Encycl. Acerbo nimis, 15 avril
de toutes les écoles, petites ou grandes. Sa présence, là où se forment les générations nouvelles, est déjà, en soi, un geste plein de sens. Et sa voix, son regard, son sourire, ses questions bienveillantes, son accent paternel, disent très haut, et aux enfants, et à ceux qui les enseignent, que le prêtre est leur ami sincère et leur guide naturel, que dans la religion et la morale représentée par le prêtre se trouve ce qui constitue les meilleurs éléments de la vie humaine et le fondement du bonheur des individus et des familles.
Le curé canadien porte partout sa soif du salut des âmes. C'est une belle ardeur, indiscrète aux yeux du monde, très méritoire devant Dieu.
Nous avons connu un prêtre, le modèle des pasteurs, qui, par sa charité tout apostolique, par de pieuses industries, et par les plus saintes audaces, s'était acquis sur les consciences un empire incomparable. Il épiait toutes les occasions de faire une conquête. Il harcelait de traits enflammés les cœurs rebelles. Il les assiégeait, les prenait d'assaut. Des pécheurs obstinés, poursuivis par cet apôtre jusque dans leur champ, ont dû se rendre à la puissance de sa parole, à la force de son amour, et lui faire sur place l'aveu contrit de leurs fautes^
1. En rappelant ces souvenirs, nous sommes particulièrement heureux de rendre ici au curé admirable qui nous guida, jeune homme, dans la voie droite, et dont cinq paroisses des plus im-
Que d'exemples pareils dans l'histoire des vertus pastorales pratiquées, depuis plus de deux cents ans, par notre clergé ! Il y a là des exploits cachés, mais subUmes, que seules les clartés célestes révéleront. Ce qui éclate sous tous les regards, c'est l'inclination du curé canadien pour son peuple, l'intérêt surnaturel qu'il lui porte, le soin qu'il prend de bien connaître toutes ses ouailles, l'affection qu'il leur témoigne dans ses paternelles et si fructueuses visites de paroisse, l'empressement qu'il met à secourir les pau\Tes et à consoler les malades.
Il n'attend pas, chaque fois, qu'on fasse appel à sa charité. Cette charité toujours en éveil prévient les suprêmes besoins, saisit les meilleures opportunités de verser dans l'âme du fidèle le cœur du prêtre. Nos populations le sentent. Elles se rendent compte qu'elles ont dans le prêtre un père qui les aime ; et de là naît cet attachement profond, cette extraordinaire vénération qui, dans toutes nos paroisses, notamment dans les miheux ruraux, caractérise les rapports de nos gens avec leur pasteur.
Nos curés se distinguent par une attention spéciale pour tout ce qui accroît la dévotion des fidèles, et leur rend chères la foi et les traditions
portantes ont pu successivement apprécier le zèle, l'humble hommage de notre persévérante gratitude.
de leurs pères. Ils font grand état des cérémonies sacrées, lesquelles s'observent religieusement dans les plus humbles chapelles. Ils savent combien le chant et la musique d'église rehaussent le culte et favorisent la piété. Eux-mêmes, d'ordinaire, exécutent avec goût tous les chants liturgiques. Ils s'imposent volontiers la tâche d'organiser, parmi le peuple des campagnes, des chœurs d'hommes dont la voix mâle et pleine,malgré sa rudesse, célèbre très décemment la gloire du Très-Haut. Aujourd'hui, par leurs soins, dans la plupart de nos temples, de belles; orgues ajoutent à la pompe et à la solennité des; rites, et soutiennent de leurs graves accords le chant des louanges divines.
Dans son zèle pour la gloire de Dieu, le curé canadien n'oubUe pas le culte des morts qui lui est si intimement uni. Une même foi nou& dicte le tribut d'adoration que nous devons à Notre-Seigneur, et l'hommage de pieux respect dont nous entourons la mémoire de ceux qui l'ont servi et honoré sur la terre. Dans presque toutes nos paroisses, riches ou pauvres, anciennes ou nouvelles, le cimetière, loin d'inspirer de l'horreur et de la répulsion, est un lieu de prière et d'espoir où affluent chaque dimanche les familles en deuil. Nous savons plus d'un champ des morts qui témoigne, parmi nous, non seulement d'une rare piété pour les défunts, mais d'un bon
^oût admirable. Ici encore se révèle la main active et industrieuse, Fâme dévouée du pasteur.
Ce dévouement ne manque jamais, ni d'objets pour s'exercer, ni d'occasions pour se grandir.
Notre peuple n'est pas parfait. Tout croyant qu'il est, et tout attaché qu'il se montre à sa religion et à son Eglise, il cède çà et là aux entraînements du plaisir. La passion de l'intempérance a fait, dans nos rangs, des ravages désastreux pour les mœurs et pour la race. De tout temps, nos curés s'en sont émus ; et vers le milieu du siècle dernier, l'un d'eux surtout, M. Alexis Mailloux, voua sa parole vigoureuse à l'œuvre d'une croisade antialcoolique qui obtint le plus v'if succès. Cette campagne si utile a été reprise, de nos jours, avec un regain d'ardeur et une organisation plus vaste ; et s'il est juste de constater que toutes les autorités sociales, y ont prêté la main, il n'est pas moins juste d'affirmer que ce large effort de la conscience publique a trouvé dans le clergé des paroisses, son plus solide appui.
Sous l'action du curé canadien, les œuvres paroissiales n'ont jamais cessé, dans le passé, de concourir, de qaelque manière, au soutien et au progrès de la vie religieuse. Des circonstances et des nécessités nouvelles ont fait s'élargir, peu à peu, les cadres de l'action sociale catholique. Nos pasteurs entrent résolument dans la voie
que leur tracent les besoins du temps, et que leur désignent les chefs ecclésiastiques dont ils dépendent.
Ils n'ont garde, assurément, de négliger ce qui est essentiel à la vie de l'âme, nourrie par la parole de Dieu, et par la grâce des sacrements. Aucun motif d'influence sociale ne pourrait justifier, dans le gouvernement d'une paroisse, l'abandon des méthodes sur lesquelles Jésus- Christ lui-même a fondé l'avenir de son Eghse et le salut des peuples. L'action sociale cathohque, dans les œuvres si diverses et les manifestations si retentissantes auxquelles elle donne lieu, n'a pas d'ailleurs d'autre but que d'éloigner, dans les paroisses, les périls extérieurs qui menacent la foi et la morale, et de féconder et d'alimenter, selon ses moyens, les sources de la vie chrétienne.
C'est pourquoi nos curés se montrent si empressés à seconder de tout leur pouvoir le mouvement nouveau, à fonder les œuvres d'études, de préservation, et d'assistance, qui offrent chez eux des chances de succès, à encourager la presse catholique, à préparer dans leurs paroisses des journées d'action sociale où prêtres et laïques collaborent au même travail de rénovation spirituelle, dans un même esprit de foi.
Cette tâche spéciale, jointe aux communs soucis du fonctionnement des fabriques, n'est pas sans rendre souvent très lourde la charge pasto-
raie. Mais les fatigues sont compensées par le noble spectacle du bien qui se fait, par les austères jouissances de l'âme qui se dévoue, et par des fidélités populaires reconnaissantes et raffermies.
Un historien de mérite qui a cherché, sous la poudre des archives, l'empreinte des traits du vieux clergé canadien, nous a laissé ce portrait fidèle 1:
Pasteur spirituel, le prêtre est encore le protecteur, l'avocat et même le chef de ses paroissiens. Sa situation sociale est exceptionnelle, et sa suprématie incontestée. Guide et conseiller des âmes en tout temps, c'est lui qui parle et qui règne.
Ces curés d'autrefois, doux et graves, confidents discrets des soucis et des peines, amis des heures mauvaises, instruits, modérés et sages, et dont les ambitions sont bornées au cours de leur propre existence, comment ne pas les estimer ? — Ils aident d'autant plus les habitants à supporter leur sort, qu'il y a entre eux communauté d'origine et de pensées. Alors, comme aujourd'hui, les prêtres de la campagne sortaient en effet, pour la plus grande partie, du peuple, et se recrutaient parmi les laboureurs. Les anciens Canadiens se sentaient bien plus flattés dans leur vanité par la carrière de l'un de leurs compatriotes mourant simple curé de village (^ue par toutes autres illustrations.
La vie ])rivée du curé de paroisse était exemplaire. Il inspirait le respect et le méritait par ses vertus.
Ce portrait est bien exact : et on peut dire que, dans l'ensemble, il n'a pas vieilli.
1. J.-E. 'Roy,Hist. delà Seign.de Lauzon, vol. iv, pp. 238-39.
Le Patriote
Léon XIII a dit de l'Eglise ^i "Eût-elle été fondée directement et principalement pour le bonheur temporel des peuples, cette société, avant tout spirituelle, n'aurait pu être une source plus féconde de biens terrestres." Le curé canadien, en marge de ses fonctions de prêtre et de pasteur, inscrit chaque jour au livre de l'histoire des œuvres patriotiques de la plus haute portée.
Dès l'aurore de notre vie nationale, il fut l'ami fidèle, l'associé inséparable du colon. Notre système de paroisse, si fortement organisé, lui ouvrait sans doute la voie. Il y entra avec toute l'ardeur, toute l'opiniâtreté courageuse de l'apôtre qui voit, derrière des terres à conquérir, des âmes à sauver.
Que de fois nos ancêtres, excédés de peines et de revers, eussent fléchi sous la tâche immense et laissé choir la lourde cognée, si l'homme de Dieu et de prières, plus fort que toutes les adversités, n'eût soutenu leur cœur ! Cet homme