Mand. des Ev. de Québec, vol. iv, p
Les études religieuses faites au Séminaire, poursuivies sous le toit curial, et stimulées par le travail des conférences, ont permis au prêtre canadien de remplir admirablement les fonctions de son ministère. Ces succès dans la direction des âmes, et dans toutes les sphères de l'administration paroissiale, n'auraient pu s'obtenir, ils n'auraient pu se soutenir d'une façon si constante, si notre clergé n'avait eu des connaissances vraiment suffisantes, en dogme d'abord, mais surtout er morale, en droit canon, et en liturgie.
Les oeuvres extérieures si nombreuses que réclament des diocèses encore jeunes, la construction des églises, celle des couvents et des presbytères, ont sans doute étouffé bien des fermes propos. Comment mener de pair la vie dispersée du dehors et l'effort concentré du dedans? Il est pourtant certain que, depuis cinquante ans, la science ecclésiastique du curé canadien s'est notablement accrue. Nous avons connu de bons curés de campagne qui, avant même la restauration des études théologiques selon saint Thomas, s'étaient faits les disciples de l'Ange de l'Ecole, et feuilletaient avec amour les pages de la " Somme. " Eux-mêmes nous ont dit maintes fois tout le plaisir qu'ils y puisaient, et tout le profit qu'ils en retiraient. D'autres sont morts, laissant à leurs héritiers des œuvres dogmatiques annotées diligemment de leur main.
Nous comptons aujourd'hui, à la tête de nos paroisses, bon nombre de docteurs et de licenciés en théologie et en droit canonique, soit gradués de Rome, soit diplômés de nos facultés nationales^
D'autre part, les lettres canadiennes doivent beaucoup aux membres de notre clergé paroissial. Plusieurs se sont distingués dans le domaine de l'histoire, grande et petite, ou encore ont traité des questions de morale, de droit, d'éducation, de pédagogie, de sociologie, de polémique religieuse. Quelques-uns ont cultivé avec succès les sciences naturelles ; quelques autres se sont essayés dans la poésie, les récits de voyage, ou ont brillé par leur éloquence. Il y en a qui ont publié des manuels de piété, des catéchismes très appréciés. Il en est aussi à qui nous sommes redevables de travaux philologiques du plus grand mérite.
La plupart de nos curés aiment les lectures sérieuses. Ils suivent avec intérêt le mouvement des idées, non seulement dans les meilleures pubUcations du pays, mais encore dans celles d'Europe. Nos librairies sont pleines de bons hvres qui prennent chaque semaine le chemin des presbytères. Et nous pourrions nommer plus d'un prêtre de campagne, dont la bibUothèque et, ce qui est mieux, le bureau, étale sous les yeux du
1. Nous passons sous silence plusieurs évêques et même archevêques tirés des rangs de notre clergé des paroisses.
visiteur, les productions les mieux choisies et les plus réputées de la pensée théologique et littéraire contemporaine.
Voilà un fait significatif, et qui proclame très haut les goûts intellectuels de notre clergé. Et ce n'est là, toutefois, qu'un des traits de la physionomie du curé canadien. Dans ses soucis et dans ses actions. Dieu, la prière, une dévotion solide et franche, n'occupent pas une moindre place que l'étude.
Ce fut l'une des préoccupations les plus vives, et l'une des œuvres les plus fécondes de l'autorité religieuse canadienne, de créer et d'affermir dans l'âme des prêtres le niveau de perfection morale requis par la grandeur du sacerdoce, par la confiance et le besoin des peuples. De là, dès l'origine, une attention toute particulière dans le choix des directeurs de Grand Séminaire, directeurs toujours pieux, toujours zélés, parfois très remarquables, héritiers de l'esprit des deBernières et des Olier, dont plusieurs furent promus à la dignité épiscopale, et dont deux même se sont vu revêtir de la pourpre sacrée. De là des règlements très sages, établissant une forte disciphne, réglant jusqu'aux moindres détails de la formation cléricale, et dont s'inspirent tous les prêtres dans la conduite de leur vie. De là des conférences réguHères données aux séminaristes sur des sujets de piété, véritable cours ascétique,
dont le mode a pu varier, sans altération de substance. De là enfin des retraites établies de bonne heure pour tous les ecclésiastiques^, exercices salutaires que chaque année ramène, et que le clergé suit partout avec une si admirable fidélité.
Nous ne croyons pas qu'en aucun pays, les prêtres préposés au gouvernement du peuple chrétien se montrent, dans l'ensemble, plus pénétrés de l'esprit du Christ, plus jaloux de l'honneur et de la sainteté de leur vocation-. Le curé canadien est homme de prière, de devoir, et de sacrifice. Son âme aspire l'air surnaturel dans lequel des règles prudentes, des pratiques et des fonctions toutes pleines de Dieu, le tiennent habituellement plongé. Et cependant, sans violer les lois de cette vie intérieure, il sait allier aux vertus de son état de grandes qualités sociales qui le rendent gai, bienveillant, hospitaUer et généreux.
Rien ne révèle mieux cette sociabilité très louable, proche parente de la charité, que les réunions ecclésiastiques provoquées par quelque fête de collège, quelque célébration de paroisse, ou un concours de confesseurs.
Nos maisons d'éducation convient périodi-
1. Une retraite annuelle est prescrite, pour les curés et missionnaires, dans les Statuts synodaux de 1700.
2. C'est le jugement que nos évêques ont souvent porté aur leur clergé.
quement à des séances intimes leurs anciens élèves, surtout les prêtres qu'elles ont formés. Et on voit, à cette occasion, accourir vers 1'" Aima Mater ", en groupes joyeux, jusque du fond des campagnes, curés et vicaires confondus dans la plus touchante fraternité. C'est la famille spirituelle, éparse et disjointe, qui se retrouve momentanément au foyer, et qui y retrempe sa vie.
Sur un théâtre plus étroit, le même spectacle de charité mutuelle et d'accueillante cordialité nous est offert dans les assemblées cantonales où les prêtres d'un même comté, d'une même circonscription, aiment à se voir, à se rendre service, à discuter théologie, rubriques, action sociale, à se concerter sur les moyens les plus efficaces de réprimer le mal et de faire le bien.
Le Pasteur
Héros du devoir patient et modeste, formé aux fortes vertus des pionniers de l'Evangile sur ce continent, le curé canadien, sous la direction de ses évêques, a accompli des merveilles d'organisation paroissiale et d'expansion religieuse.
On a déjà, plusieurs fois, rendu hommage au rôle important et primordial de la paroisse canadienne. M. Bourassa écrivait il y a quelques années, et
il répétait naguère, au dernier Congrès canadienfrançais d'Ottawa S que la paroisse a été pour nous un foyer intense de vie religieuse, un apprentissage de l'action publique, un centre d'œuvres sociales et économiques ; qu'elle a réalisé parmi nous, d'une façon presque idéale, l'union féconde de l'Eglise et de l'Etat. Le Père Lamarche nous a montré lui aussi'-, en termes très justes, comment notre association de paroisse constitue l'une de nos forces nationales. C'est une petite patrie dans la grande. C'est le cadre où évolue la vie de notre peuple. C'est l'organisme générateur de notre société catholique. Dans nul autre pays au monde, la paroisse n'offre l'exemple d'une constitution plus solide, d'une activité plus chrétienne, d'un faisceau de forces plus résistant, d'une floraison d'œuvres plus magnifique.
Or, cet état de choses ne s'explique que par l'action puissante du curé canadien.
Dans toutes nos paroisses, soit qu'elles s'échelonnent le long de notre beau fleuve, soit que, débordant au sud et au nord, à l'est et dans l'ouest, elles percent partout la forêt, s'étagent au flanc des collines, sur la berge des lacs et des rivières, sur la croupe des monts, l'œuvre du prêtre se traduit par des monuments d'ingéniosité et de cou-