‹ Etudes épigraphiques sur l'architecture grecqueChapitre 9 sur 147 · APPAREIL DES MURS · texte numérisé non relu

APPAREIL DES MURS

Les pierres, bien entendu, étaient superposées sans mortier ; et il est permis d’inférer des Inventaires de la marine, que ces pierres étaient réunies par des ferrements scellés au plomb : un des inventaires porte en effet l'indication formelle d’un approvisionnement de 335 pierres taillées, « avec le plomb” ». Le même inventaire enregistre ensuite

! Voir, sur la pratique de ce mode de construction, Hittorff, Monuments de Ségeste et de Sélinonte, p. 505.

2? Bœckh, Urkunden über das Seewesen des Attischen Stats, p. 404, (1.95).

Les mots qui servent à désigner les crampons et les goujons sont δεσμά et ψόμῴος : voir sur le sens de ces deux mots Fabricius, De archit. gr. commentat. epigr. (1881), p. 61.

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99 crampons et un goujon en fer : ce sont là précisément les ferrements que 16 plomb doit sceller.

Mais le fait essentiel est l’échantillonnage absolument régulier des pierres : toutes offrent en parement une longueur uniforme de 4», -sauf les pierres d’angles qui seront réglées, dit le texte, « d’après la mesure des triglyphes ».

— La prescription relative aux pierres d'angle contient l’énoncé d’une règle d'appareil qui fut observée dans presque tous les monuments des belles époques : au temple de Thésée, aux Propylées de l’Acropole, ete., la pierre d’angle est précisément égale à une pierre d'appareil courant, augmentée de la largeur d’un triglyphe. — Telle était la dimension des pierres d'angle à l’arsenal de Philon : et si par contre-épreuve on déduit de la longueur des pierres courantes, qui est donnée, la largeur du triglyphe que l’auteur du marché a omise, on trouve par le caleul le plus élémentaire que la largeur du triglyphe δία ἀ6 1Ρ 02 ᾿ς Cela posé il est aisé de reconnaitre à l'inspection du plan (pl. 1, fig. 2), que les pierres d’angle de la façade principale mesuraient alternativement ὃ» 1/2 et 3° 1/2 de longueur. Ces deux chiffres excédant l’un et l’autre l'épaisseur du mur qui est seulement de 2° 1/2, 1] est clair que les angles ne pouvaient être exécutés suivant le système d’appareil dit en besace: les pierres d’angle se coudaient; disposition qui ne serait pas recommandable pour des murs fondés sur un sol moins résistant et soumis à de lourdes charges, car au moindre tassement elle amènerait des ruptures.

1 On peut se rendre compte de cette loi d'appareil par les dessins de Stuart et Revett (Antiquités d'Athènes).

3° LES PILIERS En quoi consistent les piliers de l'édifice ?

Le texte ne désigne nulle part ces piliers par le nom de στύλοι (colonnes) ; le radical στύλος revient à plusieurs reprises dans quelques dérivés techniques tels que στυλοέάτης, επιστύλιον, παραστύλιον, Où sa présence ne pouvait donner lieu à aucune équivoque; mais, pour désigner le pilier lui-même, c’est de parti pris que l’auteur du devis use du mot χων. Cela est significatif : Les piliers ne sont pas des colonnes, mais bien des pilastres à section carrée.

Les cotes fournissent à cet égard une preuve décisive :

1° La hauteur, égale à 30°, représente en chiffre rond onze fois l'épaisseur du fût ;

2° Le talus de ce füt est imperceptible : ce füt ne pouvant être plus mince que l’architrave à laquelle 1] sert de support, l’inclinaison de ses génératrices par rapport à la verticale ne saurait excéder 1/240;

3° Enfin le chapiteau, dont la hauteur est de 1}, représente seulement 1/30 de la hauteur totale : à peine la moitié de ce qui conviendrait au chapiteau d’une colonne.

De telles proportions sont en complet désaccord avec celles des colonnes. Et au contraire, si l’on se place dans l'hypothèse d’une ante ou pilier carré, tout s'explique :

1° La hauteur du füt comparée à son épaisseur n’a rien d’exagéré pour une ante'.

1 Au monument de Thrasyllus, le pilier carré qui portait l’architrave était plus élancé encore (voir 185 relevés de Stuart): or le monument de Thrasyllus se rapproche beaucoup par sa date de l’arsenal de Philon.

2° Le talus presque inappréciable du fût est parfaitement en rapport avec ce qu'on sait du retrait des antes dans les édifices grecs ;

3° À son tour le chapiteau, avec sa hauteur insignifiante, répond sans difficulté à un chapiteau d’ante, et s’accommode fort bien de la moulure traditionnelle en bec-de-corbin que nous avons adoptée pour son tracé.

Ajoutons que la stabilité d’un pilier carré est supérieure à celle d’un fût cylindrique ; et, pour des supports aussi grêles, ce surcroit de garantie n'était nullement à négliger.

La forme des piliers ne saurait donc laisser de doute. Peut-être même serait-on fondé à reconnaitre ici cet ordre de supports à section- carrée que Pline nous a décrits sous le nom d'ordre attique‘.

Quoi qu’il en soit, la hardiesse de la construction est extrême : des pilers et des murs isolés, dont l'épaisseur n atteint pas le onzième de leur hauteur, représentent une limite de légèreté qu'on ne saurait dépasser sans risque : les pleins correspondent à peu près au dixième du vide intérieur; et ce ne fut pas un des moindres mérites de l’architecte Philon d’avoir su donner à une construction si légère cet aspect monumental que les anciens admiraient en elle.

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