Gard. Bourne (dans l'Action catholique, 24 juil
3. La Civiltà cattolica (2-16 août 1919) revient sur ce grave sujet. Au cours d'un puissant article intitulé La guerre sociale après la paix de Versailles, le théologien romain qui tient la plume définit cette œuvre diplomatique d'où Dieu et son Vicaire ont été exclus, " une paix fausse et menteuse," une paix du sabre, génératrice de nouveaux conflits, et " qui ressemble à la paix de Versailles de 1870." Il y voit, d'ailleurs, l'inévitable résultat de cette pohtique de matérialisme et d'utilitarisme dont s'inspirent depuis tant d'années tant de gouvernements, et qui
UN GRAND EYEQUE
Le cardinal Désiré Mercier, archevêque de Malines, primat de Belgique, a passé quelques heures au milieu de nous. Par la voix de leur chef spirituel, des autorités civiles, du recteur de notre Université, nos compatriotes ont pu saluer en sa personne l'une des plus hautes personnifications de la science chrétienne jointe au patriotisme le plus noble et le' plus viril.
Nous n'essaierons pas de peindre, en quelques lignes, cette fig-ure de savant, de prélat, de prince de l'EgUse, où rayonne une gloire si pure, une grandeur morale qui a conquis l'admiration du monde. Nous ne voulons en fixer que quelques traits.
C'est une idée assez répandue dans le vulgaire, qu'un pliilosophe ne saurait être un homme d'action. Le cardinal Mercier a glorieusement démenti ce préjugé C est même, il l'a déclaré, son armure plnlosophique qui lui a fourni, dans l'épreuve suprême, avec la notion des droits immuables et le mépris de l'opportunisme, l'une de ses meilleures forces de résistance.
Formé à l'école du plus grand des scolastiques, saint Thomas d'Aquin, il a puisé dans les œuvres de ce maître des principes de savoir, des méthodes de clarté et de vulgarisation, qui l'ont fait à son tour l'un des maîtres les plus illustres de la science philosophique
a causé la dernière guerre, " imputable non seulement à tel ou tel individu qui alluma la mèche, mais à l'ensemble des agissements de l'athéisme et du laïcisme dominants." L'Evangile est resté lettre morte. " La voix du Pape, proclamant les enseignements du christianisme, a été mal jugéC; mal interprétée, même par des Jils de l'Eglise. Nous en subissons aujourd'hui les conséquences. "
contemporaine. L'université de Louvain, où il eut l'honneur d'introduire le thomisme, lui doit, en grande partie, le regain de prestige dont elle jouit. Il s'appliqua spécialement à montrer l'harmonie qui existe entre les doctrines de la philosophie thomiste et les données certaines de l'expérience. Avec la netteté de vue d'un esprit bien équilibré, il réfuta l'erreur, sans, pour cela, tomber dans l'excès ni fabriquer d'erreur nouvelle. Il combattit très vigoureusement le kantisme et le modernisme ; et il eut, d'autre part, des mots sévères pour " l'intégrisme brouillon " de ceux qu'il a appelés " chevaliers improvises de l'orthodoxie," " brochuriers et journalistes sans mandat K"
Le cardinal Mercier est un savant de premier ordre. Et ce mérite même, cette puissance de conviction que donne la vérité bien comprise, a fait la force et le succès de son œuvre pastorale. Il s'est dévoué à son diocèse et à sa patrie avec la même hauteur de pensée, avec la même énergique résolution qu'il a mise à servir les intérêts de la science.
Nul n'a mieux perçu la nécessité, pour la Belgique, de l'union des races et des classes que l'éminent Cardinal. Les Belges, ici Wallons, là Flamingants, forment une nation bilingue ; et ce dualisme ethnique se complique de toutes les difficultés de la question ouvrière et des menées socialistes contre le patronat. Dès son accession au siège de Malines, le cardinal Mercier était entré dans son rôle de chef. Il imposait à tous par son savoir, ses vertus, son civisme. Dans les conjonctures très angoissantes créées par la guerre et par l'invasion allemande, il a affronté le problème de l'union l^elge, de la souveraineté belge, avec une vigueur de parole et une fierté d'attitude qui lui ont donné la taille d'un héros.
D'autant plus fort de son droit, et du droit de son pays, qu'il en connaissait mieux la vraie base morale,