Les poitraux et les traverses du comble sont des pièces énormes. On est en vérité surpris de voir employer des poutres de 2P 1/2 d’équarrissage (plus de 0",75) en pleine Attique : l’Attique aurait-elle été autrefois aussi riche en bois qu’elle en est aujourd’hui dépourvue ? IL est permis de le croire; et un texte du Critias, où Platon attribue aux forêts indigènes les charpentes des vieux temples d'Athènes, prête à cette hypothèse au moins la vraisemblance”.
À quelle essence faut-il rapporter ces bois extraordinaires ? Le texte
1 Le mot du texte qui désigne les chevrons de la toiture est le même qui, dans la description du plancher, désigne les solives : la similitude des noms répond à l’équivalence des rôles. 2 Cf. Ottfr. Müller, Archäol, n. 107.
n’en dit mot: mais son silence, en nous privant d’un détail technique, nous vaut un renseignement intéressant sur le régime financier de l’entreprise. Si le marché ne spécifie pas la nature des bois, c’est que l'État se charge directement de les fournir”.