The Cross, juil. 1 18 (Halifax, N. E
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L'union nationale, sur un terrain d'entente où tous les bons vouloirs se donnent rendez-vous, et où puisse se réaliser la mise en œuvre de toutes nos forces et de toutes nos ressources, exige certaines conditions.
La première, c'est que les Canadiens de races et de croyances différentes apprennent à se mieux connaître, et à s'apprécier avec plus de justice. Nos compatriotes de langue anglaise, si peu soucieux, en général, de parler et de lire le français, n'ont-ils pas là, vraiment, un ample sujet de regrets et une juste raison d'amendement ? Leur ignorance de notre langue, et, partant, de nos écrits, de nos usages, de nos œuvres, de notre vie nationale et religieuse, n'élève-t-elle pas, entre eux et nous, comme une muraille de Chine? Combien de malentendus s'évanouiraient si, dans certaines régions anglo-canadiennes, le verbe français résonnant à des oreilles moins rebelles, pouvait déchirer l'épais tissu de légendes, de sup)positions et de préjugés, amoncelés contre nous ? La plupart de nos hommes instruits comprennent et parlent l'anglais. Pourquoi nos concitoyens d'une autre origine que la nôtre ne se mettraientils pas en état de nous rendre le réciproque ?
L'exemple de l'Angleterre le leur suggère et les y invite. Le rapport de la Commission Leathes
instituée en ce pays pour examiner le problème de l'enseignement des langues vivantes, renferme, à l'adresse de la langue française, de tels hommages, et recommande l'étude de cette langue «en des termes si forts, et pour des raisons si appropriées à notre patrie elle-même, que tous nos éducateurs canadiens devraient se pénétrer de l'esprit de ce rapport et opérer les réformes qu'il propose. On nous permettra de citer un- des passages qui nous intéressent davantage^ :
Non seulement le français est la langue des relations diplomatiques ; mais dans les pays où l'anglais n'est pas parlé, c'est le français d'ordinaire qui sert de moyen de communication entre deux personnes de nationalités différentes. La proximité de la nation française donne aussi à sa langue une valeur spéciale pour les Anglais ; et de récents malheurs affrontéset subis deconceit par les deux peuples devraient créer entre eux un éternel lien de sympathie. Les différences de caractère et de tempérament qui les séparent font sans doute qu'ils arrivent plus difficilement à se con:iprendre ; mais ces rapports une fois établis permettront de corriger quelques-uns de nos défauts nationaux. En matière de langue, comme dans le reste, les deux nations sem})lent destinées à se compléter l'une l'autre. Notre articulation nonchalante peut être corrigée par la prononciation précise et soignée du français ; notre style gagnerait beaucoup à se modeler sur la phrase limpide, la construction logique, et les proportions haimonieuses de la prose française. De toutes manières, le français,
1. Report of the Committee appointed lo inquire irdo Ihe position of modem languages, in the educational system of Grcat Britain (Londres, 1918), p. 19.
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pour nous surtout, est la plus importante des langues vivantes ; il a, et il devra garder la première place dans nos écoles et nos universités.
La conclusion, pour le Canada, oii les deux races sont en présence, et où elles le seront toujours, est facile à tirer. De même que nous formons par notre enseignement des Canadiens français capables de manier l'anglais sur presque tous les théâtres où Dieu les appelle, de même est-il important que les écoles anglo-canadiennes soient organisées de façon à pourvoir ceux qui en sortent d'une connaissance suffisante du français, et de manière à leur procurer, par cette connaissance, tous les avantages que l'Angleterre elle-même en attend.
Les échanges de vues, les procédés de bonne entente, entre nos diverses provinces, seraient, par cela même, grandement facilités.
Un besoin profond de rapprochement règne jusque dans les classes populaires. Cet instinct s'est fait jour, en une occasion récente, sous une forme presque dramatique. Des milliers de cultivateurs, mus par les mêmes intérêts, et par un sens de la vie et de la fortune publique plus fort que tous les liens et que toutes les opinions, se sont réunis dans la capitale canadienne, et y ont formé, sur le seuil même du Parlement, une ligue étroite et puissante. Ils étaient là, de toutes les provinces, français, anglais, écossais, irlandais, heureux de se
presser la main, de communier par la même pensée, sans parler la même langue, de s'entendre et de se comprendre par la seule sympathie du regard. Rappelant, quelque temps après, ce mouvement d'union, le président d'une association ontarienne s'écriait :
Les circonstances rapprochent les cultivateurs du f Québec et de l'Ontario, Il n'y aura plus rien pour les séparer. Aucune puissance humaine ne pourra désormais élever un mur d'acier entre nous'.
C'est bien là le langage de l'âme canadienne, prenant conscience d'elle-même, des nécessités que sa mission lui fait, et des devoirs que l'avenir lui impose.
Ce que de simples cultivateurs armés de bon sens ont pu réaliser, pourquoi nos canadiens à l'esprit plus ouvert, et au rôle plus élevé, ne l'accompliraient-ils pas ? Pourquoi nos éducateurs, nos journalistes, nos politiques, nos hommes de loi et nos hommes d'affaires, dans toutes les provinces, ne s'efforceraient-ils pas, par les moyens qui leur sont propres, de ruiner l'empire du préjugé, de travailler à l'union des races, et d'établir au milieu de nous, sur des notions plus justes, et sur
1. Voir VAclio7i calholique, 16 mai et 8 juin 1918. — Nous rapportons ces faits, non pour endosser toutes les doctrines que professent les agriculteurs unis, mais pour montrer dans ce mouvement d'union professionnelle, un bel essai d'union nationale.
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des rapports plus cordiaux, une alliance anglofrançaise faite non seulement de textes, mais aussi de sentiments ?
Nous ne demandons pas, nous ne pouvons demander une réciprocité de vues et une attitude publique qui abaissent au même niveau toutes les diversités de croyances et de culte. Rien ne peut justifier un membre de l'Eglise du Christ, desacrifier à la bonne entente la moindre parcelle des. dogmes et des préceptes catholiques. Léon XIII,. dans sa lettre contre l'américanisme, a condamné ceux qui, afin d'attirer vers eux les dissidents, ouvrent une brèche dans la doctrine. Le meilleur moyen, pour des catholiques de langue française, de conquérir l'estime de leurs concitoyens anglo-protestants, n'est pas de renier leur sang^ ni de dissimuler leur foi, mais de se montrer ce qu'ils sont. Le sang français et la foi catholique parlent un langage assez haut, ils constituent des facteurs de civisme assez nobles et assez puissants. pour créer dans les âmes sincères et avides de se renseigner, des impressions lumineuses et durables.
Se bien connaître : voilà donc, surtout dan& un pays comme le nôtre, un élément essentiel de l'union nationale. Et se regarder avec bienveillance et se traiter avec équité, voilà la vertu civique qui forme le lien des cœurs, qui groupe les citoyens, qui développe en eux le culte de la patrie.
et qui ramasse en faisceau toutes leurs énergies.
Nous lisions, il y a quelques mois, dans une
grande revue doctrinale, ces paroles très justes :
L'union est possible, elle est souvent utile, elle est désirable même entre peuples de diverses origines, quand on n'établit pas entre eux une distinction de citoyens et d'ilotes, d'hommes libres et d'esclaves'.
Voyons ce qui se passe dans la province de Québec. Les Canadiens français y sont en grande majorité. Ils contrôlent le gouvernement, les administrations, les institutions, les écoles. Ils sont partout les maîtres. Et pourtant ceux qui composant parmi eux la minorité ont-ils le moindre sujet de plainte ? Voici ce qu'écrivait, à l'occasion d'une controverse soulevée à ce sujet, le Secrétaire du Comité protestant du Conseil de l'Instruction publique, M. Geo.-W. Parmelee^:
La minorité protestante n'a aucune raison de se plaindre du traitement qu'elle reçoit en matière scolaire, de la majorité. . . Et s'il existe, ici et là, des sentiments autres que ceux de la reconnaissance envers la majorité pour le traitement généreux qu'elle accorde à la minorité, ces sentiments sont irréfléchis et n'ont pas leur raison d'être.
1. La Civiltà cattolicn, 16 mars 1918. — Voir dans la Revue des deux mondes (1 juin 1918) un remarquable article de M. Geo. GoYAU, sur la manière dont la nation bilingue qu'est la Belgique s'est constituée, et a su conserver, à l'encontre des entreprises impérialistes, sa personnalité propre.