‹ Etudes et appreciations (volume 2)Chapitre 135 sur 169 · D'APRES LEUR HISTORIEN · texte numérisé non relu

D'APRES LEUR HISTORIEN

IL n'y a que quelques mois, la mort ravissait aux lettres canadiennes l'un de nos écrivains les plus estimés et les plus féconds.

M. l'abbé Auguste Gosselin, qui avait voué ses talents et sa plume à l'histoire religieuse de son pays, descendait inopinément dans la tombe, laissant après lui de nombreux écrits dont le public appréciait depuis longtemps le rare mérite, et que la Société royale, en ouvrant ses rangs à l'auteur, avait volontiers consacrés de son suffrage.

Le talent historique de l'abbé Gosselin fut varié. Il se répandit sur beaucoup de sujets. Mais l'objet où s'absorba le meilleur de sa pensée, et vers lequel se tendit son plus long effort, fut l'histoire de l'Eglise catholique au Canada, concrétée et personnifiée dans la vie de nos Evêques. L'histoire de l'Episcopat canadien est son œuvre maîtresse ; et cette œuvre, tout inachevée qu'elle est, et malgré ses imperfections, restera.

Etude présentée à la Société Royale en 1919.

Sept volumes, sans compter quelques publications connexes, forment le cadre où se déploie, sous la main de l'abbé Gosselin, la trame des événements dont ce prêtre érudit et patriote s'est fait le narrateur.

Le récit s'ouvre par le tableau des missions du Canada confiées aux Récollets et aux Jésuites. Il se poursuit par l'histoire du premier évêque de Québec, fondateur de l'Eglise catholique canadienne. Les missionnaires avaient préparé le terrain où Dieu voulait que s'implantât, dans cette partie de l'Amérique du Nord, un humble rameau de l'Eglise universelle, destiné lui-même à s'épa- • nouir en une vigoureuse floraison.

Nous assistons donc au spectacle de l'inmiense travail d'organisation accompli par Mgr de Montmorency-Laval, et sur lequel, tour à tour, viennent se superposer les travaux de ses successeurs : Mgr de Saint- Vallier, Nos Seigneurs de Mornay, Dosquet, de L'Auberivière, Mgr de Pontbriand, le dernier évêque du régime français, puis l'illustre Briand à la mémoire duquel près de deux volumes sont consacrés, puis enfin Mgi* Desglis. L'historien de notre Eglise était à coUiger et à coordonner les matériaux d'autres volumes où serait racontée la vie de Nos Seigneurs Hubert et Denaut, et où resplendirait la haute et brillante

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personnalité de Mgr Plessis, lorsqu'il fut frappé par la mort.

Il s'éteignait en plein labeur.

Ce labeur, dans les dernières années, accuse chez l'abbé Gosselin une précipitation visible, et comme la crainte de ne pouvoir exécuter tout le plan de l'œuvre conçue. De là des négligences de style, des inégalités de facture, des trivialités même qui déparent plusieurs pages de l'auteur. De là quelques jugements superficiels que des recherches plus soignées, et une étude moins hâtive eussent modifiés. De là encore quelques contradictions, légères, il est vrai, qu'un travail plus réfléchi eût évitées.

On reproche, non sans raison, au docte écrivain, d'être entré dans certains détails indignes de la grande histoire. Il prenait trop à la lettre le mot célèbre de Léon XIII : Ne quid veri non audeat^. La véracité de l'historien l'oblige sans doute à tracer un portrait fidèle des hommes, à faire un récit exact des événements. Elle ne lui impose pas la tâche de mettre à nu toutes les plaies, de circonstancier toutes les misères, surtout quand ce réahsme indiscret n'ajoute rien aux conclusions péremptoires et souveraines où la vérité éclate et qui en sont comme la formule durable.

Quoi qu'il en soit, ces défauts que nous ne pou-

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