The American Cydopœdia, vol. et p. cit
Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick. Puis en 1883, et de nouveau en 1884, une proposition de loi destinée à reconnaître dans la sphère fédérale, et par tout le Canada, l'institution orangiste, fut rejetée. Cependant, six ans après, cette même association, dont on avait dénoncé en plein parlement les attaches politiques puissantes, réussit à obtenir des Chambres canadiennes la reconnaissance civile, en se présentant sous les couleurs fallacieuses d'une simple société de bienfaisance.
Nos lecteurs savent très bien ce que nous devons penser, nous catholiques, de toute société composée exclusivement de protestants, et vouée à une œuvre essentiellement protestante. Malgré notre désir de vivre dans les meilleurs termes avec tous nos concitoyens, il y a certaines limites que nous ne pouvons franchir. Et, quelque respect que nous inspirent les personnes d'une autre croyance, il ne nous est pas possible d'approuver le culte religieux qu'elles professent, ni de voir d'un œil favorable, et encore moins d'encourager les groupements et les entreprises dont leur religion est l'âme.
Par ses idées et par son action, l'association orangiste va plus loin que bien d'autres organisations protestantes, et elle se sépare de nous par un fossé plus large. Sur son berceau même se dresse l'image
des rivalités séculaires qui ont armé l'une contre l'autre et longtemps divisé la France catholique et l'Angleterre protestante. L'esprit antipapal, anticatholique, et antifrançais dont elle vit, et qu'elle affiche partout, revêt chez elle un caractère d'acuité dont on ne trouve d'exemple que dans l'histoire des ouvriers les plus ardents de la Réforme. La preuve, nous l'avons eue dans toutes nos questions scolaires où l'intérêt cathohque et l'intérêt français étaient en jeu. Pour ruiner notre cause, les orangistes (sauf de rares exceptions) se sont Ugués en phalanges compactes, rôm.pant, lorsqu'il le fallait, leurs hens politiques habituels, et plaçant l'esprit de corps bien avant l'esprit de parti : ce en quoi il faut regretter que les catholiques n'aient pas su davantage les imiter.
Nous voulons croire que cette société, dont les membres, d'après ses statuts, peuvent compter sur des garanties de protection mutuelle, ressemble par quelque côté aux associations ordinaires de bienfaisance. Mais ce n'est là, chez elle, les faits nous le démontrent, qu'un but secondaire. Excluant de son sein tout catholique ou tout protestant marié à une cathohque, et se recrutant indisdinctement dans toutes les sectes protestantes, elle vise, au fond, bien autre chose que l'assistance commune et le réconfort réciproque de ceux qui la ccniposent. Son but premier, son dessein principal, c'est une pensée très fixe de protestantisation
antifrançaise. Et ce dessein, elle le poursuit par tous les moyens possibles ; et, pour en déterminer plus sûrement le succès, elle l'enveloppe dans les replis mystérieux du secret.
C'est une société secrète.
Or, aux yeux de l'Eglise, aux yeux de la raison, aux yeux de la loi civile elle-même\ les associations basées sur le secret justifient les plus légitimes défiances. Léon XIII, ce docte Pape à l'intelligence si haute et au regard si clair, dans une de ses encycliques les plus remarquables", condamne formellement les sociétés de ce genre, et la clandestinité qui en est la loi intime, " et à laquelle concourent avec un art merveilleux la division faite entre les associés des droits et des charges, la hiérarchie savante des ordres et des grades, et la discipline sévère imposée à tous. " Pour lui, " vivre ainsi dans la dissimulation et les ténèbres ; enchaîner à sa volonté d'autres d'hommes souvent mal renseignés et presque réduits à l'état d'esclaves ; faire de ces inconscients, pour l'exécution de ses desseins, des instruments dociles et aveugles, ce sont des choses monstrueuses et que la nature réprouve. "
On dira sans doute que les hommes d'EgUse
1. Voir Les Statuts refondus -pour le Bas-Canada (1861), ch.x, n. 6.