Ciradaire à MM. les Curés, G oct
Messieurs, Son Exe. le Gouverneur en chef désire que je vous fasse connaître sa parfaite satisfaction de l'assistance qu'il a revue de votre part, tant dans la levée des milices que dans le maintien de la subordination qui règne parmi elles. Vous ne doutez pas du plaish' que j'éprouve à vous transmettre un témoignage aussi honorable. Vous avez employé auprès de vos paroissiens le nerf le plus puissant, celui de la l'ehgion, pour élever leurs âmes, animer leur courage, exciter leur zèle et leur loyauté. Le succès a pleinement répondu à vos efforts, auxquels on peut attribuer cette ardeur qui, chaque jour, se développe de plus en plus pour seconder les vues du gouvernement et concourir unanimement et efficacement à la défense de la Province.
En 1837, au travers des troubles que cette date évoque, les curés canadiens, dans les centres les plus accessibles aux sympathies pour les insurgés, tinrent en général une conduite correcte. Malgré leurs griefs contre le gouvernement, ils n'approuvèrent pas la révolte. C'est ce que démontre une résolution adoptée par plusieurs prêtres des paroisses voisines de Saint-Hyacinthe, dans laquelle l'attitude des rebelles était blâmée, mais où en même temps il était dit :
Le clergé ne saurait rester muet dans la crise actuelle parce qu'il est canadien, parce que le rôle qu'il a joué de tout temps dans la société canadienne lui donne la mission extraordinaire de pouvoir intervenir.^
Il intervint en efïet par une requête présentée,
1. Chan. Choquette, Hist. du Sém. de Saint-Hyacinthe, t. i, p. 203.
au nom de tous les prêtres du diocèse de Montréal, à la Reine, et qui demandait justice pomnos compatriotes.
Deux principes, nous le répétons, semblent avoir gouverné, dès l'origine et jusqu'à nos jom's, dans leurs devoirs sociaux, les curés canadiens : une loyauté inviolable envers la Couronne ; une fidélité inébranlable envers la Patrie. Et la patrie, à leurs yeux, ce ne fut toujours, ce ne sera jamais, nous osons le prétendre, que le Canada.
Quelques feuilles fanatiques ou salariées lem* ont fait l'injure de les en blâmer. Ce blâme, pour eux, est un éloge. Très soucieux du bien, particulier et général, très attentifs à la parole du Pape, et très aptes à saisir ce qu'une direction épiscopale comporte, ils puisent dans leur science de la foi et dans leur amour du sol un sens patriotique que n'égarent ni les visées de l'intérêt, ni les clameurs de la passion. Une sorte d'intuition les dirige, la vision de ce qu'ils doivent, et à l'Eglise dont ils sont les ministres et à la terre dont ils sont les fils, et aux fidèles dont ils sont les guides.
La confiance que les peuples reposent en eux n'est pas vaine : d'impérissables titres l'ont fait naître, l'entretiennent, et la justifient.
Attachés à leur pays par toutes les fibres de leur être, nos curés ont associé dans une même passion indéracinable l'amour du sol canadien et le culte du verbe français qui fut, pendant deux siècles, le seul idiome civilisé du Canada. Dans l'œuvre de conservation de cet idiome, n'ont-ils pas été l'une des forces les plus résistantes ?
Rappelons-nous tous les dangers auxquels notre langue, par suite du triomphe des armes anglaises^ se trouva en butte : départ d'un bon nombre de nobles ; interruption de nos rapports avec la France ; isolement d'un peuple décimé ; désorganisation des écoles françaises ; projets d'anglicisation ; pénétration hostile d'une langue étrangère.
Le péril était grand. Il nous cernait de toutes; parts.
Comment donc nos populations ont-elles pu y faire face, et conserver intact le parler maternel ? par le lien et la constance des familles, sans doute, mais aussi par l'exemple, l'action et l'influence des pasteurs. Un homme dont l'esprit enquêteur a exploré tant de problèmes obscurs, Frédéric LePlay, en a fait la remarque^:
Au miHeu des souffrances provenant de la guerre, des épidémies, des famines, des désordres atmosphériques,.