Chapitre prémièë
rieure, ou nous recueillons la vie intérieure d'autrui. Toute l'existence humaine est remplie d'œuvres d'art, depuis les berceuses, les danses, la mimique et l'intonation, jusqu'aux offices religieux et aux cérémonies publiques » (p. 60).
A cette thèse que l'art consiste essentiellement dans la transmission des émotions s'en oppose une autre rigoureusement contraire : pour elle, cette transmission a un caractère purement pathologique et est la négation même de l'art. De tous ceux qui l'ont soutenue, nul ne l'a fait avec plus de talent et une conviction plus communicative que le professeur viennois Hanslick ; il n'a traité sans doute d'une façon directe que Du beau dans la musique, mais sa thèse a une portée plus générale, et son livre peut servir de point de départ à une discussion sur la nature de l'art.
Hanslick est bien loin de refuser à la musique le pouvoir d'exciter, sinon d'exprimer les émotions, et même il s'est laissé aller à écrire les paroles suivantes qui surprennent singulièrement sous sa plume : « Loin de nous l'idée de dédaigner ces sentiments puissants que la musique tire de leur sommeil, ces émotions douces ou tristes, ces rêveries charmantes dans lesquelles elle nous berce. C'est un des plus beaux et des plus admirables mystères que ce privilège de l'art de provoquer de tels états de l'âme, sans aucun mobile terrestre et comme par la grâce de Dieu ^ ».
Contradiction ou aveu, ce passage détonne dans un livre où le sentiment est presque constamment considéré comme une déviation pathologique opposée à l'esthétique dans la manière de goûter la musique. Le chapitre consacré à V esthétique, par opposition à la pathologie^ dans la manière de sentir la musique^ est caractéristique. Voici comment Hanslick parle des musiciens de sentiment :